‹ Les graveurs du dix-huitième siècle (volume 2)Chapitre 44 sur 188 · L.\RGILLIÈRB , d'après Geulain ; in-fol · texte numérisé non relu

L.\RGILLIÈRB , d'après Geulain ; in-fol

Autre morceau de réception à l'Académie.

12. Louis XV, en buste, dans un médaillon soutenu par Minerve assise,

d'après Rigaud , ni9; in-4.

13. Louis XV, assis sur le trône, à l'âge de quinze ans, d'après Ranc,

n'ÏS; grand in-fol.

14. PERDRIGEON (Marie-Françoise), épouse d'Élienne Le Boucher,

en costume de vestale, d'après Raoux , 1736; in-fol.

15. Portraits gravés pour le fonds d'Odieuvre : Henri de Lorraine, duc

de Guise. — Henri IV. — Jérôme Bignon. — Puget. — Michel Lequien. — Pittard , chirurgien. — Alberoni. — Michel-Etienne Turgot. — Marchand, organiste. — Madame Carie Van Loo (rare).

DUPUIS (Nicolas-Gabriel

Très supérieur à son frère , Nicolas-Gabriel Dupuis né en 1696, à Paris, fut comme lui élève de Duchange ; très modeste et sans grande ambition, il avait conservé l'atelier de teinturerie et de toiles peintes de son père, mais pour se livrer plus facilement à son goût pour la gravure , il le faisait tenir par un maître compagnon. Naturellement industrieux et plein de goût, il se mit à graver des planches d'ornements pour les imprimer sur toile. Duchange enchanté des heureuses dispositions qu'il révélait , de ses progrès rapides , enfin de ses succès , lui promit de lui faire épouser une de ses filles , mais plusieurs voyages que le jeune graveur fut obligé de faire en Angleterre , retardèrent son mariage , et ce n'est qu'en 1737 qu'il devint enfin le gendre de son maître.

C'est pendant un de ces voyages que l'Académie agita, rapporte Gaucher, la question de savoir s'il était possible d'imiter avec le burin , le goût et la touche pittoresque de la gravure à l'eau-forte. N. Dupuis . à son retour, essaya de résoudre le problême, et ce fut dans ce but qu'il grava la curieuse estampe d'après Carie Van Loo, qui représente jÉ'nee sauvant son père

DUPUIS (Nicolas). 97

Anchise , dédiée à M'"" de Jullienne. « Quoique cette » gravure soit entièrement au burin, on croit y recon- » naître l'esprit, la légèreté et les saillies heureuses » d'une pointe exercée. On y remarque aussi la chaleur, » l'expression , le caractère et les formes sçavantes de » l'original. » On a dit aussi que N. Dupuis croyait ses yeux blessés par l'éclat du cuivre sous le vernis et sa santé altérée par la vapeur de l'eau-forte , et que c'est ainsi qu'il se décida à adopter le burin pur en lui conservant la liberté de l'eau-forte.

Nicolas Dupuis contribua à la gravure du Sacre de Louis XV par la planche du Festin Royal , et à la Galerie de Versailles, une des grandes entreprises de gravure du XVIIP siècle , par les morceaux suivants, gravés avec un art vraiment remarquable : le Roi gouverne par lui-inême, magnifique composition dont la gravure fut tei'rainée par Tardieu , le Roi prend Maëstrich evi trente jours, Renourellement d'alliance avec les Suisses , sorte de médaillon en pendentif , et les deux cintres de chaque bout de la galerie , Bellone en fureur et V Espagne.

Massé fut si satisfait de ces travaux, qu'il n'eut cesse de faire recevoir leur auteur à l'Académie. Nicolas Dupuis, dans sa modestie, n'y pensait nullement ; il fallut que le secrétaire de la Compagnie l'invitât par lettre à se présenter. 11 fut agréé le 24 avril 1751 , et on lui donna à graver pour sa réception ( 1754 ) , le portrait du Directeur des bâtiments du roi qui venait de mourir, Ch. Fr. P. Le Normant de Tournehem. Ce portrait , qui est l'un de ses bons ouvrages , offre en outre pour nous cet intérêt que nous avons sous les yeux le père présumé de M"'*' de Pompadour et du n. T

marquis de Marigny ; l'on connaît, en effet, les intimes relations de Tournehem avec M'°^ Poisson.

Passons en revue quelques-uns des travaux de Nicolas Dupuis qui sont presque tous intéressants. Une composition de Lancret , le Glorieux , acte 111 , scène S'', formant le pendant de celle du Philosophe marié qui est signée C. Dupuis.

Le Chantre à table , d'après Dumesnil ; le Repos , jolie composition de Golson qui représente une jeune fille endormie tandis qu'un chat malin guette son oiseau ; la Toilette de nuit , d'après Boonen , effet de lumière ; une Nymphe endormie, d'après L. Ghéron, avec ces vers au bas :

Satires respectez ce someil , ce silence Réprimez do vos sens les brutales ardeurs

Jamais la force et r insolence N'ont pu près d'une belle obtenir des faveurs.

Pourquoi dans un amant prompt à se satisfaire Bldmon.s-nous le penchant qui l'entraîne au plaisir?

Si la pudeur ne peut se taire La nature en secret sçait bien la démentir.

Deux portraits de Louis XV, daprès Le Moine , l'un en pied et l'autre à cheval.

Le portrait de Jean de Betzkoy , d'après Roslin , représenté en pied et assis. C'est ce personnage , général et dh^ecteur des bâtiments de S. M. I. de toutes les Russies , qui était chargé par le Czar de certaines commissions artistiques en France, et qui fit graver par Daullé, ainsi que nous l'avons raconté, un portrait de M'"'' Anastasie.

Nicolas Dupuis a encore gravé l'Adoration des Rois

DUPUIS (Nicolas). 99

Mages , d'après Véronèse , pour le Cabinet Crozat ; une Sainte Fatnille, d'après An. Garrache , pour la Galerie de Dresde ; Saint François et Saint Nicolas, d'après Pierre , gravés en 1750 ; Amusement de la Jeunesse , d'après François Eisen ; r Espérance au hazay^d et le Réveil m,aladroit, d'après Schenau ; enfin un Saint Sébastien , d'après Louis Garrache , grand in-folio, dédié à M^''. de Roquelaure, évoque de Senlis, gravé en 1770 et vraisemblablement son dernier ouvrage. Nicolas Dupuis mourut en effet à Paris , entouré de l'estime générale , le 26 mars 1771.

Gaucher qui l'a beaucoup connu et apprécié , a écrit dans le Dictionnaire des Artistes de l'abbé de Fontenay :

« Non moins estimable par les qualités du cœur et » de l'esprit que par ses talents supérieurs , Dupuis » fut universellement regretté ; ses vertus lui méri- » tèrent l'attachement de tous ceux qui le connurent » et jamais personne n'eut à se plaindre de lui. L'on » pourroit rapporter plusieurs traits de sa modestie, » de son intégrité , de son désintéressement , mais les » moindres circonstances suffisent quelquefois pour » caractériser les sentiments. On en pourra juger par » l'anecdote suivante. Un jeune artiste nommé Loyer, » mort depuis quelques années , avoit un talent pai^ti- » cuber pour graver l'architecture avec autant d'in- » teUigence que de promptitude. Dupuis le fait venir » chez lui pour faire le fond et la bordure d'un por- » trait. Jaloux d'obliger un artiste de ce mérite , » Loyer se met à l'ouvrage avec tant d'application » qu'il l'a terminé avant la fin du jour. Dupuis arrive , » témoigne son étonnement et prie le jeune homme

» de lui (lire ce qui lui faut pour son salaire. Après » s'être fait presser plusieurs fois , Loyer demande 7> douze livres : — Non, Monsieur, lui répond Dupuis, » vous m'avez doublement obligé, et par l'intelligence » que vous avez mise à ce que je désirois de vous et » par la célérité que vous y avez apportée; mais je » n'abuserai point de vos talents ; l'ouvrage de cinq » ou six jours vous l'avez fait en un seul, -je ne calcule » jamais le temps d'un artiste et je serois injuste d'ac- » quiescer à votre demande. 11 lui offrit trois louis » d'or que le jeune homme s'obstina vainement de » refuser et qu'il le força d'accepter ^ »

I II est intéressant pour les iconophiles de rechercher quels étaient les frais nécessités par la gravure d'une planche , frais qui ne laissaient pas d'être souvent considérables. Nous reproduisons ici le marché relatif à la gravure par Dupuis d'un tableau de Vien , représentant l'érection du monument élevé au roi Louis XV, à Rennes , par les Etals de Bretagne, monument dû au ciseau du sculpteur J.-B. Lemoine :

II En exécution des ordres de la commission intermédiaire , adressés » à M'' de la Boissière, pour faire les dépenses nécessaires de la gravure M du monument de la statue du Roy dont le S'' Lemoyne, sculpteur, a " actuellement fait le modèle en grand , nous avons entretenu à cet eflfet " le S"" Dupuis graveur, que ledit S"" Lemoyne nous a présenté ; sur '1 quoy ledit S"" Dupuis nous a fait les représentations suivantes : Qu'il « ne pouvoit point se charger de faire ladite gravure à moins de cinq !■> mille cinq cents livres, paiables en quatre paiements égaux : le l^"" en '> commençant la planche , le dernier en la livrant , et les deux autres >i dans l'intervalle à proportion de l'avancement de l'ouvrage ; qu'il ne « pouvoit pas s'obliger de livrer ladite planche gravée à sa perfection '•> avant le l*'' septembre de l'an 1752 ;

« Que lad^ planche ne pourra fournir au plus que mille estampes " même avec les réparations qu'il sera indispensable et qu'il s'oblige » d'y faire ;

>i Que l'impression desdites estampes et les réparations à faire à la '> planche demanderont près de six mois , en sorte qu'on ne peut pas '^ compter que les mille estampes puissent être fournies avant le mois

DUPUIS (Nicolas). iQ\

ESTAMPES

Page 1