‹ Les graveurs du dix-huitième siècle (volume 5)Chapitre 6 sur 198 · Voltaire, d'après Barat , mT; in-fol · texte numérisé non relu

Voltaire, d'après Barat , mT; in-fol

1^^ état : Avant l'inscription sur la marge inférieure.

HÉRISSET (Antoine

Hérisset , graveur - géomètre , a exécuté d'après Juste-Aurèle Meissonnier :

Elévation gèomètrale de la chapelle de St-Sulpice de Paris.

Élévation gèomètrale de V église de St-Aignan d'Orléans.

Élévation gèomètrale de V autel de St-Leu de Paris.

Élévation gèomètrale d'un autre autel de St-Leu.

Élévation du projet d'un feu d'artifice sur l'eau pour le mariage de M""^ Première.

D'après J.-F. de Troy : Saint Vincent de Paul recevant la comm,union à ses derniers moments. — Saint Vincent de Paul prêchant dans les châteaux et dans les villages , 2 pièces grand in-fol. à l'eauforte par Hérisset , terminées par Jeaurat.

Planches pour Versailles immortalisé de Monicart. — Planches pour la Description de Paris de Piganiol de Laforce. — Recueil des différentes modes du temps (1729) , suite de 12 pièces. — Acteurs du Théâtre- Italien, 6 pièces.

C'est Hérisset qui donna à Le Bas les premières notions de gravure.

HOGARTH (William

Le satirique violent qui a fustigé d'une main parfois un peu rude les hypocrisies et les vices de son temps, l'observateur sagace de l'expression des passions sur la physionomie humaine , William Hogarth , fils d'un petit fermier, est né à Londres. Il eut une jeunesse sévère et occupée. En apprentissage chez un graveur sur métaux , il traçait sur le cuivi^e des adresses, des écussons ; entre temps , il allait dessiner à l'Académie publique et s'était même exercé à graver quelques vignettes pour des éditions nouvelles du poëme de Butler, Hudibras, et du roman d'Apulée, l'Ane d'or.

Son début dans la satire , qui attira l'attention sur lui, fut la caricature d'un tableau de Kent, mauvais peintre d'un académisme outré , alors dans tout l'enivrement du succès. Celui-ci ne se releva pas du coup qui lui était porté et le peintre du roi , Thornhill , son rival , enchanté de sa chute voulut connaître le jeune artiste qui en était la cause et l'admit dans son atelier. Hogarth profita de l'occasion pour y prendre quelques notions complémentaires en art , mais comme on y enseignait à peindre la même histoire de convention , la même mythologie et la même sentimentalité fausse

HOGARTH. m

qui l'exaspéraient , ce qu'il trouva de mieux dans ce milieu fut la fille de Thornhill , qu'il épousa sans le consentement de son père,

Hogarth dut alors faire des portraits pour vivre, mais son amour de la vérité le rendait un portraitiste par trop cruel et réaliste pour obtenir beaucoup de succès, aussi dut-il bientôt abandonner ce genre pour revenir à celui qui l'avait fait connaître. C'est donc dans la peinture satirique des mœurs qu'il se lança et trouva sa voie. The Harlofs progress (vie d'une fille publique) , série de six compositions qu'il peignit et grava en 1733 et 1734 , est le tableau , d'un réalisme effrayant , des diverses phases de dégradation par lesquelles passe une malheureuse jeune fille arrivant de la campagne , embauchée par une vieille trafiquante des charmes des autres, débauchée par un vieillard qu'elle trompe, et , de prison en hôpital , finissant par mourir misérablement dans un galetas. Le succès obtenu par la vérité criante et l'énergie brutale de ces compositions, était encore augmenté par ce fait que l'artiste y avait donné aux principaux personnages les traits de gens connus et y avait représenté jusqu'à « l'ignoble » vieille qui faisait tous les matins les antichambres » de la jeunesse débauchée, v

Encouragé par la réussite de son œuvre , qui le réconcilia avec son beau-père, l'artiste continua dans la même voie par le Rake' s progress (vie d'un jeune libertin), daté de 1735, autre curieuse étude, plus audacieuse cette fois , en ce que si les malheurs d'une fille dévoyée n'inspiraient que peu de pitié, les sarcasmes sur la conduite d'un jeune homme que ses débauches conduisent à Bedlam (maison de fousj

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touchaient aux mœurs même de la haute classe anglaise , et visaient ses habitudes déréglées.

Le succès n'en fut pas moins complet, et Hogarlh publiait vers le même temps la Foire de Souihivark , les Buveurs de punch , les Quatre heures du jour (1738), et beaucoup d'autres tableaux de la vie du peuple. Pour répondre au reproche que l'on ne manquait pas de lui faire de toujours prendre ses modèles dans la rue, il peignit sa plus célèbre suite, le Mariage à la mode (1745), qui eut un immense succès et dont les originaux sont encore conservés h la National Gallery. Hogarth a pris cette fois ses types dans la plus haute société et fait, avec les désordres d'un jeune ménage, suites d'une union mal assortie, un tableau vraiment saisissant des mœurs anglaises du XVIIP siècle.

D'autres travaux aussi bien observés, frappant fort et juste, mirent le comble à sa réputation : Tndustry and Idleness (industrie et paresse) , daté de 1747 ; il s'agit d'un jeune ouvrier qui à force de travail et de bonne conduite devient lord-maire, tandis que la paresse d'un autre le conduit à Tyburn ; an Election entertainment , où les mœurs électorales anglaises sont saisies sur le vif ; des scènes populaires, Beerstreet, Gin lane, ô ihe Roastheef of old England!, Cockspit, Crudelty superstition and fanaticism , où l'allure , les habitudes , les expressions et les types de ses compatriotes sont saisis avec autant de réahté que d'observation.

Hogarth était fort lié avec le célèbre acteur anglais Garrick , qu'il a dessiné et gravé dans le rôle de Richard III. Garrick possédait au plus haut degré la faculté de modifier son visage ; il en profita pour obte-

HOGARTH. 4i3

nir du capricieux Hogarth un portrait qu'il désirait. Fielding étant mort pendant qu'on achevait d'imprimer ses œuvres , les éditeurs prièrent l'acteur d'obtenir de son ami le portrait de l'auteur pour le mettre eu tête de l'édition. Garrick s'y étant engagé, se rendit un matin chez l'artiste, en le priant de lui donner à déjeuner. Hogarth , qui finissait un tableau , lui dit d'entrer dans la pièce voisine où il trouverait ce qu'il désirait. Aussitôt Garrick , resté seul , se drape d'un manteau qu'il avait apporté, donnant à ses traits la phj'^sionoraie de Fielding , et appelle le peintre en changeant le son de sa voix. Hogarth étonné d'entendre une voix qui ressemblait à celle du romancier anglais se lève et croit le revoir lui-même s'écriant : « Hâte-toi de me peindre, Hogarth! ^ Se prêtant à la plaisanterie, il dessina le portrait de Fielding dont on lui fournissait ainsi le modèle.

Le peintre-graveur anglais avait été touché du reproche qu'on lui adressait continuellement du manque de recherche , d'élévation et de beauté dans ses ouvrages, ou même de la laideur qu'il semblait afiecter. Pour y répondre, il réunit sous le titre de Analysis of Beauty (1753), ses idées et ses réflexions sur ce sujet, avec planches à l'appui , ouvrage paradoxal et curieux où il cherche à démontrer que plus l'on s'éloigne de la froideur rectihgne et des types convenus, plus on reste fidèle aux lois de la beauté suprême. Mais cette analyse fut plus nuisible qu'utile à sa réputation, et ses détracteurs saisirent cette occasion de tourner en ridicule ses théories étranges.

On a beaucoup parlé du gallophobisme do Hogarth. L'artiste, comme tous ses compatriotes alors, n'aimait

guère la France , mais de plus il lui gardait rancune de ce qu'un jour, dessinant les fortifications de Calais, il avait été pris pour un espion et reconduit à trois lieues en mer. Il s'en vengea par quelques caricatures où l'urbanité anglaise est mise en parallèle avec la grossièreté française et dont la plus connue est The Gaie of Calais (1749).

Hogarth attaqua Pitt dans une estampe satyrique, The Times, où il le montrait soufflant le feu sur l'Europe. Wilkes prit la défense de Pitt. Hogarth répondit parle portrait en charge de Wilkes. Churchill se jeta dans la bagarre par la publication d'une mordante épitre. Hogarth de répliquer par la charge du poète , représenté en ours, avec les traits de sa physionomie, tenant d'une main un tricot, de l'autre un pot de bière. Jamais, dit Walpole, des hommes de talent, aigris par l'orgueil blessé, ne se sont jeté de la boue avec plus de gaucherie.

William Hogarth mourut à Chiswick, le 26 octobre 1764. « Implacable bourreau de tous les travers , il a » laissé dans l'histoire de l'art une trace profonde et » originale. Pour frapper le vice rien ne l'arrête. Il ose » tout. Il brave toutes les convenances. Philosophe, » conteur, romancier cynique doué de puissance dra- » matique et d'observation, il touche à la comédie et » atteint la tragédie de la vie privée. Ne pas l'admirer » serait injuste, l'imiter serait dangereux » (Ph. Chasles).

1 . Wm Hogarth serjeant painter to his majesty, 29 marck i 758 ; in-foL en hauteur.

Portrait d'Hogarth esquissant un tableau avec le crayon blanc. La gravure peut lui en être attribuée.

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