INCROYABLES ET MERVEILLEUSES DE
Nous avons parlé de cette belle suite à l'article Gatine, et nous signalions le mouvement de reprise sur les pièces de cette époque. Ce mouvement va s'accentuant. En 1887 nous indiquions pour la présente suite le prix de 300 fr. Nous pouvons aujourd'hui inscrire celui de 800 (i).
(!) Ainsi montent rapidement toutes les estampes ayant trait aux modes et aux mœurs du XIXe siècle. A propos de Carie Vernet nous avons constaté l'intérêt qui vient de se porter sur la période impériale. Mais on ne s'arrêtera pas là. La Restauration est dès maintenant entamée. Nous y entrons avec ce recueil d'Horace Vernet et les figures du Journal des Dames. La Librairie illustrée va publier Le Luxe sous la Restauration (par H. Bouchot) et bientôt les pendules troubadour, passées à leur tour à l'état d'objets de collection, deviendront introuvables. Ensuite, on recueillera les documents Louis-Philippe et Second Empire. C'est même déjà commencé ; et il y a plus, on s'est mis à considérer la période contemporaine et les productions graphiques de nos jours passent à l'état de docu-
222 LES GRAVEURS DU XIXe SIECLE.
229. Figures de modes du Journal des Dames. Voyez les articles Bnquoy et Gatine.
230. Œuvres de Molière, avec un commentaire d'Auger Desoer, 1819-25. 9 vol. avec 18 gravures d'après Horace Vernet, Hersent, Vafflard, Devéria.
Ce Molière, dit « d'Auger » ou « de Desoer », est un des plus beaux classiques imprimés sous la Restauration.
231. Don Quichotte. Méquignon-Marvis, 1822, 4 vol., gravures d'après Horace Vernet et Eug. Lami.
Ce Don Quichotte, dit « de Bouchon-Dubournial », est recherché en grand papier, pour y placer les figures de Smirke.
232. HISTOIRE DE NAPOLÉON, par Laurent do l'Ardèche. Dubochet, 1839, 500 vignettes sur bois par Horace Vernet.
Gravure souvent très fine et à examiner en détail , de Brévière, Porret, Andrew-Best-Leloir, Cherrier, Piaud,
ments historiques sans attendre que les années se soient écoulées. Le XIXe Siècle (par Grand-Carteret), publié par la maison Didot, contient six cents reproductions , dont beaucoup d'après des documents qui datent d'hier, et même d'aujourd'hui. Les voilà entrés dans l'histoire. Nous sommes des ancêtres, pourraient-ils s'écrier. Et avec raison.
Plus nous allons, plus s'aiguise le sentiment très vif de l'intérêt que présente, et présentera de plus en plus, tout ce qui retracera la physionomie si mouvementée, si caractérisée , du grand Dix-Neuvième Siècle; plus est nette la sensation que, dans notre genre, nous sommes un sujet d'observations aussi intéressant que la société du Seizième, du Dix- Septième et du Dix-Huitième. Plus approche l'an 1900 , plus nous attachons d'importance aux estampes documentaires sur notre temps, parce que nous sentons que c'est encore ce qui restera de plus durable et de plus explicite sur nos mœurs. Et notre siècle finissant se met à recueillir, a reproduire, à vulgariser avec passion tout ce qui le représente ; c'est un nonagénaire qui, sentant sa fin prochaine, rassemble tous ses portraits et les fait reproduire, pour les léguer à tous ses enfants.
Rouget, Verdeil, Lacoste, Ghauchefoin, Grenan, Roux, Sears, Thompson, Williams, Gowland, etc.
C'est l'un de nos très beaux livres à figures sur bois et — après le Norvins de Raffet (') — le second des livres illustres napoléoniens, le troisième étant le Mémorial de Sainte-Hélène illustré par Gharlet, le quatrième l'Histoire populaire de Napoléon de Marco Saint-Hilaire. et le cinquième le Napoléon en Egypte illustré par Bellangé (une vignette par Horace Vernet).
Horace Vernet est , naturellement , un des peintres du xixe siècle qui ont été le plus souvent gravés : c'est un titre qu'il partage avec d'autres ; mais ce qui le caractérise, c'est que , — à la différence de Paul Delaroche et d'Ary Scheffer. qui ont été gravés par l'élite des burinistes, — il n'a été reproduit que par des gravures à peu près : burins de second ordre, lavis de Jazet, planches sommaires des Galeries de Versailles, ou gravure mécanique de Burdet.
(J) Raffet a pris aujourd'hui comme peintre militaire la place qui lui appartient, celle d'un dessinateur de génie. Pour Horace Vernet, il reste. non pas un « grand peintre » (l'appellation est justement réservée aujourd'hui à ceux qui ont eu de maîtresses qualités de conception ou d'exécution, aux peintres peignants), mais, — ce qui n'est pas la même chose, — l'un des peintres les plus considérables du XIXe siècle, — en dépit des colères furibondes qu'il a jadis suscitées chez les critiques genre indigné.
Nous avons trouvé un spécimen de la critique à indignation avec Gustave Planche sur Bellangé. En voici un autre, et peu ordinaire, à propos d'Horace Vernet. Baudelaire a écrit : » M. Horace Vernet est un » militaire qui fait de la peinture. Je hais cet art improvisé au roulement » du tambour, comme je hais l'année, la force armée, et tout ce qui traîne » des armes bruyantes dans un milieu pacifique. — Celte immense popu- » Imité, qui ne durera d'ailleurs pas plus longtemps que la guerre, (!) » est pour moi une oppression. Je hais ce! homme parce que ses tableaux » ne sont pas de la peinture, mais une masturbation agile et fréquente, .> une irritation de l'épiderme français. ...»
Baudelaire lui-même ne récrirait pas cela aujourd'hui. Au fond , ces colères à froid sont pose de dilettante. Mais depuis 1846 bien des choses se sont passées, — qui ne ressemblent pas à la fin de la guerre, — et maintenant, le dilettantisme de lettré applique à l'armée ne se comprend plus et paraît un commencement de putréfaction.
224 LES GRAVEURS DU XIXe SIÈCLE.
VER NIER (Charles), dessinateur de mœurs. Lithographies, 1840-1871.
En province, les affiches donnant pour la saison théâtrale la composition de la troupe portent des mentions d'emplois dans ce goût-ci : Un tel : fort troisième rôle, des seconds au besoin. C'est là ce que Vernier fut, pour le Charivari, dans cette période 1845-1860 ou les chefs d'emploi étaient Daumier, de Beaumont et Cham. 11 devint l'un des collaborateurs, sinon les plus brillants, du moins les plus féconds du journal, et de même que l'observateur peut relever des traits intéressants dans une comédie de moeurs, même jouée par des doublures, il trouvera forcément à glaner dans les séries lithographiques de Vernier qui ont de la valeur d'àpropos, comme suffiraient à l'indiquer leurs titres: Actualités, Au Bal masqué, Au Balde l'Opéra, Ces bons Parisiens, Croquades politiques, Croquis militaires, En Vacances, Retour des Vacances, Les Fenêtres de Paris, Fêtes champêtres, Les Français croqués par eux-mêmes, Les Grisettes, La Lanterne magique, Nouvelle Lanterne magique, Lunettes - lorgnons - lorgnettes , Modes ridicules civiles et militaires , Le Pays latin , Physionomies des bals publics , Les Pétitions illustrées, La Polkamanie, Scènes commerciales, Soirées parisiennes. Souvenirs de l'exposition de 1844, Le Peuple de Paris, 1848 (série à noter, les documents sur la révolution de 1848 étant, en somme, assez rares), Les Troupiers français, Nos Troupiers en Orient, Souvenirs de Carnaval, 1859, La Crinolinomanie (la crinoline fut, pour les caricaturistes du xixe siècle, l'équivalent de ce que les hautes coiffures avaient été pour ceux du xvme). — Et diverses autres suites : Croquis divers, Dictionnaire de l'Académie, Les douze Mois, Revue caricaturale.
Titres de romances. — Séries de costumes : Bals fashionables de l'Opéra ; Travestissements parisiens ; Musée des costumes. — Costumes de l'Armée française; Costumes militaires des différentes nations. — Portrait de Napoléon Bonaparte 7,500,000 voix. — Guerre d'Italie, suite.
Charles Vernier a dessiné les bois du Comic-Almanach de 1842-43 (les eaux-fortes sont de Trimolet), diverses caricatures, etc.
VER NIER (Emile), né à Lons-le-Saulnier, mort en 1884 , lithographe et peintre (l).
Lithographies.
Superstitions du Berry : Maurice Sand, 12 p. 1857. — Le Déjeuner interrompu : Garand. — Forêt de Fontainebleau , Ém. Vernier. — Edith, Julie : Gigoux.
Un Nid de Fauvettes : Ed. de Beaumont, 1857.
La Vallée de la Loire, La Vallée d'Ornans (L'Artiste) ; Le Casseur de pierres, gd. in-fol. en L; Le Change; La Curée; La Remise des Chevreuils ; La jeune Fille aux mouettes ; Le Retour de la Foire ; La Meute sous bois : Courbet.
Le Cheval qui boit : Meissonier, in-8 (tableau de la collection Verdier).
Une Famille de saltimbanques : G. Doré.
Jeune femme endormie ; La Vierge allaitant : Tassaert.
Une Noce en Alsace : Brion.
Relai de chiens anglo-normands ; Le Lièvre, Le Lapin, Le Faisan, La Perdrix, sujets de chasse in-4, et les mêmes in-8: de Balleroy. — La Meute sous bois : Balleroy. — L'Entrée au bois, Retour au chenil, 2 p. : Schutzemberger. — Rendezvous de chasse : Claude.
Les Bulles de Savon, Les Tourterelles, Le Loto, La Leçon, La Lecture , L'Indiscrète : Chaplin.
Le Combat de coqs ; Les Joueurs de trictrac : Roybet. — Les Gâte-Sauce, La petite Fille au chien : Ribot.
Trouville-Deauville et ses environs, album pittoresque d'après Boudin (quelques pièces comme La Jetée, L'Heure du bain ont de l'intérêt comme modes de 1865).
Fromage blanc ; Fleurs et fruits : Ph. Rousseau.
Baigneuses : Diaz. — Le Pont de Moret : Decamps. — Paysages de Jules Didier et de Jules Dupré.
Suite de douze paysages de Daubigny ; L'Ile de Vaux à Auvers, Le Printemps, Bords de la Loire, Herblay, Étang de Gilieu, Lever de Lune, Village de Glouton, Le Pont- Marie, Villerville, Moulin des Gobelles, Le Pré des Graves, Une Mare dans le Morvan.
(!) Décoré en 1881. plutôt comme peintre.
Il existe un autre Vernier (Paul-Barthélemy), dit Verron- Vernier, peintre et lithographe, 1830-1861.
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Paysages d'après Corot : L'Étang de Ville-d'Avray, Le Bord de l'eau, Le Matin, Le Soir, Le Marais, Le Berger, La Toilette, Sodome (*).
Gardeuse de dindons : Breton. — Moutons au pâturage : Ch. Jacque.
Tête de Supplicié : Géricault.
Le Lion au caïman ; Othello : Delacroix.
La baronne de L*** ; Petit enfant couché : Henner.
La Fileuse, Le Vanneur ; L'Angelus : Millet.
Le Départ des ramoneurs : Sain. — Le Docteur G.: Amand Gautier. — Othello et Desdémone : Rodriguez. — Turc, Hidalgo : Merino. — Paysage : Flahaut. — Éléphant dans les jungles : Saint-François. — Petit Pâtre italien dansant, Italienne buvant à la fontaine; M. Thiers, M. Grévy : Bonnat. — Les deux Sœurs : Stevens. — Chien et chats : Lambert. — Petite mère : Girardet. — L'Examen : Brandon.
— Grand Sanhédrin des Israélites de France : Moyse. — Le Sommeil de la Grand'Mère, Le Déjeuner de la Pie : Fortin.
— Le vieux Voisin : Salentin. — La Peste d'Elliant : Duvau.
— Un Soir dans les Alpes ; Les bonnes Commères ; Le Moment difficile : De Meuron. — Dans les Pyrénées, La Barre de la Bidassoa : G. Colin. — Le Bosphore : Pasini. — La Nourrice : Michel Lévy. — Les Saltimbanques ; Magy.
— Porteuse de fagot buvant à la fontaine : Baron. — Arabes abreuvant leurs chevaux : Huguet. — Pâturage : de Kock.
— Environs du Caire : L. Belly. — Etc.
(*) Quel avenir est réservé, sous le rapport de leur entrée dans les collections d'estampes, et du prix qu'on les paiera, aux innombrables reproductions de tableaux de paysages qui ont pullulé à la suite de la période d'éclat de notre école paysagiste ?
Il est bien à craindre que cet avenir ne soit pas brillant : et il ne s'agit pas ici de prophétiser au hasard, mais de constater. En regardant autour de soi, l'on voit bien la fortune éclatante du paysage en tant qu'estampe originale : sans remonter à Rembrandt et à Claude Lorrain, aucune inquiétude D'est possible pour les eaux-fortes et lithographies originales des Paul Huet, des Jules Dupré, des Daubigny et des Corot. Mais pour les reproductions de leurs tableaux ne tomberont-elles pas à rien en dépit de leur mérite très grand? Où sont-ils les collectionneurs de reproductions de paysages ? Voyez par analogie ce qui se passe pour le xvmesiècle : s'agit-il de recueillir le Coucher de la mariée ou le Monument du costume, ils sont deux cents amateurs. Et pour recueillir un de ces paysages gravés par Vivarès et si vantés il y a cent ans ? Pas un.
Les lithographies de Vernier, d'une couleur honorable au début, étaient tombées à la fin dans le gris uniforme et désespérant. C'est dans ce ton que sont exécutées deux images d'après Puvis de Ghavanne, qui n'en resteront pas moins historiques, sur le siège de Paris, Le Départ du ballon et L'Arrivée du pigeon (il y a des titres plus solennels : La Ville de Paris confie son appel à Pair, etc.).
VEYRASSAT ( Jacques -Jules ) , peintre et graveur, né à Paris en 1828.
1. Innocence: F. Besson. — 2. Poésies d'Arsène Houssaye : F. Besson. — 3. Maître d'école en Turquie : Decaraps , 1848. — 4. Le Dessinateur : Monginot. — 5. Cabaret en Normandie : Andrieux.
— 6. La Promenade du Curé — 7. Plafond de la chambre à coucher de l'impératrice : F. Besson. — 8. Les Buveurs de cidre, d'après son tableau de 1850. — 9. Le vieux Mendiant, d'après son tableau. 10. Le Tonnelier: Ed. Frère. — 11. Intérieur en Bretagne : Fortin. — 12. Le Joueur de mandoline : Decamps. — 13. Femme cousant : Frère. — 14. Marché aux chevaux : R. Bonheur. — 15. Supplice de Brunehaut : Tabar. — 16. Prière des petits Bretons : Ed. Frère. — 17. Bazar à Beyrouth : Th. Frère. — 18. L'Essai d'une vocation : Ch. Fortin. — 19. La Fête de la mère : Ch. Marchai.
— 20. Soleil couché : Daubigny, 1858. — 21. La Famille du menuisier : Rembrandt. — 22. Après la toilette : Chaplin. — 23. La Mendiante : Decamps.
— 20. Vaches à l'abreuvoir : Troyon.
Ces planches ont été exécutées pour L'Artiste de 1847 à 1859. Veyrassat compte donc, avec Hédouin, parmi les précurseurs de la gravure de reproduction à l'eau-forte ou en travail libre, appelée depuis à un si grand développement.
228 LES GRAVEURS DU XIXe SIECLE.
25. Une partie des illustrations de Bida pour les Évangiles. — 26. Arabes en voyage : Delacroix.