Bataille de Roveredo (Campagnes d'Italie
253. Illustrations d'après Monsiau pour les Jardins, poëme de Delille,
in-12 ; d'après Myris pour les Trois Règnes de la nature , de Delille, Belzunce de Millevoye; d'après Monsiau et Le Barhier pour VOvide de Villenave (Enlèvement d'Europe, Orphée).
254. Trois vignettes d'après E.-B. Garnier, pour Alala et René, in-12,
1805. (Les deux autres par Ghoffard.)
Une estampe publiée à Lyon , et relative à l'ascension du ballon le Flesseltes, porte le nom de St-Aut>in comme graveur. Cette estampe ne doit pas être attribuée à notre Saint-Aubin , mais à un artiste lyonnais.
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Dessinateur plein d'imprévu et d'esprit , Gabriel de Saint-Aubin restera aussi le graveur à l'eau-forte le plus original peut-être de tout le XVIII® siècle. Il a mis dans les pièces qu'il a gravées les mêmes qualités que dans ses dessins, le même esprit , la même vivacité, le même ragoût ; aussi ses précieuses petites estampes, dont il ne faisait tirer que peu d'épreuves, et qui nous donnent l'impression précise d'un fait de la vie courante ou d'une scène de théâtre, font-elles la joie des amateurs ^ Ce sont les croquis d'un gribouilleur de génie.
Jacques-Gabriel de Saint-Aubin , né à Paris en 1724,
1 C'est chez les amateurs raffinés de notre époque qu'il faut aller chercher les œuvres spirituelles et délicates de Gabriel de Saint-Aubin. L'un de ceux qui possèdent les plus beaux dessins de ce petit maître est certainement M. le baron Jérôme Pichon.
Citons l'une des plus ravissantes choses que Gabriel ait signées, la Vue du Salon de 1757, peuplé de visiteurs en extase devant le beau portrait de la marquise de Pompadour par Boucher. Ce bijou , à l'encre de Chine , se trouve dans le Discours sur la peinture et f architecture ^1758), précieux exemplaire de dédicace eu maroquin rouge à dentelles. Le Mémoire sur la Re'formntion de la Police, orné de sujets militaires et (le culs-de-lampe historiés, est également un intéressant volume.
D'autres beaux dessins de Gabriel de Saint- Aubiu , l'un surtout qui
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arère puîné de Charles-Germain, et frère aîné d'Augustin, reçut successivement les leçons de Jeaurat, de Collin de Vermont et de Boucher, concourut pour le prix de Rome et, n'ayant ohtenu que le second, abandonna bien vite la peinture historique pour devenir l'agréable dessinateur qu'il est resté. Gabriel fit bien encore pour l'Académie de St-Luc, où il exposait , quelques tentatives de peinture sérieuse , mais son lot, il le comprit rapidement, c'était le fait divers, l'événement de la rue, l'incendie de la nuit, l'ouverture du Salon , la scène capitale de la tragédie en vogue, l'encan qui faisait accourir tous les amateurs, les chaises et le tonneau d'arrosage des Tuileries, tous les menus faits qu'il attrapait au vol, le crayon à la main.
Quant il se servit de la pointe, ce fut avec la même adresse et la même verve. A son début , la Vue de la foire de Besonprès Paris, gravée d'après sa peinture datée de 1750 , est encore un peu noire et confuse. La Réconciliation d' Ahsalon el de David (1752) et Lahan cherchant ses dieux (1753), sujet du concours où il obtint le second prix , se ressentent encore de ses tâtonnements ; l'aspect en est confus, et la lumière
représente une scène de théâtre, et qui est son dernier dessin, viennent compléter cet ensemble qu'il est nécessaire d'avoir vu pour juger réellement l'artiste.
C'est dans son hôtel de l'Ile-St-Louis , d'une sévère beauté , que l'honorable et sympathique président de la Société des Bibliophiles français a, depuis trente-trois ans qu'il l'habite, réuni une foule d'objets précieux du temps passé. Cet hôtel , construit en 165T par Gruin des Bordes , commissaire général de la cavalerie légère , a successivement appartenu à Lauîun , au marquis de Richelieu , à la famille Ogier, au marquis de Tessé , à M. de Pimodan ; les salons sont ornés de peintures du grand siècle, encadrées de panneaux couverts d'arabesques et de dorures. L'ami du beau qui le possède maintenant y a entassé les
médiocrement distribuée. U Allégorie des mariages faits par la ville de Paris à la naissance de Monseigneur le Duc de Bourgogne en 1751, et celle de la Convalescence du Dauphin (1752) , sont d'assez jolies choses bien que ces sujets relevés convinssent moins à son talent, tandis que sa meilleure pièce à notre goût , la Vue du Salon du Louvre en l'année 1753, avec son fourmillement de public si curieusement rendu , est le spécimen achevé de sa manière. N'est-ce pas le cas de rappeler la description qu'en ont faite MM. de Goncourt , qui des premiers ont compris et révélé l'artiste ?
« La petite merveille de Gabriel et la planche d'art » par excellence au XYIIF siècle, c'est le Salon du » Louvre de 1753. La montée du grand escalier de » l'Exposition, avec sur les marches le colloque de ces » deux amateurs barrant le passage à la foule, avec
splendides tapisseries des Gobelins, l'argenterie ancienne timbrée des meilleurs poinçons , les beaux meubles anciens et les somptueuses pendules de Boule, les curiosités de toutes sortes.
La bibliothèque , que M. le baron Pichon a reformée après sa grande vente de 1869, est redevenue , grâce à son goût et à sa prodigieuse activité , aussi riche en volumes précieux que sa devancière. Il suffira de dire qu'elle possède le Rommant de la Rose de Galliot du Pré (1529), en maroquin doublé aux armes du comte d'Hoym , qui vient de trouver son historien , et le Champion des Dames du même amateur, en maroquin citron ; V Histoire universelle de Bossuet , édition originale en grand papier, aux armes de Madame de Montcspan ; un précieux manuscrit du calligraphe Nicolas Jarry : les Prières composées par la marquise de Rambouillet, en maroquin doublé, à son chiffre ; les Prières de la Vierye écrites par le même calligraphe pour la princesse de Rohan-Guéménée ; le Précis de la Révolution française , avec les dessins originaux de Moreau le jeune ; les Heures de Bussy-Rabulin , avec les saints qu'il a célébrés; deux volumes de Croquis, faits par Oudry avec une verve charmante, de tous les portraits qu'il avait faits
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» l'arrêt méditatif et contemplateur de cette femme à » la main si mollement abandonnée, avec l'ascension » paresseuse de cette autre se faisant porter par un » bras amoureux , avec les accoudements de toutes » celles-là sur la rampe d'en haut ; la montée du grand » escalier dans toutes les attitudes de nature , dans » toutes les poses naïves d'une curiosité, le nez en » l'air et l'œil déjà aux tableaux, dans toute la variété » des mouvements de grâce que met l'action de gravir » des marches en des corps et des jupes de femmes. » C'est là la planche de Gabriel et c'est toute cette » coquette mimique dessinée par des alternatives » d'ombre et de lumière que font des jours de fenêtre » dans des tournants d'escaliers , par le pittoresque » éclairage en écharpe, un vrai tour de force que » cette lumière qui met comme un tremblement de » vie sur tout ce qu'elle baigne, sur tout ce qu'elle
de 1712 à 1716, avec les noms des personnages ; les Heures de Simon de Coline< de 1543, en belle reliure du temps, genre Grolier ; le Labyrinthe de Fortune de Bouchet, superbe exemplaire aux armes de Claude Gouffier duc de Rouannais , grand écuyer de France, dont M. Pichon possède aussi la bague datée de 1569 ; signalons surtout un magnifique volume relié à compartiments aux armes de Marie-Antoinette alors dauphine , contenant quelques scènes d'une comédie que la ducbesse de Mazarin , cette curieuse raffinée du siècle dernier, avait fait jouer devant l'infortunée princesse en 1770, alors qu'elle arrivait en France; et une foule d'ouvrages sur la chasse, les métiers, les armoiries; des recueils d'ornements, de précieuses estampes, et ce qu'il ne faut pas oublier, une très curieuse réunion de bagues du moyen-âge, parmi lesquelles celle du célèbre captai de Buch , et un saphir représentant en pied le duc de Berry, oncle de Charles VI qui le lui donna en 1404 ; enfin une foule de documents de toute sorte que le maître de la maison met généreusement à la disposition de tous les travailleurs qui viennent faire appel à sa science et à son inépuisable obligeance.
» effleure. Le travail est des plus simples cependant. » Rien que des rayures verticales ou horizontales qui » prennent des courbes sur les vêtements des per- » sonnages, une attaque du cuivre un peu sèche, » la dureté des noirs d'une vieille eau-forte, et cela » fait cependant si bien , si bien , qu'il semble avoir » sous les yeux une estampe de Rembrandt dans » laquelle, un moment, aurait badiné l'esprit du dessin » français. »
D'autres pièces exquises, les Nouvellistes (1752) , réunis dans un café, le Bal d'Auteuil (1754). avec sa ronde de petits personnages si galamment troussés, le Charlatan du Pont-Neuf, d'une exécution extrêmement précieuse, la Vue de la Bibliothèque des avocats, avec son curieux effet de lumière, mériteraient chacune une description détaillée. Nous renvoyons pour cela à Baudicour ; en revanche nous reproduirons une note manuscrite du temps expliquant, audessous de l'épreuve du Cabinet des Estampes, la très spirituelle pièce des Chaises mises aux Tuilleries (1760), qui donne comme une vision de la grande allée un soir d'été, il y a cent vingt ans.
« En ce temps là le beau jardin des Thuilleries étoit » le rendés-vous de tout ce qu'il y avoit de grand et » d'élégant dans la ville. On n'y avoit pour s'y reposer » que quelques bancs de bois épars dans les contre- » allées. Ils étoient toujours très occupés et encore » plus désirés. Si quelque homme y étoit assis, il étoit » sûr d'être bientôt acueilli par la révérence de » quelque belles dammes ce qui vouloit dire cédés- » moy votre place. La politesse françoise se refusoit » rarement à cette honnêteté. En 1760 le gouverneur
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» du château Boiitemps fit placer dans la grande allée » quelques milliers de chaises dont il dona la ferme » à sa maîtresse Allard. L'afluence du monde aug- » menta par cette comodité, cela rendit de 13 à 14 » mille livres par année. Les bancs furent abandonnés; » il parut même ignoble de s'en servir. Le grand » concours du monde occasionant beaucoup de pous- » sière, les loueurs de chaises firent faire un toneau » roulant assés ingénieux pour arroser la promenade. » C'est le sujet de la seconde vignette. »
Cette seconde pièce, le Tonneau d'arrosage, formant pendant de la première, est presque aussi piquante et les personnages aussi vivement touchés. Ce sont deux perles dans l'œuvre de l'artiste.
D'autres pièces ont moins d'importance : Marche du bœuf gras. Inauguration de la statue de Louis XV, six Vues de VIncendie de la foire St-Germain (1762), V Académie particulière, Ad?'esse de Pèrier, m^ quincailler, à la Teste noire, quay de la Mégis série, les Deux A^nants, On ne s'avise Jamais de tout, une Scène du théâtre italien, les Quatre Vases, les quatre pièces pour les Voyages de VA-inérique septentrionale du chevalier Bossu (1768-77), qui bien que signées de Le Tellier et de Louvion , ont incontestablement les dessous à l'eau -forte de la main de Saint-Aubin, une Allégorie sur le mariage du Dauphin (1771), enfin une scène de Mérope et deux vignettes pour la tragédie de Tancrède.
Baudicour signale encore le portrait de Sedaine, et celui du Scélérat Damiens, les Deux moines veillant une jeune fille morte, une vignette pour une Adresse (1752) , le Disque (1757) , la Colère de Neptune .
fontaine (1767) , le Facteur (1760) , la Jeune femme à la terrasse, un Tombeau, une planche de Coquilles. Dans la vente Robert-Dumesnil ont figuré l'Aérostat de Charles et Robert aux Tuilleries, et une Sainte Catherine. M. E . de Goncourt y ajoute le Répertoire des bals , par le S'' de la Cuisse , maître de danse (1762) , en deux pièces , le frontispice de YAlmanach historico-physique (1763) , et une petite pièce sur les Jésuites.
En outre, il est hors de doute pour nous que Gabriel de Saint- Aubin, qui avait dessiné pour le Spectacle de V Histoire romaine de Philippe de Prétot (1776) trente compositions, avait également préparé les dessous de plusieurs des planches. On reconnaît sans peine sa manière inimitable dans la Destruction d'Albe, le Triomphe de Pompée, signé de Pelletier, la Mort de Germanicus , qui ne porte aucune signature, dans la planche d'Auguste s'occupant des embellissem.ents de Rome, signée de Lévesque, et dans quelques autres.
Terminons par ce petit croquis dû à un contemporain . Pahin de la Blancherie : « On ne rencontrait » jamais Gabriel de St-Aubin qu'un crayon à la main, » dessinant tout ce qui se présentoit à ses yeux, soit » dans les temples, soit dans les amphithéâtres, » cours pubhcs ou ventes, et même dans les rues. Ce » goût excessif de tout voir, tout savoir, tout dessi- » ner, lui emportoit si complètement tous ses ins- » tants qu'il avoit une négligence extrême de sa per- » sonne tant pour sa santé que pour son extérieur, » quoiqu'il ne fût pas hors d'état de satisfaire à » ces deux points. Il portoit cette abnégation de soi-
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» même au point qu'il est mort dans un dépérisse- » ment total de la nature, n'ayant voulu se laisser » soigner que quand il n'étoit plus temps de le faire. » Voici l'acte mortuaire de notre artiste : « Le jeudi 10 février 1780, Jacques-Gabriel de » Saint-Aubin , âgé d'environ 51 ans, maître peintre, » demeurant rue des Prouvaires, décédé d'hier, fut » inhumé au cimetière en présence de Charles-Ger- » main de St- Aubin dessinateur du roi, son frère et de » Raimond Delpech , m'' mercier bijoutier son ami. >^ {Registre de St-Eustache).
Les pièces que nous venons d'éimmérer dans cet article forment l'œuvre gravé complet , ou plutôt ce qu'on connaît de l'œuvre gravé de Gabriel de Saint- Aubhi. Chacune de ces planches a plusieurs états ; mais nous donnerons ici aux iconophiles le conseil pratique de ne point se mettre en peine des états : ces petites estampes sont d'une telle rareté que, lorsqu'on en rencontre une, il faut s'empresser de la recueillir, de quelque état qu'elle soit. On préférera les pièces suivantes :