MONSEIGNEUR LE DAUPHIN, ET MADAME, FILLE
DU ROI, dédié à la Reine par son très-respectueux et trèsfidèle sujet Blot. — Le Tableau appartient à Sa Majesté. — D'après Louise-Élisabetb Le Brun , H86 ; in-fol.
Ils sont représentés assis dans un jardin, au pied d'un arbre, tenant un oiseau et son nid.
Les premières épreuves sont avant la dédicace à la Reine. — 120 fr., vente Béhague.
BOILY (Charles).
On doit à cet élève de Lempereur un très-petit portrait du poète et littérateur Charles Borde, ami de Voltaire , in-8 orné, avec un amour qui tient une lyre et encloue un mortier, et la devise : J'ai fait un peu de bien , c'est mon plus bel ouvrage , G. Boily del. et sculp.
Boily a aussi exécuté un curieux portrait in-12 du jésuite Nonotte , dont Voltaire a fait passer le nom à la postérité. C'est une pièce des plus rares. Il a gravé une Catherine II et réduit in-4 , d'une main assez lourde , le grand frontispice de Gochin pour Y Encyclopédie.
Son frère aîné , Louis Boily et sa sœur cadette Anne , femme Le Fort , ont également gravé.
BOISSIEU (Jean-Jacques de
Jean-Jacques de Boissieu , connu par ses paysages à l'eau-forte, si précis et si frappants , ses scènes d'intérieur si pleines d'efiét et ses têtes d'étude, est né à Lyon le 20 avril 1736, d'une honorable et ancienne famille de lyonnais, originaire d'Auvergne. Son père était docteur en médecine, et sa mère, Antoinette Vitalis, la fille d'un des hérauts d'armes de France. Ses deux frères aînés avaient tous deux embrassé la carrière de leur père ; quant à lui, on le destinait à la magistrature , mais tout enfant il avait déjà montré de grandes dispositions pour le dessin ; ayant trouvé dans la maison paternelle quelques bons tableaux, il s'amusait à les copier bien grossièrement encore. Sa famille ne fut pas opposée à cette vocation naissante, mais au lieu de lui ouvrir les portes de l'art, elle lui fit apprendre le métier plus facilement lucratif du dessin industriel pour les fabriques de soieries. On lui donna d'abord un premier maître nommé Lombard , bientôt insuffisant ; on s'adressa ensuite à un peintre d'histoire de talent, fixé depuis peu à Lyon , Jean-Charles Frontier, qui ne put que peu de temps diriger le jeune de Boissieu , étant mort en 1753. Mais il avait reçu là de bons principes et appris
à dessiner correctement la figure humaine et les animaux , aussi se sentit-il capable de marcher seul. Quelques cabinets d'amateurs de peinture s'ouvrirent dans sa ville natale au fils du docteur de Boissieu , qui put pendant quelques années étudier et copier les maîtres.
C'est à cette époque qu'il faut rapporter cette intéressante lettre , datée de Lyon , le 4 novembre 1761 et adressée au graveur Wille pour lui demander un de ces conseils qu'il ne refusait jamais. Elle nous renseignera aussi sur les débuts de Boissieu dans la carrière des arts , où l'appelait une vocation irrésistible , et sur les difficultés qu'il rencontrait à la suivre : « Monsieur, Monsieur le Conseiller de ReifFenstein , » votre amy , à son retour de Paris m'a fait l'honneur » de m'écrire à la campagne où j'étais alors , et m'a » beaucoup engagé à me procurer celuy de faire » comiaissance avec vous , je n'oublieray jamais ce » trait de son amitié, je serois trop heureux si je » pouvois mériter l'honneur de la votre et vous » exprimer le vif empressement ou je suis de la » réclamer ; ouy, Monsieur, je me feray une gloire et » une loy de suivre vos lumières dont je sens tout le » prix. L'espérance flatteuse ou je suis que vous » voudré bien m'en faire part Jointe à la grande envie » quej'ay de les mettre à profit, et un amour pas- » sionné pour mon art me donnent un grand courage : » enfin monsieur j'ay une confiance infinie en vos » bontés. Monsr le Conseiller m'en a beaucoup inspiré » en me faisant l'honneur de me parler de vous avec » les éloges que méritent vos talens éminents et la » bonté de votre cœur. Je n'ay jamais eut tant de
» plaisir qu'en admirant vos ouvrages; je les admire » tous les jours; tout y est précieux et intéressant, » enfin je ne crois pas qu'on puisse avoir une plus belle » exécution ny qu'on puisse dessiner avec autant de » correction et de finesse ; je joins en cela mes faibles » accens à la voix des amateurs éclairés.
» J'ay l'honneur de vous envoyer deux de mes » desseins , et de vous prier de m'en dire votre senti- » ment. Ils méritent peu votre attention , mais j'espère » qu'avec les conseils que vous auré la bonté de me » donner et l'application au travail , ils le mériteront » dans la suite. Rien n'a pour moy tant d'attraits que » l'étude de la peinture , et personne n'a peut-être tant » d'envie de s'y perfectionner et n'a eu plus d'obstacles. » Ma mère m'avoit destiné pour le dessein de fabrique ; »j'y suis resté trois ans par obéissance pour elle, » luy représentant par intervalle que j'avois beau » combattre , que je ne pourrois jamais m'y faire. » Elle a à la fin cédé à mes vives instances et depuis » deux ans que j'en suis dehors elle m'a laissé la liberté » de suivre mon goust. J'ay continuellement dessiné » d'après nature , n'ayant point de plaisir plus piquant -» et ne trouvant d'émulation que dans mon amour pour » cet art et pour guide que quelques bons tableaux » que des particuliers ont eu la bonté de me prêter. » Je sens combien un voyage de Paris me seroit utile, » mais ma mère ne veut point en entendre parler ; je » n'ose plus lui en témoigner mon envie , de crainte » d'avoir moins de liberté. Enfin , Monsieur , je serois » bien charmé de luy faire voir que cet art là peut être » lucratif. Gomme vous connoissé les amateurs je vous » prie d'avoir la bonté de me procurer une vente de
» mes desseins ; j'aurois l'honneur de vous en envoyer » soit dans le genre des effets de lumière et de pai- » sages. Vous me fériés un plaisir des plus sensibles » et ma reconnoissance seroit sans égale. Je suis » honteux de vous donner cet embarras , mais rien ne » pourroit mieux engager ma mère à faire des » réflexions en faveur de mon inclination. Je vous » en auray une obligation inexprimable et que je » n'oublieray jamais. J'ay l'honneur... etc. J.-J. de » Boissieu. Mon adresse est ché Mm8 la veuve de » Boissieu , rue Luyzerne près des Terreaux. l »
Notre jeune artiste ne s'occupait guère encore, on le voit , que de dessin et s'était à peine essayé déjà timidement sur le cuivre enfumé. En effet, ses premiers essais d'eaux-fortes qui nous aient été conservés datent de 1760-1761. Ce sont des Vues de Lyon et de ses environs , le Fort Saint-Clair, la Porte d'Ainay, le Pont sur le Rhône , etc.... D'autres vues déjà plus habiles des bords de ce fleuve et des environs de sa ville natale datent de quelques années plus tard.
Enfin ce voyage de Paris , dont il avait si longtemps caressé le rêve , il fut donné à Boissieu de l'exécuter et Wille voulut bien le guider de ses conseils. C'est exactement le 28 juillet 1762 , que Boissieu , débarquant dans la capitale , courut le trouver : « Me vint » voir M. de Boissieu , de Lyon , arrivé hier à Paris. » Il est de bonne famille et comme il a un amour » prodigieux pour la peinture, il m'avoit écrit plusieurs » fois pour avoir de mes conseils. Sa mère a enfin » consenti pour le voyage de Paris. Il étoit ravi de
1 Cette lettre a été publiée dans les Archives de ïarl français.
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» me trouver et moi charmé de voir un jeune homme » quiparoît avoir de la confiance en moi. »
Boissieu put admirer à son aise , dans la collection royale , ces Téniers , ces Ostade , ces Berghem , pour lesquels il se passionna , qu'il reproduisit souvent avec bonheur et dont il chercha ouvertement dans ses eaux-fortes à s'inspirer : dessiner et graver, telle était son unique occupation. Les études d'après nature aux environs de Paris ne furent pas non plus négligées , et nous retrouvons de lui toute une jolie série de Vues de la forêt de Fontainebleau , datées de 1764.
Entre autres connaissances heureuses que le graveur fit à Paris , il faut citer celle du duc Alexandre de La Rochefoucauld qui se faisait déjà connaître par son goût éclairé des arts. Les deux jeunes gens se lièrent ensemble et quand, en 1765, ce seigneur passa par Lyon pour aller faire en Italie une excursion artistique, il emmena Boissieu auquel ce voyage devait ouvrir1 des horizons nouveaux.
C'est alors sans doute qu'il fit les dessins de trois de ses plus belles eaux-fortes , dédiées à son compagnon de voyage , la Vue de VArc de Titus , la Vue d Aqua-Pendente, et la Vue de Ponte- Lucano (1773- 1774).
De retour à Lyon, de Boissieu publia un grand nombre d'eaux-fortes , remarquables par la vérité, l'expression et l'effet ; les Petits Tonneliers (1770) , les Grands Charlatans (1772) , la Fête champêtre (1773) , avec de nombreux personnages bien campés , de beaux paysages d'après Ruisdaël (1772-1782) et un nombre considérable de paysages peuplés d'animaux et de figures, enfin des têtes d'étude, dont l'examen détaillé
nous entraînerait trop loin. On en trouvera la description complète dans Y Œuvre de J.-J. de Boissieu* . Notre amateur avait surtout eu en vue de faire de l'art un passe-temps , et ne s'était pas trop préoccupé de ce que ses eaux-fortes pouvaient lui rapporter. Il s'était fait nommer trésorier de France au bureau des finances de la généralité de Lyon, et, en 1772 , il avait épousé Mlle de Valous. Habitant le plus souvent à la campagne, soit à Crussol , soit à l'Arbresle , il passait son temps à dessiner les sites voisins de ces habitations.
La Révolution vint troubler cette quiétude embellie par le culte du beau. Religieux et royaliste , il fut inquiété et n'eut la vie sauve que grâce à l'intervention d'un artiste , membre de la Convention. Mais quel ne dût pas être son chagrin d'apprendre que son ami, son compagnon de voyage en Italie , le duc de La Rochefoucault , avait été assassiné à Gisors (1792). La fortune du graveur n'avait pas été beaucoup plus respectée , et c'est alors que son talent l'aida à vivre et que la vente de ses estampes lui permit de conserver une honnête aisance.
Boissieu s'était heureusement mis , au temps de son succès , en relation avec les éditeurs : Basan , Pariset, la veuve Chereau , lui avaient édité des Suites de Paysages ; il était également en rapport à l'étranger avec des grands marchands d'estampes , de Méchel à Bâle , Artaria , à Vienne , qui lui avait demandé la reproduction de deux tableaux l'un de Ruisdaël et l'autre de Wynants, etavecFrauenholz, à Nuremberg.
* Catalogue raisonné de l'œuvre de J.-J. Boissieu. Paris, Rapilly , 1878. — In-8.
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Il leur avait cédé des planches sur lesquelles ceux-ci avaient mis leur adresse et c'est à l'occasion d'un marché de ce genre avec ce dernier que Boissieu lui écrivait cette lettre que nous avons retrouvée et où le consciencieux artiste donne de précieuses indications sur la meilleure manière de tirer les épreuves et de réparer les cuivres '.
« A Monsieur J-F. Frauenholz et compe , marchand » d'estampes et autres objets d'art , à Nuremberg.
» Lyon , ce 9 octobre 1807.
» Monsieur. Je reçu hier votre chère et honnête » lettre du 28 7bre. La dernière que j'ay eut l'honneur » de vous écrire en vous envoyant les eppreuves que » vous désiriés , répond en partie aux reflexions que » vous faites touchant l'acquisition de mes 2 dernières » planches , comme il y a cependant deux articles que » vous désiriés sçavoir et qui pourroit arrêter votre » décision ; je me hâte de vous dire avec vérité ce que » je pense à cet égard, ces 2 planches ayant bien » mordu très net et bien au point qu'il convenoit , je » crois pouvoir presque vous assurer et surtout d'après » l'expérience , qu'elles peuvent tirer mille belles » eppreuves, je dis presque n'étant pas tout à fait aussi » sur de ce nombre que si la planche étoit entre mes » mains , comme c'est toujours les grands noirs qui au » bout d'un teins deviennent un peu gris , rien n'est » plus facile de nourir et entretenir ces noirs avec » quelques coups de pointe sèche , un peu ferme , ou » de burin , en faisant avec intelligence cette petite
1 Cette lettre inédite de Boissieu fait partie de la collection de M. Portalis.
» cérémonie qui peut se faire tous les cents , s'il est » nécessaire , et que le plus foible graveur un peu » intelligent peut faire dans une demie heure sans » nuire à l'esprit du travail, au bout de mille la planche » ne sera presque point altérée ; pour les parties légères » [elles] se soutiennent très longtemps. Il faut aussi un » bon imprimeur qui ménage bien la planche , qui ait » soin d'employer du beau noir et de finir d'essuyer la » planche avec la pomme de la main , elle peut ensuite » tirer au moins le même nombre d'eppreuves jolies » très passables et puis comme tout s'eppuise au bout » d'un temps , il est encore des moyens de la faire » revivre longtemps , en la faisant retravailler par un » artiste intelligent et connoissant assés la nature » pour en conserver l'esprit. Je crois bien que vous » pouvés mettre le prix de 8 à 10 fr. chaque morceau » pour les amateurs ce qui feroit 16 ou 20 fr. les 2 et »je suis convaincu que la grandeur de ces deux » morceaux trouvera plus aisément des acheteurs, que » dans une forme plus grande , parce que beaucoup » d'amateurs qui aiment à les faire encadrer sont » souvent arrêté parles frais d'encadremens , mais en » supposant qu'elles fut payée au prix de 6 fr. cha- » qu'une vous pouvés calculer ce que cela peut rendre » même après les frais levés.
» Vous ne devés pas douter combien je me croirois » heureux de pouvoir faire quelques choses qui put » vous être agréable et avantageux et mériter votre » bienveillance, votre amitié, c'est avec ces sentiments » que j'ay l'honneur d'être avec une parfaite considé- » ration , Monsieur, votre très humble et très dévoué » serviteur, J.-J. de Boissieu. »
En fait de portraits , nous relevons d'abord celui de Boissieu lui-même, qu'il faut posséder en premier état pour avoir en même temps le profil de sa femme , reproduit sur la planche que le graveur tient à la main , puis ceux de son frère , le Docteur de Boissieu , et de sa servante ; enfin un profil de Pie VII.
J.-J. de Boissieu est mort à Lyon le 1er mars 1810. Son éloge a été écrit par Dugas-Monbel i .
1 L'œuvre de J.-J. de Boissieu, composé de 1205 épreuves, a été adjugé 15,600 francs à la vente Guichardot en 1815, et se trouve actuellement dans la magnifique collection de M. le baron Edmond de Rothschild.
A la même vente , un autre œuvre ne comprenant que 457 épreuves en différents états , a été payé 6,700 francs.
Le Catalogue raisonné de l'œuvre de J.-J. de Boissieu comprend 140 numéros .
BOIZOT (Marie-Louise-Adélaïde).
La Biographie Universelle fait de Marie-Louise- Adélaïde Boizot, née le 15 août 1744, la femme du sculpteur Louis-Simon Boizot, qui fut membre de l'Académie en 1778 , président de la Société populaire des Arts et mourut en 1809. Mais Renouvier et Didot nous disent qu'elle était sa sœur. Elle aurait alors appris le dessin sous la direction de son père Antoine Boizot, peintre , membre de l'Académie et dessinateur à la manufacture des Gobelins ; Flipart lui donna des leçons de gravure.
Elle est connue par deux estampes exécutées d'après Drouais , le Château de Cartes et les Bulles de Savon, et par la Petite Liseuse d'après Greuze. Elle nous a laissé aussi une série de portraits des membres de la famille royale de France , médaillons ronds dans des encadrements carrés ornés de guirlandes et de nœuds de rubans, qui accusent une main assez inexpérimentée. Les figures manquent de modelé , les vêtements pourraient être rendus avec plus de soin, et cependant on ne peut méconnaître que ces profils ne sont pas sans charme. Marie- Antoinette, jeune, la tête tournée à droite et coiffée d'une aigrette , est même une
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merveille de grâce et de douceur. Le second portrait de la Reine, exécuté six ans plus tard, est loin de valoir celui-là.
PORTRAITS
1. LOUIS XVI, Roy de France, jeune, profil à gauche. — Dessiné
par L.-S. Boizot , gravé en 1775.
Ce portrait , et les huit qui suivent , sont du même format , in-4 orné , et forment série. De ces neuf pièces, nous ne connoissons aucune épreuve avant la lettre.
Mais il existe deux états bien distincts : 1° avec la seule adresse de Flipart sur la marge inférieure ; 2° avec l'adresse de Basset au-dessous de celle de Flipart. Il existe plusieurs autres séries de portraits de la famille royale ; les plus connues sont celles publiées chez Niquet et chez Esnauts et Rapilly, et celles qui ont été gravées au burin par Massard et par Gathelin , et à la manière noire par l'anglais Brookshaw.