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BERTHAULT

l'architecte Bélanger (1781). Basan fait l'éloge de ses Vues intérieures de Paris (le Pont-Neuf, le Port-au- Blé), d'après le chevalier de Lespinasse, qu'il exposa au salon de l'an VIII. Berthault les grava , et Duplessis- Bertaux les peupla d'une multitude de petits personnages fort amusants. Citons aussi une Vue perspective du pont projette par le sr Perronet pour être construit sur la Seine , d'après Duprés, in-fol. (c'est le pont de la Concorde). — Titre orné, d'après Marillier, in-4, pour un Atlas du Diocèse de Paris.

Outre sa collaboration au Voyage de Saint-Non, Berthault a beaucoup travaillé au Voyage pittoresque de la Syrie , de la Palestine et de la Basse-Egypte , d'après les dessins de Cassas (an vu). La grande Vue de Jérusalem , prise du Monte Oliveto , celle des Temples de Balbeck , la Vue d'Alexandrie et celle de Palmyre sont de lui.

On peut se rendre compte du prix rémunérateur que lui étaient payés les travaux de ce genre par l'engagement suivant que nous avons retrouvé : « Jay » sous signer se qui suit savoir que je mangageà gravé » la vue de St-Pierre de La Martinique d'après le » tableau que Ion men fournie et que je réduire dans la » proportion convenable pour produirre une estempe » capital le tout moienen le prie de trois mil cinque cent » livres qui me seron paie par tierre savoir le premier » tierre alaufortefaitte. Ledeuxiem a lepreuve avancé » et le dernier tierre à la fin tautal laquel planche je » mengage a la livré d'ans six mois a datte du die jour, » fait à Paris ce 19 octobre 1786. — Approuvé le » marché sy-dessus. Berthault. — Rue St-Louis , au » Marais , près la rue du Parc Royal, n° 14. »

HO LES GRAVEURS DU XVIIIe SIECLE

Notre graveur a aussi interprété avec talent les compositions de Prieur pour les lableaux de la Révolution. Ces compositions n'ont pas l'allure piquante de celles que Duplessis-Bertaux a gravées , mais nous les préférons pour notre part, parce qu'elles sont plus naturelles et plus vraies , le Serment du Jeu de Paume, Repas des gardes du corps, Arrivée du Roi à Paris avec sa famille , Travaux du Champ de Mars pour la Fédération, etc. Les mouvements tumultueux des foules sont surtout rendus avec une vérité saisissante dans le Peuple faisant fermer f Opéra, Pillage du garde-meuble, Pillage de V Hôtel de Castries, Pillage de la maison de St-Lazare, Supplice de Foulon et de Berthier, le Peuple délivrant les gardes-françaises à V Abbaye.

Renouvier cite une pièce in-4 , le Dentiste ambulant, d'après Wille fils , au lavis , comme étant à l'adresse de Berthault. Les deux sujets suivants sont encore gravés au lavis : les Diseurs de bonne aventure, et les Chanteurs des Boulevards , in-4 rond , à Paris, chez Berthault, graveur rue St-Louis , au Marais, n° 14, chez Chèreau, chez Joubert, chez Joffret , et au Palais-Royal. Cette adresse , au lieu de signature, nous donne à penser que Berthault vendait ces pièces mais ne les avait pas gravées. Le lavis n'était pas son genre.

On sait que de dépenses ont nécessitées les dispendieuses et volumineuses publications auxquelles a travaillé Berthault , le Voyage à Naples de Saint-Non , les Tableaux de la Suisse, le Voyage de Syrie, et , en dernier lieu, le grand ouvrage sur l'Egypte, ordonné sous Napoléon , et qui n'était pas encore terminé en

BERTHAULT. r,\

1817. Berthault, alors âgé de soixante - neuf ans, était chargé de diriger l'atelier de gravure pour ce dernier travail , et il semble naturel que , malgré le haut prix de l'ouvrage , il lui en fût accordé un exemplaire à titre de collaborateur. C'est simplement ce qu'il demandait et faisait appuyer, sans pouvoir l'obtenir, dans des suppliques que nous croyons curieux de reproduire, tant parce qu'elles nous donneront quelques renseignements sur le vieil artiste que pour montrer que les procédés et les formules de la bureaucratie restent les mêmes sous tous les régimes. La demande était pourtant chaudement apostillée, car le commissaire du gouvernement près la Commission d'Egypte se donna la peine d'écrire, le 30 août 1817, à Son Excellence le Ministre de l'Intérieur :

« Monseigneur , depuis le commencement de l'ou- » vrage sur l'Egypte , M. Berthault , graveur , a » conduit avec le plus grand zèle , la plus grande partie » des travaux, à l'atelier de gravure établi près de la » Commission d'Egypte. C'est avec autant de désinté- » ressèment que d'exactitude qu'il a rempli la tâche » qu'on lui avait confiée. Comme il a été accordé aux » imprimeurs en taille-douce un exemplaire de l'ou- » vrage , M. Berthault , chef de l'atelier de gravure , » semble fondé à solliciter la même faveur. Elle ne » peut tomber sur un artiste plus digne de la bien- » veillance du Gouvernement. J'ose recommander à » toute la bonté et à la protection de Votre Excellence, » un père de famille qui , malgré les travaux et la » conduite les plus honorables , est arrivé à un grand » âge sans avoir pu assurer ses moyens d'existence.

» J'ai l'honneur , etc. . . Jomard. »

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Cette demande si naturelle n'aboutit pas ; le pauvre graveur ne se rebute point, et, le 17 novembre 1818, il écrit de son côté au Ministre cette lettre touchante :

« Monseigneur , annexé à la pétition que j'ai eu » l'honneur d'adresser à Votre Excellence , était un » certificat signé de MM. les commissaires auprès de » la Commission d'Egypte , qui constate que depuis la » création de cette Commission jusqu'au mois de » juillet 1816, j'ai rempli avec zèle et assiduité les » fonctions de chef d'attelier de gravure établi clans son » sein; j'ai eu l'honneur de solliciter auprès de Votre » Excellence un exemplaire de la description d'Egypte, » faveur déjà accordée à plusieurs graveurs.

» Cette faveur , cette récompense honorable de mes » travaux , Monseigneur, vous ne me la refusez pas , » mais vous daignez me renvoyer à la première occa- » sion favorable. Hélas ! Votre Excellence ignore » sans doute que je suis un vieillard plus que septua- » génaire : à cet âge , il est difficile d'attendre, et je » voudrais cependant , Monseigneur, avant de mourir, » recevoir le prix le plus noble de mes faibles talens , » l'obtenir de vos mains et avoir le bonheur de vous en » remercier. J'ai l'honneur d'être, etc.. Berthault » oncle , rue St-Hyacinte , porte St-Jacques , n° 30. » *

En haut de cette pièce , de la main du ministre , plus dur à attendrir qu'une pierre : On ne perd pas de vue ses titres ; mais on ne peut que s'en référer à la réponse du 30 novembre 1817.

Gageons que le pauvre Berthault est mort avant d'avoir possédé la Description de l'Egypte tant désirée.

* Ces lettres font partie de la collection de M. Portalis.

BERTHET (Louis).

Voilà un de ces noms que le goût inquisiteur des bibliophiles a tiré de l'oubli. Que pèse , en effet, dans l'histoire générale de la gravure , un homme dont tout le bagage consiste dans quelques vignettes du Cabinet des Fées et dans les titres du Paysan et de la Paysanne Pervertie1? Ces fameux titres auxquels Restif attachait tant d'importance, et dans lesquels il faisait prédominer, comme grosseur de caractères , le mot Paysan sur le mot Perverti, ou Pervertie sur Paysanne, suivant le degré de perversion que le héros ou l'héroïne atteignait dans le volume ! Belle subtilité !

Le nom du graveur Berthet est accolé à jamais à celui de Binet, le dessinateur attitré et docile du romancier réaliste ou mieux naturaliste, Restif de la Bretonne.

C'est dans les œuvres de cet original qu'il faut aller chercher ce que , somme toute , Binet et Berthet ont produit de meilleur ; et pourtant ces illustrations ont un caractère bien étrange , car Restif ne laissait pas toute liberté à ses artistes , il exigeait impérieusement qu'ils se soumissent à ses fantaisies et leur imposait ses types à lui ; femmes démesurément grandes et

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minces avec des pieds imperceptibles. On regimbait parfois contre cette tyrannie du romancier; de temps à autre quelque graveur, comme Quillau fils, menaçait bien l'auteur du Paysan Perverti de lui frotter les oreilles , mais les artistes de second ordre qu'il employait, forcés par le besoin, se pliaient sans murmurer à ses caprices les plus bizarres, dessinaient et gravaient imperturbablement les tailles les plus invraisemblables, les pieds les plus chinois. Sergent, le dessinateurgraveur, critiquait sans pitié ces figures , leur reprochant de grimacer plutôt que d'exprimer, d'être hors d'aplomb, de tomber : « à force de vouloir donner aux » femmes une belle taille et de jolis pieds , écrivait-il , » on a poussé cela à un ridicule estropiement. Exa- » minez les élégantes compositions de Moreau , et » voyez quelle grâce, quelle tournure ont ses figures » de femmes. »

C'est , paraît-il , la veuve Duchesne , libraire-éditeur qui, chargée par Restif de faire graver quelques figures pour le Quadragénaire (1777), aurait choisi G. Baquoy et Louis Berthet, et les aurait mis ainsi en rapport. Berthet devint donc le graveur ordinaire de l'auteur ; nous le retrouvons dans les figures de la Malédiction Paternelle (1780) qui sont, au dire du bibliophile Jacob , les plus jolis dessins que Binet ait jamais faits , et les mieux gravés que l'on doive au burin de Berthet.

Dans les Contemporaines (1780-1783), le nom de notre graveur se retrouve constamment au bas des types bizarres , bien que probablement assez vrais , des jolies femmes de Paris; la Grisette épousée, le Garson-Fille , la Fille-Garson , la Fille séduite,

BERT1IET. 175

la Femme à V Essai, le Joli Pied, la Belle Laide , et beaucoup d'autres figures non signées sont vraisemblablement dues à Berthet , d'après les dessins de Binet.

Il collabore avec les frères Giraud, Pauquet, Baquoy fils , etc.. tous graveurs à bon marché, qui pourtant , à cause du grand nombre de gravures , ne laissaient pas de revenir fort cher.

Dans le chef-d'œuvre de Restif, la Paysanne Pervertie (1784) , on ne retrouve le nom de Berthet qu'en bas des deux frontispices, dont l'un représente la jeune paysanne débarquant du coche d'eau, son petit paquet à la main.

Signalons encore douze gravures de Berthet, toujours d'après les dessins de Binet, pour les Principaux Evénements de la Révolution (par Ducray-Duminil) , Paris , an IL

Dans la journée du 13 juillet 1789 , dit Restif de la Bretonne, dans les Nuits de Paris ou le Spectateur Nocturne,\es bandits du faubourg étaient passés devant ma porte pour aller se réunir aux bandits du faubourg de Saint-Antoine. Ces bandits étaient mendiants de race, avec les horribles tireurs de bois flotté , tout cela formait une tourbe redoutable qui semblait dire : « C'est aujourd'hui le dernier jour des riches et des aisés. Demain sera notre tour; demain nous coucherons sur l'édredon ! » — Cette vue inspire à Restif l'idée qu'une milice nationale serait nécessaire. Il va trouver ses ouvriers , les artistes de sa connaissance , son dessinateur Binet et son graveur Berthet, leur donne mission de faire appel aux bourgeois honnêtes, en les invitant à s'armer pour se préserver des brigands et

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des hommes grossiers. Et voilà que cette mouche du coche se figure avoir inauguré la garde nationale. Mais on voit par cette anecdote , rapportée dans la bibliographie de Restif par M. P. Lacroix , sous l'empire de quel sentiment fut fondée cette institution.

Berthet a encore gravé :

Le Bouquet dangereux , d'après Desrais, — Le Maître galant, son pendant.

La Folie du jour , petite pièce ovale , où l'on voit des Incroyables qui regardent une comète.

Descente de la machine aérostatique de Charles et Robert , 1er décembre 1783.

Portrait de Nie. Ed. Restif, né le 29 novembre 1734 à Saci, en Basse Bourgogne. — L. Binel delineavit, L. Bertliet incis. dicavit; in-4.

Son esprit libre et fier, sans guide, sans modèle, Même alors qu'il s'égare, étonne ses rivaux ; Amant de la nature, il lui dut ses pinceaux , Et fut simple, inégal, et sublime comme elle.

L'auteur du Pornographe et d'Ingénue Saxancour le « Jean - Jacques du ruisseau » a vu ici orner son portrait d'un petit agneau, ni plus ni moins que s'il s'agissait de madame Deshoulières !

Berthet a gravé dans les Voyages imaginaires la figure de Robinson Crusoè {Grand Dieu, est-il possible....), et dans le Cabinet des Fées, celles de Peau d'Ane (Est-ce vous qui logez...), des Contes Turcs (Laissez le soin de votre justification) , et des Contes des génies (Fidèle Abudah.. .).

BERVIG (Jean-Guillaume).

Le véritable nom de Bervic était Balvay et ses vrais prénoms Charles-Clément, mais adoptant un surnom de son père, il signa Bervic, et par suite d'une substitution de prénoms avec un enfant inscrit immédiatement avant lui sur les registres de la paroisse , auquel on avait donné les siens , il dut, par suite des difficultés qu'il éprouva à faire rectifier cette erreur lorsque plus tard on s'en aperçut, garder ceux qui ne lui appartenaient pas.

Donc le fidèle gardien des grandes traditions de la gravure française et son lien naturel entre le XVIIIe et le XIXe siècle , Jean Guillaume Bervic , naquit à Paris le 23 mai 1756. Les hâtives dispositions que l'on signale à l'aurore de la plupart des artistes se manifestèrent chez lui avec une intensité particulière. Regnault-Delalande et Quatremère de Quincy, ses biographes, ont tour à tour raconté , qu'étant enfant, le hasard fit tomber sous ses yeux quelques dessins qui l'éclairèrent subitement sur sa vocation et que sa famille, désespérant de vaincre l'inclination qui le portait vers les arts, lui fit donner d'abord quelques leçons de dessin chez Le Prince , et le plaça de très-

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bonne heure chez le graveur George Wille : « 24 » septembre 1770. Ce jour est entré chez moi , en » qualité d'élève , le fils d'un maître tailleur de Paris, » nommé M. Bervic. Ce jeune homme a la physio- » no mie heureuse ; il dessine déjà joliment pour son » âge , n'ayant que quatorze ans. »

Cette sorte de transaction de sa famille entre l'art et le métier, qui permit au jeune Bervic de s'occuper de la gravure « dont les produits donnent à cet art l'appa- » rence d'un commerce et quelquefois la réalité des » bénéfices , » modifia bien un peu ses rêves d'artiste, mais elle lui permit d'appliquer dans cette carrière plus sage et plus sûre les facultés que le ciel lui avait départies.

L'atelier dans lequel entrait le jeune graveur était tenu par l'allemand Georges Wille , qui conservait soigneusement la belle méthode des procédés de la gravure au burin. Là, pas de compromis avec l'expéditive eau-forte , pas de faux fuyants avec la dissimulatrice pointe sèche ou le doux pointillé. Le cuivre était taillé suivant les règles, en forme de hachures entrecroisées avec un point au milieu , et c'était presqu'avec cette unique ressource que tout devait s'imiter , suivant la tradition. C'était Nanteuil que le maître lui faisait étudier, comme le témoigne la copie du portrait de Michel Letellier (1773). Ces leçons ne furent pas perdues et Bervic devint bientôt un élève excellent du maître ; mais Wille faisait en même temps faire à notre jeune artiste de sérieuses études de dessin, qui lui valurent, en 1774 , sa première récompense , la lrc médaille à l'académie royale, n l'emmenait aussi l'été dessiner, aux environs de Paris , à cette

excellente école qui s'appelle la nature, et nous constatons plusieurs fois sa présence à ces artistiques excursions dans le Journal de ce maître modèle:«4 septembre » 1774. Je partis de Paris pour Lonjumeau en voiture, » accompagné de mon fils , de MM. Pariseau , Baader » et Bervic , mon élève ; MM. Guttemberg frères et » Weber avoient pris les devants de grand matin. De » cette manière nous étions huit , cette année , à » dessiner le paysage.... nous avons eu beaucoup de » plaisir dans cette campagne , tant à cause du beau » temps qu'il faisait que parce que M. Baader , le plus » grand farceur de la terre , nous fit presque crever » de rire... »

L'année suivante, à la même époque, nouvelle partie; cette fois Bervic avait pris les devants à pied, c'étaient presque les mêmes artistes, sauf Wille fils qui ne s'y trouvait pas : « Un nouveau marié , remarque Wille , » ne quitte pas aisément sa femme. »

C'est d'après une composition de ce jeune mari , le Petit Turc, que Bervic alors âgé de dix-huit ans (1774), grava la première planche qu'il ait publiée. Elle est bien dans la manière de son maître , elle a l'éclat métallique de son burin et certains amateurs croient même y reconnaître en plus d'un endroit la main de celui-ci.

Il est à remarquer que ce sont surtout les élèves de l'atelier Le Bas qui ont été des graveurs de vignettes ; ceux de Wille semblent avoir de préférence abordé la reproduction des tableaux et les grands portraits. Bervic, du reste, qui devaitjouir d'une certaine aisance, ne paraît pas avoir eu besoin des fructueux travaux de l'illustration, et a surtout gravé en grand. Il produisait

peu, en homme qui a de quoi vivre. En 1779, il publia le portrait du botaniste Linné, d'après Roslin, et celui du Comte de Vergennes , d'après son propre dessin , en 1780. Ces ouvrages attirèrent sur lui l'attention du comte de Pugol , commissaire provincial des guerres , qui avait été chargé de faire exécuter, pour le compte de la ville de Valenciennes, le portrait de Sénac de Meilhan, Intendant du Hainaut : « Le portrait de » Linnœus , lui écrivait-il , et d'autres ouvrages de » cette beauté , qui vous font honneur et établissent » votre réputation , Monsieur , m'a engagé à employer » votre burin pour transmettre à la postérité l'effigie » de l'homme d'état chéri de tous mes concitoyens qui, » en ceci, n'ont d'autre but que de lui donner une » marque publique de reconnaissance et d'atta- » chement. »

D'après Regnault-Delalande, les chairs, les cheveux, l'ébénisterie et les marbres , sont dans ce portrait rendus par des travaux qui en conservent bien le caractère , et cette planche, parue en 1783 , annonçait déjà un homme très -exercé dans la pratique de son art.

L'Académie de Rouen avait, dès le 3 décembre 1783, reçu Bervic dans son sein, sur la recommandation de Descamps , le directeur de son école de dessin ; le 29 mai 1784, l'Académie Royale de peinture de Paris l'agréait , sur deux planches qu'il avait fait paraître l'année précédente , d'après Lépicié , le Repos et la Demande accordée. Elle lui demanda en même temps pour sa réception le portrait du directeur général des bâtiments , le comte d'Angiviller. Mais Bervic ayant été chargé , à peu de temps de là, de graver le portrait

du Roi Louis XVI , celui du comte fut ajourné et n'a pas depuis été exécuté par notre graveur.

Désireux d'encourager dans la personne de Bervic la gravure classique bien négligée alors pour l'estampe galante , M. d'Angiviller eut l'idée de lui donner un logement aux galeries du Louvre et lui annonçait cette faveur le 6 décembre 1784 , la considérant comme un engagement pour lui de ne pas abandonner ce genre trop peu suivi en France à son gré. En même temps il écrivait à Pierre , premier peintre du Roi :

« Le grand genre de la gravure , Monsieur , étant » au moment actuel dans un état de décadence qui » exige des encouragements pour ceux qui s'y livrent, » j'ai cru devoir profiter à cet effet de l'occasion de la » vacance du logement de M. Lépicier. M. Bervick » s'étant donc annoncé à l'Académie avec une distinc- » tion en ce genre qui autorise à former sur luy de » grandes espérances , j'ai mis cette considération » sous les yeux de Sa Majesté qui a jugé à propos de » disposer en sa faveur du logement vacant. Vous » connoissés d'ailleurs mes vues sur cet artiste et il est » à propos que vous lui fassiés entendre qu'en luy » procurant cette récompense un peu anticipée de son » talent , j'ai entendu qu'elle lui tiendroit lieu de la » gratification qu'il a été d'usage d'accorder à celui » qui a été chargé de l'ouvrage qu'il va faire. ' »

C'était d'après une assez médiocre peinture de Callet que le portrait du Roi , un des principaux ouvrages de Bervic, devait être exécuté (1790). Louis XVI est debout, appuyé sur son sceptre et vêtu du manteau

i Archives nationales. Correspondance du Directeur des Bâtiments.

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royal doublé d'hermine , dont on devait le dépouiller si peu de temps après. Ce remarquable travail, trèsjuste et très-harmonieux d'aspect et très-habile dans les détails est ainsi apprécié par Quatremère de Quincy, qui , en sa qualité de secrétaire perpétuel de l'Académie des Beaux-Arts, dut prononcer l'éloge du graveur : « Le burin de Bervic brille dans cette planche par la » franchise des procédés , l'intelligence des travaux , » cette propriété si rare de reproduire la manière du » peintre et l'effet vrai du tableau avec ses qualités et » même ses défauts. On aime à retrouver dans le ton » doux et brillant de la planche , dans la légèreté de la » touche , dans une certaine harmonie gracieuse , mais » un peu faible d'effet , tout ce qui distingua, dans le » temps , l'ouvrage du pinceau. »

A la triste destinée de Louis XVI s'est trouvée associée celle de la planche et de ses épreuves. Quand on voulut anéantir en France jusqu'au souvenir de la royauté, la belle estampe fut l'objet d'une destruction toute particulière. Que d'épreuves durent alors être déchirées ! « Averti qu'on ferait chez lui la » recherche de la planche pour la détruire, Bervic » n'osa ni la cacher ni charger tout autre de ce soin » périlleux. Il brisa son cuivre , mais les morceaux » subsistèrent et nous apprenons que depuis peu , on » vient de trouver un moyen de les réunir qui » permettra d'en tirer de nouvelles épreuves. d »

Entre-temps Bervic s'était marié. Il avait épousé, le 2 janvier 1788, Mlle Carreaux de Rosemont, peintre de portraits. Pour célébrer cet heureux événement dans

1 Quatremère de Quincy. Éloge historique de Bervic (1823).

la vie de son élève , l'excellent Wille donne un grand dîner et, le soir, il consigne le fait et en profite pour faire son éloge : «24 février. Ce jour j'ay donné un » repas à M. Bervic et à sa jeune et aimable épouse. » Je l'ay fait avec plaisir, d'autant plus que M. Bervic est » un de ceux de mes élèves qui m'ont fait le plus d'hon- » neur et qu'il est d'un caractère franc et sans détour. » Il est instruit et son esprit est solide. Je souhaite à » ce jeune couple toute sorte de bonheur, car ils le » méritent. »

Ces souhaits ne devaient pas se réaliser ; la jeune femme mourut la même année. Est-ce pour faire diversion à son chagrin que Bervic accepta d'accompagner au Havre ses amis Basan , Ponce , De Launay, Godefroy et Gaucher , qui nous a conservé dans un récit piquant le souvenir de cette promenade ? Nous aimons mieux croire que ce n'est que plus tard , dans l'année, que sa jeune femme mourut et qu'en septembre Bervic n'était pas encore veuf , quand il lui arrivait les plus divertissantes aventures. C'est lui, en effet, qui semble être le boute-en-train de la troupe ; c'est lui qui , en voulant embrasser de force une jeune fille dans la tour de l'église de Mantes , fait tomber le fils de Basan sur les cloches ; lui qui est le héros d'une bouffonne aventure à l'auberge du Port-Saint-Ouen. Son peu d'habitude du cheval lui avait valu quelques écorchures :

« A peine descendu de cheval, l'infortuné Verbic * » demande une houppe , de la poudre et un miroir, » Renfermé dans sa chambre, il commençait à appli-

1 Anagramme du nom de Bervic.

» quer le bienfaisant appareil , lorsque l'hôtesse , par » un malheureux hasard, ouvrit la porte sans heurter. » Qu'on imagine le sang-froid de la mégère quand elle » vit sa toilette ainsi profanée ! Des apostrophes elle » passe aux menaces et saisit M. de Verbic sans » pitié... »

Elle lui arrache en effet sa perruque et , par un caprice inattendu, elle la fait servir au même usage auquel avait servi sa houppe....

Le 4 juin 1791 , Bervic se remaria ; mais Mlle Bligny, fille sans doute du lancier du Roi éditeur d'estampes, mourait moins de deux ans après , le 14 avril 1793 , en donnant le jour à une fille qui fut Mme Tremeau.

L'habile graveur dut se consoler dans le travail de ces deuils successifs. Combien de fois n'avons-nous pas vu dans notre enfance , accrochés aux murs des vieux salons bourgeois gardant le mobilier de la fin du siècle, V Éducation oV Achille, d'après J.-B. Regnault, et ï 'Enlèvement de Bêjanire , d'après Le Guide. Ces deux classiques estampes , aux tailles régulières et majestueuses , vrais modèles de gravure sage et académique, sont parmi les meilleurs ouvrages du graveur. Bervic a encore gravé le Saint Jean dans le désert , de Raphaël , pour la Galerie de Florence , sur le dessin de Wicar(1791) et le groupe antique du Laocoon pour le Musée Eobillard , où la régularité de travail de son burin est encore plus apparente , si c'est possible.

Mais à mesure que le talent de Bervic s'affermissait, sa vue allait s'affaiblissant. Insensiblement ses yeux refusaient à sa main cette finesse et cette sûreté d'organe que rien ne peut suppléer dans la gravure.

Déjà le graveur avait dû abandonner un portrait de Napoléon dont il n'était pas content et qui est resté nom terminé. Est-ce pour la môme raison qu'il n'a été tiré que trois épreuves , dit-on , du portrait de Louis XVIII , d'après Augustin? Toujours est-il que la planche a été ensuite grattée. D'ailleurs il était souvent malade et dans une de ses lettres que nous avons sous les yeux, datée de 1804, il écrivait : « J'ai encore » été dernièrement 2 mois et demi sans travailler. » Vous devez croire que ce n'est pas fait pour me » faire aimer ce long et ennuyeux métier. » Enfin Bervic dut abandonner complètement toute gravure, et la planche commencée du Testament d'Eudamidas , d'après Poussin , a été achevée par son élève Toschi.

Une maladie qualifiée de névralgie du poumon et du cœur enleva subitement le graveur Bervic, le 23 mars 1822.

Rien ne lui a manqué en fait d'honneurs. Nous avons vu qu'il avait été agréé à l'Académie en 1784 ; puis qu'il avait obtenu d'être logé au Louvre en 1787. En 1792 , il obtint le prix d'encouragement pour la gravure ; membre de l'Institut en 1803 , membre des académies de Copenhague , de Berlin , de Bologne , d'Amsterdam , de Tienne , de Milan , do St-Pétersbourg, etc., Bervic fut nommé chevalier de la Légion-d'Honneur en 1819 : « Considérant , faisait-on » dire au Roi , que la gravure en taille-douce , portée » sous le règne de notre illustre aïeul , à un degré de » perfection qu'aucune autre nation n'a pu atteindre, » a pris ensuite une marche rétrograde jusqu'à l'épo- » que où la supériorité des ouvrages du sieur Bervic ,

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» en ranimant le goût de l'étude de la gravure , a » favorisé le développement des talents qui honorent » l'époque actuelle et voulant récompenser dignement » les heureux efforts de cet habile artiste, etc.. »

Peu de maîtres ont apporté plus de zèle à cultiver chez leurs élèves les dispositions qui faisaient espérer d'heureux résultats ; aussi a-t-il laissé d'excellents disciples pour continuer les traditions de la classique gravure. Citons, parmi eux, Caron , Chollet , Armand Corot , Coiny , Mariage , Toschi et Henriquel-Dupont.

La vente des tableaux, estampes et planches gravées de Bervic, eut lieu dans sa maison , rue de Grenelle- St-Honoré n° 14 , en juillet 1822 , par les soins de Regnault-Delalande , qui a écrit sur lui une bonne notice biographique.

Bervic a laissé un œuvre peu considérable , étant de ces graveurs qui mettent plusieurs années à parfaire une seule planche. On sent combien cet enfantement devait lui coûter de peine et l'on en soutire pour lui. Il est juste de reconnaître , d'ailleurs, que le burin ne se traite point à main levée comme l'eau-forte , et nous ne mesurons pas le talent des graveurs à la quantité des estampes produites. Mais la facilité double la valeur d'un artiste habile. Une quinzaine de planches dans toute la vie de Bervic , c'est vraiment trop peu. Son œuvre , pour parler comme Danton , c'est le Louis XVI, encore le Louis XVI, toujours le Louis XVI.

ESTAMPES

1-2. La Demande acceptée. — Le Repos. — 2 p. d'après Lépicié. 3. Le Petit Turc, d'après Wille fils ; in-8.

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