Maladie de Julie, vignette pour le i?ottsseaM de Gazin
46. Planches d'histoire naturelle. — Costumes et antiquités , d'après
Dugoure, etc.
INGRAM (John).
Né à Londres en 1721 , Ingram a principalement travaillé à Paris. On connaît de lui :
La Jardinière , la Bouquettière Fanchonette, la Marchande d'œufs, la Jeune ménagère, le Savoyard avec sa marmotte, la Vendeuse de scéléry, cahier de 6 pièces d'après Boucher.
La Bonne mère, V École domestique, la Crémière, la Quêteuse de grand cheTuin , d'après Boucher.
L'eau-forte de la vignette de Boucher pour Cythère assiégée, opéra - comique de Favart, terminée par Cochin , in-8. — Figures allégoriques , d'après La Joue , 12 pièces gravées avec Cochin et Tardieu. — Projet de tombeau de M. le baron de Bezenval, d'après Meissonnier.
Décoration de la grande illumination faite à Versailles à l'occasion du second mariage du Dauphin, le 9 février 1141 , eau-forte par Cochin.
Vignette de la dédicace des Èlém^ents de fortifications de Le Blond : le Dauphin instruit par Minerve, d'après Cochin, 1759, in-12,
Ex-libris Levassor de la Touche, d'après Cochin.
Adresse du S^ Magny (l'eau-forte par Eisen).
JACOB (Louis
Louis Jacob, graveuraii burin, né à Lisieuxenl712, vint jeune à Paris et eut pour maîtres dans son art Gérard Scotin le jeune et Jean Audran. « Ses ouvrages » ne sont ni fort nombreux ni d'un mérite bien émi- » nent, on lui reproche de l'incorrection dans son » dessin et en général un manque d'effet. Les meil- » leures pièces de cet artiste sont celles qu'il a » gravées pour le recueil de Crozat. ^
Persée et And?'07nècle , les Israélites sortant d'Egypte , r Adoration des bergers , Rèhecca et Éliézer, d'après Paul Véronèse {Cabinet Crozat).
Les Noces de Cana {Galerie de Dresde) .
St André, St Mathieu, St Thomas, d'après Boucher, 1776, chez Jeaurat.
Le Marais, l'Abreuvoir, le Déparât des comédiens italiens, d'après Watteau,
JANINET (François
La gravure en couleur est venue réellement à son heure au XVIIP siècle. Elle convenait parfaitement à ce monde de blasés qui trouvait dans la coloration de sujets risqués et de formes entrevues un régal nouveau. Elle était bien faite aussi pour rendre les gouaches voluptueuses des Baudouin , des Lavreince, des Charlier et des Garesme. Le goût était d'ailleurs aux nouveaux procédés récemment découverts. Le Prince exploitait celui de la gravure au lavis, rapidement imité parHouël et tant d'autres; François inventait ou perfectionnait la manière du crayon , découverte que lui disputaient immédiatement Magny et Demarteau ; Bonnet inventait la gravure en imitation du pastel; le pointillé allait bientôt faire fureur; quant à la gravure en couleur, elle trouvait pour l'exploiter de véritables artistes : après les tentatives de Le Blond et de Dagoty, d'autres plus experts , comme Descourtis , Sergent , Guyot , Debucourt surtout, s'en servirent avec une extrême habileté. Janinet doit être placé sur la même ligne que ce dernier pour le rendu délicat et l'aspect harmonieux de ses planches.
Et qu'on ne s'y trompe pas ! il faut un réel sentiment
d'artiste et une dextérité extrême pour donner à ces estampes un aspect agréable et de bon goût , pour harmoniser ces couleurs, les raccorder et les fondre. Le graveur doit aussi donner aux physionomies les intentions fines des originaux et c'est à quoi Janinet n'a pas manqué. Il mérite donc des éloges , et il faut excuser en faveur de l'artiste de talent les essais malheureux , nous le verrons, de Faéronaute.
Le début de notre graveur en couleur est une petite pièce de forme ronde, intitulée r Opérateur, et qui porte cette mention : gravé à Vimitation du lavie en couleur par F. Janinet , le seul qui ait trouvé cette manière , chez fauteur, maison de M. Vahhé Lucas, rue du Plâtre Saint-Jacques.
A voir la coloration encore un peu dure des compositions de Philippe Garesme, la Bacchante enivrée, le Satyre impatient , le Culte sistématique, nous les placerions volontiers au début de l'œuvre de Janinet, ainsi que le Berger couronné, la Bergère couronnée, signés de lui , d'après le même artiste. Le Baiser de V amour et le Baiser de V amitié, pièces rondes d'après le dessinateur-amateur Louis Doublet , ne doivent pas être de beaucoup postérieures.
Janinet grave alors d'après nombre de maîtres divers, Houël, Freudeberg, Wille le fils, Eisen, Charlier, Gravelot. Fragonard lui fournit le sujet de deux de ses meilleures estampes , les médaillons de CAm^our et la Folie (1777) , représentés par deux ravissants bambins, et le graveur y rend à merveille les chaudes et délicates colorations du maître.
Puis viennent les curieuses imitations des précieux dessins d'Adrien Van Ostade , qui ornaient , rue Ser-
pente, le cabinet de l'éditeur Basan : la Tabagie Hollandaise (1778), la Baraque rustique, la Chaumière flamande et la Foire Hollandoise (1779), gravées au trait et imprimées avec des teintes plates imitant assez bien les aquarelles du maître flamand. En même temps, Janinet aborde le portrait et produit en ce genre plusieurs morceaux remarquables ; sa Marie-Antoinette (1774), et sa M"*"' du T..., in-4, sont deux pièces des plus curieuses et des plus estimées. Quant au portrait de M^'^^ Berlin , modiste de Marie- Antoinette , médaillon ovale in-8, il décèle une incroyable dextérité de la part de Janinet dans lemploi de son procédé. C'est un chef-d'œuvre de gravure en couleur.
Janinet est aussi un excellent graveur de paysages, habile à rendre la légèreté des ciels, la diaphanéité des eaux, toutes les finesses du pinceau de Hubert Robert et tout le fouillis de ses ruines. Il faut citer dans ce genre, les Restes du palais du Pape Jules (1775) et la Colonnade du palais Médicis, à Rome, dédiées toutes deux au comte de Baudouin , capitaine aux gardes françaises, qui possédait les originaux dans sa galerie ; et deux aspects de Paris, d'après De Machy, Vue prise du Pont-Royal et Vue prise du Port Saint-Paid .
Janinet a gravé pour les frères Le Campion, marchands d'estampes , et en collaboration avec Guyot , AF® Guyot, Chapuy, Roger et les Campion euxmêmes, ces séries de petites vues rondes des Monum,ents de Paris , teintées légèrement de couleur et assez fines, d'après les dessins de Durand : Sainte- Geneviève, à l'extérieur et à l'intérieur; Notre-Dame, id. ; Saint-Eustache ; Saint-Sulpice ; la Place Dauphine; le Collège des Quatre- Nations ; l'Ambigu-
Comique ; la Halle au bled ; le Palais de Justice : les maisons de AI. de Marigny , de M. Alexandt^e . du Clos-Payen , de M. Demonville, de AI. Rousseau , de M. de Sainte-Foix , de M. de Sinéty ; etc. . .
Notre graveur exécuta d'après Huet une pièce en l'honneur de la famille royale , à l'occasion de la naissance du Dauphin (1781), sous le titre de Sentiments de la Nation. C'est la reine , assez peu ressemblante, assise en face du buste de Louis XVI et tenant le dauphin dans ses bras. L'estampe se vendait chez Isabey, rue de Gesvres. C'est un des plus délicats spécimens de la gravure en couleur. L'estampe des Trois Grâces , d'après Pellegrini , n'est pas d'un aspect agréable. Combien plus gracieuse est la Toilette de Venus (1783), dédiée à M""' la comtesse de Coislin, où Janinet a rendu à ravir les colorations opalines , les roses perlés de son modèle Boucher.
Janinet s'intitulait physicien, et les nombreuses expériences et combinaisons de couleurs auxquelles il avait dû se livrer pour la bonne exécution de ses planches justifieraient jusqu'à un certain point cette prétention , si , après la mésaventure qui le rendit la risée de Paris et que nous allons raconter, ce titre ne fût devenu ridicule.
On sait l'enthousiasme auquel toute la nation fut en proie au moment des premières expériences sur les ballons. Les lauriers de Montgolfier , de Charles et Robert, du marquis d'Arlandes et de Pilâtre deRozier, empêchaient sans doute notre graveur de dormir. Toujours est-il qu'il résolut , avec son ami l'abbé Miolan, qui allait être son compagnon d'infortune, de s'élancer, lui aussi , dans les airs.
« Point d'expérience aérostatique depuis celle de » M. Charles , écrivait Bachaumont , qui ait plus » occupé le public. Ils y travaillent depuis le mois de /> mars dernier. L'Observatoire était leur atelier. Outre » les deux auteurs , il doit monter dans la machine » deux autres voyageurs , le marquis d'Arlande et M. » Bredin méchanicien. C'est au Luxembourg , dans la » partie vague et dépouillée d'arbres , que l'ascension » doit se faire. On n'y entrera que par le Luxembourg, » qui , lui-même, sera fermé. Toutes les précautions » sont prises pour qu'on ne puisse être admis que par » billet de 3 livres. Un emplacement destiné pour les >' voitures de la famille royale annonce d'augustes » personnages. »
La reine , en effet , avait désiré y assister, et voulait que le jour choisi fût autre qu'un dimanche à l'heure des offices , mais le lieutenant de police eut le courage de lui résister, par la raison que cela ferait perdre un temps précieux aux ouvriers ; aussi semblet-elle avoir renoncé à assister à l'expérience.
Les deux physiciens s'assurèrent par des essais , les 17 et 30 juin 1784, du succès de leur tentative, fixée au 11 juillet. Une estampe publiée chez Esnauts et Rapilly, nous montre cette machine aérostatique beaucoup plus gonflée qu'elle ne fut jamais et la légende nous apprend que plusieurs personnes de distinction , le duc de Chartres et M. de Cassini entre autres, s'intéressaient à l'expérience. Malheureusement pour les expérimentateurs, « par plusieurs causes, entre autres » par suite de la grande chaleur , la machine ne put » s'enfler. » Le peuple, qui s'était rassemblé en grand nombre et qui attendait le spectacle promis, franchit
les barrières , déchire le ballon , met en pièces les instruments, brûle ce qu'il ne peut emporter et met ainsi les infortunés aéronautes dans une situation délicate vis-à-vis des nombreuses personnes qui avaient payé leur place.
11 est intéressant dans cette circonstance, de retrouver le récit d'un témoin oculaire, le graveur Wille, qui connaissait Janinet , et qui raconte ainsi le fait dans ses Mémoires :
« G'étoit un dimanche destiné pour l'ascension de » la machine aérostatique faite par M. l'abbé Miollan » et M. Janinet , graveur. Cette machine , la plus » grande de toutes celles qui avoient été déjà lancées » en l'air, devoit partir du jardin du Luxembourg , V où elle avoit été transportée le jour d'auparavant. » Gomme il faisoit un temps admirable, je proposai à » ma femme de la mener au Luxembourg même , » moyennant la somme de 3 livres par personne, » pour y voir de près l'élévation de ce ballon qui avoit » 110 pieds de haut et devoit être monté par les deux » amateurs, le marquis d'Arlande et un mécanicien , » mais elle ne voulut point consentir à être dans une » foule de monde aussi considérable que celle qui » devoit y être. Nous allâmes donc au nouveau bou- » levard, chez un jardinier de notre connoissance ; là » nous étions très commodément à l'ombre, mais aussi » le mieux du monde pour voir le départ de la ma- » chine. Il y avoit dans cette partie également un » peuple infini : MM. Preisler, Baader , Guttenberg , » M"'" Guttenberg et son frère étoient de notre bande. » La machine devoit partir à midi précis , mais les » pauvres auteurs , apparemment faute de science ,
» n'ayant pu parvenir à remplb leur ballon d'air in- » flammable , y mirent au contraire le feu, qui le con- » somma entièrement, et nous ne vîmes de notre place » qu'une fumée épaisse. Gela arriva vers les deux » heures. L'abbé Miollan et l'ami Janinet, voyant que » tout étoit perdu, jugèrent prudent de prendre la » fuite, cependant sous la protection de la garde, dont » bien leur en prit , car de ce moment les spectateurs » arrachèrent la barrière composée de planches et de » charpentes et les jetèrent dans le feu ballonique et » toutes les chaises qui leur avoient servi par-dessus, » si bien que ce feu étoit un feu d'enfer, La garde » même, quoique nombreuse , n'a pas osé s'opposer à » la fureur du peuple.
» Le lendemain et toute cette semaine on n'a vendu » et chanté que des chansons satiriques sur MM. » Miollan et Janinet ; de même plusieurs estampes » parurent pour les rendre aussi ridicules que faire se » pouvoit, »
Non ! Ce qui s'abattit de caricatures et de pièces satiriques sur Janinet et son associé n'est pas croyable. Ce fut une avalanche de quolibets , de plaisanteries et de chansons plus ou moins spirituelles.
L'une d'elles a pour titre les Deux Midas et cette épigraphe : Chacun son métier et les vaches seront mieux gardées , et au-dessous du ballon à plat dans le jardin , cette légende : Vue de l Elévation du Globe aérostatique par un détachement des gardes suisses sous la direction de MM. Miollan et Janinet. Une autre représentant grossièrement le pillage de la machine , est intitulée : Globe des mécontem,ps au Lucembourg. Janinet a l'air navré , l'abbé lève les bras
au ciel pendant qu'un monsieur et une darne crient : J'en arracherai pour mes 6 livres.
Sur une autre caricature qui a pour titre V Ignorance prouvée , où l'on aperçoit le ballon qui brûle et les deux associés évanouis , on lit ces vers où se cachent deux pauvres jeux de mots :
Ce globe qui s'enfume est d'un minet Méritant qu'on l'e'trille ainsi que Vasinet.
Sous le titre de V Honnête retraite de Minet et de Janot, on a représenté le ballon mis en pièces auprès d'un poulailler dans lequel on chasse l'abbé Miolan en chat et Janinet en âne, avec cette épigraphe méchante à tous les points de vue :
Jusqu'au ciel dans la grande et la petite Ourse, Au siècle des ballons, un chat voulut voler; En effet, il vola, mais ce fut dans la bourse Des curieux qui, sans doute, ont le droit de siffler.
On abusait de ce que le pauvre abbé avait un nom rappelant les chats pour le déguiser en chat-huant avec un rabat, sous le nom de chai-hué. Dans le Ballon enflammé ou grande troupe d'animaux curieux , l'abbé est fouetté par un suisse :
Au chat ! au chat I au chat I qu'on s'arme, qu'on le fesse. Tandis qu'on est tranquille il emporte la pièce.
On le représentait encore ramassant des pièces de monnaie et s'enfuyant avec Janinet , dans la bouche duquel on met ces vers :
Je pars enfin sans tambour ni trompette , Mon carton sous le bras, j'emporterai le chat. J'ai vendu mes torchons pour dorer ma palette;
Partons, Janot, il ne fait plus bon là. II. 31
Puis les chansons se mettent de la partie. Nous détachons les deux premiers couplets de l'une d'elles , gravée au-dessous de la caricature de Janinet tenant un chat à rabat par la patte :
Certain abbé rempli d'intelligence, Certain Janot physicien savant.
Certain abbé pétri de conscience.
Certain Janot vivant très saintement ,
D'un ballon leste
Qui toujours reste,
Sont inventeurs.
Chantons ces deux voleurs.
Ce Janot donc que l'on dit si grand homme, Cet abbé donc , ce génie étonnant , Ce Janot donc Janinet on le nomme.
Cet abbé donc se nomme Miolan.
Ah! je vous jure,
Cette gravure,
De ces savans Sont les portraits vivans.
Faut-il encore parler du clystère que l'on donne à l'artiste pour le guérir de sa maladie, de la Montagne accouchant d'une souris, de leur Réception à l'Acadè7nie de Montmartre , académie d'ânes , où « les chardons sont les lauriers » , de Ils font ce qu'ils peuvent , chanson satirique, et de tant d'autres pièces en telle quantité, que l'on arrive à prendre le parti des infortunés aéronautes et à trouver que leur échec et leur déconvenue ne méritaient pas tant de sarcasmes.
Janinet retourna donc à son ateher et à ses planches et se consola dans le travail de ses expériences manquées. C'est même pendant les années qui suivirent qu'il produisit ses meilleures pièces.
La Comparaison , datée de 1786, est l'une des plus attrayantes estampes du XVIIP siècle. Deux amies sont occupées à comparer leurs gorges dévoilées , dont elles ne craignent pas de faire apprécier au spectateur invisible les fermes contours. Lavreince a rencontré là l'une de ses plus heureuses inspirations, et Janinet a mis à son service, pour interpréter cette scène indiscrète, un moelleux de circonstance et une souplesse heureuse. La gravure en couleur ainsi traitée donne l'illusion de la gouache même.
U Aveu difficile (1787), qui sert de pendant à cette jolie pièce , est fort agréable aussi. L/'une des deux amies qui montrait naguère ses charmes avec complaisance, a voulu sans doute en éprouver le pouvoir ; son corsage délacé , une rose emblématique sur le point de s'effeuiller, tout l'indique : l'épreuve a mal tourné et l'amie, plus sage, semble lui dire, en manière de consolation : « Que veux-tu ? Cela arrive à tout le monde », ou bien encore : « 11 n'y a pas de remède ! »
Dans l'Indiscrétion , de même format, les couleurs sont moins harmonieuses, peut-être à cause des verts et des bleus des draperies , quoique les blancs laiteux des chairs, et les têtes délicatement modelées , soient traités avec une fraîcheur d'aquarelle.
Il faut bien en arriver pourtant à dire un mot d'une des plus jolies pièces de Janinet, en même temps qu'une des plus risquées, nous voulons parler de celle qui a pour légende : Ahl laisse -moi donc voir! Messire Priapus paraît bien rire de la curiosité plus ou moins naïve de la jeune femme et de l'embarras de son ami qui cherche à cacher de son chapeau à la curieuse quelque monstruosité. Mais que de finesse, dans
ce petit tableau de Lavreince , digne de figurer dans le musée secret du XVIIP siècle !
Le Petit conseil , et son pendant , Ah ! le joli petit chien , d'après le même artiste , sont aussi de petites merveilles d'exécution, mais beaucoup plus convenables cette fois. Citons encore l Elève discret , et son pendant , Pauvre Minet que ne suis-Je à ta place !
L Oiseau privé, d'après Lagrenée , pièce que l'on trouve toujours avant la lettre et que l'on pourrait également intituler les Indisc7'ètes , est incontestablement de notre artiste, bien qu'elle ne porte pas de signature, et l'un de ses meilleurs morceaux.
Nous aiTivons à la partie de l'œuvre de Janinet qui touche au théâtre , et ce n'est pas la moins intéressante. Une de ses bonnes estampes est le portrait de la célèbre M""^ Dugazon dans le rôle de Nina ou la folle par amour (1787), opéra-comique de Dalayrac. L'artiste a été représentée par Hoin et gravée par Janinet au moment oii, assise sur un banc, elle dit avec âme la romance sentimentale :
Hélas ! hélas I le bien-aimé n'appelle pas l
En 1786, Levacher de Chamois entreprit la publication hebdomadaire des Costumes et Annales des grands théâtres de Paris , ouvrage destiné à représenter exactement les meilleurs comédiens , à donner un compte-rendu soigné des débuts , des pièces nouvelles, des détails sur la vie des acteurs et actrices distingués, des anecdotes les concernant , etc. L'illustration de ce recueil , où la gravure en couleur était nécessaire, fut confiée à Janinet , qui a signé le plus
grand nombre des planches et nous a fourni un des plus curieux documents qui soient restés sur le théâtre d'il y a cent ans. Le bureau de ce journal était au Palais- Royal, arcades dujardin, au-dessus du café du Caveau et du Salon des Arts : « On s'attachera, disait l'aver- » tissement, plus à la vérité des attitudes qu'à l'exac- » titude des portraits , mais l'on reconnaîtra chaque » personnage à sa stature et à son maintien, si ce n'est » à la régularité des traits, que l'optique du théâtre et » l'action qu'exige le rôle changent presque toujours. » Notons parmi les planches exécutées par Janinet , d'après Dutertre, Duplessi-Bertaux ou Le Barbier, M'^^ Contât dans le rôle de Suzanne, sortant du cabinet où elle vient de prendre la place de Chérubin : Je le tuerai , je le tuerai; tuez-le donc ce méchant page. La pose de l'actrice est charmante de grâce et de naturel , et cette jolie pièce est fort recherchée pour être placée dans la Folle Journée de 1785. — M"* Olivier, jolie femme qui créa le rôle de Chérubin et mourut à la fleur de l'âge. — M"^^ Vestris, dans le rôle de Gabrielle de Vergy, prête à découvrir la coupe qui contient le cœur de son amant. A ce dénouement de la tragédie de De Belloy, il fut de bon ton parmi les femmes, pendant les premières représentations, de s'évanouir et de se faire transporter dans les couloirs pour s'y faire délacer. — La même M'"^ Vestris dans le rôle de Pauhne. — M'"" Saint - Huberti , d'après Lemoine. — La figure éveillée de ikf™^ Favart , dans la comédie des Trois Sultanes , où furent portés, pour la première fois , les véritables costumes turcs. — M"** Dugazon, dans le rôle de Babet , et Michu dans le rôle de Biaise. — M""* Dugazon, dans une
petite planche où elle est encore représentée en Nina.
— M"'' Guimat'd, dans le ballet des Navigateurs :
Elle unit les vertus, l'esprit et la bonté A la grâce plus belle encor que la beauté'.
M"^ Guimard était laide et maigre comme chacun sait , et l'estampe le prouve de reste. — Gardel le jeune dansant un de ces pas qui faisaient les délices d'alors. — La blonde ikf'^ Colombe V aînée , qui excitait tant d'admiration et d'émotion dans la Colonie , qu'on admirait jusqu'à ses larmes : « Les amateurs » jugeront que lorsque ces yeux que la nature a » voilés d une humidité voluptueuse , sans laquelle » il y a de beaux yeux , mais sans laquelle les plus » beaux yeux ne touchent pas, laissent ou semblent » laisser échapper des larmes véritables , il n'y a » pas d'hyperbole à dire que ces larmes sont belles. »
— Sophie Arnould, dans Iphigènie enAulide. — Caillot, — M"* Raucourt , — M"' Dumesnil , — Le Kain , — Lainez et Rousseau , de l'Académie de musique, dans des costumes empanachés et ridicules.
— Advienne Lecouvreur, — Mole, i¥"* Renaud cadette, Garrick, Brizard et beaucoup d'autres. — Préville, enfin, dans le rôle de La Rissole du Mercut^e galant, où il tenait la salle charmée pendant une longue scène d'ivresse sans tomber dans la trivialité. On raconte qu'il avait pour ami un grenadier appelé Montauciel , vieux soldat qui cultivait volontiers la bouteille. Préville lui fit apprendre son rôle , le grisa et étudia son allure et ses gestes, qu'il porta au théâtre en les corrigeant avec goût. Montauciel donna son nom à un personnage de la pièce du Déserteur.
Nous voici arrivés aux approches de la Révolution.
Le Projet d'un monu?nent à ériger pour le Roi est une grande estampe d'une certaine importance. Janinet eut-il plus de facilité à se faire payer le prix de sa gravure, par l'huissier d'honneur de l'Assemblée nationale , Devarenne , qui en avait conçu l'idée, que Moreau qui réclamait, sans pouvoir l'obtenir, celui du dessin qui lui avait été commandé ? Nous ne savons.
Puis Janinet, donnant dans l'actualité, entreprend la publication de Gravures historiques des principaux événements depuis Vouverture des États généraux. Il grave les figures de la Liberté , de Y Egalité , ou interprète tristement au lavis les froids dessins en forme de bas-reliefs du sculpteur Moitte , et donne à ces sujets de la sécheresse et de la tension ; « un lavis » bistre ou rouge et un fond sombre viennent leur » donner l'effet violent exigé par le goût du jour. »
Le Barbier , pour la sévérité du dessin et la froideur solennelle des compositions, le dispute à J,-G. Moitte, et ses estampes bibliques, la Création, Adam et Eve, la Mort d'Abel, la Mort de Caïn, n'ont guère été réchauffées par le lavis de notre graveur.
En somme, Janinet fut un initiateur dans l'art amusant de la gravure en couleur. Il perfectionna les essais tentés jusque-là , et montra à Debucourt la voie qu'il fallait suivre. S'il n'a pas été comme lui un observateur, un vrai peintre de mœurs , il a du moins reproduit avec goût des sujets extrêmement gracieux , et qui feront longtemps encore la joie des amateurs.
Sophie Janinet , sa fille, a gj^avé au lavis.
Nous essayons d'établir ici le catalogue de l'Œuvre de Janinet.
ESTAMPES