‹ Les graveurs du dix-huitième siècle (volume 2)Chapitre 12 sur 188 · in-fol. (D · texte numérisé non relu

in-fol. (D

89. OSWALD (Henry), cardinal d'Auvergne, etc., d'après Rigaud,

1749; in-fol. (D. 12).

Avant l'inscription : Hanc effigien. . . 705 fr. vente Béhague.

9'J. Steiger (G.), Consul Reipublicœ Bernensis, d'aY)rhsJ.R.}îuhbi\ in-fol. (D. 13).

91. VINTIMILLE (G. G. G. de), archevêque de Paris, d'après Rigaud,

1736; in-fol. (D. 11).

92. ZINZENDORFF (P. L. Comte de), homme d'état allemand, d'après

Rigaud; in-fol. (D. 15).

351 fr. avant la lettre, vente Béhague, 610 fr. vente Didot.

Le Christ couronné d'épines, d'après Van Dyck; in-1, gravure très soignée. Jésus-ChrisI en croix , d'après Le Brun.

DUBOSG (Claude).

Dubosc a gravé , en collaboration avec son maître Bernard Picart, les Travaux d'Hercule, d'après Louis Ghéron , en 12 pièces. Il passa en Angleterre avec Beauvais et Lépicié pour graver les cartons de Raphaël, plus connus sous le nom de Cartons de Hampton- Court , château royal des environs de Londres , où ils étaient placés. L'entreprise n'eut pas de succès.

Dubosc continua néanmoins à séjourner en Angleterre. 11 grava, aidé de Beauvais et de Baron, une suite des Batailles du duc de Marlborough , et collabora à la gravure des Cérémonies et Coutumes religieuses de tous les peuples de Bernard Picart.

Dubosc a gravé aussi Suzanne entre les vieillards, d'après Annibal Garrache, et la Continence de Scipion, d'après le Poussin, de la collection de Robert Walpole.

Signalons encore quelques en-têtes d'après Gravelot pour des ouvrages publiés en Angleterre , cinq pièces pour Gulliver d'après Grison , gravées avec B. Baron, un Apollon allant rendre visite à Thétis , d'après Jouvenet , et le Tombeau de Shakespeare à Westminster-Abbey (1740).

DUGHANGE (Gaspard).

Duchange, né à Paris en avril de l'année 1662 , était le fils d'un tapissier. Elève de Jean Audran , il prit un faire large , une grande habileté d'outil et un travail particulièrement moelleux dans les chairs : son burin caressant et sa recherche de la beauté lui donnèrent toutes les quahtés nécessaires pour interpréter les grands maîtres , et ses travaux d'après l'un d'eux ont établi sa réputation et l'ont même fait surnonnner le Corrège de la gravure. Il est en effet celui de tous les graveurs qui a le mieux rendu les tableaux du Corrège , et l'on en peut juger par ses planches àiQ Jupiter et lo , de Lèda et de Danaé , estampes recherchées quand on les trouve avant la retouche et les draperies rajoutées par Sornique qui y a mis son nom. Pris de scrupules tardifs , Duchange abîma des planches dont la nudité l'offusquait ; « L'indécence de » ces sujets, a dit Gaucher, étant devenue pour lui un » sujet de remords , il eut le courage d'en mutiler les » cuivres k grands traits de burin. »

Est-ce manque de pruderie de notre part, mais nous nous expliquons mal les sévérités iconoclastes du graveur. UIo , signée G. Duchange sculpsit , 1705 ,

otfre un peu de vivacité peut-être , parce que le nuage commence à sortir du vague pour devenir une tête qui embrasse et des mains qui caressent , mais que de moelleux dans ce pointillé des chairs de la mortelle distinguée du dieu et à demi pâmée , que de fondu dans ces tailles régulières qui s'enroulent en se jouant autour de ces belles formes ! C'est une remarquable estampe, que ces vers prudhommesques ne par\'iennent pas à gâter :

lo sensible à l'ardeur d'un volage Se livre en proye à son pressant désir.

Si cette nymphe eût été sage.

Elle aurait sçu que l'amour dans l'usage Fait, tost ou tard, ressentir à loisir

Mille douleurs pour un plaisir .

Avec la planche signée et restaurée par Sornique, où il ne reste plus que les initiales G. D., lo se transforme modestement en une Diane endormie. La bouche charmante et ravie reste bien entr'ouverte . mais ce n'est que du zéphire et non plus de Jupiter qu'elle reçoit les caresses. Le gracieux mouvement du bras s'abaisse, et sa main, au lieu de presser le nuage, brandit fortement un arc. Enfin la nudité de cette taiUe cambrée par le plaisir est pudiquement recouverte d'une draperie assez sotte. Desrochers et Bai'tolozzi, qui ont copié le même sujet, n'ont pas été pris des mêmes scrupules.

L'arrangement de la Lèda était peut-être un peu plus scabreux . mais n'avait pourtant rien de grossier. L'on voit à gauche le premier épisode du cygne lutinant Léda ; au milieu de l'estampe est Léda vue de face et vaincue par le cygne divin , pendant que dans

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un coin l'Amour rit en notant quelques soupirs sur sa viole. La planche est grassement gravée et les chairs bien rendues par des procédés de tailles entrecroisées de la plus grande simplicité. Au-dessous ces vers bizarres , destinés à atténuer ce que la scène aurait de trop vif :

Ne jugez pas sur ce que vous voyez.

Chastes yeux, mais plutost croyez Qu'en ce tableau la fable et la peinture Comme une énigme ont jadis exprimé

Le système de la nature

De l'embryon dans Vœuf formé.

La Danac interprète une autre ravissante fantaisie du peintre , qui a conçu une Danaé pudique à laquelle l'Amour cherche à enlever ses derniers voiles. C'est d'après les dessins de Pietro di Pietri que furent exécutées ces estampes, d'après les originaux du Corrège qui appartenaient alors au prince Livio Odescalchi , et et ce n'est que plus tard qu'ils vinrent orner la galerie du duc d'Orléans.

Trois des plus importantes planches de Duchange sont encore les Vendeurs chassés du Temple, le Repas chez Simon le Pharisien, et Jésus ressuscitant le fils de la veuve de Naïm , d'après Jouvenet.

Duchange a beaucoup aussi gravé d'après les Goypel, surtout d'après Antoine Goypel , le peintre favori du duc d'Orléans ; plusieurs de ses compositions mythologiques, Jupiter caressant Junon, dédiée à Mansart , Diane et ses Nymphes , dédiée au Marquis de Beringhen , Vénus endormie , la Mort de Didon , les Quatre Eléments en collaboration avec Desplaces, etc. Une très intéressante estampe de notre artiste est

30 LES GRAVEURS DU XVIIie SIÈCLE.

encore celle qui représente Antoine Coypel ayant auprès de lui son fils qui le regarde peindre.

L'Académie devait être la récompense de ces efforts méritants. 11 y fut agréé et grava pour sa réception qui eut lieu en 1707, deux portraits de Rigaud , le peintre Chatoies de La Fosse qui semble un peu poussé au noir, et le sculpteur François Girardon plus lumineusement et largement traité.

Sa liaison avec les Audran le fit choisir comme un des principaux graveurs de la Galerie du palais du Luxembourg et c'était même chez lui , rue Saint- Jacques au-dessus de la rue des Mathurins, que se vendait en 1710 cette belle collection. Tout le monde connaît la célèbre série de peintures commandée à Rubens par la reine Marie de Médicis, pour orner le palais commencé par elle en 1615, et qui devait retracer en caractères immortels les principaux traits de sa vie. Le duc d'Orléans, à qui appartenait au commencement du XVllP siècle le palais du Luxembourg , résolut de faire graver ces grandes pages historiques afin d'en divulguer les beautés, et c'est à J. M. Nattier que fut confié le soin de faire des dessins pour en faciliter la gravure ; celui-ci s'adjoignit ses deux fils, encore jeunes, et tous trois mirent deux ans à ce travail. C'est d'après ces dessins que les graveurs exécutèrent leurs estampes.

Duchange acollaborélàavecles plus habiles artistes de son temps : Jean et Benoît Audran , G. Edelinck , Massé, Trou vain, Bernard Picart, C. Simonneau , etc. . . ; les pièces qu'il y a gravées, de 1707 à 1709, de son burin académique et facile , sont généralement trouvées inférieures à ce qu'il pouvait faire , et ren-

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daiit mal le caractère des peintures de Rubens , mais pour le dernier reproche il faut surtout en charger les dessins de Nattier. Ces pièces sont , la Naissance de la Reine , le Débarquement de la Reine à Marseille où l'on admire les fameuses sirènes du premier plan , la Ville de Lyon allant au devant de la Reine , la Paix confirmée dans le ciel , enfin la grande pièce de V Apothéose de Henri IV et la Régence de la Reine.

Ces estampes furent très recherchées au début , si nous en croyons l'avertissement du livre : « Le désir » ardent-que l'on témoigna en pais étranger comme » en ce roïaume d'avoir un recueil d'estampes de ces » excellons ouvrages , a été si pressant qu'on n'a pu » refuser les estampes à mesure qu'elles ont esté » gravées , sans pouvoir attendre le temps de les ras- » sembler en un corps, comme on le voit aujourd'hui. »

Il a aussi gravé , pour la GaletHe du Président Lambert , l'estampe représentant les Muses Melpomène , Erato et Polymnie, et plusieurs autres planches. Il les présentait le samedi 5 septembre 1739 à l'Académie qui les jugeait dignes de pai^aître au jour sous sa protection.

Duchange semble avoir été mêlé, beaucoup plus que sa signature au bas des planches ne tendrait à le faire supposer , à l'exécution du beau livre connu sous le nom de Sacre de Louis XV. Ce somptueux ouvrage, véritable document gravé et monument des anciennes pompes royales , représente avec ses minuties d'étiquette, de cérémonial et de costumes, tout le menu de cette importante cérémonie de l'ancienne France , le sacre du roi dans la basilique de Reims. C'est là que se trouve réglé jusqu'en ses moindres

détails , le lever du jeune roi , sa marche processionnelle à l'église , son adoration devant l'autel , son couronnement, la cérémonie des offrandes et le festin royal.

Toutes ces planches sont travaillées très simplement et sans viser à l'effet. Duchange a gravé pour sa part la première, le Lever du Roy, l'allégorie qui suit , en avant du texte , et les figures du Roy d'annes et du Grand-Prieur de St-Remy.

Mais la lettre inédite suivante , adressée probablement à son élève et ami Dupuis , ou à Desplaces, un autre de ses collaborateurs , nous fait supposer qu'il avait la direction de l'ouvrage ou tout au moins la haute main sur ses interprètes pour la partie artistique. L'illustre protecteur auquel Duchange fait allusion était labbé Jean-Paul Bignon , bibliothécaire du roi , chargé de la rédaction de la partie littéraire du Sacre de Louis XV:

« Ce 18 septembre 1728 , » Monsieur et cher amy, quoy que nous soyons » privé des agréables audiences de nostre illustre pro- » tecteur , je croy qu'il est de nostre devoir de suivre » nostre inclination et de l'informer à Lisle-Belle * de » l'avansement de la graveure du Sacre du Roy. Il » donne sa protection et ses soins a cette ouvrage » aincy nous ne devons pas craindre de luy estre in- » comode en luy envoyant Testât présent ou elle est. » Je vous l'envoyé dans le mesme ordre que nous » l'avons deija présenté. Gomme vous est au faict » comme moy , je vous prie de l'examiner et si vous

1 Terre de l'abbé Bignon , située près de Melun.

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» le trouvé juste , je croy que vous serez de mon sen- » timent et que vous l'envoyré à sa destination.

» J'ay faict reflection mon cher amy à ce que vous » m'avez dict il y a quelque temps que vostre créan- » sier vous pressoit fort pour retirer de vous les fonds » qu'il vous a avencé pour travailler à nostre grand » ouvrage. Si vous pouvié venir à bout de faire payer » ce mois icy dix mille livres à nostre trésorier sur » les vingt mille livres qui reste de l'ordonnance, je » croy que par le moyen de vos amis on pourroit en » disposer en vostre faveur sans craindre que cela » produise aucun retardement à la graveure de nos » planches, vous scavez que chaqun travaille avec cou- » rage , et que l'on ne quittera pas qu'elle ne soit » entierrement finy. De plus j'ay faict entendre à » Messieurs mes confrères et amis que nous ne reser- » verions poinct d'argent qu'à la fin d'octobre mais » que je leurs ferois touché une sommes resonables. » Dans ces dispositions c'est à vous d'employer vos » amis à faire payer les vingt mille livres restant de » l'ordonnance et que l'on dispose du premier paye- » ment en vostre faveurs. Du reste repose-vous sur » moy et ne craingné pas que nostre ouvrage retarde » si les graveurs de lestres ont besoins de quelque » avence comme il est juste , il y a des fond de reste » chez la trésorière qui pourront se distribuer au » besoin. Je vous écrit en amy tout ce que je pense à » ce sujet vous en ferez l'usage que vous trouverez à » propos. Mes force revienne bien je commence à » travailler et j'espère estre en estast de vous aller * voir la semaine prochaine et m'entretenir avec vous » plus particulierrement que dans une lettres sur n. 3

» toutes nos affaires. Lors que vous écrire à Monsieur » l'abbé Bignon je vous prie de luy marquer que j'ay » été malade depuis plus de cinq semaines, car il seroit » honteux à moy qui doit payer d'exemple , que sur le » mémoire en estât de l'ouvrage que j 'envoyé il ne » trouve pas mes ouvrages plus avencé , cependant » vous sçavez bien que j'ay beaucoup travaillé puis que » ma maladie n'a etté causé que par un épuisement. . .

» Duchange. » ^

On rencontre dans l'œuvre de Duchange une curieuse vue de la Rue Quinquempoix en 1720, d'après le dessin d'Humblot qui avait assez bien rendu la foule des agioteurs en délii^e.

« Le 3 août 1743, » lisons-nous dans les Procès-verbaux de r Académie royale, « M. Duchange conseiller » qui dans tous les tems a donné des preuves de son » attachement et de son zèle pour la compagnie a cru » qu'il ne pouvoit mieux faire sa carrière qu'en lui » dédiant un morceau qu'il a gravé d'après M. Jouvenet, » dont le sujet représente la Résurrection du Fils de » la veuve de Naïm , et pour cet efiet lui en a présenté » 3 épreuves dont une est sous verre et en bordure » dorée , ce qui a été très agréable à la compagnie et » dont ledit sieur a été remercié unanimement. » Et d'une écriture tremblée on lit , à côté de la signature de Lancret qui devait mourir quelques jours plus tard, et de l'énorme par^^phe de Boucher, celle de Duchange.

En 1746, le graveur présentait encore trois planches gravées d'après Jeaurat, représentant les Mystères

1 Cette lettre, qui fait partie de la collection Portails, a été acquise à la vente Benjamin Fillon.

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delà Trinité, de V Incarnation et de la Rédemption , dédiées à l'archevêque de Paris. On voit que le graveur de la Léda faisait amende honorable.

Duchange avait épousé, le 21 octobre 1687 , Marie- Magdeleine Bourgeois dont il eut deux filles. L'aînée épousa le peintre de portraits Gille dit Colson et la cadette le graveur Nicolas Dupuis. 11 conserva jusqu'à la fin de sa vie, malgré quelques indispositions passagères, une excellente santé et une si bonne vue , chose rare chez un graveur, qu'il existe une planche de lui gravée à l'âge de quatre-vingt-onze ans. Enfin ce n'est que le 6 janvier 1757, âgé de quatre-vingt-quatorze ans et demi , qu'il rendit à l'Eternel son âme de vaillant graveur.

ESTAMPES

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