CHATELAIN. 3G
cV Italie d'après Ricci. Il est malheureux que l'irrégularité de sa conduite , dissolute course of life , dit Brvan , l'ait empêché de cultiver la grande facilité et le talent tout spécial qu'il avait pour le paysage. Citons encore deux portraits de notre graveur, Crêbillon et Meunier de Querlon.
La rubrique Londres qui se trouve si souvent sur les titres des livres imprimés au dernier siècle, et qui sert à dissimuler le véritable lieu d'impression, est peut-être exacte en ce qui concerne le Dépit et le Voyage, poëme de Bastide imprimé à Londres en 1771 , car l'une des figures d'après Desrais est signée de Châtelain et la plus jolie , celle du chant V, doit également lui être attribuée (1770) ; or l'on sait que notre graveur habitait Londres.
Ce serait donc sur la fin de sa vie que ces vignettes auraient été gravées, puisqu'on le dit mort à Londres en 1771 ; mais alors comment concilier cette date avec la mention de 12 petites figures très-finement gravées par Châtelain pour un Robinson Crusoè de 1784 (Paris , Cazin) des vignettes pour les ouvrages de Fallet, le Phaèton et les Aventures de Chèrèas et Callirhoé (1775) et Mes Bagatelles (1776) ; pour les Poésies de M. Bêrenger (Paris , Cazin 1785) , de pièces pour les Œuvres de l'abbé Prévost (1783-1784) etc.. Il faut donc supposer l'existence d'un autre Châtelain ; Dominique suivant le catalogue Paignon Dijonval , ou F.-B. Châtelain d'après Le Blanc.
GHEDEL (Pierre-Quentin
Chedel , né à Ghâlons-sur-Marne en 1705 , avait reçu les premières leçons dans l'atelier de Le Moine ; puis il se décida pour l'art de la gravure comme plus en rapport avec ses moyens et entra chez l'excellent graveur Laurent Cars. Là encore la mesure de son talent lui fit de préférence choisir le petit genre de la la vignette qu'il se mit à dessiner et à graver.
« Il y réussit parfaitement, a écrit Gaucher dans ses » Notices sur les graveurs , ses compositions sont » pleines de feu et d'invention , et touchées avec tout » l'esprit et le goût possible. » Nous trouvons l'éloge peut-être un peu exagéré.
Son œuvre se compose de suites de paysages, d'ornements, de costumes , et surtout de vignettes , généralement touchées avec soin. Citons des Sujets de l'Ancien et du Nouveau Testament (42 pièces) , un Livre d'Ornements, d'après Juste Aurèle Meissonnier (15 pièces) , les Mois de l'Année (24 pièces) , des fleurons pour l'Histoire de France du président Hénault , des Armoiries, de nombreuses suites de Paysages , des suites de Batailles (39 pièces), d'Événements militaires (6 pièces) , deux portraits, Nicolas de la Brosse
CHEDEL. 367
comte de Vertillac, et Claude deLisle, historiographe.
Parmi ses travaux pour les livres, le plus connu est la suite des jolies gravures d'après Boucher pour le roman d'Acajou et Zirpliile de Duclos. On sait que les dessins avaient primitivement été composés par Boucher, sur la demande du comte de Tessin, amateur des arts et aussi paraît-il des charmes de Madame Boucher, qui avait trouvé ce moyen ingénieux de se rapprocher de sa belle. Ces vignettes devaient orner un petit roman de la composition du diplomate , Faunitlane ou C Infante jaune. En 1740 , on en tira deux exemplaires , dit-on , mais un nouveau tirage , fait en 1741 , a rendu ce livre beaucoup moins rare. Lorsque le comte de Tessin fut rappelé dans son pays , les planches gravées n'avaient encore que peu servi , et il en fit cadeau à son ami Duclos , d'autres disent à Prault fils , qui aurait engagé ce littérateur à écrire un nouveau conte pour les utiliser , ce qui fut fait. Les gravures de Ghedel sont exécutées à l'eauforte avec facilité et esprit , dans le format in-4. Des réductions en ont été faites pour une édition in-12.
Cochin avait confié à Chedel un certain nombre des planches des Fables de La Fontaine d'après les dessins d'Oudry (1755). 11 faut avouer qu'elles sont exécutées d'une manière dure et sans charme , mais il est juste d'ajouter qu'on semble s'être attaché à ne lui faire graver que les sujets profondément ennuyeux et dépourvus de personnages , V Aigle et le Hibou , la Montagne qui accouche d'une souris, le Lierre et la Tortue , la Goutte et V 'Araignée , le Cochet le Chat et le Souriceau, le Soleil et les Grenouilles , la Mouche et la Fourmi, le Combat des Rais et des Belettes,
368 LES GRAVEURS DU XVIIIe SIÈCLE.
VEcrevisse et sa Fille , le Héron , le Rat et V Huître . etc , etc.... affreux animaux dans de plus affreux paysages.
D'un autre côté , il faut restituer à Chedel une partie de l'honneur que l'on fait à Laurent Gars en attribuant à ce dernier seul la gravure des figures de Boucher pour Molière. Chedel est tout simplement le graveur qui a exécuté à l'eau-forte une grande partie de ces illustrations si estimées. On trouve son nom en toutes lettres sur les eaux-fortes des figures : le Cocu battu et content , le Sicilien , l'École des Femmes , V Ecole des Maris , Dom Garde , les Plaisirs de Vile enchantée , V Impromptu de Versailles , Psiché , les Fourberies de Scapin , Don Juan , le Misanthrope , le Bourgeois Gentilhomme.
Certainement c'était sous l'inspiration de Laurent Cars dont il était l'élève et dans son atelier que ces figures étaient gravées, mais l'on n'en constate pas moins que la part du maître , bien moins considérable que ce que l'on supposait au premier abord , se réduit à un travail de retouche , nous ne disons pas de perfection , car pour nous il n'y a pas plus de talent dans ces épreuves poussées à l'effet que dans les libres eaux-fortes primitives.
Le nombre des pièces gravées par Chedel est d'ailleurs très-considérable et leur sèche énumération nous entraînerait trop loin. Contentons nous de citer encore des estampes d'après Watteau, Arlequin jaloux et le Retour de Guinguette, pour le recueil, publié par M. de Julienne , des œuvres de ce maître ; des paysages d'après Boucher , comme le Dr roi hermite, le Colombier , la Ferme, le Pont
CHEDEL 369
rustique, le Clot-Payen; des estampes d'après les tableaux de Dujardin, Ruysdaèl,Wouvermans, Pierre, appartiennent pour la plupart a la galerie du comte de Villeneuve-Vence ; et une certaine quantité de vignettes illustrant des ouvrages publiés de 1730 à I7f><). Distinguons-y une Histoire du Peuple de Dieu du P. Berruyer (1738) , les Nymphes de Diane , opéra comique de Favart , le fleuron de Mon Odyssée , le poëme de la Colombiade de Mme Du Bocage (1706).
C'est Cochin qui fournit à Gbedel le plus grand nombre de sujets de vignettes. Notre graveur l'a interprété avec habileté dans l'Histoire gênera le des Voyages de l'abbé Prévost (1740) , in-4 et in-12 ; dans un fleuron pour Daphnis et Chloê ( 1745 ) ; dans un certain nombre des culs-de-lampe de V Abrège de V Histoire de France du Président Hénault (1740) où Chedel a gravé dix sujets sur seize * ; dans les fleurons de la Géométrie à V usage des Artistes , nouvelle édition du traité de Sébastien Le Clerc ; dans le Traité des feux d'artifices de Frézier (1747) ; dans l'Art de la Guerre du maréchal de Puységur (1748) ; et dans un grand nombre d'autres ouvrages parmi lesquels il ne faut pas passer sous silence la jolie édition des Contes de La Fontaine de 1745. Chedel a gravé pour ce livre , avec Bavenet et Fessard , quelques-unes de ces vignettes à mi-page qui sont du meilleur faire de Cochin ; Jombert nous signale : les Aveux indiscrets, le Contrat, les Quiproquos, la Couturière , le Gascon, la Cruche cassée, Promettre est un , et le Rossignol.
1 Dans l'édition de 1749, in-4, Chedel a gravé huit fleurons. I. 24
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Dans une circonstance pourtant Chedel n'eut pas l'heur de plaire à Cochin. A son retour d'Italie , cet artiste littérateur faisant paraître avec Bellicard des Observations sur les antiquités oVHerculanum voulut y joindre une planche représentant le spectacle de ï Éruption du Vésuve de 1750 , dont il avait été le témoin et qu'il avait dessinée sur les lieux ; mais il ne fut pas content de la manière , en effet lourde et pâteuse , dont Chedel avait rendu son dessin ; la planche resta inachevée et ne figure pas dans cette édition.
« Chedel, dit Gaucher , était d'une complexion fort » délicate et menait une vie très-sobre et très-retirée : » La douceur de ses mœurs et l'égalité de son caractère, » jointes à sa candeur et à sa probité lui acquirent >•> l'estime et l'amitié des personnes avec lesquelles il » vivoit. Sa trop grande assiduité au travail et la vie » trop sédentaire qu'il menait , lui occasionnèrent » plusieurs maladies qui le rendirent sur la fin de ses » jours un peu triste et mélancolique, quoiqu'il fut » naturellement fort gai. »
La vieillesse était arrivée et comme sa vue était fort affaiblie, Chedel prit le parti de se retirer dans son pays natal où il mourut en 1763. Voici l'acte de décès de Chedel : « Le 1er juin 1763 est décédé Monsieur » Pierre-Quentin Chedel , bourgeois de cette ville , » âgé d'environ cinquante-sept ans , de cette paroisse. » 11 étoit fils de défunts Quentin Chedel , marchand à » Chaalons , et de dame Marie Cousinat ; il a été » inhumé le lendemain dans le cimetière de cette » paroisse, en présence des parans et amis, notamment » M.M. Augustin-Nicolas, Jean-Louis Chedel, garçons
CHEDEL. !7l
•> majeurs , ses neveux , et Ignace Le Lorrain, greffier » du présidial , dont l'épouse est nièce du défunt, qui » ont signé avec nous. — A. Nicolas-Ledieu , curé de » St-Nicaise. »
Heinecken possédait un œuvre complet de Ghedel , qu'il céda , (c'est l'euphémisme consacré entre amateurs) à un M. Otto , de Zurich. Un autre œuvre du graveur comprenant 593 morceaux . fut vendu a la vente Cayeux en 1774, la somme de 104 livres 19 sous et adjugé à Basan. L'étroite amitié qui unissait le sculpteur Cayeux etChedel permet de supposer que ce recueil devait être bien complet.
Le Blanc a catalogué 316 pièces de ce graveur.
CHENU (Pierre).
Ce petit bossu que l'on aperçoit au travers des croquis de Le Bas , dans les lettres qu'il écrivait à ses anciens élèves , c'est Pierre Chenu. Il faut même espérer que Mesdemoiselles Thérèse et Victoire Chenu, ses sœurs, les mêmes qui figuraient dans les contre-danses improvisées de l'atelier Le Bas étaient un peu plus droites et plus sveltes que leur frère. Rien ne nous empêche , de lui supposer , en vrai bossu qu'il était , beaucoup d'esprit ; en tous cas , il semble avoir été bien vu de ses camarades : « Chenue vous embrasse et atend une lettre de vous pour partir en poste , » écrit Le Bas au suédois Rehn , son ancien disciple , ce qui n'était qu'une plaisanterie, comme bien l'on pense.
Chenu né en 1730, à Paris, semble avoir si rapidement profité des leçons de son maître Le Bas, qu'il se trouve de très bonne heure chargé d'importants travaux. Il est un des graveurs les plus employés par Cochin dans la grande édition des Fables de La Fontaine où il interprète avec habileté les dessins d'Oudry. Son fort, c'est de terminer au burin les planches commencées par Cochin père à l'eau-forte. C'est à cette intelligente collaboration que nous devons le Meunier , son Fils et
VAne, VAne chargé cV éponges, la première planche des Deux Mulets. Chenu grave seul pour le môme ouvrage un grand nombre d'autres sujets , le Coq et la Perle , le Singe et le Dauphin, la Poule aux œufs d'or, VAne vêtu de la peau du Lion, le Savetier et le Financier et la jolie composition du Mal Marie.
Dans le même temps (1753) , Chenu avait gravé en compagnie de Le Mire , d'après les dessins de son ami Eisen , dont c'est un des premiers travaux , une partie des figures de la Christiade , de l'abbé de la Baume- Desdossat, poëme religieux que le gazetier ecclésiastique appela méchamment l'Evangile travesti. Si le texte ne valait pas grand chose , les illustrations du moins étaient extrêmement fines.
Chenu a encore gravé pour les livres par exemple ; des titres pour l'Enéide , d'après Zocchi (1760) ; la vignette en tête du livre I V de Lucrèce ( 1764 ) ; une suite de 8 pièces pour le Lutrin , d'après Le Mesle ; des pièces pour l'Essai sur la Musique de La Borde (1780).
On trouve aussi la signature de Chenu dans un livre composé presqu'uniquement de figures de Gabriel de Saint-Aubin, le Spectacle de l'Histoire Romaine par Philippe de Prétot. Les figures furent gravées de 1760 à 1764 d'après les dessins si piquants mais si difficiles à interprêter de cet artiste. Quelques suites des figures furent tirées alors , mais les planches ne furent réellement utilisées qu'en 1789 pour l'Abrégé de l'Histoire Romaine de l'abbé Millot. Notre graveur s'y trouve représenté par quatre figures, le Supplice de Régulus , la Bataille de Cannes , la Mort de César , et le Supplice de Vitellius qui ne sont pas des meilleures.
374 LES GRAVEURS DU XVIIIe SIECLE
Chenu poussé et recommandé sans doute par son maître Le Bas, nous semble avoir eu plutôt la spécialité de graver les tableaux des grandes collections particulières. Pour Orry de Fulvy, fils du surintendant des bâtiments du Roi , deux Vues de Venise d'après Casparo ; pour le comte de Bruni, premier ministre de S. M. le Roi de Pologne , les Baigneuses de Van der Neer (et Van der Werf pour les figures) , le Curieux d'après Béga ; pour le comte de Baudouin le Vielleur Hollandais , d'après Ostade , mais il est surtout le graveur attitré du comte de Vence , maréchal de camp des armées du Roi et honoraire associé libre de l'Académie de peinture et sculpture , dont il reproduit presque toute la collection. Cet amateur avait évidemment une prédilection marquée pour Téniers , aussi les tableaux de ce maître s'y trouvaient- ils en grand nombre ; le Fumeur flamand, le Forgeron militaire, le Buveur , et le plus important d'entre eux, les Amusements des Matelots , que Chenu vendait 6 livres , sont gravés d'après ce maître. Le Cheval fondu d'après David Ricard , et deux bonnes figures d'étude du peintre Pierre , le Repos de Bacchus et le Supplice de Promêthée reproduites par Chenu , faisaient aussi partie de cette célèbre collection.
Chenu semble , lui aussi , avoir affectionné Téniers , car il n'a pas gravé moins de quatorze tableaux de ce maître , au nombre desquels il faut citer deux petites peintures appartenant à Eisen, la Coquette de Village, et le Jeu du Trou-Madame, pièces dédiées à M. Eisen par son ami Chenu. Deux autres d'après le même maître , le Bon accord et le Repos sont dédiés à M. Le Bas , par son très-humble serviteur , élève et
ami. Enfin pour finir cette énumëration de« magots» fort à la mode alors comme aujourd'hui , le Porte- Balle est gravé à l'eau-forte par Melle Victoire Chenu, et terminé par son frère (1776). 11 faut dire à la louange du graveur qu'il a bien rendu ces intérieurs enfumés de tabagie et ces types populaires aimés du peintre , mais , grands dieux , que d'horribles tètes !
En dehors de ces estampes , Chenu a encore gravé un certain nombre de portraits , ceux de Henri IV et de Sully, dessinés par Gabriel de Saint- Aubin d'après les peintures de Porbus appartenant au Roi ; ceux de Diderot la figure appuyée sur sa main droite , et de Marivaux , tous deux d'après Garand ; de Dumont de Valdajon , chirurgien - renoueur du Comte de Provence ; de Mme Favarl , vue de face la tête nue avec les cheveux bouclés , un nœud de velours autour du cou , la robe à corsage ouvert :
Par ses talents, sa grâce naturelle, Justine plaît sans le secours de l'art ; Et du laurier qui couronne Favart , L'Amour détache une feuille pour elle.
Son plus curieux travail dans ce genre est le portrait de François 1er d'après Niccolo de l'Abbate. Celte très originale effigie royale est en pied dans un accoutrement antique orné à la mode du XVIe siècle et d'après une délicieuse miniature du maître italien. Le comte de Caylus . du cabinet duquel elle faisait l'ornement, désireux de faire profiter le public de ce précieux monument de l'art , se fit un devoir et un plaisir d'en faire hommage au Cabinet des Estampes : « Il le vint voir encore peu de jours avant sa mort et
376 LES GRAVEURS DU XVIIIe SIÈCLE.
» dit avec transport : ce portrait a aussi bonne grâce » à la tête de ce riche cabinet quavoit François 1er » lui-mesme à la journée de Marignan.
» Le sieur Chenu qui vient d'exercer son burin sur » le portrait de Henri IV servant de frontispice à sa » vie écrite par M. de Bury et qui a gravé aussi celui » du conseil et de l'ami de ce bon roi , le duc de Sully, » n'a rien négligé dans la gravure du portrait dont il » s'agit pour mériter la protection de M. Bignon qui » lui a fait confier cette précieuse miniature. L'artiste » afin d'être plus fidèle à l'action et à la grandeur du » tableau s'est assujetti à le copier dans la glace. »
Une autre pièce de Chenu, intéressante tout au moins pour le souvenir de l'ami des arts et de l'antiquité , dont nous venons de citer un trait de générosité, est le Tombeau du comte de Caylus à Saint-Germain l'Auxerrois , avec la représentation du sarcophage en porphyre que le fameux antiquaire destinait à contenir ses restes. Son vœu fut respecté par son cousin le comte de Maurepas qui fit élever par le sculpteur Vassé un tombeau où le sarcophage, maintenant au musée du Louvre , joue le principal rôle et c'est ce sujet que Chenu grava et dédia avec sa permission, au célèbre ministre.
L'abbé de Petity, prédicateur de la reine , était un autre amateur de beaux-arts ; il avait même publié une Bibliothèque des artistes ; en général c'est lui qui indiquait aux dessinateurs les compositions qu'il désirait d'eux. Dans son opuscule des Ètrennesfrançoises(llQ6) ornées de jolies figures de Gabriel de Saint- Aubin, la pièce allégorique où se trouve le médaillon de Louis X V est inventée par de Petity , dessillée par Gravelot et
gravée par Chenu. Il en est de même d'un autre opuscule publié en 1770 , les Vœux de la France et de V Empire , médaillons allégoriques pour le mariage du Dauphin. Ces compositions ornées d'encadrements gracieux étaient trouvées par Petity (Petit y invertit), dessinées par Pierre Lélu , un bon élève de Boucher, et gravées par Chenu.
On trouve encore dans l'œuvre de Chenu, deux frais paysages de Boucher, dédiés à M. Le Lièvre, distillateur ordinaire du Roy , pour son amy Chenu , le Pescheur amoureux et l'Agréable solitude.
Quant à deux pièces de genre historique, le Souper d Henri IV chez le Meunier et Henri IV et Se//;/, d'après Herwik, elles sont disgracieusement gravées.
Chenu nous a souvent donné son adresse au bas des estampes qu'il a gravées. 11 demeurait rue de la Harpe , à côté du passage des Jacobins vis-à—vis le caffè de Condé à Pains.
Ses deux sœurs Thérèse etVictoire Chenu amies de la fille de Le Bas, reçurent les leçons de ce maître et ont gravé quelques paysages. Nous trouvons un poil rail de Lhcrminier , chanoine de Saint-Cloud , in-8, gravé à l'eau-forte par Melle Chenu et terminé par son frère.
L. T. Chenu femme Desmaisons, signait des vignettes pour lettres de faire part de mariages et de naissances. Ces vignettes , que dessinait le Sr Desmaisons , représentaient, on le devine, des sujets de circonstance; un jeune couple s'agenouillant devant la statue de l'amour, ou bien deux médaillons que des amours enguirlandent de fleurs ; ou bien encore des fiancés recevant la bénédiction nuptiale. Pour la naissance , un enfant nouveau-né dans une corbeille, etc.
Les CHÉREAU.
Voici, d'après Jal, toujours consciencieux et bien iniormé , parce qu'il remonte aux sources mômes , qui sont le plus souvent les actes de l'état civil , les dates véritables concernant la dynastie des graveurs Chéreau, au XVIIIe siècle.
François Ghéreau est le fils d'un menuisier de Blois , et naît dans cette ville où il est baptisé le 20 mars 1680. Il épouse en 1714 Marguerite Caillou, fille de marchands épiciers de Houdan. Il est reçu académicien le 26 mai 1718, sur la présentation du portrait de Louis de Boullongne , et meurt d'apoplexie le 15 avril
Jacques Ghéreau, son frère, également graveur en taille douce , est né à Blois le 29 octobre 1688 , et non pas en 1694 comme l'écrivent Michaud et Le Blanc, il habitait à Paris dans la même maison que son frère , rue Saint-Jacques, cette patrie de la gravure. 11 mourut le 1er décembre 1776. Jacques Ghéreau travailla d'abord avec son frère , puis chez les Audran , et épousa une des filles du peintre Yvart.
François Ghéreau , second du nom, fils du premier des deux frères, est né le 30 mars 1717 ; il avait épousé
CHEREAU. 3:9
sa cousine Geneviève , fille de Jacques. 11 mourut le 21 février 1755.
Enfin Jacques-François Chéreau , fils du précèdent est né le 14 octobre 1742 ; il épousa une femme-graveur, Anne-Louise Foys de Vallois ; il était graveur et marchand d'estampes , et mourut en 1794.
Une des filles de Jacques Chéreau, premier du nom, épousa Jacques-Gabriel Huquier, graveur et marchand d'estampes.
Les deux graveurs dont nous avons à nous occuper ici sont les deux frères , François et Jacques.
François Chéreau , l'aîné , fut un remarquable graveur de portraits que l'on reconnaît élève de Gérard Audran et de Pierre Drevet le père , a la manière savante et ferme dont il taille le cuivre. Son œuvre se compose d'une série de portraits où il se montre parfois le digne successeur de ses maîtres.
Celui du peintre Largilliere (1715) d'après lui-même quoiqu'un peu noir de ton, fait honneur au burin de Chéreau, avec sa tête vivante et ses mains artistement traitées.
Mais c'est d'après les peintures d'Hyacinthe Rigaud, dont il a admirablement compris et rendu la majestueuse ampleur et le beau modelé , que sont gravées ses meilleures planches.
Choisissons dans le nombre les portraits de Louis- Antoine de Pardaillan de Gondrin , du Cardinal de Fleuri/, de Nicolas de Launay (1719), de Dettiev von Dehn et du Cardinal de Polignac (1729), couvert de dentelles habilement traitées.
Soutenu par les remarquables tableaux qu'il s'esl donné la tâche de fixer sur le cuivre, guidé le plus
380 LES GRAVEURS DU XVIIIe SIÈCLE.
souvent par les conseils et les indications du peintre, François Chéreau est arrivé à produire des planches dignes de ses modèles. Il fait preuve dans ses ouvrages, a dit M. Duplessis, d'un savoir égala celui des Drevet ; il manie le burin avec la même dextérité et son dessin savant sans pédantisme, rend très-heureusement la physionomie des personnages fixée par ces peintres sur la toile.
Le portrait de Boileau d'après Rigaud, ainsi que celui du régent Philippe cl 'Orléans d'après Santerre , avaient été gravés vers 1716 pour être ajoutés à une édition des Œuvres de Boileau-Desprêaux publiée pas Brossette, en 2 vol. in-4. On trouve aussi dans cet ouvrage six figures de François Chéreau pour les six chants du Lutrin.
C'est pour sa réception à l'Académie Royale que François Chéreau grava le portrait de Louis de Boullongne d'après lui-même (1718). Nous pourrions multiplier les citations , parler de ses portraits de Pécour , de Louise-Marie d'Angleterre, ou de la Princesse Sobieska, mais il faut être bref, François Chéreau étant , malgré les dates , plus XVIIe que XVIIIe siècle de style. Notre graveur exploitait luimême ses planches et celles de son maître : sa veuve dut prendre la suite de ses affaires , car on trouve souvent des suites de gravures ainsi qu'un catalogue d'estampes provenant des fonds de planches de Gérard Audran et François Chéreau , à Paris , chez la veuve Chéreau, rue Saint - Jacques , aux deux Piliers d'Or, 1742.
Jacques Chéreau , dit le jeune , élève de son frère , omme nous l'avons vu, né en 1688, a dans son œuvre
CHEREAU. 384
quelques bons portraits qui le recommandent aux amateurs : le Duc d'Orléans, Henri de Har court et Madame de Sèvignê, in-8, et dans un plus grand format , Madame de Sabran et Madame de Prie , toutes deux d'après Louis Michel Van Loo, mais l'œuvre qui préservera son nom de l'oubli est son remarquable portrait de Marie Leckzinska, reine de France, toute jeune encore ; très-belle gravure , d'une véritable habileté d'exécution dans les chairs , les étoffes et les dentelles, et d une grande richesse d'aspect. En fait d'estampes, sa reproduction de la Belle Jardinière mérite aussi les plus grands éloges.
Jacques Chéreau passa en Angleterre, appelé par Dubosc qui y était établi et gravait les cartons de Raphaël du palais d'Hampton-Court. Il y resta quelque temps et grava à Londres un portrait du roi Georges 1er, in-4, d'après Kneller, une composition d'après Raoux , représentant une Jeune Fille donnant à manger à un oiseau, et commentée par ces vers philosophiques:
L'Amour est un oiseau , l'Hymen est une cage OU pour le retenir nos soins sont superflus ; A peine ressent-on les soucis du ménage Que le traître s'envole et ne reparaît plus.
et d'autres pièces , mais ri y trouvant pas son compte, il revint en France où il ne s'y occupa plus que du commerce des estampes.
11 mourut fort âgé. « Le 2 décembre 1776 , a été » inhumé dans la cave de cette église (Saint-Benoît),
le corps de Jacques Chéreau, âgé de 89 ans environ, » décédé la veille, rue Neuve des Mathurins ; l'inhu- » mation faite par M. le curé en présence de Jacques-
>-» Simon Chéreau , de Villefïanche , fils du défunt , de » Jacques-François Chéreau, petit-fils et de Bonaven- » ture Louis Prévost, exécuteur testamentaire. »
PORTRAITS