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Les Petits Bouffons, — le Petit Espiègle, d'après Eisen

92. Ouvriers construisant un bâtiment. — C -N. Gochin inven. del.

n63; in-8.

Tète de page pour l'Architecture moderne de Jombert , 2 vol. in-4, 1T64.

93. Costume des habitants de la baie de Langle (Atlas des Voyages de

Lapérouse).

GAYLUS (le Comte de).

Raconter par le menu la vie de ce gentilhomme graveur, antiquaire, écrivain, artiste et protecteur des artistes, serait un travail trop vaste pour notre cadre, aussi sommes-nous forcés d'abréger la notice que nous lui consacrons.

Anne-Claude-Philippe de Thubières, de Grimoard, de Pestels , de Levi , comte de Caylus naquit à Paris le 31 octobre 1692 , commença par porter les armes et se distingua dans plusieurs occasions , mais très-jeune encore ayant quitté le service du roi, il voyagea et sentit à la vue des chefs-d'œuvre de l'art antique et moderne , son goût s'affirmer assez pour vouloir lui consacrer sa vie. Ces dispositions lui firent connaître et aimer les plus grands artistes et les meilleurs connaisseurs de son temps. Ses relations avec le célèbre collectionneur Crozat le mirent à même d'apprécier les antiquités, les médailles, et surtout les dessins de maîtres qu'il se mit à copier avec ardeur et succès. Il fréquentait à la môme époque Charles Coypel qui avait la garde des dessins du cabinet du roi , ce qui lui permit d'en copier aussi un grand nombre à l'eau-forte. Plus étroites encore étaient ses relations

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avec Watteau chez lequel il allait dessiner et dont il reproduisait les esquisses légères, les sveltes et gracieux personnages avec un rare sentiment de la manière du peintre. Tout le monde sait combien il a aimé Bouchardon qui lui doit une partie de sa fortune. Caylus adorait les productions de cet artiste et le nombre de dessins qu'il a demandés au crayon de ce dernier est incalculable. En dehors des nombreuses pierres gravées antiques dessinées par lui , que notre antiquaire gravait avec ardeur et dont il fit plus tard hommage à Mariette, il faut se reporter à son grand ouvrage du Recueil d'Antiquités Egyptiennes , Etrusques, Grecques et Romaines (1752-1767) en sept volumes in-4 , pour se rendre compte de l'importance de la collaboration du sculpteur et de l'antiquaire. Bouchardon avec son goût pour l'art antique et sa grande pureté de dessin, reproduisait avec souplesse les camées, les bronzes, les marbres, les vases, les mosaïques , expédiés d'Italie par les Paciaudi , les Zanetti , les Bellotti, fournisseurs attitrés du comte, qui s'empressait de graver avec facilité les dessins de son ami. Les planches que Bouchardon a gravées pour cet ouvrage, se reconnaissent à ce goût de contours coquets dont ne peut se défaire , même en copiant l'antique , un artiste du XVIIIe siècle ; toutefois cet important travail qui reproduit les nombreux objets de collections que Caylus avait formées , eut à l'époque beaucoup de succès , et serait plus précieux si les monuments qui y sont reproduits l'étaient avec une exactitude plus scrupuleuse.

Il faut en dire autant des trois cents planches de médailles gravées au trait par notre amateur (les médailles

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qui avaient servi de modèles ont enrichi plus tard le cabinet du roi) et qui ont été réunies sous le nom de Recueil de pierres gravées, avec des explications de Mariette. Brunet dit qu'il faut choisir cet ouvrage de première édition, c'est-à-dire avant les chiffres, Caylus n'ayant fait tirer que quelques exemplaires dans cet état tandis que plus tard Basan se les étant procurées , y ajouta des numéros et les titres des sujets représentés.

Rien n'est plus intéressant que de feuilleter un énorme recueil en quatre volumes in-folio, dans lequel le comte de Caylus avait réuni tout ce qu'il avait gravé et qu'il destinait après lui au Cabinet des Estampes où il se trouve maintenant; collection unique toujours avec la contre-épreuve en regard, de fac-similés de dessins de maîtres et de gravures de toutes sortes. Là se trouvent dans un heureux mélange de tous les styles et sans autre parti pris que la recherche sans cesse en éveil de l'art élevé et grandiose, les reproductions fidèles des dessins de Raphaël, Michel-Ange, Rubens,Van-Dyck, Baccio-Bandinelli , gravés avec un grand sentiment de l'art et de la manière du modèle ; là foisonnent les paysages largement touchés du Guerchin et du Titien; on y retrouve tout entiers dans leur manière facile et dans leurs compositions abondantes, les trois Carrache, Antoine , Annibal et Louis , pour lesquels Caylus semble avoir eu une prédilection toute particulière; Rembrandt y figure avec ses plumes merveilleuses, étonnamment reproduites et Van-Dyck a fourni les éléments d'une série de têtes de caractère ou l'on retrouve la main du maître. Tous ces dessins ont été puisés dans la collection de Crozat et dans celle du roi.

Parmi ses contemporains , les plumes de Gillot qu'il interprète avec une suprême liberté , les beaux arrangements de Lafage et par dessus tout les Suites de figures inventées par Watteau et gravées par son ami C *, sont les ouvrages qui séduisent le plus cette main de véritable artiste. Goypel aussi avec lequel il fut longtemps fort lié a été interprêté avec un brio tout particulier. N'est-ce pas à eux deux du reste qu'ils ont commis cette curieuse illustration des Chats, de Paradis de Moncrif , pour flatter la manie de leur séduisante et spirituelle amie , Mme de Deffand ?

Caylus en vrai connaisseur aimait le croquis , le premier jet de la composition échappé du crayon du peintre, aussi gravait-il de préférence les esquisses , réservant tout son dédain pour les dessins léchés et finis. 11 a fait exception toutefois pour ceux de son ami Bouchardon qui sont très voulus ; dans la reproduction de ses Cris de Paris , types de la rue , dessinés dans le goût des maîtres italiens et pourtant d'une grande vérité d'allures , le graveur des élégantes Arabesques et des Bacchanales de Gillot, a dû s'astreindre à serrer davantage la forme des personnages. C'est dans cette suite qu'on retrouve avec leurs cris particuliers tous les petits métiers de la rue , le Colleur d'Affiches, la Lanterne Magique et jusqu'au crieur de la Liste des gagnants de la loterie.

Mariette aussi, le savant collectionneur Mariette, qui nous a laissé une intéressante note sur le comte de Caylus, fut son ami intime. Il nous apprend que son extrême vivacité ne lui permit jamais d'être un moment oisif, et de là vint cette prodigieuse quantité d'opuscules et de gravures qu'il répandit de par le monde ; mais

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Caylus n'en faisait pas lui-même grand cas, et sans son ami beaucoup auraient couru le risque de rester ignorés. Mariette estimait beaucoup d'ailleurs les productions de Caylus et dans son échange actif d'estampes anciennes et modernes qu'il faisait principalement avec des amateurs italiens, il leur en envoyait des spécimens.

Ainsi il écrivait le 24 mai 1732, au chevalier Gaburri : « J'ai mis ensemble un assortiment d'estampes gravées » par M. le comte de Caylus d'après des dessins de » premiers maîtres; je vous les adresserai aussitôt que » vous m'aurez indiqué par quelle voie il faut vous les » envoyer. C'est un homme très-aimable que vous » auriez beaucoup de plaisir à connaître. Il n'a d'autre » satisfaction que d'obliger ; mais autant il estime celles » des autres, autant il fait peu de cas de ses productions. » Il serait difficile d'obtenir de lui tout ce qu'il a gravé, » parceque c'est à peine si, aujourd'hui il en a conservé » une épreuve. Je n'ai pu parvenir à rassembler ce que » je vous ai envoyé de lui qu'en m'y prenant à temps. » Il n'est pas très satisfait de la Cène de Notre- » Seigneur qu'il a gravée d'après la peinture de » Léonard ; c'est pourquoi il ne peut se résoudre à » vous envoyer une épreuve : mais il veut la refaire » et alors je penserai à vous en procurer une. »

Et le chevalier Gaburri de répondre de Florence en octobre de la même année au milieu de l'entremêlement d'une correspondance toute relative aux estampes : « J'ay une grande vénération pour l'illustre comte de » Caylus et je ne cesse de faire l'éloge de ce seigneur » à toutes les personnes de cette ville , qui tous les » dimanches matin viennent se réunir chez moi avec

» les artistes pour y causer de différents sujets relatifs

Ȉ l'art de la peinture je ne puis trouver des

» termes capables de vous exprimer combien je fais » cas des autres gravures très nombreuses de M. le » comte de Gaylus. Je ne pourrais jamais assez vous » dire toute l'estime que j'ai pour ce digne seigneur ; » et soyez certain que ses gravures seront conservées » par moi avec un sentiment de jalousie comme autant » de pierres précieuses et spécialement la belle main » de Michel-Ange.... » et plus loin encore : « Je ne » saurais assez vous exprimer combien les gravures » exécutées par M. le comte de Caylus m'ont fait plaisir » en ce qu'elles conservent merveilleusement le carac- » tère de chaque auteur, bien qu'il passe d'une manière » à une autre entièrement différente ; par exemple de » Raphaël à Guerchin , des Carraches à M. de La Fage, » du Bandinelli à Watteau , etc.. c'est un effet dû à la » profonde intelligence de M. le comte de Caylus. »

Un autre travail curieux du comte de Caylus est son Recueil de têtes de caractère et de charges, en 40 planches , d'après les dessins de Léonard de Vinci (1730) ! ; grimaces inénarrables , types fantastiques , vieilles édentées , figures aperçues dans un cauchemar , c'est une vraie vision de l'apocalypse que le grand peintre milanais avait jetée dans ses moments de désœuvrement sur le papier et que Caylus s'est amusé à reproduire, en la faisant commenter par une notice de Mariette.

1 Le Recueil de dessins à la plume passant pour les originaux de Léonard de Vinci s'est vendu en octobre 1879, à la vente A***, la somme de 1,650 francs.

Parmi les portraits gravés haut la main par Caylus on doit citer celui de Camille Falconet , littérateur et médecin, au bas duquel il écrit ces vers sinon poétiques du moins affectueux :

Dibutade peignit , son maître fut l'amour Et son amant fut son modèle, L'amitié triomphe à son tour, Elle a fait ce portrait fidèle.

N'oublions pas, au nombre des plus piquantes eauxfortes du comte de Caylus : une réunion d'ânes devant des tableaux , qu'il a intitulée Assemblée de Brocanteurs ; — le Régime de Noël Falconet , qui reçoit un lavement tout en pinçant de la guitare ; — les deux portraits en pied de Voltaire, très âgé, non plus qu'une petite figure chère aux amateurs de livres et qui s'appelle les Petits Pieds , complément obligé de tout exemplaire du roman de Longus, Daphnis et Chloê. L'invention , la conception primitive du sujet passe pour avoir eu le Régent lui-même pour auteur.

Le comte de Caylus a eu une grande influence sur l'art de son époque , par son talent , son exemple , sa situation personnelle, moins il est vrai sur les artistes proprement dits que sur les amateurs et collectionneurs de tableaux , dessins , estampes et antiquités. Mais s'il avait des amis nombreux et dévoués, son caractère brusque lui avait attiré beaucoup d'inimitiés. S'il traita Diderot de gredin, celui-ci le lui rendit bien et lui composa même une méchante épitaphe pour son tombeau. Caylus avait ordonné , par son testament, que sur sa tombe, élevée à Saint- Germain l'Auxerrois , on mît une urne étrusque sans

autre accessoire. Diderot proposa d'inscrire sur le monument ces deux vers :

Ci-gît un antiquaire, acariâtre et brusque.

Ah ! qu'il est bien logé dans cette cruche étrusque !

Marmontel, dans ses Mémoires, n'est pas plus doux et lui fait payer cher le peu de bienveillance qu'il se plaignait d'avoir rencontré auprès de lui dans le salon de Mme Geoffrin. 11 se moque de l'importance que l'antiquaire attachait à ses recherches minutieuses sur les babioles antiques , signale son adroite vanité et son impérieux orgueil et prétend qu'il se faisait composer des mémoires dont il faisait de magnifiques recueils , sur les breloques que les brocanteurs lui vendaient.

11 y a là l'exagération visible d'un amour propre blessé et c'est faire trop bon marché de la véritable science archéologique et du réel mérite de graveur d'un des premiers amateurs du XVIIIe siècle.

Le comte de Caylus mourut à Paris le 5 septembre

Son œuvre gravé , en 4 volumes in-fol. renfermant 3,200 pièces , s'est vendu à la vente Mariette (1775) 510 livres. La réputation dont il a joui de son vivant ne s'est pas maintenue. « On a longtemps admiré sur » parole ses productions artistiques , mais la postérité » semble être déjà venue pour lui. » Tel est le jugement d'Huber. Celui de Watelet est encore plus court et plus net : « Le comte de Caylus a beaucoup gravé » à l'eau-forte, avec plus de zèle que de talent. »

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