THOMAS
romantique : diable avec doigts crochus, chat, bourreau, bonne lame de Tolède, instruments de torture, etc. Pour épigraphe :
Tout ce qui n'est pas classique est romantique. Le classique ! rococo, perruque, archiperruque. Le Romantisme ! divin, et je ne sors pas de là. Monsieur Beaufils.
A la première planche, le jeune employé de l'Arriéré, en chemise et bonnet de coton, entre sa table de nuit et son lit de sangle, tombe de fatigue. Mais il vient de s'imprégner de lectures romantiques et son sommeil sera agité, d'autant plus que son chat s'est blotti contre lui et lui donnera des illusions. Le voici, à la planche suivante, qui descend du bateau à vapeur de Saint-Gloud : son cauchemar lui fait penser qu'il aborde dans quelque île déserte. A la troisième planche, un Méphistophélès, très bien attrapé par le dessinateur, en charge de celui de Delacroix, rit sataniquement aux dépens de l'infortuné jeune homme. A la quatrième, le rêveur se voit dans une vieille église, une bande de mousquetaires se rue sur lui. A la cinquième planche, Méphistophélès a enlevé au jeune homme sa compagne, sa Mélanie ; il les voit apparaître tous deux à une lucarne, avec une inscription en traits de feu. C'en est trop, l'employé de
l'Arriéré fait un effort suprême et son lit de sangle
s'effondre bruyamment. Il se réveille en sursaut, — c'est le sujet de la dernière planche, — à la voix de la portière qui lui dit : « Allons, monsieur, levez-vous ! »
Ce persiflage est conçu avec esprit et, ce qui ne gâte rien, exécuté d'un crayon très fin et doux (*).
THOMAS (Napoléon), dessinateur.