BOURGEOIS DE LA RICHARDIERE
» préface , ainsi que ses personnages remplis de » suavité , est de M. Lafitte qui a dessiné mon portrait. » Il a été d'abord gravé à l'eau-forte par M. Dussault , » qui excelle en ce genre de préparation et gravé » ensuite au burin relevé de pointillé par M. Bourgeois » de la Richardière , jeune artiste qui, après avoir » quitté ses premières études pour obéir à la voix de la » patrie qui l'appelait aux armées , les a reprises avec » une nouvelle vigueur. Il a gravé un grand portrait » de l'Empereur Napoléon Bonaparte et plusieurs » autres ouvrages goûtés du public. »
Bernardin de Saint-Pierre donne ensuite quelques détails qui nous semblent intéressants à reproduire, sur l'habitude adoptée alors de faire exécuter une même planche par plusieurs graveurs : « J'ai dit que trois » artistes en comptant le dessinateur avoient concouru » à exécuter le sujet de cette première planche. Il y en » a dans la suite où quatre et même plus ont mis la » la main. C'est un usage assez généralement adopté » aujourd'hui par les graveurs les plus distingués. Ils » prétendent qu'un sujet en est mieux traité lorsque ses » diverses parties sont exécutées par divers artistes » dont chacun excelle dans son genre. Ainsi l'entre- » preneur en donne d'abord le sujet et en fait faire le » dessin ; il le livre ensuite à un graveur qui en fait » exécuter tour à tour l'eau-forte , le paysage , les » figures et met le tout en harmonie. Après quoi un » graveur en lettres y met l'inscription. C'est aux » connaisseurs à juger si ces procédés , de mains » différentes, perfectionnent l'art. Ils ont été employés » par les grands maîtres en peinture , qui , à la vérité, » entreprenoient d'immenses travaux , comme des
238 LES GRAVEURS DU XVIIIe SIÈCLE.
» galeries et des plafonds. Les graveurs disent , de » leur côté , que les longs travaux du burin , dans un » petit espace , ne demandent pas moins de temps que » ceux du pinceau sur de larges voûtes et de vastes » pans de murs. Les amateurs semblent de leur avis , » car plusieurs recherchent les simples eaux-fortes et » les préfèrent quelquefois aux estampes finies. C'est » par cette raison que j'en ai fait tirer un certain » nombre d'exemplaires. »
Il est piquant de voir par ces remarques l'auteur de Paul et Virginie, sacrifiant déjà, malgré son étonnement , au goût des amateurs pour la gravure inachevée et préparant de longue main des jouissances iconophiliques aux amateurs d'aujourd'hui.
Quoi qu'il en soit, l'estampe de Bourgeois de la Richardière * ne dépare nullement le beau livre imprimé par Didot , et il serait à souhaiter qu'il eût fait beaucoup de travaux de cet ordre ; malheureusement un Saint-Sébastien des plus dodus , d'après Chasselat , un Saint-Michel , d'après Choquet , et autres sujets d'après des modèles aussi médiocres , ne suffisent pas à asseoir une réputation. Disons encore que notre artiste a gravé les portraits de :
Alexandre 1er, empereur de Russie , in-fol. d'après Desnoyers.
François II, empereur d'Allemagne , in-fol. d'après Dumont.
Spontini, d'après Vincent, in-fol.
Elleviou , in-8 en rond.
Le Docteur Gall, d'après Boilly.
1 Cette estampe fut exposée au Salon de 1804.