‹ Les graveurs du dix-huitième siècle (volume 2)Chapitre 32 sur 188 · D'Alembert. — Buffon. — Diderot. — Dupuis. — Euler · texte numérisé non relu

D'Alembert. — Buffon. — Diderot. — Dupuis. — Euler

Mesmer. — Moreau , chirurgien. — Raynal. — J.-J. Rousseau.

23. Sir Henri Clinton. — Charles Lee. — Général Arnold. — Amiral

Rodney. — Comte Cornwallis. — Général Gates. — Général Rééd.

24. Frontispice, d'après le tableau de Le Brun , pour Lettre de La

VaUière à Louis XIV , de Blin de Sainmore.

25. Planches de costumes d'après Desrais et d'après Watteau de Lille,

in-fol., coloriées.

DUPLESSI-BERTAUX (Jean

Il va cent types différents de graveurs ; nous avons étudié dans le précédent volume le graveur peintre comme Boucher, le graveur académicien-né comme Bervic, le graveur amateur comme le comte de Gaylus, le graveur courtisan comme Cochin , le graveur à bonnes fortunes comme Gampion ou Denon , le graveur auteur dramatique comme Garmontelle , le graveur éditeur comme Basan , nous verrons bientôt le graveur inventeur comme Grateloup , le graveur aéronaute comme Janinet , le graveur erotique comme Elluin , ou politique comme Sergent , et tant d'autres variétés : voici cette fois le graveur soldat.

G'est que Duplessi-Bertaux est un véritable militaire , aimant vivre au milieu des soldats et sachant saisir au passage leurs attitudes et leurs costumes avec une vérité , une sûreté de main qui le font égaler les Garle Vernet et les Swebach.

Jean Duplessi-Bertaux naquit à Paris en 1747 , et montra de si bonne heure d'étonnantes dispositions pour le dessin qu'il entreprit à neuf ans, disent ses biographes , de copier à la plume la grande planche de Gallot connue sous le nom de Tentation de Saint-

DUPLESSI-BERTAUX. 7î

Antoine , et qu'il y réussit assez pour qu'il devînt difficile de distinguer la copie do l'original. Une telle prouesse attira Tattention de Cochin qui favorisait volontiers l'éclosion des jeunes talents et qui se plut à faciliter à son jeune protégé les débuts dans la carrière. 11 obtint pour lui du roi , par l'entremise de M. de Marigny, une pension de 300 livres , et le fit entrer dans l'atelier du peintre Vien ; puis , sa vocation pour la gravure s'accentuant . il fut placé sous la direction de Le Bas. Rien n'égalait sa facilité , son imagination , son adresse à fixer ses impressions sur le papier et la siîreté de sa main. Ces qualités remarquables le firent choisir, bien jeune encore , en 1770, comme professeur de dessin à l'Ecole militaire. Il se trouva là dans son véritable élément , la fréquentation des cadets et des officiers porta naturellement son attention sur leurs allures, et développa ses heureuses dispositions. Ainsi, dès 1770, il dessinait une suite de Différentes attitudes de Factiomiaires et les Élèves de V Ecole militaire au pas de gymnastique.

Toutefois Duplessi-Bertaux ne s'est pas uniquement adonné dès l'abord à la reproduction des scènes militaires. 11 a créé . sur la commande de l'éditeur Cazin , quelques-uns des plus jolis livres de son temps et consacré son fin et spirituel crayon à orner le recueO connu sous le nom de Petits Conteurs (1778). Est-il rien de plus gai sans grossièreté et de meilleure humeur que ces petites vignettes à mi-pages qui commentent pla^sam.ment les contes de La Fontaine , de Vergier et de Grécourt? Duplessi-Bertaux que ses contemporains (si ce n'est lui-même) surnommèrent avec raison le Callot de nos jours , montre déjà par là combien

il avait étudié la manière de La Belle et de Sébastien Leclerc , et surtout les procédés si précis et si fins de son maître de prédilection Gallot. Sa ressemblance avec ces artistes s'accentue encore dans son illustration de la Pucelle (1780) , de même format que les Petits Conteurs , faite également pour Gazin , et du même genre. En même temps le graveur était appelé à collaborer à des ouvrages plus sérieux; il exécutait plusieurs des planches du Voyage à Naples et clans les Deiix-Siciles, de l'abbé de Saint-Non ; du Voyage en Grèce de Clioiseul-Gouffier ; enfin il faisait quelques-unes des eaux-fortes des planches de la Galerie du Palais-Royal.

Quand arrive la Révolution , Duplessi-Bertaux embrasse avec ardeur les idées nouvelles. Son goût pour tout ce qui touche aux choses militaires et à l'uniforme lui fait accepter le grade de capitaine de grenadiers au bataillon de la Butte des Moulins. Il fait partie du club des Gordeliers et se trouve compromis lors de sa fermeture. Il voit de près tous les événements de la Révolution , s'y trouve môme souvent mêlé comme acteur, et mieux que personne est en mesure d'en restituer avec fidélité les principaux épisodes. Aussi ses planches des Tableaux historiques de la Révolution ont-elles la valeur de véritables documents pour l'histoire , et sont d'autant plus frappantes que le côté artistique et la composition pittoresque ne sont jamais néghgés.

Get ouvrage, qui ne commença à paraître qu'après le 9 thermidor, renferme : 1" une série de planches in-folio , dont beaucoup ont été gravées à l'eau-lorte par Duplessi-Bertaux et quelques-unes à la fois des-

sinées et gravées par lui ; 2° une suite de petites compositions dessinées et gravées par notre artiste , et qui sont placées au bas des portraits au lavis de Le Vachez,

Avec les précieuses qualités de précision et de mouvement de Bertaux , les événements reproduits dans les grandes planches semblent vraiment avoir été saisis d'après nature. Sans doute il y a un parti pris de maigreur dans l'exécution , et les personnages posent visiblement , c'est ce qui a fait dire à Renouvier que Duplessi - Bertaux , étant mystificateur et jovial, a voulu nous mystifier en nous faisant prendre ces eaux-fortes subtiles pour des tableaux de la Révolution. Mais , malgré ces défauts , nous ne croyons pas que des scènes d'histoire , si conventionnelles d'habitude et traitées si souvent par à peu près, puissent saisir davantage que celles-ci par leur accent de vérité.

Les petites scènes placées au bas des portraits de personnages de la Révolution ne sont pas moins intéressantes , et leur faire plus encore que leur format rappelle les Misères de la guerre de Callot. Ce sont des épisodes rendus avec une grande clarté dans leur petitesse : c'est l'histoire vue par le gros bout de la lorgnette.

Avec quelle ardeur et quel brio Duplessi-Bertaux n'a-t-il pas rendu les Campagnes d'Italie , d'après les dessins de Carie Vernet qui furent exposés au Salon de l'an XII ? Nul aussi n'était plus capable de faire manœuvrer sur sa planche les régiments et d'entrechoquer les combattants , nul n'était mieux préparé à faire vivre ces belles journées de victoire, ces entrées

triomphales et ces prises de citadelles. Laissant à Masquelier et autres le soin de graver les paysages et de terminer les planches , il les commençait à l'eauforte , il prenait corps à corps la figure humaine , faisant marcher au pas de charge les grenadiers , galoper les chevaux et cracher de la gueule des canons ces flocons de fumée qu'on lui a reproché de faire ressembler à du coton. Les Batailles de Millèsimo , de Mondovi , d'Arcole , Y Entrée des Français à Milan ^ sont des planches qui justifient cette appréciation enthousiaste de Joubert : « Sous sa pointe » spirituelle et docile , ainsi qu'à la voix du général » qui commande , tout paraît s'animer dans les sujets » guerriers qu'il traite : les lignes se forment et » s'étendent ; les bataillons les plus éloignés font » distinguer leur manœuvre et leur tenue ; les esca- » drons se heurtent dans la poussière et la fumée; » les chevaux hennissent, fendent l'air en blanchissant » leurs mors d'écume ; et l'admirateur de ces prestiges » est ému lui-même en voyant le feu du canon , qu'il » croit entendre de ses oreilles , tant il est vrai que » l'artiste véritablement né tel , se peint toujours dans » ses ouvrages. »

Ajoutons cette remarque qu'en gravant ces planches, il a fait mordre l'eau-forte avec une telle sûreté que souvent toute une hgne de soldats ou plusieurs personnages sont terminés avec leur valeur alors que tout le reste de l'estampe est demeuré blanc.

Duplessi-Bertaux toutefois ne s'est pas tenu toujours à ses sujets de prédilection ; nous constatons encore sa collaboration au Voyage en Egypte de Denon , au Musée Français dit Musée Filhol. L'idée

lui vint, pour faire suite à cette publication, de graver dans le format petit-in 4 , la série des vingt-cinq compositions de Le Sueur, formant la Vïe de saint Bruno.

Voici la lettre qu'il écrivait aux libraires Treuttel et Wurtz , rue de Lille , derrière les Théatins , pour leur proposer cette affaire :

« Messieurs, j"ai l'honneur de vous soumettre un » projet formé entre un de mes amis et moi. Nous » ferions à nous deux un volume contenant la galerie » de S'-Bruno , peinte par Le Sueur. Nous le ferions » de même format et dans le même genre que le » manuel. Mon ami se chargerait du texte et moi des » planches. Ce volume ou cette livraison pourrait » faire suite au manuel du musée et cependant en » être indépendante étant composée de vingt-cinq » tableaux complétant la galerie et les principaux » événements de la vie de S'-Bruno.

» Cette galerie est connue et admirée de tous les » amateurs des arts et la suite des tableaux qui la » forment en serait sûrement accueillie. Quelques-uns » de ces tableaux ont été donnés au public dans diffé- » rentes collections, mais isolés , ils perdent le mérite

» de l'ensemble J'ai désiré, Messieurs, vous faire

» part de ce projet et savoir si vous voudriez vous en » rendre les éditeurs.

» Je joins ici un essai : le cadre que j'ai pris et qui » serait le même pour tous puisqu'ils sont de la même » grandeur , n'est pas plus grand que le diamètre du » cercle dans lequel sont inscrites les gravures , ce » qui donnerait la même marge et cependant une » proportion de figures beaucoup plus agréable. J'ai » l'honneur Bertaux. »

Page 1