AVELINE '.FRANÇOIS
L'heure du Matin représente le départ pour la chasse, celle de Midi , un repas , où les convives des deux sexes sont entre-mêlés ; V Après-Dinèe nous montre la promenade et la lecture , et la Soirée , un bal costumé où sous le masque on peut tout dire et tout risquer. Les vers signés Moraine , qui les accompagnent, sont fort galants et vraiment typiques. Prenons ceux de Midi:
Estre assis a côté d'une femme jolie.
Avoir d'excellent vin et table bien fournie, Surtout former ensemble un joyeux entretien : C'est jouir pleinement du vrai souverain bien.
Mais non, non, je me trompe, il est d'autres délices, Dans un pareil repas, ménagez-vous, amants; Faites que Bacchus seul n'ait pas vos sacrifices, L'Amour vous garde encor déplus heureux moments.
L Anneau oVHans-Carcel , inspiré du conte de La Fontaine , composition médiocre de Laurin, médiocrement gravée , est évidemment de la môme main , ainsi que le Livre de Trophées, dédié à Victor- Aniédée de Savoie , le Premier livre de forme Rocquaille (sic) (1736), et autres séries , ornements contournés généralement accompagnés de personnages , inventés par Mondonet gravés par le même Aveline.
Le Blanc attribue encore à Fr.-Ant. Aveline qiudques-unes des planches de YHistoire générale des voyages de l'abbé Prévost (1746-1789) , in-4.
Bien qu'il n'en ait signé que quelques-uns , nous pensons qu'Antoine Aveline est l'auteur de la gravure de presque tous les charmants en-têtes des Satires, des Epitres et du Lutrin, d'après Eisen, qui
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ornent les Œuvres de Boileau , de l'édition de Saint- Marc (1747). Nous ne demandons pas que nos graveurs soient des professeurs de géographie ; pourtant cette mention, dont Aveline avait baptisé une planche, d'après J. Vernet , est par trop grotesque : Vue d'un côté du Port d'Echelle au Levant !
Après la mort de son père , survenue en 1743, Aveline serait passé en Angleterre et serait mort , dit-on , en 1762. Cela ne nous paraît pas être exact , car F. -A. Aveline est le graveur de petits titres d'après Moreau pour le Rime di Francesco Pelrarca , la Secchia Rapila, la Gerusalemme lïberata , il Decamerone , datés de 1768 et 1769. Il n'a pas dédaigné de graver , pour l'amusement des petits enfants , un Noble jeu de l'Oie, renouvelé des Grecs. C'est une bonne image d'Epinal de ce temps-là. On y retrouve le Pont, le Puits, le Labyrinthe, etc.
Dans les Contes de La Fontaine, édition de Londres 1780, in-12 , ornée de figures dessinées par Desrais , on retrouve la signature de F. A. Aveline comme graveur sur les vignettes de Richard Minulolo , le Magnifique , Alix malade et la Couturière.
Quatre têtes de pages dessinées par Eisen pour la Pipe cassée , de Vadé , in-12 , sont gravées par Aveline et Sornique.
AVELINE (Pierre).
Pierre Aveline est le cousin germain de Fr.-Ant. Aveline. Jal le fait naître en 1697 et Le Blanc en 1710. Il demeurait avec son frère , peintre , sur le Petit- Pont, et plus tard rue de Fouarre, avait épousé Marguerite Amon et se serait formé dans la gravure à l'école des Poilly. Relevons dans ses travaux , ceux qui forment série ou ont été exécutés pour des livres . Nouveau livre cVenfants , d'après Edme Bouchardon, académies enfantines gravées dans une gamme claire et charmantes de forme et de naturel : une pièce in-4 pour Lazarille de Tormes, d'après Le Mesle. — Sancho poursuivi par des marmitons , d'après Bouclier. — Figures d'après Oudry , pour les Fables de Lafontaine (1755) : l'Aigle et l'Escargot, le Loup et la Cigogne, le Cygne et le Cuisinier, le Chameau et les bâtons flottants, la Fortune et le jeune enfant, Parole de Socrate, un Fou et un Sage et la jolie pièce de la Matrone oVEphèse, etc. — Une suite poulies Sens, d'après ses propres dessins. — Une petite Vierge se présentant à un malade , vignette in-8 , P. Aveline inv. et sculp. — PL pour la Théorie de la figure humaine , avec XLIV planches gravées par
GO LES GRAVEURS DU XVIIIe SIECLE.
Pierre Aveline, d'après les dessins du célèbre Rubens. Paris , Jaubert , 1773 , — in-4.
Dans les portraits, un grand portrait de N.-A. Chupin, trésorier du marc d'or (1737). — Portrait du magistrat angevin Du Pineau. — Portrait de Charles Rollin , pour son Histoire ancienne , sans doute. — Portrait du financier Paris-Duverney , gravé en juillet 1757, par P. Aveline, d'après L. Vanloo. — Une allégorie sur le cardinal de Fleury , d'après Chevalier , in-fol.
Figures pour le Spectacle de l'Histoire Romaine , d'après Gabriel de St- Aubin , gravées en 1760-61.
En fait d'estampes , V Enlèvement oV Europe , la Naissance de Bacchus , la Fontaine de V amour, la Belle Cuisinière, la Bonne-Aventure, la Musique, le Trébuchel , d'après Boucher ; Chien Basset , d'après Oudry , 1740, dédié à la comtesse de Stromberg , et nombre de pièces importantes d'après Watteau , Diane au bain , V Enlèvement d'Europe , l'Amante inquiète, la Rêveuse, la Villageoise, les Charmes de la vie , l'Emploi du bel âge , la Famille , le May, la Récréation italienne , l'Enjôleur, le Faune et le Buveur, panneaux.
11 faut signaler tout particulièrement une maîtresse pièce de Watteau , c'est la très-grande estampe de l'Enseigne , gravée d'après le tableau en plat fond peint par Watteau pour M. Gersaint son amy , marchand sur le Pont Notre-Dame. Cette estampe représente la devanture d'un marchand de tableaux , avec des clients élégants qui entrent, examinent, achètent, des employés qui emballent, etc. ; Watteau avait , paraît-il , imité dans cette peinture le style
AVELINE (Pierre). 61
des tableaux qu'il y avait reproduits, comme l'explique le premier des deux quatrains inscrits sous l'estampe :
Watteau dans son Enseigne à la (leur de ses ans Des maistres de son art imite la manière ,
Leurs caractères différents ; Leurs touches et leur goût composent la matière * .
En 1737 Pierre Aveline brigua l'honneur de faire partie de l'Académie Royale ; il y avait été agréé à la condition de graver, suivant l'usage , deux portraits pour sa réception. On lui confia ceux de Galloche et de de Troy. Au bout de quelques années il fit savoir « que la situation de ses affaires ne lui permettait pas de finir les deux portraits qui lui avaient été imposés ; » et l'Académie ordonna le 29 janvier 1742 que la susdite agrégation serait rayée du registre et que défense serait faite au sieur Aveline de prendre la qualité de graveur du roi.
Pierre Aveline est mort , en 1760 , dans l'indigence. Huber dit de lui qu'il jouirait d'une plus grande réputation s'il n'avait pas consumé une partie de sa vie à ne graver que des croquis, et s'il eût été plus difficile dans le choix de ses sujets.
1 Une rare épreuve de l'Enseigne, avant la lettre, avant les derniers travaux et le changement sur la porte vitrée du fond , a été payée 625 fr. à la vente Béhague ÎS'/T.
AVRIL (Jean- Jacques), dit TAiné.
Ce graveur , auquel Huber et d'autres auteurs attribuent l'honneur d'avoir ramené la gravure au burin à ses vrais principes , tant par le choix des sujets que par l'intelligence de l'exécution , était élève de Wille , à qui il a dédié l'estampe de la Double récompense du mérite, d'après la peinture de son fils. Il était né à Paris , comme l'a écrit Nagler, en 1744 , ou , suivant Huber, en 1756. Ce qui pourrait nous faire tenir pour la seconde date , c'est que la lacune du Journal de Wille (dont un volume manuscrit a été égaré) porte précisément sur les années 1776 à 1783 , époque où Avril, ayant 20 ans, aurait dû être dans l'atelier de Wille, qui, si son élève y avait été plus tôt , n'aurait pas manqué d'en parler , comme il l'a fait de tous les autres , tandis qu'il n'est fait mention de lui qu'une seule fois et beaucoup plus tard , à propos de sa tentative de faire partie de l'Académie de Peinture. Mais ce qui confirmerait la première , c'est qu'il aurait eu un fils de bien bonne heure (1771) , s'il n'était né qu'en 1756 , et qu'aussi ses principales productions se placent vers 1770-73 , c'est-à-dire a un âge où l'on n'a pas habituellement autant d'acquit.
La première partie de la carrière d'Avril semble avoir été plus particulièrement consacrée à la gravure d'ornement : Livre de six bouquets , 2me Livre de bouquets , Livre de Corbeilles et Vases de fleurs , d'après L. Tessier , peintre du Roi pour les fleurs , Petit Cahier de Roses , peintes par Mlle Basseporte et surtout une grande série très-décorative et qui a été fort mise à contribution à l'époque pour l'ornementation des étoffes et meubles , et qui a pour titre : Œuvres de fleurs , ornements, cartouches et sujets chinois , très-utiles pour manufactures d'étoffes de Soyes, d'Indiennes, de Perses, de Péquins et de papiers de Tantures, invent, et dess. par Jean Pillement, 1er peintre du Roi de Pologne. Ces divers sujets qui comprennent des séries de Parasols chinois , de Ca7"tels chinois , de Balançoires chinoises, à' Oiseaux chinois, etc., ont été gravés par J.-J. Avril de 1771 à 1773.
Remarquons encore , parmi les planches de notre graveur exécutées pour les livres, des vues et des oiseaux d'après Sonnerat pour un Voyage aux Indes et à la Chine, in-4., la Bataille de Bouvines , Jeanne Hachette défendant Beauvais , et une autre scène de bataille , 3 pièces in-fol. en larg. pour les Tableaux des Français. — Planches pour un Livre oVAnalomie et pour le Musée Français, de Robillard et Péronville.
Enfin parmi les portraits gravés par J.-J. Avril , celui de V Abbé de Saint-Pierre , et celui de Ducis , in-4. — Les portraits de Marie-Tlièrèse , de Marie- Antoinette , de Joseph II, et de Louis- Auguste, Dauphin de France , in-4 , c'est-à-dire la mère , la fille, le fils et le gendre , tous quatre datés de 1770.
Voici une lettre d'Avril où il est question du portrait de Mme Vigée Lebrun , qui nous fixera absolument sur l'époque précise où il a été exécuté.
« Au citoyen Abraham Fontanelle, conservateur » du Muséum et md libraire et d'estampes à Mont- » pellier.
» Paris , le 6 vendémiaire l'an 5me.
» Mon cher ami , je te donne avis que j'ai reçu les » 220 fr. après bien des difficultez. Je te remercie et » la présente te servira pour solde , jusqu'à ce jour. » Je suis maintenant à terminer le portrait de Mu,e » Lebrun tenant sa fille sur ses genoux , peint par » elle-même. Dans trois ou quatre mois il sera achevé, » ainsi je pourrai t'en faire passer une épreuve et » j'attendrai ce moment pour t'envoyer aussi une » épve delà bataille d'Hondscootte. Je ne puis te dissi- » muler que j'ai été surpris que dans beaucoup de tes » lettres tu me marque que tu a toutes mes estampes » et que tu n'en vend point.
» Je t'avoue que je ne comprend point pourquoi on » achette les ouvrage d'un artiste , dont on ne peut se » procurer le débit. Il faut espérer que ce ne sera pas » toujours de même. Je puis t'assurer que mes plan- » ches d'histoire ont tirés 3 mille. Ainsi les autres » mds ne sont pas si malheureux.
» Mes respects à Madame. Tout à toi , ton bon ami » Avril * ».
Avril a encore gravé une scène de Pygmalion
1 Cette lettre nous a été très-obligeamment communiquée par M. Emile Cottcnet , dont la belle collection d'autographes d'artistes est toujours libéralement ouverte aux travailleurs.
d'après Marillier, dont Dorgez fit l'eau-forte , quelques jolies pièces d'après Borel , des marines de Vernet, une série d'estampes d'après les académiques compositions de Le Barbier et un nombre considérable de grandes pièces. C'est sur une de ces planches, V Etude qui veut arrêter le Temps, d'après Ménageot, qu'il avait compté pour être agréé de l'Académie Royale de peinture. Wille raconte dans son Journal (25 juillet 1789) que , cédant à ses prières , il avait accepté de l'y présenter , mais que son travail fut peu goûté et que , conseillé par ses amis , Avril retira son estampe et sa candidature pour éviter un échec.
Avril , pendant la Révolution , s'occupa de l'embellissement des cimetières, et voulut créer des fêtes des morts. Il adressa à ce sujet , à la Commune de Paris , un rapport rédigé par lui, au nom de l'administration des Travaux publics.
Sur quelques-unes de ses estampes , on trouve l'adresse suivante : à Paris , chez Avril , rue de la Lanterne , chez le limonadier, à côté de St-Denis de la Chartre.... En dernier lieu il demeurait rue Cassette. C'est là qu'il est mort en 1823 , laissant un fils , graveur comme lui et portant les mêmes prénoms. Son portrait a été gravé par ce dernier.
L'œuvre d'Avril monte à plus de cinq cents pièces, suivant Joubert. Mais qu'il est peu séduisant à parcourir ! On dirait un concours de dessins exécutés par des élèves d'écoles primaires ! Avril, en somme, fut un fervent adepte du pire des genres , le « genre ennuyeux ». — A part les chinoiseries qui, après tout, font honneur à la facilité du dessinateur Jean Pillemoi 1 1 , à part peut-être V Offrande à V amour et le Serment
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de fidélité , ses meilleures pièces , il fut ennuyeux par le choix de sujets , qu'il rendit plus ennuyeux encore par une exécution malhabile et pénible , lourde , sans lumière , aussi bien dans l'estampe de Sainte Geneviève, d'après Carie Vanloo , que dans le petit portrait de l'Abbé de Si-Pierre ou dans Pygmalion et Galaiée, agrandissement déformé et ridicule d'une gracieuse vignette de Marillier, aussi bien dans cette ^grande machine intitulée la Régénération de la Nation française , que dans les compositions de Le Barbier , Coriolan et Vélurie, Pénélope et Ulysse. Gela a pourtant émerveillé toute une génération, C'est là ce fameux « choix de sujets » , cette « intelligente exécution » dont parle Huber , qui va jusqu'à qualifier le Combat des Horaces et des Curiaces , et le Dévouement pour la Patrie d' « estampes capitales , qui font époque dans l'art renouvelé en France ». — Renouvier voyait plus juste , quand il trouvait Avril « glacé par la pesanteur de ses modèles ! » Pour nous , sans avoir , nous l'affirmons , la passion exclusive et à outrance de l'art du xvine siècle, lorsque nous sommes en présence de ce comble de l'ennui , nous demandons qu'on nous ramène à la décadence , à la corruption de Boucher, de Baudouin et de Lavreince.
Avril s'est rapproché du cadre de la vignette dans une petite pièce de Monnet ( femme sur un nuage tenant de la main droite un triangle inscrit dans un cercle), et par ses adresses :
Goubert , m'1 Fayancier , au Haut de la Rue du Grand-Pont, à Rouen.
Jacques Boucher, horloger de l' Observatoire Royal.
Gaudreau , Relieur de Madame la Dauphine, rue des Sept-Voyes.
Baume de vie , fait par Le Lierre , Distilateur ordinaire du Roy rue de Seine à Paris.
A Notre-Dame des Victoires, Rue des Lombards, Pierre Delondre, Droguiste et Apothicaire du Roy.
Etiquettes pour Chabannes , Apothicaire de M. te comte d'Artois , Rue du Plessis , à Versailles.
Cartes de visite de Jean Darcel, de M. Ridtey.
Mais ces petites compositions sont loin d'avoir le piquant de celles du même genre exécutées par Ghoffard , Gaucher , Masquelier , etc.