‹ Les graveurs du 19e siècle; guide de l'amateur d'estampes modernes (volume 4)Chapitre 139 sur 161 · L' Angélus N°2, in-fol. en 1. (G. Petit · texte numérisé non relu

L' Angélus N°2, in-fol. en 1. (G. Petit

Lui ! encore lui 1

Nous voici au moment ou L' Angélus devient un talisman qui partout où il passe fait jaillir un flot de paroles, un flot d'encre et un flot d'or. On le vend, on le revend, on le grave, on le regrave, on le promène, on l'exhibe, et toujours de l'argent ! Au moment où Waltner le grave pour la seconde fois il est à deux cent mille francs. Encore quelques années et il va passer à six cent mille !

En 1889, (il nous en souvient) des collectionneurs qui se sont liés à l'occasion de l'exposition centennale ne veulent pas se séparer pour toujours. Ils organisent un dîner pour se revoir. On dîne donc. On cause art, art français ; peinture, peinture française, peinture française contemporaine; on s'excite, on s'échauffe ; on déboulonne en passant les vieux allemands et les vieux italiens , on dit leur fait aux italia-

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nissimes. Place aux jeunes , aux Français du xixe siècle : c'est « eux qui sont les princesses ». On pleure sur

Y Angélus qui n'ira pas au Louvre parce que l'Etat ne peut pas l'acheter. Au dessert surgit une idée généreuse: Si nous avancions les fonds ? On les avance par cotisation , trois cent mille. Le lendemain Y Angélus se vend six cent mille et on l'achète tout de même , effet bien connu de Y emballement en vente publique. Mais l'Etat ne juge pas à propos de prendre l'acquisition à son compte ; nous n'avons ni à le louer ni à le blâmer. Les Américains se substituent aux amateurs-acquéreurs , paient les six cent mille, emportent Y Angélus. Les collectionneurs emportent leur veste et rentrent dans leurs avances.

Vue de loin et avec dilettantisme l'affaire n'est pas capitale. Mais sur l'instant, quelle histoire ! En toute chose il y a un mauvais et un bon côté. Le bon côté, ici, était qu'un tableau de l'école française contemporaine était allé à six cent mille et avait trouvé plus d'un acquéreur. Résultat très clair. Et pour la conduite à tenir ensuite , il n'y avait qu'à laisser passer Y Angélus, en saluant le tableau qui valait un tel prestige à l'huile française. Mais c'est trop demander à des Gaulois. Alors on se mit à analyser le tableau et l'opération, et l'on découvrit : 1° que le tableau ne valait que la moitié de ce qu'on l'avait payé, 2° que c'était un mauvais Millet , 3° qu'il était en mauvais état , 4° que c'était un tableau clérical. Clérical et craquelé , Monsieur ! 5° que ces pauvres Américains avaient été victimes, 6° enfin, un critique, et des plus forts, s'écria que

Y Angélus «c était un tableau de cent sous ! »

Ah, s'il s'était agi des Glaneuses ! Les Glaneuses, voilà ce ce qu'il eût fallu pour notre musée. Car... si... mais... etc.

Un mois après , les Glaneuses étaient généreusement données au Louvre. A quelque chose Angélus est bon !

A peine celui-ci était-il vendu qu'on en faisait graver à Paris une reproduction pour l'exportation (ne pas confondre avec celle de Waltner), qui en un clin d'ceil donnait en Amérique vingt-cinq mille francs de bénéfice.

Des reproductions de Y Angélus, encore une fois, Seigneur, délivrez-nous !

103. LE CHRIST DEVANT PILATE : Munkacsy ; gd. in-fol. en 1. 1882.

Passons à la série des reproductions de l'école anglaise ancienne.

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