‹ Les graveurs du dix-huitième siècle (volume 2)Chapitre 59 sur 188 · Velleius Pater culus , Barbou, 1177, in · texte numérisé non relu

Velleius Pater culus , Barbou, 1177, in

Frontispice et en-têtes d'après de Sève.

88. Contes des Fées, de Perrault , Paris, Fournier, 1781 , in-12.

Figures d'après de Sève et Martinet.

Remarquons, en terminant, que beaucoup de pièces signées de Fessard ont été ou commencées à l'eau-forle , ou , au contraire, retouchées par A. de Saint- .\ubin.

FESSARD (Mathieu -Claude

En octobre 1764 , Wille va dessiner à Sceaux avec Fessard jeune, graveur, ce qui tendrait à le supposer son élève, bien que Le Blanc qui le dit né à Fontainebleau en 1740, nous le donne comme élève de Joseph de Longueil. Quoique portant le même nom qu'Etienne Fessard , dit Basan , il n'est pas de la même famOle.

Claude-Mathieu Fessard a été employé à graver les planches du Voyage en Russie de Pallas (1785-93). Nous avons sous les yeux une quantité de reçus, signés de Fessard , du prix des planches gravées par lui , et nous en reproduisons quelques-uns :

« Je reconnais avoir reçu de M*" Froulé libraire à » l'aquit de W Le Clerc la somme de 408 1. pour le » payement de sept planches fini des Tzars Russes. » —26 avi^il 1783. — G. Fessard. »

« Grande planche intitulée Vue de Pètershof. du côté » du jardin, l'eau-forte, 200 1. — Eaux-fortes de trois » moyennes planches intitulées Vue de V Amirauté, » Vue de la Bourse et Vue de Catherinebourg , pour » chaqune 100 1. — Eau-forte d'une pi. de Costumes » composée de huit fig. 48 1.— 2pl. doubles de Médailles » 144 1. — et une simple, 36 1. — Reçu du 2 août 1783. »

FESSARD (Mathieu). <53

Nous trouvons encore à l'actif de Fessard jeune , la Mort du capitaine Cook, iji-4 en largeur. — Coriolan fîèchi par sa mère , d'après le Guerchin et Gochin (1780). — Une jolie pièce in fol. représentant le Mausolée de Marie-Tliérèse (1781) d'après Dervand , M. Fessard scidp. offereha.t Félix Nogaret. — Divers Paysages pour le Voyage en France , d'après Lallemant. — Suite de différents animaux.

C'est à lui qu'il faut donner quelques-unes des vignettes des Œuvres de Baculard d'Arnaud ; une figure de Gravelot pour Lettre de Caton d' IJiique à César ( Paris , 1766 ) , par l'abbé Parraentier ; des vignettes pour le Cabinet des Fées , les Œuvres badines du Comte de Caylus , les Nouvelles de d'Ussieux , le voyage de Snint-Non ; un portrait de Tarchevêque Le Clerc de Juigné ; Dorât , médaillon sur un mausolée , dans un cadre orné de colombes , de lyres , etc.

Pleures Grâces, Amours exhalés vos regrets, Et vous Muses, dans ces retraites, Vene's à ces tristes ciprès Suspendre vos Lires muettes :

Il n'est plus l'Ovide Français.

Cette pièce se vendait chez Fessard , rue et Isle St-Louis , maison du Charron vis-à-vis le corps de garde.

La Cage syynboliquc , estampe petit in-fol.. d'après Le Peintre, est sa meilleure pièce. (L'eau-forte, 155 fr.: avant toute lettre, 150 fr.: avant la dédicace, 110 fr. 1881.)

FICQUET (Etienne).

La gravure de portrait a de tout temps été florissante en France et des artistes du plus grand talent en ont fait leur spécialité. Les uns , comme Thomas de Leu et Nanteuil , ont le plus souvent gravé d'après leurs propres dessins ; d'autres, comme les Drevet ou DauUé, ont interprété des peintures. Ficquet doit être rangé parmi les seconds , et dans ce XVIIP siècle si riche en artistes de mérites divers , il n'est pas un des graveurs de petit format qui puisse l'égaler.

En effet , au lieu de graver ces portraits de dimension minime par des procédés sommaires, qui d'ailleurs donnent dans C(^ cas des résultats très satisfaisants, il les a traités avec le même soin et la même minutie que s'il s'agissait de portraits de la plus grande dimension. Il accumule autant de tailles dans une figure d'un centimètre de haut que Nanteuil ou Drevet dans une planche in-folio ; ses planches sont , pour mieux nous faire comprendre , comme les photographies réduites de gi'ands portraits , qui en reproduiraient tous les travaux en les diminuant. En un mot , il grava petit . mais il fut un grand graveur.

Etienne Ficquet naquit k Paris le 13 septembre

KICQl KT. l-")5

1719. 11 était le fils de Guillaume Ficquet , professeur (le philosophie à l'Université de Paris et de Geneviève Meyboom , fille d'un orfèvre. Le jeune homme fut confié de bonne heure aux soins du graveur prussien Schmidt , venu vers 1736 à Paris, en même temps que Wille. se perfectionner dans son art. Mais Schmidt étant bientôt reparti, Ton dut trouver à Ficquet un autre maître , qui fut Le Bas. Le jeune graveur avait été mis par Schmidt en relation avec Odieuvre , marchand d'estampes qui venait d'entreprendre une série de portraits de personnages célèbres. Le besoin de gagner un peu d'argent lui fit accepter avec empressement les 48 livres par planche que lui offrait l'éditeur. De là l'origine des trente-quatre portraits qui portent sa signature et qui laissent quelquefois trop voir le travail négligé de planches faites pour lu commerce et mal payées. Ainsi deux portraits de la suite des rois de France sont fort médiocres , tandis que ceux de Madame de Miramion , du médecin Façon, Aq WmwdX Duquesne , de l' Abbé Prévosl , de H. Rigaud, de P. Mignard , et surlout celui du Comte d'Harcoiirt . réduction de la fameuse planche de Masson connue sous le nom de Cadet à la Perle, font déjà pressentir le maître à venir.

C'était pendant son séjour dans l'atelier de Le Has que Ficquet exécutait ces travaux , ce qui ne l'empêchait nullement de profiter des leçons de son maître , ni de mener avec ses camarades . Eisen , Le Mire , Gochin et d'autres , la joyeuse vie qu'excusent ses vingt ans.

Un coin du voile qui recouvre les mœurs un peu légères des apprentis-graveurs de ce temps, nous est

soulevé par les lettres que Le Bas adressait à son ancien élève le suédois Rehn , qui l'avait quitté depuis peu pour retourner dans sa patrie et qui justement s'était lié d'amitié avec Ficquet , son camarade de plaisir. Ces lettres étaient toujours accompagnées de croquis plaisants. Pour bien lui peindre les regrets qu'il excite , on voit dans l'une Ficquet revenant d'assister au départ de son ami. Il s est laissé tomber de fatigue et d'émotion sur un siège et raconte la séparation à un élève de Le Bas debout contre la cheminée , ainsi qu'à Le Bas lui-même qui arrive en l'obe de chambre et bonnet de nuit donnant le bras à M®"^ Raoul. Le Bas écrit en même temps à Rehn , à Amsterdam , par où il devait passer ^ :

« Monsieur et cher amie, j 'ay reçue vostre lettre qui * m'a fait un vray plaisirs d'aprendre que vostre santé » est bonne car je commencois a être très inquiète. » J'ay esté bien fâché de ne m'estre pas trouvé au » logis quand vous m'avé fait l'honneur de venir ; » mais pai' la grande tristes qua causé vostre adieu , » cela esté pour moy un chagrin de moins ; quoy, un » vray penne de mettre attardé à soupe en ville. Je » vous diray que nostre Piquet est revenue de vous » reconduire avec cette air à M«''^ Raoul et le sieur » Le Bas qui estoit bien mortifiez de ne plus avoir le » plaisirs de passé des apres-diné (ici le croquis). Il » est vray que Paris est charmant et que c'est sans » contredit le vray plaisirs des estrangé, etc.. »

Dans une autre lettre adressée également à Rehn ,

I Portrnils inédits d'artistes français , par le Mis de Chennevières- Pointel , 1 852 , in-fol .

FICQUET. 157

alors dessinateur des manufactures de Suède à Stockholm, Le Bas l'engageant à venir à Paris et lui promettant beaucoup d'ouvrages de gravure, terminait ainsi : « vôtre bon amie Fiquet se prépare d'avance à » vous bien recevoir ; tous vos amis vous donne le » même conseil. » Et suivait , avec la jolie charge figures de Fiquet tiré au vif, ce post-scriptum un peu léger de la main de notre graveur : « grand Suinoune » anabatista a lajourdina, vené donc vitement quel- » qu'aprôs-midy vous promener aux Tuylerys , je » vous meneray voire M'"<' Paris , M'"'" Renaude , » M'"'' Dupond , M""* Garlié , M'"'' Hecquet, W^ Pichar

^> toutes fameuses m » et la signature de

Ficquet.

Voilà qui n'est pas très moral , mais qui peinL bien l'artiste ardent au plaisir et qui n'aura jamais par la suite une conduite bien régulière.

C'est dans la période qui suit son départ de l'atelier de Le Bas qu'il faut placer, alors que Ficquet cherchait encore sa voie , les portraits de Leibnitz (1745) , de Jacques et Michel de La Cour Damonville (1747) , de Dorious de Mairan (1748) , et les nombreux petits portraits gravés pour la Vie des Peintres Flamands, Allemands et Hollandais de Descamps. Ce peintre s'était dès sa jeunesse pris de belle passion pour ce sujet. Depuis quinze ans , il prenait des notes sur l'existence des peintres, tout en étant directeur de l'Ecole de dessin qu'il avait fondée à Rouen, quand l'idée lui vint, encouragé par des amis éclairés , de les rassembler et de les coordonner en un ouvrage. Il voulut l'orner des portraits des principaux artistes et pria Eisen de dessiner d'après des originaux ou d'après des gravures

'lo8 LES GRAVEURS DU XVIIF SIECLE.

les portraits que celui-ci se chargeait de faire exécuter à Paris. C'est ainsi que Ficquet fut choisi par son camarade d'atelier et son ami pour cette besogne qui fut faite, suppose-t-on . de 1748 à 1768 *. Il n'a pas gravé moins de cent deux têtes : un grand nombre sont réellement remarquables par la finesse et l'expression et plusieurs sont des merveilles. Citons tout spécialement le portrait de Van der Meulen qui est un véritable tour de force, celui (Y Henriette Woltet^s , un chef-d'œuvre, ceux de Rubens et de Van Dyck . tous deux très-estimés. ceux de Kayel du Jardin , Rombouts, Jean Wildens . Adrien Brauwer . Van Balen . Schalken , Denner, d'une exécution particulièrement précieuse. Nous en donnerons tout-à-l'heure. du reste, la liste complète dans le catalogue. ^

Ficquet travaillait rarement d'après ses dessins , quoique fort bon dessinateur. Aucun de ses portraits n'a été gravé d'après nature . et ses meilleurs, desquels nous allons maintenant parler, ont été exécutés soit d'après des peintures, soit même d'après des gravures qu'il réduisait. 11 en est ainsi du ravissant portrait - miniature de Louis XV. gravé sur une planche d'argent . et qui était destiné à YAlmanacli Parisien de Barbou.

L'un de ses plus parfaits ouvrages , le portrait de Françoise d'AubignéM'^^ deMaintenon, daté de 1759, a été fait directement d'après le tableau qui se trouvait chez les Dames de Saint-Cyr, désireuses d'avoir le portrait gravé de leur fondatrice.

« Ficquet , écrit à ce sujet le graveur Ponce ,

1 L'ouvrage de Descamps parut de 1153 à 1*764.

FICQUET. io9

» fut chargé par les Dames de Saint-Gyr de graver » le portrait de Madame de Maintenon d'après le » tableau deMignard que possédait la communauté. La » planche était à peu près payée et cependant le por- » trait ne paraissait pas ; on ne pouvait pas même » entrevoir l'époque à laquelle il serait terminé. La » supérieui\3 fut obligée, avec la permission du métro- » politain, de faire venir l'artiste dans le couvent pour » qu'il y travaillât sous ses yeux , et même de lui en- » voyer des religieuses et des pensionnaires pour lui » tenir compagnie, car il ne faisait rien quand il était » seul. Le portrait était tini et déjà quelques épreuves » avaient été tirées , lorsque Ficquet , qui n'en était » pas content, biffa la planche de deux coups de burin. » Grand désespoir des bonnes religieuses ! Ficquet » recommença et cette fois le porti-ait fut terminé à » la satisfaction de tout le monde. »

Peut-être serait-il plus exact de dire, avec M. Faucheux , que le portrait n'avançait pas et ne satisfaisait pas son auteur par suite de la difficulté qu'il avait à consulter l'original. Quand il put travailler librement, le portrait s'acheva avec rapidité et fut fort admiré. C'est un chef-d'œuvre d'un charme et d'une finesse prodigieuses , et qui resta , avec raison , le morceau de piédilection du graveur.

Désormais Ficquet e.'^t en pleine possession de son talent, et il continue sans interruption cette série des portraits d'hommes célèbres , qui lui a assuré à luimême la célébrité. N'est-ce pas une bonne fortune pour les amateurs de posséder dans l'un de leurs plus jolis livres, mis au jour par la munificence des Fermiers-Généraux , deux des plus excellents portraits

de Ficquet , La Fontaine, l'auteur des Contes, et leur inimitable illustrateur Eisen ? Dans ce dernier, gravé avec une grande délicatesse . l'on sent que le graveur a mis tous ses soins à saisii* la physionomie malicieuse (le son ami , d'autant qu'il la conraissait bien et ne devait pas avoii^ besoin , semble-t-il , de la peinture de Vispré pour se guider. Cette gravure est de 1761 comme celle du La Fontaine. Très achevée et d'une facture très libre , nous serions tentés de préférer cette dernière à la seconde planche de La Fontaine, caractérisée par la fable le Loup et l'Agneau représentée sur le socle. M. Faucheux affirme que celle-ci a été gravée la première.

Le portrait de Voltai)''e , avec un trophée d'attributs (1762) , n'est pas un des meilleurs de l'œuvre. La lumière ne nous semble pas assez largement répandue sur ses traits caustiques , le travail est un peu sec , et la gravure, toute fine qu'elle soit, manque de moëUeux. Le Jean-Baptiste Rousseau, qui le suit (1763), peint par Aved dans le débraillé qui était habituel au satirique , est d'une extrême finesse , et les vêtements y sont supérieurement rendus.

Ici se présente une lacune de quelques années dans les dates , jusqu'au portrait de Corneille ; pourquoi ne pas la remplir, dans ce moment de la belle floraison du talent de l'artiste, par quelques-uns de ses meilleurs ouvrages non datés ? Voici par exemple le Molière, copie d'une planche de Lépicié d'après Coypel , magnifique pièce d'une énergie qui va presque jusqu'à la dureté. Voici Saugrain , qui venait de mourir en 1762, l'époux de M''"*' De Bure, deux noms chers à la librairie parisienne. Voici Descartes, d'après

FICQUET. 164

la peinture de Hais que l'on peut admirer encore au Louvre. Les traits un peu lourds mais expressifs du grand penseur, étonnamment rendus , sont encadrés d'ornements emblématiques de Clioffard. Le portrait de Vaclé est exécuté pour l'un de ses ouvrages [la Pileuse , parodie à'Omphalé) , dans un format un peu plus grand que celui adopté d'habitude par le graveur.

Enfin nous arrivons, en 1766. au remarquable portrait de Pierre Corneille, digne à tous égards de fixer l'attention par sa merveilleuse exécution et son cadre habilement composé par Choffard. Disons à ce propos que presque tous les encadrements des portraits de Ficquet sont dessinés ou tout au moins gravés par cet habile ornemaniste . et que par leur rare élégance , ils ont contribué à établir la réputation dont jouissent ces petites estampes. — Combien ne doit-on pas admirer ce portrait de Corneille, quand on sait que Ficquet ne réduisait jamais en un dessin préparatoire la peinture originale ou la gravure qu'il voulait copier. Dans celuici, par exemple, il a reporté directement sur le cuivre les lignes sévères du portrait peint par Le Brun : il n'en a pas moins créé un chef-d'œuvre d'une harmonie et d'un précieux achevés , et ce doit être à son propos que les contemporains de Ficquet ne crurent le pouvoir mieux louer qu'en l'appelant le Gérard Bow de la gravure.

Le portrait de M. de Chennevières (1770), inspecteur général des hôpitaux , l'auteur des Loisirs , est en buste comme tous ceux de notre artiste. Le Mercure de France l'annonçait en ces termes en octobre 1770 : « Ce dernier portrait de M'" Ficquet n'est pas -> inférieur à ceux qu'il a publiés précédemment. On II. 11

» y admire la même précision , le même fini , la même » légèreté d'outil. » Et pourtant, dit M. le marquis de Chennevières, son descendant , ce n'était pas un chefd'œuvre que la peinture d'après laquelle Ficquet avait lait ce ravissant médaillon , bien connu des collectionneurs ; c'est un assez méchant tableau de la qualité ordinaire des portraits de famille , mais quand un portrait doit être gravé , l'important n'est pas que la peinture soit de la meilleure palette, mais que le graveur soit excellent.

Le minuscule portrait de Cicéron , fait pour une édition bijou du De Amicitia , parue chez Barbou en 1771, est-il une réduction du portrait de Cathelin, ainsi que le dit Faucheux ? On pourrait en douter si l'on se reporte à la promesse datée du 13 novembre 1757, par laquelle Ficquet s'engageait à remettre au garde du cabinet de la bibliothèque du roi , le dessin original du buste de Cicéron d'après l'antique par Rubens et le portrait de Van der Meulen par Van Schuppen qui lui avaient été confiés.

Si le portrait de Michel de Montaigne (1772) est d'un travail un peu dur et sec , défaut dont il est plus juste d'accuser l'original de Damonstier, celui de Crébillon , d'une douceur et d'une finesse extrêmes dans la préparation des chairs , fait bien voir dans ses premiers états , alors que le travail n'était pas terminé , combien la même planche pouvait s'alourdir, dans les épreuves subséquentes , ce qui s'explique par le procédé de l'artiste , qui consistait à repasser toujours dans les mêmes tailles pour les renforcer ou les réparer.

11 n'est pas étonnant que toutes ces merveilles

FICQUET. <63

fussent admirées par les contemporains. Wille parlait de Ficquet avec amitié et le recommandait volontiers aux amateurs. On lui adressait môme des vers èlogieux au sujet de ses portraits de grands hommes. En voici signés « Guichard » que nous avons relevés dans le Mercure de France de 1772 :

Par ton burin fidèle , ingénieux Qui sur les plus vantés remporte la victoire Que de mortels chéris respirent sous nos yeux !

Couvert d'un rayon de leur gloire Ton nom comme les leurs d'âge en âge vivra , Quel autre à ce degré pourra jamais atteindre?

Sans succès on le tentera :

Ficquet, graver ainsi , c'est moins graver que peindre.

Et dire qu au milieu de ces succès, qu'à l'époque de tous ces chefs-d'œuvre, le graveur n'était pas toujours à l'abri du besoin ! De nature prodigue , il jetait l'ai^gent sans compter et avait dû , pour se libérer de ses dettes, aUéner la propriété de ses meilleures planches. Ainsi les épreuves des portraits de Molière, de La Fontaine, de Corneille, de Crébillon . de Descartes , de Jean-Jacques Rousseau, de Jean-Baptiste Rousseau, de Voltaire, etc., se vendaient 3 livres pièce chez Prévost, graveur, ce qui semble indiquer qu'elles n'appartenaient plus à l'auteur.

Poursuivant sa série d'écrivains célèbres , Ficquet grave un premier portrait d'Arioste pour servir de frontispice à VOrlando Furioso de Baskerville (1773), un Jean-Jacques Rousseau qui est admirable, et que Choffard fait valoir par un encadrement d'un goût merveilleux. Puis vient La Molhe Le Vayer (1775) , d'après la gravure de Nanteuih Regnard , dont les

grands traits et la bouche lippue sont traduits de la peinture de Rigaud avec une précision qui étonne (1776) ; enfin, en 1778, Fènèlon d'après Vivien, travail d'une telle douceur et d'un tel charme . qu'on doit forcément l'estimer un des chefs-d'œuvre du graveur.

C'est vers cette époque qu'ont dû être exécutés le portrait inachevé de Boileau, document curieux , qui nous prouve , par ses différents états , que Ficquet se contentait malaisément lui-même, et qu'il n'hésitait pas à recommencer des travaux que d'autres moins scrupuleux eussent jugés parfaits, et celui de Bossuet, infiniment rare. Renouard assure que l'artiste creva la planche à force d'effacer et de refaire. C'est une des pièces les plus extraordinaires de l'œuvre. La franchise de son exécution fait penser à la tête du portrait de Pierre-Imbert Brevet.

Ici s'écoule, jusqu'à la mort de Ficquet , un long espace qui paraît avoir été stérile. Ayant fait un héritage il s'imagina d'acheter une maison au bas de Montmartre * . avec un jardin plein d'arbres fruitiers qu'il couvrait le soir avec des toiles pour leur éviter la gelée et avob sûrement des fruits. Le graveur Ponce . qui le connut , nous apprend encore qu'il dépensa en folies la somme qu'il avait réservée pour payer son acquisition, comme par exemple de faire apporter cmq cents tombereaux de terre pour mettre le jardin au niveau du salon , afin , disait-il , d'éviter les chutes qu'une distraction pourrait lui occasionner.

' Ficquet demeurait déjà à in Barrière blanche en m6, ainsi que l'indique VA/mannch dex arti^tex de cette date.

FICQUET. i65

« D'un caractère extrêmement original , ajoute-t-il , » et affligé d'une surdité considérable , Ficquet n'a » jamais tiré un parti avantageux de son talent sous » le rapport de là fortune ni produit un très grand » nombre d'ouvrages. Quoiqu'ayant recueilli plusieurs » héritages , il était rarement au-dessus du besoin ; » toujours à court d'argent, au lieu de faire la loi à » ceux qui désiraient obtenir de ses ouvrages, comme » il l'eût pu faire , il la recevait toujours de ceux qui , » spéculant sur ses productions , s'enrichissaient en » l'appauvrissant. »

On voit d'après ce témoignage de son contemporain que c'est un peu par sa faute que le grand portraitiste ne fut pas plus heureux. Il venait encore en 1794 de terminer un Arioste , où se voit quelque marque de sénilité , quand il mourut dans un état voisin de l'indigence.

Voici l'acte de décès que nous trouvons dans le travail consciencieux de M. Faucheux sur Ficquet :

« Acte de décès d'Etienne Ficquet . du 22 frimaire » an III (11 décembre 1794) , profession de graveur, » âgé de soixante-quinze ans , natif de Paris , y domi- » cilié rue du Petit Vaugirard N" 222. Sur la réquisi- » tion à nous faite dans les vingt-quatre heures par » Philippe Hayot, âgé de 67 ans , ancien huissier-pri- » seur, domicilié à Paris rue de la Perle , N° 471, ami » du défunt et de Jean Etienne Genêt, âgé de 39 ans, » ancien huissier-priseur, domicilié ii Paris , rue de » l'Université, N''395, delà connaissance du défunt. »

On a fait remarquer que Ficquet devait nécessairement être d'une myopie excessive , et que c'est grâce à cette organisation particulière de sa vue qu'il a pu

arriver au degré de finesse vraiment surprenant de ses travaux. Mais cette considération ne diminue en rien la valeur de l'artiste. Ficquet, si négligent, si peu soucieux de ses intérêts lorsqu'il s'agissait de tirer parti de ses planches , fut le graveur le plus consciencieux, le plus méticuleux, le plus exigeant vis-à-vis de lui-même qui se puisse imaginer. C'est pour lui que semble avoir été spécialement écrit le polissezle sans cesse de Boileau. Toujours corrigeant, effaçant et reprenant ses planches , il en a laissé ainsi une variété d'épreuves d'essai qui font de son œuvre un des plus curieux et des plus intéressants à collectionner. Le précieux de l'exécution des physionomies , le goût parfait qui a présidé à la disposition des ornements, ont assuré aux portraits de Ficquet une célébrité méritée; amateurs d'estampes et bibliophiles se les sont toujours disputés à Tenvi.

M. Faucheux a publié le catalogue descriptif et raisonné de 1 œuvre de Ficquet , ouvrage de tout point excellent , et auquel on ne peut reprocher que d'avoir été tiré à un trop petit nombre d'exemplaires , ce qui l'a rendu à peu près introuvable. Nous donnons ici , dans une forme abrégée, la hste complète des travaux de Ficquet.

PORTRAITS

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