LAMBERT
LAMBERT (Eugène), né à Paris en 1825.
1-2. Meute passant une rivière , in-8 en 1. — Une place enviée , in-8 (Eaux-tbrtes pour la Gazette des Beaux- Arts).
3-8. Les Chiens et les Chats d'Eugène Lambert , avec uue lettre-préface d'Al. Dumas , texte par de Gherville , 6 eaux-fortes et 445 dessins d'Eug. Lambert, un vol. in-4, 1888 (Librairie de L'Art).
Citons encore : Fables de La Fontaine, illustrées de 115 dessins inédits par Eug. Lambert (chez Hetzel). — Chiens et Chats ^ 24 p. gravées par MéauUe (dans le Magasin d'éducation d'Hetzel).
LAMI (Eugène), né à Paris en 1800, aquarelliste, peintre et lithographe.
Les aquarelles n'étant pas de notre ressort, Eugène Lami nous échappe sous son aspect le plus caractéristique et le plus brillant, et ne nous appartient que par le moindre côté : l'album lithographique, genre faisant fureur dans les environs de 1830, et auquel il a payé tribut pendant une dizaine d'années. Mais, à tout prendre, dans les lithographies coloriées des Voitures, du Voyage à Londres, des Souvenirs du Camp de Lunémlle , du Quadrille de Marie Stuart, dansé devant la duchesse de Berry, — et dans les illustrations dessinées pour V Hiver et L'Été à Paris , de Janin, et les Œuvres d'Alfred de Musset — ,
32 LES GRAVEURS DU XiX" SIECLE.
on retrouve bien l'artiste épris de modernité (') et d'élégance, peintre de la vie contemporaine , qui a su voir (c'est remarquable!) un xix® siècle aristocratique, et même chatoyant; un xix*' siècle
(1) Rien de plus intéressant que de trouver la modernité dans l'estampe. On la trouve rarement dans la gravure , qui s'est vouée à la reproduction des tableaux, lesquels, quatre-vingt-dix-neuf fois sur cent, n'ont pas de modernité. On la trouve rarement dans l'eau-forte originale qui , les trois quarts du temps , verse dans le croquis de paysage vague. Mais on la trouve dans la lithographie originale : Gharlet, Géricault, Lami, Monnier, Gavarni, Daumier, Devéria, les dessinateurs de mœurs et les caricaturistes ont été des hommes de modernité.
Cette remarque avait déjà été faite par Baudelaire. — Baudelaire est d'ailleurs, — et ceci est à signaler, — un des premiers critiques d'art qui se soient passionnés pour la modernité , et qui l'aient impérieusement demandée aux artistes. Ecoutez- le parler, soit dans son très curieux Salon de 1846, soit dans un article (sur les dessins de Guys) intitulé le Peintre de la vie moderne :
^> La vie parisienne , » — dil-il — , ^- est féconde en sujets poétiques et " merveilleux. Le merveilleux nous enveloppe et nous abreuve comme '1 l'atmosphère , et nous ne le voyons pas, La plupart des artistes qui ont " abordé les sujets modernes se sont contentés des sujets publics et officiels : » encore les font-ils en rechignant , et parce qu'ils sont commandés par le '1 Gouvernement qui les paie. Cependant il y a des sujets privés qui sont " bien autrement •» héroïques ». Le spectacle de la vie élégante et des fl milliers d'existences flottantes qui circulent dans les souterrains d'une >i grande ville, montre que nous n'avons qu'à ouvrir les yeux pour connaître il notre i' héroïsme ». Notre époque n'est pas moins féconde que les an- » ciennes en motifs sublimes, on peut affirmer que puisque tous les siècles « et tous les peuples ont eu leur beauté , nous avons la nôtre. Quant à n l'habit , notre habit tant victime, n'a-t-il pas sa beauté et son charme n indigène? M. Eugène Lami et M. Gavarni l'ont bien compris : celui-là " le poète du dandysme officiel ; celui-ci le poète du dandysme hasardeux >» et d'occasion ! Que le peuple des coloristes ne se révolte pas trop, car, •1 pour être difficile , la tâche n'en est que plus glorieuse. Les grands •1 coloristes savent faire de la couleur avec un habit noir, une cravate •1 blanche, et un fond gris
■■i Chercher la modernité c'est vouloir dégager de la mode ce qu'elle peut « contenir de poétique dans l'histoire, et tirer l'éternel du transitoire. 11
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tout en habits du bon faiseur, en équipages corrects ; un XIX® siècle de fashion, de sport, de chasses, de bals, de fêtes, de revues et de galas. Ah ! Eugène Lami n'est pas un pessimiste, lui !
« est beaucoop plus commode de déclarer -que tout est absolument laid
•1 dans l'habit d'une époque, que de s'appliquer à en extraire la beauté
•1 mystérieuse qui peut y être contenue, si minime ou si légère qu'elle soit.
'' La modernité, c'est le transitoire, le fugitif, le cootingent, la moitié de
« l'art, dont l'autre moitié est l'éternel et l'immuable. Cet élément transitoire,
» fugitif, dont les métamorphoses sont si fréquentes, vous n'avez pas le
" droit de le mépriser et de vous en passer «
Où chercher aujourd'hui de préférence la modernité ? se demande Baudelaire. Dans les annales de la guerre , dans les solennités , dans la pompe de la vie telle qu'elle s'offre dans les capitales du monde civilisé : la pompe de la vie militaire , de la vie élégante, de la vie galante. Eléments de la modernité : le dandy, les femmes , les militaires , les chevaux , les voitures. — Et il conclut :
i' Le plaisir que nous retirons de la représentation du présent tient, non n seulement à la beauté dont il peut être revêtu , mais aussi à sa qualité « essentielle de présent. ■>
Aimer le sujet contemporain non pas quoique , mais parce que contemporain ; sentir l'intérêt du présent , en réclamer la représentation , c'était une note nouvelle dans la critique il y a quarante ans ; l'avoir donnée est tout à l'honneur de Baudelaire.
Un peu plus tard, nous allons retrouver cette note exprimée par MM. de Goncourt avec une nouvelle force :
« Le moderne, tout est là : la sensation, l'intuition du contemporain, « du spectacle qui vous coudoie, du présent dans lequel vous sentez " frémir votre passion et quelque chose de vous I »
Voyez, passim , dans Charles Demailly ou dans Manette Salomon , MM. de Goncourt, revenir sur cette idée, par la bouche des personnages qu'ils mettent en scène :
» Comment , il a son temps devant lui et il ne le voit pas !
') Je te demande si une Parisienne en toilette de bal n'est pas aussi '1 belle pour les pinceaux que la femme de n'importe quelle civilisation? n Un chef-d'œuvre de Paris, la robe, l'allure, le caprice, le chiffonnement n de tout , de la jupe et de la mine
n Je sais bien : l'habit noir l On vous jette toujours ça au nez, l'habit