BABEL
qui décorent ces volumes sont ce que Babel a fait de mieux.
Nouveau recueil des troupes légères de France , leur uniforme et leurs armes , présenté à Monseig* le Dauphin par F. Chéreau. — Beau titre , grand cartouche ornementé et entourages de pages, dessiné et gravé par Babel.
Nouveau Vignole , recueil d'architecture par Babel, Paris , Chereau , 1747, in-4. Ouvrage orné de nombreux culs-de-lampe.
Traité de perspective par Jeaurat. Paris , 1750, in-4, nombreux culs-de-lampe.
Architecture française de Blondel. Paris, 1752-56, 4 vol. in-fol. Planches de Babel.
Suite de Fontaines décorées. — 8 p. chez Joullain.
Premier livre de dessins de joaillerie et bijouterie. — 35 pièces.
Les encadrements qui accompagnent souvent les portraits de la collection d'Odieuvre.
On ne peut passer sous silence les titres de Babel pour Métastase, compositions ingénieusement tarabiscotées, dont M. Loizelet , marchand d'estampes à Paris , a récemment exécuté des copies.
Babel a été le maître de Ghonard.
BACHELEY (Jacques).
Jacques Bacheley, né à Pont-l'Evêque en 1712, mort à Rouen en 1781 , membre de l'Académie de cette ville , ne s'est appliqué à la gravure qu'à l'âge de trente ans. 11 vint à Paris se perfectionner chez Le Bas. On a de lui plusieurs paysages et marines d'après divers maîtres hollandais et quelques vignettes.
Trois planches d'après J.-B. Descamps pour Délibérations et Mémoires de la Société royale oV agriculture de la généralité de Rouen. Rouen, 1763, in-8. — Vignette in-8 , d'après Gravelot, Non vultus , non color unus , pour le Traité de la couleur de la peau humaine, par Le Gat.
Suite de petits sujets d'après Gravelot, tirés généralement à deux par feuille in-8 , publiés par petits cahiers de six ou de quatre feuilles et représentant diverses allégories telles que, la Gravure, la Sculpture, la Botanique , r Horlogerie, f Optique, le Chimiste, le Poète, le Café; et des jeux d'enfants: le Cheval fondu , la Main chaude , V Escarpolette , le Jeu de la toupie , la Marche militaire , l'École des garçons , VEcole des filles, etc.
BALECHOU (Jean-Joseph).
Balechou , l'un des plus remarquables tempéraments de graveurs du siècle dernier , était le fils d'un nommé Gatien-Jean Balechou , marchandboutonnier , originaire de Tours , mais établi depuis trois ans à Marseille quand il alla se marier à Arles. C'est dans cette ville , le 19 juillet 1719 , qu'est né Jean-Joseph Balechou, ainsi qu'il appert de son extrait de baptême de la paroisse de St-Martin. Pourtant , beaucoup de biographes l'ont fait naître en 1715 sur la foi d'une déclaration de son père pour son contrat d'apprentissage qui , en 1731 , le déclarait âgé d'une quinzaine d'années. M. A. de Montaiglon , dans les Nouvelles archives de Vart français, discute cette affirmation en disant qu'il ne pouvait avoir qu'un peu plus de douze ans , mais qu'il était sans doute développé pour son âge, et que son père, pour aplanir les obstacles qui auraient pu s'opposer à son entrée en apprentissage, l'aura gratifié de trois ans de plus.
Voici quelques extraits de cet acte, qui faisait entrer notre futur artiste chez un graveur de cachets et d'armoiries : « L'an 1731 , le 22 sepbre , par dev. moi » notaire public apostolique, citoyen d'Avignon... a
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» esté en personne Joseph Balechou , originaire de la » ville d'Arles ... âgé d'environ quinze ans , comme il » a dit , lequel de son gré , assisté de son père , s'est » loué luy et ses œuvres , à M. Jean Michel , graveur , » originaire de Genève et habitant ledit Avignon, pour » apprendre ledit art de graveur et aultres choses » licites et honestes auxquelles il voudra l'occuper » dans sa maison , pour le temps de trois années pro- » chaines et consécutives qui commanceront au 29 du » courant. Pendant lequel temps ledit aprentif sera » teneu , comme promet , bien et fidellement servir » son dit maître, procurer son proffit, ne s'en aller
» sans conged , et pour le prix du dit apprentissage
» de 250 livres , monnoye du cours de France ,
» pendant lequel temps le dit sr Michel sera tenu de » lui apprendre ledit art de graveur et tout ce qui en » dépend , sans luy rien cacher, et lui fournir d'alli- » ments de bouche , suyvant la condition , et lit , pen- » dant le dit temps et en bon père de famille... »
Balechou quitta de bonne heure Avignon et son premier guide Michel, pour chercher à Paris des maîtres d'un ordre supérieur et entra dans l'atelier du graveur Lépicié. Il fit rapidement preuve de cette extrême habileté , de ce maniement de burin si sûr de lui, que ses détracteurs même ne lui contestent pas.
Les premiers travaux de Balechou sont des scènes familières, d'après Jeaurat, et quelques portraits pour la suite d'Odieuvre. Il a gravé , entre autres travaux , un Livre de divers desseins d'ornemens , Paris, vvc Chereau ; ce sont des tables , des corniches , des pendules , des cheminées d'une grande richesse d'ornementation en même temps que d'un beau style.
Ses portraits sont en grand nombre : quelquesuns tels que ceux de Voltaire , de Crébillon , ont été spécialement gravés pour les livres. Celui de Charles Coypel, où il signe encore élève de M. Lëpicier, est exécuté sans petits moyens, ficelles ni transactions. Le portrait de Madame Aved, femme du peintre * dont il était l'ami , et le portrait de sa bellesœur, Mdle Loizerolles, comptent parmi ses meilleurs ouvrages et sont d'une largeur de travail remarquable. Le portrait du Comte de Bruhl , le grand amateur de tableaux de Dresde, gravé d'après la peinture de Louis de Silvestre, en 1750, pour orner le Recueil d'estampes de sa Galerie de Tableaux, est également magnifique.
C'est un peu auparavant que lui avait été commandé pour être placé en tète de la Galerie de Dresde, le portrait d' 'Auguste III, roi de Pologne. Il fit un chef-d'œuvre, mais ce portrait fut l'origine et la cause de ses malheurs. Voici l'engagement qu'il avait pris à ce sujet avec Leleu , agent du Roi : « Nous soussignés sommes convenus que moi Jean » Joseph Balechou, m'engage à graver entièrement au » burin , le portrait de S. M. le roi de Pologne , con- » fermement à l'original qui m'en a été remis , peint » par M. Rigaud , sur une planche de cuivre de deux
* Le peintre Aved, né à Douai le 12 janvier 1702 , mort à Paris le 4 mars 1766, était le fils d'un docteur en médecine. Il habitait Amsterdam avec son beau-frère , lorsque la vue des estampes de Bernard Picart décida de son goût pour les arts. Il abandonna le métier des armes auquel on le destinait , et , venu à Paris, entra chez Lehel. Aved avait le secret de rendre dans ses portraits non-seulement la figure , mais le caractère, les passions, les habitudes. En cachant la tête de ses figures, on pouvait voir, rien qu'au costume , quelle profession, quelles mœurs, quelles vertus avait son modèle
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» pieds , dans l'espace de deux ans , pour le prix de » 5,000 livres.... fait double à Paris, ce 27 juin 1746.»
Balechou fut accusé, quelque temps après l'achèvement de ce portrait et à la suite de discussions à propos de cette planche qui se trouvait endommagée , d'en avoir subrepticement fait tirer six cents épreuves à son profit. L'affaire fut évoquée par l'Académie Royale de peinture dont il était membre agréé et celle-ci après avoir entendu le rapport de M. de Silvestre, déclara, le 15 avril 1752 , Balechou coupable , malgré la très-vive opposition de Daullé , de Le Bas , de Lépicié, ses confrères, ainsi que de ses amis, les ducs de Nivernais et de Glermont , et le condamna à voir son nom rayé de ses registres et même à quitter la France. C'est sur la déclaration peut-être mensongère d'un imprimeur dont le dire variait considérablement , du reste , sur le nombre d'épreuves tirées, que l'Académie se décida. Il faut ajouter que ce malheureux portrait est fort rare en premier état et qu'il faudrait supposer que les épreuves dont on a accusé Balechou de s'être emparé, auraient été, en partie , détruites.
Palissot croit à la culpabilité de l'artiste , mais il cherche à l'excuser par une raison singulière : « L'on peut croire que Balechou sacrifia moins » à l'intérêt qu'à ce désir de réputation toujours rui- » neux dans les grands artistes. Il voulut enchaîner » les suffrages de ses rivaux même , les humilier peut- » être ou se venger de ces cabales secrètes , qui nais- » sent trop souvent de l'émulation parmi les personnes » que l'amour des mêmes arts devrait réunir. Son » infidélité à ses engagements semble recevoir quel- » qu'excuse d'un motif qu'on peut lui supposer avec
» d'autant plus de vraisemblance qu'il tient plus inti- » mement au caractère de tous ceux qui aspirent à la » gloire. » Voilà qui est parler pour ne rien dire !
Quoi qu'il en soit , Balechou dut quitter Paris et se réfugier à Avignon , alors encore terre papale. « Il » y a à Avignon » écrivait Diderot (salon de 1763) à propos de la gravure des Ports de France, par Le Bas et Cochin, «un certain Balechou, assez mauvais » sujet , qui court la même carrière et qui les écrase. »
La vérité est que notre graveur avait compris qu'il ne pouvait se relever que par le travail , de l'affront qu'il venait de subir. Trouvant à Avignon , patrie de Vernet , et à Marseille de beaux tableaux de ce peintre, il entreprit de les graver. Le Calme fut le premier ouvrage de ce burin énergique , auquel succéda , en 1757 , la magnifique planche de la Tempête , qui est son chef-d'œuvre. Joseph Vernet en fut enchanté et en juin de cette même année lui adressa la lettre suivante : « Monsieur , cette estampe a rempli mon attente , vos » recherches sont infinies et demandent un examen et » beaucoup de sçavoir pour en comprendre toute la » beauté. Comme je vous dis , lorsque vous m'en- » voyâtes les premières épreuves , ce que je désirois , » je vous le diroi avec la même sincérité que cela est » cela , c'est-à-dire que je suis actuellement content » au delà de mes désirs , cette expression doit ren- » fermer les éloges les plus étendus que je pourrais » vous donner, je suis présentement impatient que » cette estampe soit répandue dans le monde pour » votre gloire et pour la mienne. »
1 Mercure de France (175*7).
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Au sujet de la gravure d'un autre de ses tableaux , les Baigneuses , Vernet lui écrivait encore : « Il n'est » qu'un Balechou en France ; je ne suis pas content » des gravures de mes autres marines depuis que » j'ai vu les vôtres ; si vous voulez vous charger de ce » travail , il vous en reviendrait un très-grand avan- » tage et à mes peintures une très grande gloire. »
Et pourtant le caractère facile et aisé du peintre disparaît dans ces planches devant la manière travaillée et cherchée du graveur ; mais aussi de quel imprévu dans les travaux , de quelle audace et de quelle abondance de moyens ce dernier n'a-t-il pas fait preuve ?
Balechou appartient en effet avec Daullé , Schmidt et Wille , à l'école des artistes qui ont dû leur célébrité au brillant de leur exécution et à leur habileté consommée comme praticiens. Aussi sa grande réputation ne lui a-t-elle pas épargné les vifs reproches des critiques qui ne font pas uniquement consister le principal mérite d'un graveur dans ce qu'on appelle le beau burin. Si l'on regarde , dit Watelet , comme le fin de l'art un beau maniement de burin et l'adresse de couper le cuivre d'une manière brillante , il y aura peu de graveurs qu'on puisse opposer à Balechou ; mais si l'art consiste à imiter la nature , à rendre le caractère d'un tableau que l'on grave , il sera surpassé par tous les graveurs qui se sont fait une réputation. Huber n'est pas moins vif ; suivant lui , Balechou ne rend point les parties dans leur caractère , ses chairs sont de bronze , ses rochers sont de velours , ses eaux d'argent fondu.
C'est encore pendant son temps d'exil et son séjour dans Avignon, la ville des papes, que Balechou grava.
BALECHOU Tt
d'après Carie Vanloo , cette Sainte Geneviève qui ne justifie que médiocrement la haute estime dans laquelle elle se trouvait parmi les amateurs du siècle dernier. Le graveur ne négligea rien au reste pour la mettre en lumière et la faire valoir. M. le comte d'Angiviller, pensant qu'un artiste de cette valeur devait être encouragé , quel que fût son passé , lui commanda cette planche ; c'est ce qui ressort du moins de la lettre suivante , où Balechou , jugeant que la réussite de ses estampes d'après Vernet avait suffisamment effacé le souvenir de sa sortie un peu forcée de l'Académie Royale , exprime le désir d'offrir des exemplaires de son estampe au Roi et à Madame de Pompadour. Elle semble adressée au Surintendant des Bâtiments du Roi :
« Monseigneur,
» Comme vous êtes le protecteur des arts et des » artistes et que par l'encouragement que vous voulez » bien leur donner , on leur voit faire des progrès » journaillers et qu'un ouvrage qui paroit sous vos » auspices et qui a votre aprobation est sûr de plaire » au public , j'ay l'honneur de vous rendre compte que » l'estampe de Ste-Geneviève que j'ay traduitte d'après » M. Vanlo est prette , je n'attends que vos ordres , » Monseigneur , pour avoir l'honneur de vous l'a- » dresser. Permettez moy de vous le demander et » pour l'estampe et pour l'inscription que je joins icy.
» Vous m'avez fait espérer , Monseigneur (et M»r le » le duc de Chaulnes eut la bonté de me le faire apren- » dre) que le Roy voudroit bien aprouver que j'ay » l'honneur de la luy dédier. Cette espérance m'a
» soutenu dans un travail pénible et s'il réussit et qu'il » ait votre approbation , elle est son ouvrage et celuy » du désir de vous plaire.
» Sancta Genovefa paHsiorum pairona dilecta » Ludovico X° V° dileclissimo.
» Voilà l'inscription telle que je la destine. Je vous » suplie , Monseigneur, de me mander si vous l'a- » prouvez ou d'avoir la bonté de me l'envoyer telle » qu'il convient et que vous la désirez. Je prendray la » liberté de vous offrir , Monseigneur , trois estampes » pour le Roy , pour vous et pour Madame la marquise » de Pompadour.
» Puis-je me flatter et seray-je assez heureux pour » que mon travail vous parut mériter la récompense » de leur être présenté de votre main. Je le regarderais » comme le prix le plus flatteur d'un ouvrage qui m'a » autant coûté et ce serat une nouvelle émulation pour » mon burin.
» J'attends vos ordres , Monseigneur. J'ay l'honneur » d'être avec le plus profond respect , Monseigneur, » votre très humble et très obéissant serviteur.
» J. Balechou.
» D'Avignon, ce 14 février 1759 *. »
Toujours aigri , malgré ses succès, et depuis longtemps malade, Balechou mourut à Avignon, le 18 août 1764 : « Nous venons de perdre un de nos plus fameux » graveurs , dit Grimm à la date du 15 septembre, » Balechou est mort depuis peu à Avignon où le déran- » gement de sa conduite l'avait fixé depuis quelques
1 Cette lettre fait partie de la collection de M. E. Cottenct qui a bien voulu nous permettre d'en prendre copie.
» années. Cet artiste ne dessinait pas bien correcte- » ment , mais il avait une force , une chaleur de burin » bien singulières. Quelques morceaux qu'il a gravés » d'après Vernet ont la plus grande réputation et se » vendaient déjà fort cher de son vivant. Sa mort ne » les fera pas diminuer de prix. Le seul graveur supé- » rieur qui reste actuellement à la France , c'est un » Hessois qui s'appelle M. Wille. »
Cathelin nous a laissé un portrait de Balechou ; il a l'air aussi robuste que sa gravure est vigoureuse ; tel homme , tel talent.
Il est regrettable que Le Blanc n'ait pas mis au jour une monographie de l'œuvre de Balechou , qu'il préparait sur le même plan que celle de l'œuvre de Wille. Le catalogue que nous donnons permettra d'apprécier l'importance de l'œuvre de Balechou , ainsi que la valeur relative des productions de ce maître.
ESTAMPES, etc.