‹ Les graveurs du 19e siècle; guide de l'amateur d'estampes modernes (volume 4)Chapitre 89 sur 161 · Le Départ pour la chasse, in-fol. enl., par Coqueret · texte numérisé non relu

Le Départ pour la chasse, in-fol. enl., par Coqueret

108. Fin d'une chasse, par Coqueret. (Pièce portée sur un catalogue de 1889).

109-110. Cheval préparé pour la chasse ; — Retour d'une chasse a la bécassine après l'orage : 2 p. in-fol. en 1., par Coqueret.

111. L'ARBRE FRANCHI (par une amazone à la chasse) : gd. in-fol. en 1., par Coqueret (Chez Rolland. — Très belle pièce, intéressante par le costume de l'amazone).

Nous sommes ici dans le vif de l'œuvre de Carie Vernet, et dans une catégorie d'estampes sur laquelle l'attention des collectionneurs et des historiens vient actuellement de se fixer avec passion. Et par collectionneurs , nous n'entendons pas seulement les collectionneurs spéciaux , les hommes de sport : ceux-ci ont toujours ardemment poursuivi les sujets de courses , de chevaux , et de chasse (voyez l'article Hunt) , mais encore les collectionneurs et les curieux en général, ceux qui aiment tout ce qui retrace l'aspect d'une société disparue.

La société que nous montrent les estampes de Carie Vernet, c'est la société brillante de l'époque impériale.

Et les collectionneurs sont présentement en train de « découvrir » l'Empire ! (*)•

(!) L'Empire ! qui l'eût pensé, il y a cinquante ans ; à l'époque où les modes de l'Empire passaient pour le dernier mot du disgracieux, les meubles de l'Empire pour le comble de l'horrible ?

L'Empire ! qui l'eût dit, il y a quarante ans, au moment où l'austère Renouvier, avec le goût classique et diayseptième alors général, n'avait qu'un mot de mépris pour tout l'art du dix-huitième siècle : la corruption ; — et un autre pour toutes les choses de l'Empire : la platitude ?

L'Empire ! qui l'eût cru, il y a vingt ans, lorsque commença la furie sur les estampes du xvnie, lorsque s'établirent le triomphe , la prépondérance exclusive de Cochin, d'Eisen et de Gravelot, de Baudouin et de Lavreince, de Moreau (première manière, ne confondons pas !) et de Debucourt (également première manière) ?

Eh bien oui, l'Empire ! nous y sommes arrivés. Nous ne dirons pas, suivant un mot historique, que l'Empire « est fait » ; mais nous dirons, suivant un terme de collectionneur, que l'Empire « se fait ». On « y est » en plein !

Les raisons de cette orientation nouvelle de la mode et de la curiosité ?

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112-113. Le Départ; — La Chasse, 2 p. gd. in-fol. en 1., par Debucourt (chez Rolland).

114. CHASSEUR ÉGARÉ , très gd. in-fol. en 1., par Debucourt. — A pour pendant : 115. CHEVAL EFFRAYÉ PAR LA FOUDRE, par Debucourt (chez Rolland).

Remarquer combien les pièces à l'adresse de Rolland, qui datent du début du siècle, (elles portent la mention du dépôt à la bibliothèque Nationale), sont d'un lavis plus brillant et plus léger que celles qui ont été gravées par la suite, et dont le ton est d'un noir épais.

115 bis. Sous bois, passage du ruisseau, par Debucourt (?), pièce portée sur un catalogue de 1889. Ce doit être le Chasseur égaré.

Il n'y en a qu'une (en tenant pour négligeables les questions des préférences capables de déterminer la spécialité de quelques collectionneurs, mais non pas une direction générale du goût ; le collectionnisme, d'habitude, ne se réglant pas sur la politique).

La seule raison est que la grande loi de l'évolution collectionniste a fait son œuvre. Après celle des autres siècles , la matière collectionnable du dix-huitième siècle a été épuisée. Plus de Chansons de La Borde et de Métamorphoses d'Ovide, plus de Contes des Fermiers Généraux et de Fables de Dorât (j'entends, en exemplaires dignes de la bibliophilie transcendante), plus de Couchers de la Mariée ou de Promenades publiques (j'entends, en épreuves inouïes), et si par hasard il s'en trouve, ce sont des prix tellement abracadabrants et fantasmagoriques que tous les aspirantsamateurs qui seraient tentés d'entrer dans le collectionnisme et d'aborder la curiosité par le dix-huitième siècle reculent épouvantés, comme le flot classique. Et aussi les amateurs à trois chevrons, qui jadis connurent des prix plus tempérés.

Il y a donc la lassitude, et le besoin du nouveau. Tout a été dit sur les illustrations de Dorât et sur La Borde. Et quant aux estampes fameuses du XVIIIe, c'est pire : elles sont aujourd'hui imitées, truquées, et les faux Saint- Aubin , les faux Debucourt , et les faux Taunay vous cauchemardei.t, comme le spectre de Banco, étalées dans de faux cadres jusque chez le dernier des marchands de ferraille, et ne vous lèchent même pas à l'époque du repos et des vacances, vous poursuivant, à leur proie attachées, jusques à la devanture des marchands de curiosités qui « font » (ou mieux : « refont » ) les stations balnéaires.

Et puis, autre résultat de la loi de l'évolution, à mesure que le temps s'éloigne et après plusieurs générations, les hommes et les choses qui

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116-119. LE CHASSEUR; — LE CHASSEUR AU TIRER; - LE DÉPART DU CHASSEUR; — LE RETOUR DU CHASSEUR, 4 p. gd. in-fol. en 1., par Debueourt (221 fr. en 1889).

120-121. LA CHASSE AU RENARD: - LES CHIENS AYANT PERDU LA TRACE, 2 p. gd. in-fol. en 1., par Debueourt.

122-123. L'Entrée dans le bois; — La Chasse, in-fol. enl., par L.-J. Allais.

124-130. Le Départ au galop, Cheval de chasse, La Barrière franchie. Le Saut, Le Cavalier démonté, Le Jockey au montoir, Le Cheval bouchonné, 7 p. pet. in4 en 1., par Darcis (la suite est vraisemblablement de huit pièces).

paraissaient vieillis et démodés à la génération immédiatement suivante, reprennent de la vie et de la séduction.

Et voilà pourquoi on vient de faire au Champ-de-Mars l'exposition de L'Art au commencement du Siècle. Voilà pourquoi M. Marmottan a publié son curieux livre sur les Peintres français de 1789 a 1830. Voilà pourquoi on collectionne les meubles et bronzes de l'Empire, et pourquoi, avec le goût de la copie qui caractérise notre siècle, nos ébénistes ont immédiatement établi quelques modèles d'ameublement Empire, qui se vendent aujourd'hui aussi couramment que naguère le Louis XVI, le vieux flamand, et autres mobiliers « de style ».

Jusqu'ici d'ailleurs, on n'avait jamais raconté l'Empire qu'au point de vue militaire. Que ce fût Mignet ou Thiers, Norvins ou Laurent de l'Ardèche, toujours la guerre et rien que la guerre. Mais on a fini par se clouter qu'il a dû exister sous l'Empire une société, société élégante et brillante, chapitre capital dans l'histoire de la société française ; on a voulu la reconstituer à l'aide des documents du temps. Et voilà pourquoi la maison Didot a publié en 1888 un Napoléon Ier ET SON TEMPS, histoire militaire ; gouvernement intérieur, lettres, sciences et arts. avec cinq cents figures ; voilà pourquoi la librairie illustrée vient de nous donner Le Luxe sous l'Empire (par Henri Bouchot) avec une belle série de reproductions ; voilà pourquoi on n'injurie plus le Debueourt de la seconde manière, le Debueourt de La Petite Barque, de Y Heureuse Union, de La Mariée, de La Famille réunie et même de la Voiture brisée par un temps de neige, et pourquoi les Carie Vernet vont à leur tour devenir introuvables ; voilà pourquoi on s'arrache les estampes de modes et de mœurs du commencement du siècle, et enfin, pourquoi les femmes vont présentement se remettre la taille sous les bras.

198 LES GRAVEURS DU XIXe SIÈCLE.

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