‹ Les graveurs du dix-huitième siècle (volume 5)Chapitre 53 sur 198 · Turenne (le Vicomte de), d'après Meissonier · texte numérisé non relu

Turenne (le Vicomte de), d'après Meissonier

35. Vleughels , d'après Champagne. — Vleughels filius .... curavit ,

1*732; in-fol.

LA RUE (Louis-Félix DE).

Peintre, dessinateur et graveur, élève de Parrocel , bien connu comme dessinateur de bacchanales , aux personnages desquelles il a donné des rondeurs et des bouffissures qui lui sont particulières et font aisément reconnaître ses ouvrages.

Six pièces in-8 en largeur représentant des Danses de Satyres, signées L. F. de la Rue inv. etsclup. (sic). Ce sont de jolies estampes àl'eau-forte dans le goût de Fragonard. Elles se vendaient à Paris chez Roland rue du Sépulchre, inaison du vinaigrier au S""*.

En sa qualité d'élève de Parrocel , La Paie a gravé une suite de Divers sujets militaires , pièces en largeur de divers formats.

Deux Etudes de chiens , d'après Van Bloemen ; — Figures d'académies , d'après Pierre ; — portrait du Prince Beljoioso , in-12, en médaillon (1788) ; — portrait de Salvator Rosa , in-fol. à l'eau-forte , d'après Carie Maratte, dans un encadrement formé d'enfants, pièce intéressante et qui doit être fort rare. — Troisième livre de groupes d'enfants, d'après Boucher.

LAUNAY (Nicolas de).

Nicolas de Launay ! Voilà le graveur par excellence des estampes de l'école française du XVIII^ siècle. Parcourez son œuvre et dites si aucun graveur de cette école fut plus remarquable dessinateur , plus habile interprète , si aucun sut préparer ses planches à l'eau-forte avec plus d'éclat, et les terminer au burin avec plus d'harmonie ; dites aussi quel graveur a mieux que De Launay montré plus de conscience et de spirituelle habileté lorsqu'il s'est agi de descendre de l'estampe pour se renfermer dans le cadre de la vignette !

Nicolas de Launay ( que nous soupçonnons fort de s'être appelé tout simplement Delaunay), né à Paris en 1739, élève de L. Lempereur, fut le graveur affectionné des maîtres élégants de l'école française, qui lui donnèrent à graver leurs plus séduisantes compositions.

Deux noms dominent surtout dans l'estampe galante, Baudouin et Lavreince.

Baudouin , le gouacheur exquis , à la facture large et amusante, le véritable gendre de Boucher auquel il a pris sa grasse et facile manière de comprendre le corps onduleux de la femme, mais un Boucher beau-

LAUNAY (Nicolas de). 539

coup plus libertin quoique plus habillé. Il faudrait la plume de Diderot pour décrire ces sujets, si vifs que l'extrême élégance du dessin peut seule les faire passer. On l'a bien vu quand des artistes du second ordre ont voulu donner dans ce genre semi-érotique ; quelle trivialité ! Mais quel goût au contraire dans les estampes de Baudouin. Les titres font pressentir assez les sujets et sont par eux-mêmes provoquants. Les Soins tardifs ! On voit d'ici la mère et le petit frère d'une paysanne qui est en train de s'ébattre sur une botte de paille avec un jeune gars de village, monter par la trappe pour mettre un terme à ce duo trop tendre. Ah, certes oui, leurs soins sont tardifs ! La Sentinelle en défaut est une vaiiante : la mère est endormie, on l'entend ronfler et le sacripant profite de l'occasion pour se glisser dans la couchette de sa belle. H Épouse indiscrète ! Et n'a-t-elle pas le droit de l'être, son mari ne s'est-il pas avisé de vouloir faire violence à la jolie soubrette , il y a eu lutte, le lit est dans un désarroi qui l'atteste , mais les forces de la jeune fille vont s'épuiser , il est temps que la dame surgisse, vengeresse. Notez que cette estampe fort vive est dédiée à un souverain , le duc régnant de Deux-Ponts. Et le Carquois épuisé, quel chefd'œuvre ! Gomme le jeune homme nonchalamment appuyé sur les coussins d'un lit défait a l'air abattu , à peine peut-il soutenir sa tête; ses mains retombent sans force , ses yeux se ferment ; comme la jeune femme le regarde d'un air méprisant , l'ingrate ! Et derrière elle, un petit amour, sur son piédestal , ne peut s'empêcher de rire, cai' son carquois est complètement vide et il ne reste plus une seule flèche à son arc.

Cette fois l'estampe est dédiée au prince de Guéménée, commandant les gendarmes de la garde.

A côté de Baudouin , le suédois Lafrensen , dont nous avons fait Lan'eince , peint ses aquarelles adoucies de gouache, d'un travail froid et peiné, mais d'un fini précieux. Rendant d'un reflet fidèle la société de son temps, il nous introduit dans les salons, dans les chambres à coucher du grand monde , sous les ombrages des parcs et aussi dans les dortoirs des jeunes ouvrières. Ce n'est plus le débraillé de Baudouin, mais ce n'est pas non plus son faire harmonieux et souple. L'amour aussi est de la fête, mais c'est un amour convenable et de meilleure compagnie. C'est aussi à De Launay qu'ont été confiées les meilleures gouaches de Lavreince : le Billet doux, Qu'en dit Vahhè?, V Heureux moment, et la Consolation de V absence, une perle ! Le travail du graveur fut plus important encore qu'on ne le croirait , car il dut retoucher et mettre à point tous les détails, il fit pour ainsi dire un second dessin de ses sujets.

Enfin De Launay fut aussi le graveur attitré de Fragonard. Rien de plus connu que le Chiffre d'amour, le Serment d" amour , la Bonne mère, et surtout la célèbre estampe des Hasards heureux de VEscarpoleite. Cette estampe est le fin du fin, la quintessence, le dernier mot de l'art galant de l'époque. C'est vif, mais que c'est joli !

Collé raconte dans ses mémoires qu'il rencontra un jour le peintre Doyen qui venait d'exposer à St-Roch un tableau qui y avait le plus grand succès et dont le sujet était S*®-Geneviève des Ardents : « Croirait-on , » disait le peintre, que peu de jours après l'exposition

LAUNAY (Nicolas de). 5i<

» de mon tableau au Salon , on m'envoya chercher » de la part d'un seigneur de la cour. Il était dans » sa petite maison avec sa maîtresse lorsque je me » présentai à lui pour savoir ce qu'il me vouloit. 11 » m'accabla d'éloges et finit par m'avouer qu'ayant » vu mon tableau, il se mouroit d'envie d'avoir celui » dont il alloit me tracer l'idée :

» Je désirerois, dit-il, que vous peignissiez madame » (en me montrant sa maîtresse) sur une escarpolette » qu'un évêque mettroit en branle. Vous me placerez » de façon, moi, que je sois à portée de voir les jambes » de cette belle enfant et mieux même si vous voulez » égayer davantage votre tableau.

» J'avoue , me dit Doyen , que cette proposition à » laquelle je n'aurois jamais dii m'attendre, me con- » fondit et me pétrifia. Je me remis pourtant assez » pour lui dire : Ah ! Monsieur, il faut ajouter à l'idée » de votre tableau, en faisant voler en air les pantoufles » de madame , et que des amours les retiennent. » Mais comme j'étais bien éloigné de vouloir traiter » un pareil sujet , si opposé au genre dans lequel je » travaille , j'ai adressé ce seigneur à M'' Fragonard » qui l'a entrepris et qui fait actuellement cet ouvrage » singulier. »

Ajoutons que le seigneur en question dut rabattre un peu de ses prétentions , et renoncer à avoir un évêque pour tenir l'escarpolette.

Les maîtresses pièces dont nous venons de parler nuisent à une série d'estampes gravées par De Launay, toutes dans le même format : l'Abus de la crédulité d'après Aubry, r Éducation fait tout, le Petit Prédicateur, r Heureuse fécondité , Dites donc s'il vous

plait , les Beignets, d'après Fragonard , la Gaieté de Silène, d'après Bertin, le Bonheur du ménage, V Enfant chéri , d'après Le Prince, etc. ; ces pièces sont cependant bien loin d'être sans mérite . celles de Fragonard surtout sont charmantes.

Quittons maintenant les grandes estampes, et passons à un genre opposé , la très-petite vignette : nous allons retrouver De Launay aussi soigneux , aussi merveilleux , principalement dans une suite de petits Frontispices de Marillier pour les éditions de Gazin qui sont des chefs-d'œuvre.

De Launay fut un remarquable graveur de vignettes. Nous ne voulons indiquer ici que les meilleures : les Noces de Bacchus et d'Ariane, d'après Cochin (pour r Origine des Grâces), les fleurons d'Eisen pour les Saisons et pour les Chefs-d'œuvre dramatiques publiés par Marmontel , et un fleuron de titre pour les Contes mis en vers par un petit cousin de Rabelais (n'est-ce pas une véritable estampe que ce maître lutinant sa servante à la cave sur un tonneau, et ne diraiton pas un Baudouin en miniature ? ) , les vignettes de Gravelot pour VHonnête criminel de Fenouillot de Falbaire , celles de Moreau pour les Bienfaits du sommeil et surtout cette Foire dans un parc qui sert de frontispice à un volume des Chansons de Laujon, et qui est une des merveilles de la vignette.

De Launay s'était marié le 2 mai 1768. Le 30 juin 1770, Madame Wille tint sur les fonts de baptême, avec L. Lempereur, une fille dont Madame de Launay avait accouché la veille. « Gela nous a procuré force dragées », ne manque pas de signaler le gourmand Wille. Madame de Launay mourut des suites de ses couches

LAUNAY (Nicolas de). 543

De Launay fit partie de ce voyage au Havre que nous avons raconté quand nous avons parlé de Gaucher. Il est désigné dans la relation sous le pseudonyme de de Valnay. Ce pseudonyme de Valnay, nous le retrouvons sur des vignettes du Cabinet des Fées, des Œuvres de Le Sage et de l'Abbé Prévost. De Launay avait la direction de la gravure de ces suites d'illustrations ; Renouard l'accuse à ce sujet d'une indélicatesse.

« On sait que Delaunay l'aîné, chargé de la direction » des gravures destinées à l'édition de Lesage 15 vol. » et Prévost 39 in-8 , se permit d'en faire tirer à son » profit cent exemplaires , quelques-uns disent cent » cinquante, avant de livrer les planches à leur pro- » priétaire. Il en fit de même pour les Voyages imagi- » naires, les Contes des fées , les œuvres de Caylus , » deTressan ainsi que pour la jolie suite des portraits » et vignettes des nombreux in-18 de la collection de » Lyon, et pour plusieurs autres encore, car il aimait » beaucoup à diriger les entreprises de gravure , et » pendant plus de quinze ans les libraires ont semblé » ne pouvoir se passer de son officieuse direction. Son » infidélité ne fut notoirement connue que lorsque » après sa mort , ces frauduleux tirages, vendus à vil » prix , se répandirent dans la circulation et y res- » tèrent à peu près sans emploi , tous les exemplaires » de ces éditions étant garnis de leurs gravures. »

Quoi qu'il en soit , cette supercherie ne paraît pas avoir attiré de désagréments à De Launay, qui fut plus heureux en cela que ne le fut Balechou, accusé d'une indélicatesse du même genre, comme nous 1 avons vu.

De Launay fut agréé à l'Académie en 1777 ; l'expo-

sitioii de notre graveur au Salon de cette année fut importante.

« M"" de Launay, écrit Bachaumont , dernier agréé, » sans avoir un burin aussi hardi que celui de Por- » porati , l'a fécond et étendu. Sa Marche de Silène, » d'après Rubens , est une preuve que les groupes » multipliés ne l'embarrassent point , qu'il a de la » gaieté. Son Endymion etsâLéda sont d'une grande » correction de dessin. On trouve un faire doux et » moëUeux dans sa Complaisance maternelle et son » Heureuse fécondité, d'après M"' Fragonard. Les » Ruines Romaines sont frappantes , attristent par » une grande vérité , et ses divers sujets pour la » Nouvelle Hèloïse , pour le Télé^naque et le Roland » furieux sont pleins d'esprit. L'Académie ne peut » que faire une excellente acquisition dans un pareil » Membre. »

Les morceaux de réception de De Launay furent les portraits de Sébastien Le Clerc fds, et de /. B. F. deTroy. Il avait demandé, sans pouvoir l'obtenir, à ne présenter qu'un seul morceau. Le grand portrait ne le tentait guère , en effet ; il n'avait pas assez d'ampleur pour aborder ce genre, son talent convenait mieux au petit portrait de livre. Il en ût de très fins pour la collection Gazin.

11 fut aussi membre de l'Académie des Beaux-Arts de Danemark.

Nicolas de Launay mourut le 22 mars 1792.

11 a formé de nombreux élèves ; l'un d'eux , Huot , nous a laissé un profil de son maître , gravé sur le dessin d'Augustin de Saint-Aubin.

Nous dressons ici le catalogue abrégé de son œuvre.

LAUNAY (Nicolas de;. 545

Nous ferons observer que tout, absolument tout ce qui a été gravé par De Launay existe à l'état d'eau-forte, ainsi que l'on pourrait s'en convaincre en parcourant l'œuvre du Cabinet des Estampes. 11 existe aussi un premier état des estampes de De Launay qui est généralement avec le titre mais avant la dédicace.

ESTAMPES

Page 1