‹ Les graveurs du dix-huitième siècle (volume 4)Chapitre 80 sur 141 · BOLT · texte numérisé non relu

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des Œuvres de Wieland, et il écrivait à ce sujel au libraire-éditeur Goschen à Leipsig , le 1er décembre 1800 , un billet dont voici la traduction : « Cher » Monsieur, je vous remercie d'avance de tout mon » cœur de la complaisance avec laquelle vous prévenez » mes désirs et c'est avec plaisir que j'accepte les cinq,

• ou, comme Catel me le dit , les six planches pour le » Don Carlos, que j'aurais toujours acceptées sans cette » donation, car j'ai toujours aimé à travailler pour vous.

» Vous êtes , parmi messieurs les libraires , celui » qui , soit pour soigner les copies d'estampes qui » sont à faire , soit par leur jugement excellent ,

sait le mieux estimer les artistes. J'aurais été toujours chagriné si je ne m'étais pas trouvé parmi les » graveurs qui ont travaillé pour le Wieland. Si donc >> vous aviez encore besoin d'estampes pour cet ou- » vrage, je désirerais que vous m'en trouviez digne . » c'est-à-dire , après Pâques. J'aimerais encore à gra-

• ver Fùger et, comme ce désir a plutôt pour cause » l'ambition que le gain , je m'en rapporterais à vous . » quant aux honoraires.

» Ayant terminé mon travail des estampes de » Wieland , je me permets de vous prier de fane ainsi » que je les reçoive pour sûr par le premier courrier. » Si leur envoi vous dérangeait , je vous les renverrais » intactes après en avoir fait usage, car j'ai en ce » moment un travail semblable et je voudrais les » étudier. »

Boit est mort le 10 septembre 1836.

BOND (William).

Si un sonnet sans défaut vaut un long poëme , on nous accordera qu'un élégant portrait de Madame Tallien , fût-il exécuté au pointillé, offre plus d'intérêt que ces ennuyeuses figures de théologiens et de docteurs inconnus qui ont trop souvent accaparé le talent des grands burinistes. Nous citons donc ici l'anglais William Bond , pour sa curieuse et rare estampe de Madame Tallien , en pied , assise , vêtue d'une longue robe blanche décolletée , les cheveux coupés très-courts. Le modelé du bras laisse bien à désirer , mais l'ensemble n'en est pas moins séduisant. La planche in-fol. en largeur est gravée from ihe original portrait taken in Paris oy J. J. Masqucrier.— Son complément naturellement indiqué est le portrait de Madame Récamier gravé par Cardon.

BONNEFOY (Jacques).

Ce graveur au pointillé , né à Arles, et qui travaillait a Paris à la fin du xvme siècle, a exécuté quatre sujets d'après Schall pour les Contes de La Fontaine : ( le Bât, le Gascon puni, la Servante justifiée, le Poirier enchanté), compositions d'une facture assez triviale et que leur format ne permet même pas , d'ailleurs , d'utiliser dans un texte hi-4.

Heureusement l'œuvre de Bonnefoy comprend d'autres pièces , qui méritent davantage de fixer l'attention : le Cadeau , Honni soit qui mal y pense, d'après Boilly , estampes exposées au salon de 1793 , (malgré ce dernier titre , en voyant cette gentille femme assise sur le lit d'un jeune gaillard , et le geste équivoque du drôle , on est bien forcé de mal y penser) , et surtout , d'après le même , une grande pièce sur les Incroyables , qui est comme un résumé de tout ce qui a été fait sur ce sujet, et qui à elle seule est plus instructive et plus authentique que tous les tableaux genre Directoire qui ont fait fureur à nos derniers salons de peinture.

La Marche Incroyable , tel est le titre de cette estampe aussi spirituellement dessinée qu'agréable-

ment exécutée au pointillé. Elle parut en Tan vu , au prix de G francs ; le Moniteur du 5 nivôse en parlait ainsi :

« Cette estampe , qui réunit plusieurs caricatures » données successivement au public , est d'un effet » original , et nous invitons les amateurs , et surtout » ceux qui ont des collections de ce genre de composi- » tions à se la procurer. Parmi les groupes dont cette » marche est composée , on remarque la scène d'un » marchand d'argent , dont les traits et l'attitude sont » d'une vérité frappante , des merveilleuses , des » incroyables , des dupes , et surtout un suppôt des » fameux comités révolutionnaires donnant le bras à » une de ces célèbres tricoteuses , dignes prêtresses » du culte de Robespierre. Derrière la marche, on » voit un des élégans du jour renversé dans son » cabriolet par le mouvement impétueux de son cheval » effrayé , sans doute , à la vue des physionomies » caractéristiques de cette marche vraiment incroya- » ble. » Le Moniteur aurait pu citer encore les types du marchand de coco , du militaire , du petit crieur de journaux.

R.enouvier signale une pièce sur la machine infernale de la rue Saint-Nicaise , gravée par Bonnefoy. Nous mentionnerons aussi une jolie vignette de Le Barbier, les Amans unis par ÏAnWw- en présence de la Constance. Bonnefoy sculp., in-8, au pointillé bistre.

BONNET (Louis-Marin

Louis-Marin Bonnet , graveur et marchand d'estampes , né à Paris en 1743 , et qui , s*il n'a pas trouvé comme il Ta prétendu , le procédé de la gravure en manière de crayon , dû en réalité à Demarteau , peut du moins s'honorer d'avoir créé la gravure en imitation du pastel , était allé d'abord exercer ses talents à Saint-Pétersbourg; mais il n'y resta guère, et revinl bientôt se fixer à Paris qu'il ne quitta plus, et qu'il inonda littéralement de ses estampes , gravées par des procédés faciles et agréables qui convenaient admirablement à la reproduction des sujets en vogue , et par dessus tout à l'imitation des voluptueux dessins de Boucher.

Son catalogue dépasse de beaucoup mille pièces , puisque nombre des 1054 articles qui le composent sont des cahiers de plusieurs pièces , cahiers de paysages, de vases, de rosaces, de cris de Paris, d'ornements , d' 'orfèvrerie , de chevaux , de principes du dessin , de fleurs , de trophées , d'arabesques , etc.

Nous devons à la complaisance de M. Duplessis d'avoir entre les mains un exemplaire de ce Catalogue d'Estampes dans le nouveau (je tire de gravure .

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tant à la manière du pastel qu'aux deux crayons le noir rehaussé de blanc , sur papier bleu , par le Sr Bonnet, gratifié pensionné du Roi pour l'invention de ces nouvelles gravures. C'est une petite plaquette de quarante pages, texte gravé. Les articles, au nombre de 1,054 , comme nous l'avons dit , sont à prix marqués.

Les pièces les plus chères sont les estampes à titres anglais , le plus haut prix du catalogue est atteint par le n° 300 , à douze livres ; viennent ensuite cinq ou six pièces à neuf livres ; puis quelques-unes à trois ; la presque totalité des sujets coûte moins d'une livre. Les têtes de femme à plusieurs crayons , quinze sols. Le portrait de Louis XV va jusqu'à trois livres ; mais ceux de Madame du Barry et de la Dauphine sont cotés simplement quinze sols. A rapprocher du prix d'aujourd'hui.

Il ne faudrait pas croire que Bonnet ait gravé de sa main toutes ces pièces ; l'indication Bonnet direxit que portent un grand nombre d'entre elles , nous montre suffisamment que sa boutique d'estampes de la rue Saint-Jacques , au coin de celle de la Parcheminerie , au Magasin Anglais , était aussi un atelier où, sous ses yeux, des graveurs en sous-ordre exécutaient, d'une main trop souvent mal exercée, des petits sujets galants pour l'exportation. Il y en a avec cadres dorés , suivant le procédé inventé en 177 6 par Louis Marin (Bonnet). Cette application de la dorure à l'estampe est le dernier mot du dévergondage artistique.

Nous pensons que c'est par l'intermédiaire du graveur Vivarès que Bonnet faisait écouler à Londres

ses produits. Il n'y a pas d'autre nom à donner à ces gravures , qui sentent par trop le commerce et l'article Paris. Bartolozzi n'est donc pas seul l'inventeur de la gravure facile ; avant ses procédés sommaires , l'expéditive manière noire était connue , et nous voyons aussi que les Le Prince , les Demarteau et les Bonnet , en France , ne devaient pas avoir précisément le travail pénible.

N'ayant jamais été à même de voir réuni un œuvre complet de Bonnet , nous serions embarrassés pour désigner , à coup sûr , aux collectionneurs , celles de ses estampes qu'on doit considérer comme les meilleures. H faut donc laisser chacun choisir suivant son goût , à mesure que les pièces se présentent , et en se pénétrant bien de ce principe que les gravures en imitation de crayon et de pastel , et surtout à la sanguine , doivent être d'une pureté absolue , et supportent moins que toutes les autres d'être défraîchies.

1. — Les pièces les plus caractéristiques de l'œuvre de Bonnet, sont assurément ces grandes têtes de jeunes femmes qu'il exécuta d'après Boucher ou Lagrenée , en imitant à s'y méprendre le grain du pastel, avec rehauts de blancs, suivant un procédé dont il était l'inventeur et qu'il a décrit dans une brochure : Le Pastel en gravure inventé et exécuté par Louis Bonnet en 1769 , composé de huit épreuves qui indiquent les différents degrés. Ce titre seul fait suffisamment comprendre la nature du procédé, coups de planches successifs imprimant chacun une couleur, comme pour notre moderne chromolithographie.

Une tête de Flore , de grandeur naturelle , offre une vague ressemblance avec Madame de Pompa-

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dour ; elle a atteint le prix de 285 francs à la vente Béhague. Une autre portant le n° 59 du catalogue , est Mademoiselle Coypel et se vend quelquefois comme étant Madame Du Barry.

II. — Non moins remarquables sont les études de Boucher , reproduites à la sanguine , ou à l'imitation du dessin aux crayons blanc et noir , ou à quatre crayons, sur papier bleu ou marron. L'illusion est complète. « Les burinistes ne purent reproduire Boucher avec une vérité absolue, dit M. Duplessis, et il ne trouva d'excellents interprètes que dans ces graveurs inventeurs d'un procédé nouveau, la gravure en manière de crayon, procédé qui semble né exprès pour reproduire le dessin de Boucher.» Un exemple parfait de ce genre de pièces nous est donné par une grande étude de Vénus couchée sur un lit de repos , tenant d'une main une touffe de roses et de l'autre caressant une colombe , in-fol. en largeur, ou bien encore par le Sommeil de Vénus, estampe dédiée à Gochin. Bonnet n'a jamais fait mieux.

III. — Vient ensuite la foule des estampes exécutées par Bonnet ou sous sa direction, têtes de femmes, sujets mythologiques où Vénus et l'Amour jouent le principal rôle , sujets gracieux et galants d'après Le Prince, Huet, Baudouin, etc., etc. : V Amant écouté, le Berger dangereux , le Baiser donné , le Baiser refusé , le Bouquet accepté , le Bouquet refusé , le Doux Baiser, le Doux Entretien , les Epoux heureux, V Espoir d'un Heureux jour, V Eventail eusse, le Déjeuné, le Dîner, le Goûté , le Souper, les Douces Promesses. — A côté de la Femme prudente, de la Femme trompée , de la Femme vengée , on

trouve le Mari complaisant , le Mari galant , le Mari indiscret.

Nous continuons à glaner clans cette ample récolte d'estampes légères : la Protestation d'Amour, le Rendez-vous , la Toilette en désordre , les Regrets inutiles (le xvmc siècle affectionnait ce titre), le Bon logis , A beau cacher, images de fleurs , et puis l'Heureux Chat, le Serin chéri, V Oiseau chéri...

On voit , à l'inspection de ces titres, ce que devait être la boutique de Bonnet , et comme elle était soigneusement maintenue « dans le courant ».

Quand vint la Révolution , Bonnet exécuta tout comme un autre ses petites pièces patriotiques : Déport pour le siège de la Bastille, la Bastille détruite, le Tambour National, le Drapeau National, mais ce sont des sujets enfantins, d'après Huet, peu en harmonie avec la gravité du drame politique qui se déroule.

IV. — Bonnet a aussi laissé des portraits, dont nous donnons une liste d'après son catalogue :

Le Comte d'Artois (n° 30 du catalogue), 1 livre 4 sols.

La Comtesse d'Artois (31) , 1 1. 4 s.

Le Comte de Provence (32), 1 1. 4 s.

La Comtesse de Provence (33) ,11.4s.

Le Portrait du Roy Louis XV, en manière noire (34), 31.

La Copie du Portrait du Roy en rouge (35) in-12, 15 s.

Le Portrait du grand Duc de Russie (36) , 15 s.

Louis XVI, Roi de France, accorde une grâce (584), 8 s.

Monsieur, Frère du Roi , donnant ses ordres sur un plan (580) ,8 s.

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Madame , et les Da?nes d'honneur (587) ,8 s.

Monsieur le Comte aV Artois donnant des ordres à un Jacquet (588) ,8 s.

Madame la Comtesse d'Artois donnant sa main à baiser à M. le Duc cl Angoulcmc (589), 8 s.

Mme Dugazon, actrice de la Comédie-Italienne (821) , 1 1.

McUe Colombe, — Melle Desbrosses.

Mcil° Vanloo , — le Fils de C. Vanloo.

Joseph IL

Le Duc de Holstein Gottorp.

Paoli.

Mais les portraits de Bonnet les plus estimés sont ceux de Madame Du Barry et de Marie- Antoinette.

PORTRAITS

1. DU BARRY (Madame la Comtesse), gravé par Louis Bonnet, 1769

Les Grâces et V Amour sans cesse l'environnent Et les Arts, avec eux, tour à tour la couronnent.

A Paris chez Bonnet rue Galanrle, pi. Maubert, la porte cochère entre un Chandelier et un Layetier. — Médaillon ovale orné, dans un encadrement carré ; in-8.

Très-rare et curieux. Marqué 15 sols au catalogue sous le n° 37, vendu 200 fr. en 1877.

Uue épreuve avant toute lettre dans la collection de MM. Béraldi.

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