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Les graveurs du dix-huitième siècle

Le graveur du Roman dangereux de Lavreince, Helman (en flamand homme d" enfer), est né à Lille en 1743, et fut l'un des premiers élèves de l'école gratuite de dessin de sa ville natale. Il reçut aussi des leçons de Guéret , auquel il a dédié deux de ses meilleures estampes, et de Louis Watteau, avant de venir se perfectionner chez Le Bas.

Il grava d abord quelques vignettes pour le Temple de Gnide de Golardeau (1773), les Chefs -d" Œuvre drainatiques réunis par Marmontel (1773) , VOrlando furioso. le Molière de Bret , etc.

Ces premiers travaux, l'habileté qu'ils annonçaient ,

et probablement plus encore ses relations de l'atelier

Le Bas où il avait connu Moreau, le firent choisir pour

graver quelques-uns des plus agréables sujets de la

Seconde suite d'Estampes pour servir à l'Histoire des modes et du costume en France pendant le XVHP siècle , parue en 1776. Quand on regarde nos gravures de modes actuelles, la gaucherie des attitudes forcées pour laisser voir telle gai'niture ou tel parement , on en admire davantage les charmants artistes qui ont su avec tant d'art et d'esprit dissimuler le côté prosaïque et commercial de ces figures. Qui se douterait, en feuilletant les estampes gravées d'après Freudeberg , retraçant les divers incidents de la journée d'une femme légère, ou bien en s'intéressant, grâce à Moreau, aux menus événements de l'existence d'une jeune femme de la cour, aux occupations de la vie d'un petit-maître , qu'il ne s'agit que de figures de modes destinées à donner le ton et à fournir des idées aux couturières d'outre-Manche ou d'outre-Rhin? C'est que Freudeberg et Moreau surtout ont jeté à profusion , dans les scènes familières qu'ils ont dépeintes, la finesse et l'observation, la grâce et le goût, ce qui en fait encore à l'heure actuelle de précieux documents de la vie intime. C'est aussi qu'ils ont choisi avec discernement , pour les reproduire, des graveurs de grand talent , parmi lesquels il faut citer en première ligne Helman, Dans les planches intitulées N'ayez pas peur ma bonne amie , les Délices de la Tnaternité , l'Accord parfait , comme dans le Souper fin, il s'est montré interprète harmonieux et fidèle des belles sépias de son modèle.

Puis Helman grave deux très jolies estampes qui achèvent de le faire connaître, le Charlatan français et le Charlatan allemand , travaillées avec beaucoup de goût et de relief d'après les dessins à la mine de

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plomb de Duplessi-Bertaux (1777). Le premier débite son orviétan sur la place de la colonnade du Louvre devant un public parisien. L'autre , à cheval , cherche à placer sa drogue à des gens d'un aspect plus faubourien ; dans les deux pièces figurent des militaires que le dessinateur aimait tant à reproduire. Elles sont dédiées à M. Guérèt, professeur à TEcole de dessin de la ville de Lille, par son élève et ami Helman, graveur du duc de Chartres , qui donne ici son adresse : rue des Mathurins au petit hôtel de Gluny.

Le Jardinier galant , gravé d'après Baudouin en 1778 , est une des bonnes estampes d'Helman , qui produisit quelques autres sujets d'un moindre intérêt , d'après Le Prince, Lagrenée, etc.

Notre graveur est déjà de l'Académie de Lille, et exécute deux estampes se rapportant à sa ville natale, Quatorzième expérience aérostatique de M'' Blanchard faite à Lille en Flandre le 26 août 1785 , et son pendant, Y Entrée de M'' Blanchard et du chevalier de Lépinard à Lille, cinq jours après leur ascension . toutes deux d'après Louis Watteau.

Helman entreprit ensuite de réduire les estampes des Batailles de la Chine gravées sous la direction de Gochin. Sous le règne de Kien-Long (1736-1795) , plusieurs jésuites purent , grâce à leur talent de peintres et de dessinateurs, rester en faveur malgré la proscription qui atteignait le culte cathohque. L'empereur eut à réprimer une révolte des Tartares ; il fît faire parles PP. Attiret, Jean-Damascène et autres, les dessins représentant les épisodes de cette expédition , et voulut les multiplier. Ces dessins furent envoyés par l'entremise de la Compagnie des Indes et arrivèrent à

Paris vers 1765 pour y être gravés. M. de Marigny chargea Gochin de diriger l'exécution des planches ; Le Bas , Ahamet , Choffard , A. de Saint- Aubin , Prévost et Née furent choisis comme graveurs ; les seize estampes étaient terminées en 1774.

Mais par suite des arrangements pris, tout dut être envoyé en Chine, sauf quelques collections réservées à la famille royale, et les planches devinrent par suite immédiatement un objet de rareté. Ainsi M. de Marigny avait cru pouvoir promettre un exemplaire au peintre Attiret , frère du Jésuite auteur de la plus grande partie des dessins , et son successeur M. d'Angiviller était obligé de lui écrire en 1775 :

« Lorsque M'' de Marigny, M^ vous fit espérer le » don des estampes gravées d'après les dessins du P. » Attiret votre frère , il avoit lieu de croire que s'il » restoit en Europe quelques-unes de ces estampes , » elles lui seroient remises pour en faire la distribution. » Mais les choses ayant changé sous le ministère de » M'' l'abbé Terray, il m'est impossible de vous pro- » curer la satisfaction à laquelle vous aspirez depuis » tant d'années. Il faudroit vous adresser ou à M"^ le » contrôleur général ou à la Compagnie des Indes. » Mais comme il intéresse fort pour cette Compagnie » qu'aucune de ces estampes ne restent en Europe (car » l'Empereur de la (^hine l'a recommandé fortement), » et il y iroit peut-être pour elle de se voir fermer les » portes de cet empire , elle vous répondra sûrement » qu'il n'en a point resté, et cela est fort probable. Je » n'en ai point moi-même , qui ai donné les premiers » ordres pour l'entreprise , ce qui probablement dimi- » nuera votre sensibilité sur cette privation. »

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Helman arrivait donc à propos, pour satisfaire la curiosité du public , avec ses réductions qui sont encore de fort grandes planches in-folio. Encouragé par son succès , il entreprit ensuite les Faits mèmorahles des Empereurs de la Chine, 24 estampes in-4, à Paris chez V auteur graveur de Madame , rue Si- Honorè 315 , vis-à-vis Vhôtel de Noailles (1788) , et une autre suite du même genre mais d'un médiocre intérêt, V Abrège historique des principaux traits de la vie de Confucius, 24 estampes.

Gomme la plupart des artistes ses confrères, Helman accueillit avec faveur les doctrines révolutionnaires, mais sans se faire remarquer comme d'autres par son exaltation. Il grava deux compositions de Watteau de Lille , le Banquet civique donné par les gardes nationales de Lille , le 27 juin 1790, et la Fête de la fédération des Départements du Nord, faite à Lille, le 14 juillet, 2 p. in-fol. en largeur, remplies de ces petits personnages que le peintre savait si bien costumer.

Le travail le plus considérable d'Helman est le recueil des Principales journées de la Révolution , d'après les dessins de Monnet. Depuis les tableaux des guerres du XVP siècle , remarque Renouvier, les graveurs n'avaient pas eu des compositions aussi émouvantes à populariser. Il faut rendre à Monnet cette justice que malgré son incorrection, il s'est surpassé dans l'ordonnance et la vérité de ces quinze compositions, dont les dessins originaux passèrent en 1808 à la vente d'Augustin de Saint- Aubin ^ . Elles furent

1 Les 15 dessins des Journées de la Révolution , avec les figures avant la lettre, furent adjugés pour 150 fr. à Naudet

terminées au burin par son ami Helman , mais le travail du buriniste paraît bien lourd si on le compare à celui des aqua-fortistes, Duclos et Duplessi-Bertaux. Helman fît hommage au Conseil des Cinq-Cents , le 8 Floréal an VI (1797) , des planches déjà gravées.

Puis notre artiste salue l'avènement de César , en graA^ant un grand cartouche allégorique confié à l'inspiration de Monnet par un nommé J.-B, Picquenard. Surmontant cet Hommage à r Empereur se trouve , de la main d'A. de Saint-Aubin, un profil de Napoléon, médaillon remarquable de finesse, un véritable camée : « Le crayon et le burin, est-il dit dans l'adresse gravée, » se sont réunis dans cet hommage pour retracer à » la fois et sous un seul point de vue les principaux » faits civils et militaires par lesquels vous êtes par- » venu à refonder l'Empire. . . »

C'est , avec le Joueur de cornemuse de Téniers , pour le Musée français (1803), une des dernières productions d'Helman , qui meurt en 1806.

ESTAMPES

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