Pie VI
24. Comte Hadik. 1781. — Ignatius a Boni. 17S2. — Prince de Lich-
tenstein. 1783. — François de Rodemberg. 1783. — Joseph Quariu. — Michael Denis. — Riesedel. — Prince de Tour-et Taxis, d'après Giorgi. — Frédéric-Charles-Joseph , Electeur de Mayence, d'après Giorgi. — Maximilien , Archiduc d'Autriche, Electeur de Cologne; in-12. — Joseph-François, Comte d'Auersperg, Archevêque de Passau ; in-12.
25. Gidéon L. B. a Loudon , Austriœ Supremus Iielli Dux, à cheval;
in-4, 1789.
26. Les trois portraits, réunis dans un même médaillon , des chefs de
l'émigration, le COMTE DE PROVENCE, le COMTE D*ARïois et le Prince de Condé, avec la légende Patrice fines et dulcia linquimus arva , Jacob Adam sculpsit Vienna? , 1793. d'après Ant. Klein ; in-8 orné.
Les ALIAMET
Jacques Aliamet est né le 30 novembre 1 72( > sur la paroisse Saint-Gilles d'Abbeville , d'Antoine Aliamet , marchand, et de Françoise Mathieu , son épouse. Vers 1747 il vint à Paris , adressé par sa famille au graveur Robert Hecquet , son compatriote , qui y était fixé depuis longtemps. Celui-ci, ne faisant guère d'élèves , s'empressa d'envoyer Aliamet au maître renommé d'alors, à Le Bas, qui avait la réputation méritée de communiquer aux jeunes artistes l'habileté d'outil et la souplesse de main dont il était doué.
Aliamet se logea place Gambray , à côté de Robert Hecquet , peut-être même dans sa maison, et ici se place une petite idylle. Ce graveur avait chez lui une nièce , un peu plus âgée, il est vrai , qu Aliamet ; mais les vingt ans de notre apprenti graveur n'y regardaient pas de si près. « Jacques Aliamet grandissait en talent; » il aima Marie qui trouva le jeune artiste de son goût. » Hecquet favorisa leur amour , décida leur mariage » et, le 12 août 1748, les deux futurs se rendirent à » l'église Saint-Benoît et la cérémonie fut faite. * »
1 Jal. Dictionnaire de biographie et d'histoire.
('. LES GRAVEURS DU XVIIl^ SIECLE.
Ajoutons que cinq enfants naquirent de cette heureuse union.
Aliamet doit principalement la réputation qu'il s'est acquise , aux grandes estampes qu'il a gravées d'après les tableaux de Berghem, Van der Neer, Van de Velde, Wouvermans , et surtout d'après ceux de Joseph Vernet , dont il a été l'un des plus heureux interprètes et dont il a habilement rendu la manière , le calme de ses paysages d'Italie comme la furie de ses tempêtes. « Plus profonde , plus ferme , et non moins » facile que celle de son maître Le Bas, a écrit l'histo- » rien de Vernet * , la gravure d' Aliamet sait conserver » l'effet piquant de la peinture ; Joseph Vernet a » trouvé plus d'un habile interprète , aucun ne l'a >/ rendu avec autant de fraîcheur et de simplicité » qu'Aliamet. »
Notre graveur n'a pas exécuté moins de quinze estampes d'après ce maître. Parmi elles , le Malin , avec son impression de fraîcheur , le Midi , troublé par un orage d'été, le Soir, avec ses baigneuses pudiques , enfin la Nuit , dont l'obscurité est tempérée par l'éclat de la lune , sont au nombre de ses meilleurs ouvrages. Ces estampes sont dédiées au comte de Vence , à Gampion de Tersan , artium cullori et amatori, au marquis de Rambures , à M. de Villette , tous amateurs auxquels appartenaient généralement les tableaux ainsi gravés.
Aliamet a aussi travaillé pour le Cabinet de Choiseul et pour la Galerie de Dresde, et ses estampes se font toujours remarquer par une grande exactitude. Deux
* L. Lagrangc. Joseph Vernet et son temps.
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grandes planches de notre graveur sont encore à remarquer, la Place Maubert et la Place des Halles, d'après Jeaurat, le peintre des scènes populaires. Au bas de la dernière, où des jeunes gens du bon ton viennent folâtrer avec des marchandes fortement embouchées , on lit ces vers :
Las de la bonne compagnie Aux Halles ces jeunes farauds Par une bizarre manie Viennent faire assaut de gros mois.
Ces mignons d'humeur si gausseuse Comptent en vain sur leur caquet.
Gare que Margot ie'cosseuse Ne donne à chacun son paquet.
Quelle part Aliamet a-t-il eue dans une charmante estampe connue sous le nom de la Philosophie endormie ? C'est un délicieux portrait déjeune femme . peint par Greuze, et la gravure en est dédiée à madame Greuze, dont c'était l'image , par son serviteur et ami Aliamet (Aliamet direxit) . D'aucuns veulent que Greuze, qui s'est parfois servi avec succès de la pointe, en ait commencé l'eau-forte. D'autres, et ceux-ci nous semblent dans la vérité , y reconnaissent la pointe de Moreau le jeune ; peut-être Aliamet a-t-il fait un travail de retouche , mais quel qu'en soit l'auteur, la pièce est remarquable. Assise dans un fauteuil , appuyée sur un oreiller, et coiffée d'une cornette , MeUe Babuty sommeille une après-midi d'été. Sur ses genoux son fidèle carlin, et auprès d'elle une table chargée de
8 LES GRAVEURS DU XVIIIe SIECLE.
livres de philosophie provenant du fonds de monsieur son père, dont la lecture l'a endormie. Cette aimable image, où Ton sent vibrer dans chaque contour l'attrayante jeunesse du langoureux modèle , justifie de reste l'amour de Greuze et sa folie d'avoir épousé une aussi coquette créature. Elle explique l'entraînement de Blonde! d'Azincourt , du conseiller de Saint-Maurice , des jeunes élèves de Greuze et de beaucoup d'autres. On sait, en effet, par la découverte du curieux mémoire qu'il avait rédigé en vue d'une séparation avec sa trop amoureuse moitié, combien le pauvre artiste eut , après bien peu d'années de bonheur conjugal , à souffrir de ses légèretés.
Arrivons à la collaboration d'Aliamet aux livres à figures , dans lesquels son nom se retrouve souvent. 11 a gravé le joli frontispice des Chansons de Coulanges , d'après Eisen (1753) , plusieurs des figures des Fables de La Fontaine , d'après Oudry (1755) , {la Grenouille et le Rat, Tribut envoyé par les animaux à Alexandre , la gracieuse pièce de T Amour cl la Folie), des vignettes pour le Lucrèce de Marchetti, la Henriade, la Nouvelle Hcloïse, et un grand nombre de figures et culs de lampe , ainsi que trois titres pour le Décaméron de Boccace illustré par Gravelot (1757). Aliamet passe pour avoir aussi collaboré à l'édition des Contes de La Fontaine, dite des Fermiers généraux (1762). Le prospectus de ce livre l'annonce. Toutefois , comme on ne rencontre sa signature sur aucune des planches , il est probable que c'est une sorte de haute main , de direction artistique qu'il a dû remplir. C'est avec les épreuves d'artistes et les eaux-fortes qu' Aliamet s'était réservées
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que Renouard l composa un exemplaire exceptionnel qui appartient maintenant à un grand bibliophile.
I Antoine -Augustin Renouard, libraire, éditeur et bibliophile, a publié en 1819 le catalogue raisonné de sa bibliothèque célèbre, sous le litre de Catalogue de la Bibliothèque d'un amateur, 4 vol. in-8.
II suffira , pour faire apprécier l'importance de cette incomparable collection , de dire qu'elle renfermait quatre mille dessins originaux de Moreau, Eisen, Marillier, Cochin , Monnet et autres. Nous citerons les principaux , avec les prix auxqaels ils ont été adjugés à la vente de Renouard en 1854; on pourra voir le chemin parcouru depuis lors !
136 dessins de Boucher, Eisen, Moreau, etc., pour les Métamorphoses d'Ovide, 1130 fr.; — 38 de Cipriani , Moreau , etc., pour Métastase. 395 fr.; — 300 de Marillier et autres pour Berquin , 310 fr.
De Moreau : 163 dessins pour Y Histoire de France. 995 fr.; — 112 pour le Nouveau Testament, 1640 fr.; — 6 pour la Révolution, de Rabaud-St-Étienne, 150 fr.; — 8 pour Iléloïse et Abailard, 360 fr.; — 48 pour Gessner, 495 fr.; — 36 pour les Lettres à Emilie, 520 fr.; — 113 pour Voltaire, 1645 fr.; — 6 pour Boileau , 230 fr.; — 9 pour Gressct, 905 fr.; — 23 pour Corneille, 580 fr.; — 30 pour Molière, 1105 fr.; — 12 pour Racine, 634 fr.; — 9 pour Crébillon, 260 fr.; — 25 pour Télémaque, 500 fr.; — 4 pour Hamilton, 35 fr.
La série des dessins de Marillier est extraordinaire : 32 pour les Œuvres de Le Sage, 405 fr.; — 11 pour les Œuvres de l'abbé Prévost, 5'70 fr.; — 121 pour les Contes des fées, 695 fr.; — T9 pour les Voyages imaginaires. 405 fr.; — 20 pour les Œuvres de Tressan, 145 fr.; — 202 pour les Fables de Dorât, 1400 fr.; — 3 4 pour les Idylles de Berq uin, 199 fr.; — 9 pour Joseph, de Bitaubé, 316 fr.
De Cochin , 82 dessins pour 1? Jérusalem délivrée , dont la moitié seulement ont été gravés, 500 fr.
Les 96 dessins de Monnet pour Télémaque, qui ont été gravés par Tilliard , 211 fr.
Les dessins des figures et fleurons pour les Contes de Voltaire, édition de Bouillon , 400 fr.
Dessins de Regnault pour le Temple de Gnide, 260 fr. — Dessins de Lebarbier pour les Liaisons dangereuses, de Lefèvre pour Télémaque, etc., etc.
Voilà ce qui peut s'appeler une bibliothèque ! Et voilà des prix qu'il faut comparer à ceux d'aujourd'hui , sans parler des prix probables de demain! Notez que, généralement, les prix indiqués plus haut com- ]'i< nnenl . avec les dessins, les ouvrages avec gravures avant la lettre.
10 LES GRAVEURS DU XVIIIe SIECLE.
Une figure de Y Origine des Grâces {Vénus au désespoir entourée des tendres Nicèennes), le fleuron du titre des Baisers, quelques autres fleurons pour le même ouvrage , d'autres pour les pièces en vers de Dorât et du marquis de Pezay, et plusieurs des figures allégoriques de YAlmanach Iconologique et de la suite de YHistoire de France, la planche de Mazaniello haranguant le peuple dans le Voyage à Naples de l'abbé de Saint-Non, enfin deux Batailles de la Chine d'après Cochin , telles sont encore les principales vignettes qu'Aliamet a gravées. Mais la pièce qui doit être regardée comme la mieux réussie dans ce genre est la grande figure, d'après Fragonard, pour le conte de La Fontaine , A femme avare galant escroc. Elle est d'un burin très-délicat et très-net; on la considère comme une des plus remarquables pièces de la suite des Contes.
En fait de portraits, nous ne trouvons que celui du peintre Halle, de format in-8, et le médaillon de Louis XV présenté dans le temple de la gloire par V immortalité , d'après Eisen.
« Sa gravure est suave , a écrit Huber dans son » Manuel des Curieux. Il connaissait la valeur des » touches et les frappait avec justesse. Ennemi des » estampes poussées au noir , il comparait leur » effet au jeu de ces acteurs qui s'éloignent de la » nature , crient et grimacent sur le théâtre pour se » faire applaudir de la multitude. »
Aliamet semble avoir été fort lié avec Zingg , l'un des élèves de Wille et , en septembre 1763 , nous levojrons emmener cet ami dans son pays de Picardie.
11 a formé plusieurs bons élèves , parmi lesquels trois
ALIAMET. M
femmes, les sœurs Ozanne et Mme Goulet. Il demeurait à Paris, rue des Matlmrins, et y est mort en 1788.
François-Germain Aliamet, son frère cadet, né à Abbeville en 1734 , est élève de Garet et de Robert Strange , chez lequel il a longtemps travaillé à Londres. Il n'avait pas le goût et la pureté de dessin qui distinguaient son frère. Une partie de ses estampes a été gravée pour le grand éditeur Boydell ; nous retrouvons dans son catalogue de 1779 les estampes suivantes gravées par F. -G. Aliamet : l' Adoration des Bergers d'après A. Garrache , tableau acheté par Mignard à Rome, pour Colbert. — La Circoncision , d'après Le Guide , tableau appartenant au chevalier Leicester. — Le Sacrifice à Pan , d'après A. Sacchi , tableau du duc de Newcastle. — La Lapidation de Saint Etienne , d'après Le Sueur. — La Reddition de Calais et Flatterie des courtisans de Canut le Grand , tous deux d'après Pine. — On possède aussi de lui quelques portraits de personnages anglais.
François-Germain Aliamet mourut vers 1790.
Nous donnons ci-après une liste succincte des meilleures pièces de l'œuvre de Jacques Aliamet , estampes et vignettes. M. Delignières, avocat à Abbeville, déjà connu par un travail sur le graveur abbevillois Le Yasseur et par un excellent catalogue raisonné de l'œuvre de Daullé, doit publier prochainement sur les Aliamet une étude spéciale à laquelle nous renvoyons pour des renseignements plus détaillés sur ces artistes. Le livre de M. Delignières sera loin d'être inutile puisqu'il doit porter à plus de 100 pièces l'œuvre de Jacques Aliamet. La liste donnée par le Manuel de V amateur d'estampes n'était que de 19 pièces.
ESTAMPES
i. d'après boucher.