‹ Les graveurs du dix-huitième siècle (volume 2)Chapitre 14 sur 188 · V. d'après jouvenet · texte numérisé non relu

V. d'après jouvenet

II. Jésus chassant les marchands du Temple, — Jésus ressuscitant le

fils de la veuve de Naïm , — le Repas chez Simon le pharisien ; 3 p. grand in-fol. en largeur.

PORTRAITS

12. Coypel (Antoine) assis à son chevalet, ayant à côté son tout jeune

fils Charles ; d'après lui-même. Hanc Antonii Coypel et A. C. ejus filii effigiem quam ipse A. Coypel ptnxit jussu Serenissimi principis Philippi , Ludovici magni fralris. 1^02 ; in-fol.

13. GiR.VRDON (François), sculpteur, d'après Rigaud , 1101; in-fol.

Morceau de réception du graveur à l'Académie.

14. La Fosse (Charles de), peintre, d'après Rigaud, nO"?; in-fol.

Autre morceau de réception à l'Académie.

15. Legras (Mademoiselle), fondatrice et première supérieure de la

compagnie des filles de la charité servantes des pauvres malades... longtemps employée par Monsieur Vincent de Paul à establir les confrairies de la charité.... décédée à Paris le 15 mars 1660; in-fol.

DUGLOS (Antoine-Jean

Deux chefs-d'œuvre d'exécution et de goût, le Concert et le Bal , auraient largement suffi pour assurer la gloire de Duclos et pour perpétuer son nom parmi les amateurs d'estampes , mais on lui doit aussi de charmantes vignettes dans lesquelles il a prodigué son talent délicat.

Elève d'Augustin de Saint-Aubin , lui ayant dérobé le secret de sa manière si claire , si ferme et si pétillante d'esprit , Duclos a gravé sous sa direction , avec un brio et un coloris remarquables , les deux plus aimables compositions de son maître , le Concert et le Bal, fidèles peintures de la société élégante de 1773. Par ces estampes , les deux artistes nous font réellement pénétrer dans ce monde de suprême bon ton. Grâce , esprit , agrément , science de la composition , virtuosité de l'exécution gravée , tout s'y trouve.

MM. de Concourt ^ avec leur verve habituelle , ont trop bien décrit ces deux précieuses pièces, dédiées l'une à M. de Villemorien et l'autre à la comtesse de

1 Les Saint- Aubin , par J. et E. de Goncourt, 1859.

Saint-Brisson , pour que nous ne leur laissions pas la parole :

Le Concert : « Le monde alors est au salon : l'été , » dans l'après-diner , un salon rond où un peintre » avait posé le ciel au plafond , joli ciel où tout ce qui » va au ciel , soupirs et souvenirs, ne trouvait que des » fleurs et des jeux d'amour. Au-dessous des trophées » de musique, des rideaux de soie laissaient passer » par la fenêtre la gaité d'un beau jour. ... et en » cercle, petites mules et hauts talons sur le carreau » noir et blanc , paniers et basques ça et là sur les » bois dorés aux formes rondissantes , autour du cla- » vecin sonore , radieux des fantaisies de quelque » Gillot, la belle compagnie écoutait. Elle écoutait » quelque musique de M. de La Borde , ce choix de » chansons qui a pour frontispice une lyre entre des » lys et des roses. 0 le beau moment ! comme tout ce » monde cueille l'heure présente ! que de bouquets et » de noeuds de ruban ! que de perles au cou et de » paroles à l'oreille ! La harpe repose. Le clavecin » parle sous les doigts de la plus jolie femme , à sa » droite la plus johe personne chante en tourmentant » un éventail. Et de jolis hommes sont tout autour » d'elles , assis ou debout , tirant des pleurs d'une -^ basse , des fredons d'un violon , des prières d'une » flûte ou penchés s'empressant de tourner les feuillets » de la partition. C'est cela, l'été , en ce paradis. » La description du Bal paré n'est pas moins heureuse : « L'hiver, autre salon, caiTé celui-ci et tout en > glaces, panneaux sculptés et trumeaux. Des rosaces » rocaille et chantournées pendent cinq lustres de * cristal de Bohême versant le doux jour des bougies.

» Les bras et les appliques chargés de feux leur ré- » pondent dans les glaces. Au milieu d'une cheminée » un cartel sonne une heure qu'on n'entend pas , un » orchestre dans une tribune, sur le côté, couvre le » bruit du temps ; au fond , la causerie bourdonne » comme une abeille. Les diamants jouent sur les » têtes, les yeux ont des sourires ; au milieu du salon, » dans la pleine lumière , sur le parquet à dessins » de bois vibrant sous la danse, quatre couples » rayonnent et se meuvent. Les nœuds de perruque -» battent sur les collets d'habits , les montres battent * sur les jupes. Brandebourgs à l'habit clair et » manchettes de fourrure , face à face avec sa belle , » celui-ci lui prenant la main en l'air, va la faire » passer sous le pont d'amour de son bras. Celui-là , » le jarret tendu , tenant déjà du bout des doigts les » doigts de sa danseuse, la fait volter sur elle et contre » lui ; tandis que deux autres couples , presque dos à » dos , mais se regardant par-dessus l'épaule, s'entre- » lacent et se nouent des deux mams par derrière. » C'est l'allemande , dansée d'après les principes de » M. Dubois de l'Opéra. Au-devant ce sont de belles » femmes arrivant dans leurs pelisses , conduites par » de vieux amis à gilet d'or ; des manteaux de dan- » seuses oubliés sur un siège ; quelque minois de » jeune mariée qui se retourne vers une conversation » d'hommes ; quelque dame menée au buffet qui est » là, montrant par la porte le dressoir enguirlandé de » roses , les pyramides de fruits , la vaisselle de Ger- » main et les plats de Saxe festonnés. Point de presse, » point de coudoiement; simplement le ballet de la » jeunesse dansé à huit devant un petit peuple d'amis

» qui se reconnaissent et se saluent d'un air de tête » des quatre coins du salon... Il y a d'un bout à l'autre » de ces fêtes sereines , un bercement tranquille , » une paix et une harmonie , l'harmonie même de ce » monde gardant ses rangs , l'ordre heureux de cette » société sans cohue, où chacun avait une place et sa » place. Le rare talent pour peindre tant de choses ! » La fortune unique d'avoir fixé la physionomie de la » France en son plus joli moment. . . ! » ^

Duclos fut aussi un admirable graveur de vignettes. Il a collaboré pour quelques pièces à plusieurs des plus jolis livres parus dans les trente dernières années du siècle. On trouvera dans le catalogue ci-après le détail de ces vignettes , presque toutes remarquables par le brillant et l'esprit de l'exécution , et dont plusieurs sont de véritables estampes.

Formé par Augustin de Saint-Aubin, Duclos excellait naturellement dans la préparation à l'eau-forte des estampes et des vignettes. Aussi lui a-t-on fait commencer beaucoup de pièces, que les burinistes les plus accrédités ont terminées et signées ; ce fait est important à constater. 11 a gravé notamment des eaux-fortes pour les Principaux Evénements de la Révolution , grandes compositions de Monnet. La suite de ces eauxfortes par Duclos et Duplessi-Bertaux, a figuré à la vente Pixérécourt 2. Elles ont été terminées par Helman.

1 Les deux dessins d'A. de Saint-Aubin furent exposés au Salon de

2 Guilbert de Pixérécourt , auteur dramatique , un des fondateurs de la Société des Bibliophiles français , possédait une bibliothèque considérable. Son ex-libris portait la devise : Un livre est un ami qui ne

Duclos était en outre un excellent dessinateur, dont la manière rappelait celle de Gi-avelot ; nous avons vu de lui un certain nombre de dessins , qu'il a généralement gravés lui-même, pour des pièces de théâtre.

Il nous reste à signaler encore un important morceau de Duclos , gravé d'après le pastel de même grandeur exécuté en 1778 , par Desfossés , fils du graveur Surugue, officier au corps royal d'artillerie et qui

change jamais. Il se décida à vendre eu 1839, et cette vente dura vingt-neuf jours. Le catalogue comprenait plus de 2,000 articles. On y remarquait un certain nombre d'ouvrages à figures :

122 eaux-fortes de la Bible de Marillier, 89 fr. 50.

Les Métamorphoses d'Ovide, Deterville , 1800, in-8 , exemplaire contenant les figures de l'éditiou de 1767-71 , avant la lettre, les eauxfortes, les fleurons de Choffard et leurs eaux-fortes, 65 fr.

La suite du Voltaire de Kehl avant la lettre , exemplaire du graveur Simonet, 150 fr. — 78 eaux-fortes, 100 fr.

Les figures de Smirke pour Don Quichotte , 300 fr.

La Folle Journée, figures avant la lettre et eaux-fortes, 30 fr. 50.

Œuvres de Molière, 1773, avec les deux suites de Moreau et toutes les eaux-fortes, 201 fr.

Télémaque , iu-4 , avec toutes les eaux-fortes des figures de Monnet gravées par Tilliard , 24 fr.

Le Temple de Gnide, figures de Regoault et eaux-fortes, 28 fr. 50.

Tableaux de ta Révolution et Campagnes d'Italie , avec les eauxfortes , 1,211 fr.

Mais la grande curiosité de la vente était le n° 1910 du catalogue, Recueil de pièces sur la Révolution française , comprenant : 4 cartons de poésies révolutionnaires, poëmes, épitres, satires, odes ; 4 cartons de chansons révolutionnaires ; 63 cartons contenant neuf cents pièces de théâtre jouées pendant la Révolution ; 20 cartons de facéties révolutionnaires, pamphlets, etc.; 20 cartons d'almanachs révolutionnaires; 57 cartons de pièces historiques, et un album de gravures sur la Révolution.

Cette collection révolutionnaire fut retirée à la vente , et acquise par la Chambre des Pairs pour 3,000 fr. Elle est aujourd'hui à la bibliothèque du Sénat.

L'ensemble de la vente de Pixérécourt produisit 75,000 fr.

représente la Reine Marie- Antoinette annonçant à M™^ de Bellegarde des juges et la liberté de son mari en mai 1777 . Cette pièce curieuse se rapporte à Antoine Dubois de Bellegarde , bel officier des gardes du corps , connu pour sa haute taille , et qui s'était fait chasser pour abus de confiance dans des réformes d'armes qui motivèrent un conseil de guerre. Il fut forcé d'échapper par la fuite au châtiment , se réfugia en Prusse et s'y engagea dans un régiment d'infanterie. Au bout de peu de mois , il déserta et revint en France se constituer prisonnier. Pendant ce temps , sa femme qui lui était fort attachée, organisa sa défense , la confia au célèbre Linguet et obtint la protection de la Reine : c'est ce que représente l'estampe de Duclos.

Bellegarde fut rendu à la liberté , mais sa reconnaissance pour cette intervention royale ne paraît pas avoir été bien vive ; il se montra , dès le début de la Révolution , partisan enthousiaste des réformes. Elu député de la Charente à la Convention, U prit part au procès de Louis XVI et non-seulement vota la peine de mort sans sursis , mais contraignit deux de ses collègues à faire comme lui.

ESTAMPES

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