‹ Les graveurs du 19e siècle; guide de l'amateur d'estampes modernes (volume 3)Chapitre 113 sur 278 · SUJETS DIVERS , bois originaux · texte numérisé non relu

SUJETS DIVERS , bois originaux

Le Réveillon sous le Pont-Neuf, Les Promeneurs sur la glace, La Débâcle (1879-80). — Fête de nuit au bois de Boulogne, 14 juillet 1881. — La Route du St.-Gothard. — La Place de l'Opéra pendant la partie de billard de Vigneaux et Slosson.— Les nouveaux Quais de Bercy. — L'Intérieur de la halle aux vins à Bercy. —Tempête à Calais.— La Sortie du bateau de sauvetage du Havre. — Le Boulevard Saint- Michel, émeute d'étudiants. — Fête de nuit sur la Seine, 14 juillet. — Portrait d'Edmond Morin. — Maison de Gambetta à Ville-d'Avray. — La Chambre des Députés, funérailles de Gambetta. — Les Ruines des Tuileries. — Le

Trophée de Gondé à Chantilly. — Incendie de la Chambre des Députés à Bruxelles (Le Monde Illustré).

Les Ramasseurs de sable à Ste -Adresse. — Encadrement pour une poésie de Coppée (La Revue Illustrée, numéro de Noël).

Le Quai de l'Hôtcl-de-Ville. — La Rue des Barres, Rue Grenier-sur-l'Eau, Vieux bachot (Id.).

La Rue de la Montagne-Sto- Geneviève. — La Seine au Pont-Neuf {L'Estampe originale) (^).

3. VOYAGE AUTOUR DES FORTIFICATIONS , série de bois originaux. ( La Revue Illustrée ).

4. LA FORÊT DE FONTAINEBLEAU , 40 bois originaux en cours de publication {Id.)

5. LES GRANDES VILLES DE FRANCE , série de bois originaux {L'Illustration).

Rouen : le Nouveau Pont ; la Cathédrale , le Pont de pierre, le Musée, St.-Étienne-des-Tonneliers , le Gros Horloge.

6. FÊTE DONNÉE POUR L'EXPOSITION DE 1867, d'après l'aquarelle d'Henri Baron (musée du Luxembourg); in-fol. en 1., 54 cent, sur 31 (pour L'Estampe Française) (^).

(^) L'Estampe originale est une publication entreprise en 1888 par un petit nombre d'artistes courageux, Bracquemond, Lepère, Boutet, Vierge, etc., dans le but d'éditer, à petit nombre dépreuves, des estampes exclusivement originales , gravures , lithographies , ou bois. Un album a paru. Désormais les planches paraîtront isolément, et resteront indépendantes les unes des autres. La tentative ne saurait être trop encouragée par les amateurs.

(2) L'Estampe Française [chez Conquet, libraire). C'est une publication [essai de publication serait plus vrai) destinée à mettre au jour, de temps en temps , quelques estampes rares sur des sujets pris exclusivement dans la vie contemporaine.

Nous avons plus d'une fois indiqué ici, dans nos notes, combien il serait

LE PETIT (Alfred) {^) , caricaturiste, né à Aiimale (Seine-Inférieure) , en 1841 , a publié ses

désiraLle de voir graver certains sujets actuels. Mais de simples vœux n'aboutissent à rien, il faut passer à l'action.

C'est pourquoi nous tentons de faire exécuter ces pièces à nos risques et périls, pour le plaisir de créer quelques estampes de plus à ajouter au fonds commun : à tout prendre , une estampe nouvelle est encore plus utile aux collections que des volumes de critiques. Ce serait un résultat curieux que le cabinet d'un iconophile garni d'estampes exécutées spécialement pour lui.

N'ayant que notre volonté à consulter, nous sommes certain que nous ne nous livrerons pas à la reproduction de tableaux d'anciens maîtres et que nous ne prendrons nos sujets que dans la vie moderne.

Quant à la rareté, nous sommes également certain de l'obtenir, par la destruction pure et simple des planches, après le tirage des épreuves à un nombre restreint.

Les planches ne formeront pas collection. Chaque estampe sera indépendante ; la prendra qui voudra, sans être forcé pour cela de devenir souscripteur aux autres planches.

La première planche de L'Estampe Française reproduit la très grande aquarelle d'Henri Baron qui est au musée du Luxembourg. C'est la fête donnée pour l'Exposition de 1867. Le sujet est à propos , en cette année 1889 d'Exposition Universelle. D'une façon absolue, au point de vue mœurs et costumes, la composition d'Henri Baron est typique : c'est un document complet sur une fête officielle au milieu du XIX'' siècle. Le nombre des épreuves est de cent vingt.

La planche suivante est le premier essai de lithographie fait par Robida ; le sujet est naturellement humoristique et d'actualité : Les Amoureuses de La Tour Eiffel. (Cinquante épreuves, puis la pierre effacée).

La troisième planche est une grande pointe sèche de Piguet : Une Française de 1889 : c'est un type , et de plus un portrait. (Quatre-vingt-dix épreuves, la planche détruite).

La quatrième est un Eventail représentant une sarabande de clowns et de pierrettes , lithographie originale de Jules Chéret.

La cinquième sera la reproduction sur bois, par Aug. Léveillé, du dessin de Détaille qui est au Luxembourg : L'Inauguration du Nouvel Opéra. A coup sûr, on ne pouvait trouver un sujet plus XIX*' siècle, et plus officiel.

La sixième Mais c'est assez parler ici de L'Estampe Française ;

nous renvoyons pour la suite aux catalogues de Conquet.

(') Il y a un autre Le Petit (A.) , graveur de petites vues et de vignettes pour divers ouvrages, et pour L'Artiste, vers 1840.

premières charges à Rouen. Venu à Paris , il a collaboré au Journal Amusant , à V Eclipse^ et fondé en 1870 le journal La Charge.

Caricatures diverses.

Nombreuses illustrations pour La Bible farce , Gros-Jean et son Curé , Le Vie drolatique des Saints , Les Contemporains dans leur assiette (portraits-charges pour la céramique), Le Trocade'roscope , Le Pétard, Le Sans-Culotte , Les Contemporains (par Ghampsaur), etc.

Ses deux suites les plus connues sont les séries de portraits intitulées : Fleurs, fruits et légumes, et Les Hommes de la Commune.

Les estampes patriotiques, anecdotiques , humoristiques et les caricatures publiées pendant la Guerre et la Commune , 1870-71 , forment une spécialité de collection poursuivie par de nombreux amateurs. Les catalogues de librairie offrent quelquefois des lots de trois ou quatre mille pièces de ce genre , pour 1,500 ou 2,000 francs. En février 1888 , il en a été fait une vente spéciale à Thôtel Drouot (Collection M***). Enfin, elles ont donné lieu à des travaux iconographiques : Grand-Carteret a publié , à la suite de son Histoire de la Caricature en Fra^ice , une iconographie des caricatures de la Commune. M. F. Wurtz, possesseur d'une collection très développée d'estampes relatives aux événements de 1870-71 , a soigneusement relevé toutes les pièces sur fiches , et pourrait ainsi publier un travail détaillé sur ce sujet.

Comme estampes historiques sur la Guerre et la Commune , voyez :

Les reproductions de tableaux et dessins de Neuville , Détaille , etc.

Les eaux-fortes de Lançon, Martial, Lalanne, Braquemond, Desbrosses , Cucinotta , Roux , Pierdon , etc., etc. — Six chromolithographies de Bruneau , sur le Siège. — Six lith. de Félon : id. (^Imp. Aug. Bry). — Une suite de 30 lith. sur le Siège , par Clément-Auguste Andrieux (Imp. Aug. Bry). — Une mère , lith. d'Adrien Marie. — Femme- regardant partir un ballon, lith.

Les très rares lithographies de Gill , que nous avons citées.

L'incendie de Paris, grande composition de Ghifflart, reproduite par un habile graveur sur bois , Auguste Joliet , qui , depuis , a renoncé à la gravure pour devenir pensionnaire de la Comédie Française.

Les bois des journaux illustrés.

Sur l'ensemble des événements de 1870-71, voyez, comme dessins humoristiques :

Le Charivari (Gham, Daumier, Grévin , etc.) ; L'Eclipsé (Gill) ; La Vie Parisienne (Marcelin-Robida) ; La Chronique illustrée (Staal) ; les albums de Draner : Les Soldais de la République , Paris assiégé , Souvenirs du siège de Paris , Nos Vainqueurs ; — de Demare : Nos Vainqueurs ; — de Faustin : Paris bloqué , Tableau de Paris , Les Femmes de Paris assiégé; — de Moloeh : Actualités , Paris dans les caves (suite assez originale) ; — de Frondât : Paris garde national. — Les caricatures de F. Régamey , etc.

Ges divers documents suffiront pour prouver que , dans les circonstances les plus cruelles , la population parisienne ne perdit ni la résolution, ni l'entrain, ni l'espoir. Sa valeur morale fut bien supérieure à celle du commandement.

Voyez encore : Bertall , Les Communeux ; Demare , Communardiana \ Nérac , Les Communeux; Schérer , Souvenir de la Co))imune ; Marcilly , Agonie de la Commune ; quelques caricatures de Saïd , etc.

Arrivons enfin à l'imagerie qui forme plus spécialement la collection dite des caricatures de la Guerre et de la Gommune , elle comprend , entre autres pièces :

Le Petit : Fleurs , fruits et légumes du jour., 31 p., légendes de BrioUet , c'est vme des séries les plus recherchées. — La Charge , journal. — Album de la Charge , 17 p. très violentes contre l'Empire. — Les Hommes de la Commune. — Divers placards.

Faustin : La Guillotine , Les Hommes du jour, La Famille à Riquiqui , Nos grrands Généraux , Le Musée Homme , Les Nouveaux Impôts . Les Hommes d'église , Le Musée comique , Actualités. — La Poule , placard ordurier sur l'Impératrice. — Les Femmes d'église , 3 p., Les Hommes d'église , 4 p.

Hadol : La Ménagerie hnpériale.

Klenck : L'Attraptyposcope , Profils politiques , Musée burlesque, Panorama co»uque,La Commune (76 portraits), Actualités , La Calotte , Les Crimes de V Exécutif , Les Valets de l'Empire ; Le Musée de la Nature (suite obscène); — Un Maraudeur, un pétroleur, une pétroleuse (3 p.). — Mgr Darhoy.

Moloeh : Actualités , Les Prêtres , Hommes politiques , Le Badingoscope , Les Silhouettes de 1871 ; LL. Exe. les Aulomédons , Les Fils de Cerbère,

Pilotell : Actualités, Croquis révolutionnaires, La Bêtise hunuiine , Avant , pendant et après la Commune , (19 p.).

De Frondât : Marrons sculptés. Les Indisjiensables, Le Pilori de 1871.

Mailiy : Le Pilori (31 p.)- — Belloguet : Le Pilori, Pilori phrénologie.

V. Goindre : Musée satirique ; une suite de pièces dites Les Ceindre.

Suites de caricatures dites Les Grognet , Les Mordret , du nom des éditeurs.

Pescheux : Aventures de Sabre de bois.

Suite de planches intitulées Médailles et revers.

Diverses pièces de Pépin, Talon. — Lafosse : La Dégringolade impériale , etc.

Plusieurs séries erotiques.

Enfin plusieurs milliers de placards isolés. — Inutile d'entrer dans plus de détails. Nous avons largement insisté sur la caricature politique (articles Daumier, Grandville , etc.) lorsqu'elle a été faite avec talent. Ici, rien : des.sin nul, aucun esprit, même aucune force de haine ou d'agression ; mais de la basse injure et de l'ordure plate. G'est l'opprobre de l'Estampe.

Le fait caractéristique do la caricature du Siège et de la Gommune , c'est cette prédominance du placard, produit naturel des temps de révolution. Tandis que les dessinateurs que nous appellerons les réguliers de la caricature , continuent à dessiner pour leurs journaux , où il existe toujours une certaine responsabilité et quelque pudeur, les irréguliers surgissent et font pulluler les placards. Si la caricature est , comme le dit Ghampfleury , « le cri des » citoyens , » le placard n'est guère que le cri d'un citoyen, d'un triste citoyen , qui profite de ce que la police sommeille pour insulter à son aise , se faire une notoriété à

tout prix , ou simplement pêcher quelque argent en eau trouble (un placard , politique ou non , qui réussit , peut rapporter plusieurs milliers de francs). Occupant dans l'échelle sociale un rang k peu près égal à celui du camelot, le dessinateur de placards , comme le rédacteur de canards , cherchant avant tout ce qui peut piquer le goût du chaland , va droit à la grossièreté , à l'injure , et bientôt à l'obscène, suprême ressource. « Ce qui distingue la cari- » cature de la Commune, dit Grand-Carteret, c'est que la » caricature ordurière l'emporte sur toutes les autres , et » dans cette fange on traîne également gens de l'Empire et » gens de la Défense Nationale.

» N'insistons pas : l'erotique s'attaquant aux person- » nages connus est le plus vil moyen auquel les haines de » parti puissent avoir recours. »

Mais , au milieu de ce débordement , la caricature de la Commune gardait sur la Commune un silence prudent! — Parce que la Commune entendait ne pas se laisser caricaturer, et que contre les Pouvoirs décidés à ne pas être caricaturés , la caricature est d'une impuissance absolue.

Ceci amène une considération générale sur le singulier rôle que la force même des choses impose à notre caricature politique. Du moment oîi elle ne peut s'en prendre aux gouvernements intolérants, par la raison même qu'ils ne la tolèrent point , elle a pour ressource de s'attaquer aux gouvernements faibles ou débonnaires ; ou , ce qui est pis , aux gouvernements déchus , sans épargner femmes et enfants ; ou encore aux hommes de liberté qui la dédaignent , et qu'elle traîne dans la boue.

Ainsi nous voilà loin des lieux communs répétés en cette matière : La caricature est une « satire vengeresse ; » elle est « dantesque , » elle « précède les révolutions » , etc. La caricature ne précède pas les révolutions ; elle les suit. Quand elle représente Louis XVI en porc ou Charles X en pieu , la Révolution n'est plus à faire , elle est faite. Quand elle attaque Napoléon r''ou Napoléon 111 , c'est que, au rebours du mot connu , l'Empire est défait. A côté de cela , muette sur la Terreur, muette sur la Commune ; muette au 18 Brumaire , muette au 2 Décembre. Et la caricature politique n'ayant pas , comme la parole et l'écriture, la ressource du sous-entendu , du demi-mot , du quart de mot , et cet art fameux « de tout dire dans un pays oii il est

défendu de rien dire », quand elle est supprimée, elle l'est totalement. Cette paralysie lui évite d'ailleurs, précisément dans les moments redoutables , loccasion de payer de sa personne. Aussi le métier est-il peu dangereux : on y risque quelques amendes, qu'on fait payer par son journal, ou même quelques jours d'un carcere pas trop duro , mais au total aucun caricaturiste n'a eu le sort de Camille Desmoulins , du duc d'Enghien, de Ney, ou des otages. Ne nous faisons donc pas d'illusion sur ces prétendus vengeurs. N'est-il pas vrai qu'il a été infiniment moins périlleux de faire pendant cinq ans toute la fameuse Caricature de 1830 que de passer seulement dix minutes sur la barricade de Saint-Merry ? Ne pas confondre Philipon avec Enjolras. Vaincus dans leur lutte contre le Gouvernement de Juillet , les caricaturistes politiques en furent quittes pour changer de genre ; ce qui nous a valu à ce moment un merveilleux épanouissement de la caricature de mœurs. Et lorsque plus tard Louis-Philippe tomba , ils l'épargnèrent , exception tenant peut-être à ce courant de générosité enthousiaste qui caractérisa 1848. Ils se rattrapèrent sur le Prince-Président , ce qui d'ailleurs n'empêcha rien.

Cette impuissance à jouer un rôle dans les moments décisifs , la pauvreté de ses moyens de discussion , qui la condamne à l'opposition en permanence , à la calomnie , à la mise en scène des personnes et non pas seulement des opinions , ses violences , sa nullité ( sauf exceptions ) , sous le rapport des qualités d'art, ont fait traiter la Caricature par les écrivains avec une sévérité justifiée. — Je ne parle pas de Jules Janin , qui , suivant son habitude de bénir, n'a pas manqué d'écrire sur la caricature cette phrase, dont la conclusion est peu d'accord avec les prémisses : « Elle » mord. Elle égratigne. Elle est cruelle. Elle est men-

» teuse Mais elle est si bonne fille ! » Quelle logique !

Renouvier, si tendre cependant à l'imagerie républicaine, n'insiste pas sur les innombrables placards de la Révolution et leurs « piètres dessinateurs. » Il montre, en condamnant Todieux graveur Villeneuve , « jusqu"oii la caricature osa descendre.» Et il fait lui-même la remarque qu'il faut à la Caricature un gouvernement libre et faible. — Les Concourt ne cachent pas leur mépris pour la caricature révolutionnaire. — Baudelaire dit d'un caricaturiste qui fait sa cour au peuple : qu'il n'est pas un homme libre , mais un esclave , dont le dessin n'est qu'une câlinerie à l'adresse

d'une caste préférée. — Ghampfleury, même lorsqu'il s'agit d'un artiste comme Daumier, se garde bien de confondre le sujet avec le dessin , et la question d'art réservée il se sépare hautement « de cette caricature haïssable et empoisonnée » , qu'il appelle aussi « un vocabulaire poissard ». Il voudrait au caricaturiste « une âme délicate, froissée par les injustices des hommes. » Au lieu de cela, remarque-t-il plaisamment , les caricaturistes politiques « cramponnés » aux événements du moment comme les mollusques aux » flancs d'un vieux navire n'ont guère plus conscience des » conséquences politiques que les coquillages de la forme » du vaisseau ». — Grand-Garteret, plein d'une juste indulgence pour tout ce qui est humour et esprit dans la caricature , stigmatise au contraire les violences et les lâchetés de la caricature politique , et sait bien quelles sont ses tendances : « Les cochons qui ont servi pour Louis XVI et « Marie-Antoinette , et pour la famille impériale , en atten- » dant quelque autre figure historique, sont toujours prêts » dans l'arsenal de la caricature populaire ».

Et le public ? Dans la pratique il se soucie bien peu de toutes ces images. Voyez par vous-mêmes comme elles tiennent une maigre place dans vos préoccupations quotidiennes. Certes la caricature politique existe aujourd'hui : il s'en publie plusieurs milliers par an (i). Et la caricature

(') Un exemple montrera quel peut être le nombre de ces images , et prouvera une fois de plus qu'en fait d'estampes de toutes sortes , la matière collcclionnable s'accroît avec une telle rapidité que nulle mémoire humaine ne saurait plus se tenir au courant.

Un iconographe distingué , de Nantes , le marquis de Granges de Surgères , publiait, il y a quelques mois une excellente Iconographie bretonne (Paris, Alph. Picard, 1889 , 2 vol. gd. in-8). Remarquez que déjà , il faut deux gros volumes pour énumérer seulement les portraits gravés de personnages bretons. Voyez l'étendue de la matière iconographique 1 Il faudrait connaître trente et-un La Tour d'Auvergne , cent-dix-neuf Moreau , trente-deux Gambronne , cinquante-trois Lamoricière et soixantequatre Trochu; — vingt-six Lanjainais et quarante-trois Manuel; — cinquante-trois Lamennais , vingt-quatre Paul Féval et vingt-et-un Monselel ; — vingt-trois Waldeck-Rousseau et quatre-vingt-trois Jules Simon ; — dix-neuf M""' Dorval et cent-cinquante-huit Duchesse de Berry ; — enfin cent-quatre Ghateaubriand; etc.

Eh bien 1 tout cela n'est encore rien. A peine V Iconographie bretonne a-t-

i« LES GRAVEURS DU XIX* SIECLE.

politique de 1889 n'est pas moins violente que ses aînées. Ses procédés de discussion sont les mêmes , elle attaque un adversaire dans son honneur, dans sa personne, son nez, ses favoris , sa barbe. Elle ne représente plus le chef de l'Etat en poire,— mais elle le représentait naguère en gorille. Elle ne fait plus du personnel gouvernemental une bande d'épiciers , — mais elle en fait une bande de filous , de traîtres , etc. Elle ne respecte pas grand-chose ; la soutane, cela va sans dire ; mais aussi l'uniforme , qui depuis quelque temps joue dans la caricature un rôle considérable. Même en ce temps de liberté absolue , elle peut être assez violente pour s'attirer un procès et quelque peu de prison. Le dessinateur Le Petit lui-même, pour une caricature où figuraient des généraux , vient d'aller à Sainte- Pélagie comme un simple Philipon. Et malgré tout elle échoue devant votre indifférence , et n'arrive pas à jouer un rôle.

11 est possible que l'usage même de la liberté nous ait blasés sur les exagérations de la caricature. Mais avec ou sans la liberté , toutes ces feuilles , sur lesquelles vous jetez à peine un regard en courant aux kiosques oia elles sont éparpillées , sont sans influence sur les faits , et ne prennent quelque importance factice que réunies dans les cartons du collectionneur , où elles viennent former bloc.

Faudrait-il donc en arriver à cette vérité d'apparence paradoxale; — que le résultat unique en matière de caricature politique , c'est uniquement de préparer matière à collection pour une variété d'iconophiles ? Champfleury l'a bien senti : « Ces images » , — a-t-il dit , — « qui à leur » apparition ont distrait une seconde les yeux du désœuvré^ » ne donnent réellement à penser que du jour où , à leur » rareté , se joint le glacis du passé ».

elle paru, qu'un nouveau nom vient s'y ajouter, celui du général Boulanger, né à Rennes, qui à lui seul exige un volume nouveau. Quelle est aujourd'hui l'importance de V Iconographie boulangisle'? M. F. Wurtz , réunissant avec soin tous les portraits , caricatures , placards pour et contre , titres de chansons patriotiques , papiers à cigarettes , étiquettes , jeux de l'oie , etc., est déjà arrivé à un ensemble de deux mille pièces 1 Et, en cette occasion , pas moyen de saisir de quel côté est la caricature politique ; le nombre des apologies balance celui des attaques.

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