CAZENAVE
historiques de la Révolution. Il a, suivant M. Duplessis, retracè assez lourdement d’après Benazech un Louis XVI au moment de monter à l'écha[aud, et, d'après Bouillon. {a Reine Marie-Antoinelte devant le Tribunal Révolutionnaire. Enfin Cazenave a gravé dans la manière anglaise une grande composition allégorique de Poirier de Dunkerque, Tableau general de la Révolution Française terminé par celui de la Paix. On y voit sur le premier plan, dit Renouvier, les consuls avec le ministre de l’intérieur et un groupe des victimes de la Révolution, veuves et orphelins que la paix doit consoler. Dans le fond paraissent les directeurs, etc.
Signalons encore de Cazenave , une Téle de femme vue de trois-quarts, les cheveux noués au dessus du front par un nœud de rubans , d’après Prudhon.
CERNEL (Marie-Louise MARCEAU, femme).
Tous les artistes ne sont point intéressants au même titre : d'habitude, et c’est justice, ce que l’on considère de préférence, c’est le mérite de l'œuvre , la beauté des estampes, la science de l'exécution. Quelquefois pourtant des artistes d’un rang inférieur retiennent l'attention , par l'intérêt historique d'une pièce sans grande valeur intrinsèque , ou bien encore par leur personnalité. N'est-il pas curieux, par exemple, de rencontrer Sous HÜWre plume la propre sœur du général Marceau ?
Pour avoir des renseignements précis et même particulièrement intimes sur la graveuse qui signait « M"* Cernel» les portraits de la Collection Blin et Le Vachez , il faut se reporter à une lettre de Sergent , de Chartres, adressée à Restif de la Bretonne, qui s’est empressé de la publier dans les Contemporaines. Sergent était un dessinateur exalté par les théories philosophiques et politiques de l'époque, et qui n'a que trop tenu pendant la Révolution ce qu'il promettait. Pour le moment (19 septembre 1785), il lisait avec avidité les romans pleins d'utopies et de sensualité de Restif, cherchait à se faire agréer de
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lui comme dessinateur afin d’en illustrer quelques-uns , et par occasion lui envoyait avec force détails l'histoire d’une femme qu'il aimait, torturée par son mari, pour que le romancier püût se servir à son gré de ce drame de la vie réelle. Cette malheureuse histoire est celle de Madame Cernel, sœur du général Marceau, qui devint par la suite Madame Sergent, et nous trouvons le récit fait par Sergent lui-même sur le ton déclamatoire de l’époque, assez curieux pour en reproduire quelques passages.
Voici d’abord le portrait de M" Cernel : « Sa taille » est médiocre , bien prise, voluptueuse; sa gorge » forte et bien dessinée ; ses bras ronds, potelés, sa » main sans être jolie pleine de grâces charmantes » dans ses mouvements, ayant cette gentillesse d’une » petite menotte d'enfant au berceau; sa fisionomie » vive , gaie; des ieux superbes, brûlans, pleins » d'esprit ; une bouche agréable, le nez très retroussé > du bout, le front petit, une peau brune , un peu > bilieuse , un teint que les hommes regardent comme > l'annonce d'un goût vif pour le plaisir, une mise » coquette par le goût et la propreté, une manière de » se coîffer que je vois copier par toutes celles qui ont » de la figure... »
On peut juger par cette esquisse que notre graveuse n'était pas précisément repoussante. Eh bien, elle était tombée d’après Sergent, un peu trop intéressé dans la question pour être bien impartial, sur un mari brutal et libertin qui n'avait qu'une idée, celle de prostituer sa femme et de la faire tomber dans le mépris public : « Épouse à 14 ans, Mu C... (Cernel) découvrit >» dans son mari tous les vices qui peuvent rendre une
» femme malheureuse. Jaloux sans amour et par air. > bizarre, brutal, joueur, libertin, presqu'ivrogne, > stupide mais vain, orgueilleux et bas. Son épouse » tendre , honnête , sensible , délicate dans sa facon de > penser et ses procédés, complaisante, douce et > pétillante d'esprit , cherche tous les moyens d'inspirer » de l’estime à son mari. La timide et naïve résistance > qu'oppose la pudeur d’une jeune fille, que l'amour * Surtout n’a point placée dans le lit de l’hymen, lui fit, > dès le premier jour essuyer une scène, présage > effrayant qui annonçait que toutes les furies entou- > raient sa couche nuptiale et y laisseraient brûler > leurs funestes torches. Aussi de ce moment Vénus > épouvantée ne présida plus à ses mystères sacrés et > le trône des plaisirs devint le théâtre des tourmens > où la jeune épouse essuya chaque jour la brutalité de » Son tyran. »
Mais passons sur certains détails révoltants donnés
avna namnlaiconan Sergent, love Au 1 Anmaroit catte Le LR VYVLMPIRADULLU US F0 11: « ad 1 LVUL AY tUMALAU LVL U
lettre à Restif ne sonate certes pas que M" Cernel devenue veuve , s’appellerait un jour M” Sergent.
Il raconte ensuite que Champion de Cernel faisait retentir les endroits publics de ses plaintes contre le libertinage de sa femme, alléguant qu'il ne pouvait lui amener des amis sans être deshonoré, et d’un autre côté , la forçait à sortir seule avec les hommes qu'il lui désignait , afin de donner plus d’ apparence à ses accusations. Voyant que sa femme était toujours malgré ses efforts attachée à ses devoirs d’épouse et de maîtresse de maison, cet effroyable mari résolut de rendre son domicile le théâtre de ses orgies. « Malheur à elle, si elle rougissait des sales propos qui fesaient
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l’'amusement de cette société... » une sœur qu'elle aimait tendrement devint la pupille de son mari; ils vécurent ensemble car Sergent n'ose les appeler amans ! « l’amour pénétra-t-il jamais dans le cœur de tels monstres » et se réunirent pour faire le supplice de cette malheureuse femme. Si une domestique a l'air de la plaindre, un des jeunes commis de son mari de s’attendrir sur son sort, ils sont immédiatement chassés. Enfin, après quinze ans de malheurs, la mesure qui semble comblée n’est pas encore complète, par suite des aventures de cette sœur dont elle est accusée par son mari d'avoir causé la perte, et de la mauvaise conduite d’un de ses frères.
Ici Sergent se met en scène lui-même et fait l'effet d’un rayon de soleil au milieu de ce sombre tableau. Laissons-lui la parole : « Un jeune homme qui Païmait > en secret depuis son enfance, se lie avec sa famille et - ses plus chers amis. Estimé, considéré par tout le > monde, il est bientôt aussi distingué de M" C...…. + L'amitié les unit étroitement, mais elle se défie de : l'amour et fait part de ses craintes à son nouvel
ami... une confiance rare, sublime, s'établit entre ces > deux cœurs faits l’un pour l’autre. Leurs âmes s’épa- * nouissent ensemble... Deux ans se passent. Celui-ci > n'avait encore osé solliciter un baiser et n'avait pas » tenté de le dérober et cependant il se trouvait » heureux. »
Enfin, comme dans la Nouvelle Héloïse, une amie rapproche les deux amants , mais ils combattent leur passion réciproque en s’exhortant l'un l'autre à la vertu. Sergent « se livrait à lui-même les plus rudes > combats contre la violence de ses désirs et bien loin
» de cacher à celle qui les fesait naître le danger » qu'elle courait près de lui : — Fuis-moi, lui disait-il : > fuis un inalheureux qui s’égare , qui veut te rendre » méprisable à tes yeux... si tu succombes, chère > amie, tu perds ton amant pour toujours... Prens- » garde, il est prêt d'oublier que ta foi est donnée à > un autre! »
Sergent nous apprend encore que la pureté de la jeune femme est attestée par deux cents lettres qu'il conserve précieusement, et qu'il satisfaisait sa passion en portant à son bras une tresse de ses cheveux et en couvrant de baisers tout ce qu’elle avait touché. Jusques-ici l'artiste ne s’est pas nommé. Nous allons voir par quel étrange amour-propre de pureté personnelle, peu vraisemblable chez un homme de trentecinq ans, il y arrive :
« Un tel homme sans doute n’est pas fait pour aimer > dans un siècle frivole et galant.—"", à son 7° lustre, > conserve encore la fleur de l'innocence et s’en honore > au risque de paraître un fol ou un sot aux yeux de » ses contemporains. Jamais ses lèvres ne furent se > placer sur les charmes d’une autre famme. Voulez- > vous savoir qui a soutenu ‘” dans le chemin de la > vertu auprès de son amante? L'âme sublime de * celle-ci, ses malheurs et l'espérance qu’un jour il » pourrait être plus heureux en liant son sort au sien. » Eh! bien, monsieur, cet homme que vous trouverez > rare dans ce siècle, cet homme qui s'estime lui-même, > C'est moi... »
Sergent raconte ensuite que M° Cernel finit par s'arracher des bras de son tyran, et qu'elle s'est réfugiée dans un couvent, où, adorée des femmes
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riches et de condition qui l'entourent, elle vit dans une retraite où elle a trouvé la paix à l'abri de la religion. C'est là sans doute que Sergent dessinateur à Chartres, ainsi qu'il a signé cette longue lettre que nous avons très-abrégée, vint chercher, à la mort de son mari, pour la conduire à l'autel, celle qu'il avait tant aimée et en faveur de laquelle il avait si longtemps sauvé son innocence.
Mais il n'avait pas attendu ce moment pour apprendre à M"° Cernel le dessin et la gravure, et c’avait été sans doute un excellent prétexte pour s’introduire à l'origine dans sa maison. M" Cernel a gravé d’abord une estampe, l’Enlèvementnocturne d'après Baudouin, reproduction sans doute de celle de Ponce, quelques vignettes d'après Cochin, Moreau , Eisen et Marillier, des vignettes pour la Jérusalem délivrée et le poëme des Woës, d'après Cochin, et, dit Renouvier, des pièces de garnitures de boutons, représentant des scènes dramatiques et des vues de châteaux et maisons royales où elle signa M° (Marie) L° (Louise) Suzanne CG. C. (Champion Cernel).
Eu 1789, M Cernel, alors à Paris, et devenue femme de Sergent, collabora sous la direction de son mari à la gravure à l’aqua-tinte et en couleur de la Collection de portraits, que publiaient des marchands d'estampes nommés Blin et Le Vachez. Parmi ceux qui portent son nom l'on remarque Descartes, Poussin, Duguay-Trouin, Suffren, Villiers de l'Ile Ada.
Er 1793, M" Cernel exposa encore un grand nombre de travaux au Salon, ouvert cette année là à tout le monde artiste, les privilèges et exclusions
créés par les académies n’existant plus, mais à la chute des Jacobins son mari fut obligé de se réfugier auprès de son beau-frère, le général Marceau, et le suivit en Allemagne. Proscrit au 18 Brumaire, Sergent alla habiter Turin et Milan, et M" Cernel, alors M""° Sergent, vint partager son exil.
CHAPONNIER (ALEXANDRE).
Ce graveur, né à Genève en 1753, s'était fixé à: Paris. Il apporta un faire des plus malhabiles dans ia traduction de sujets pour Paul et Virginie, d'après Cazenave, et d’estampes mythologiques dont les sujets du reste, étaient d’un dessin déplorablement banal : l’'Ainour couronné par les Gräces, d'après Huet, chez l'auleur rue Saint-Honoré entre la rue des Bons-Enfants el le Palais-Royal, maison du Parfumeur ; — Offrande à Priape, Triomphe de Bacchus: d'après Berthier ; — 70, Danae, d'après Regnault ; — l'Amour séduisant la Beaute , la Beauté désarmant l'Amour , d'après Charpentier; — l'Amour irrile , Psyché abandonnee , d'après Cazenave ; — /e Dieu des Dames, les Secrets de l'Amour, d'après Legrand.
I montra plus d'application et son pointillé gagna en finesse lorsqu'il s’agit d'interprêter des estampes de Schall et de Boïlly où l’on retrouve encore , mais à moindre dose, et avec quelque trivialité en plus, ce piquant qui a assuré le succès de l'école française du XVII siècle : {he Officious waiting woman : le Modèle disposé, d'après Schali, et, d'après Boilly,
des sujets risqués, un jeune homme surprenant une jolie malade en posture de recevoir le remède de Molière, ou bien encore une gracieuse pianiste et son accompagnateur préludant à la musique par l'échange d'un baiser de feu. Le Prélude de Nina, l'Amant favorisé, la Comparaison des petits pieds, d'après Boilly, sont, avec le Bouquet chéri, les meilleures pièces de Chaponnier : il a essayé aussi de la manière noire pour reproduire , d'après le même , deux scènes de cabaret assez vivantes : les Hommes se dispuienl ; les Femmes se battent. Nous devons encore citer un plafond de Prudhon, /e Génie el l'Etude. où l Étude donne l'essor a (rénie.
Chaponnier s’est risqué à produire une pièce d'histoire, ridicule à force d’être mal exécutée, le Passage du pont d'Arcole, dédié à l'armée d'Ilalie. Cette estampe invraisemblable, où contrairement à toutes les idées reçues, Bonaparte traverse le pont d'Arcole à cheval, a pourtant la prétention stupéfiante d'avoir été dessinée par Lambert « d’après un dessin fait sur los lieux. »
ESTAMPES
1. LE MODÈLE DISPOSÉ, d’après Schall; in fol. 60 fr. avant la lettre (187%).
2. THE OFFICIOUS WAITING WOMAN, d’après Schall; in-fol. 276 fr. avant la lettre, vente Herzog, 1876.