I]. PAR JACQUES CHÉREAU LE JEUNE
. Blaise III, 421€ abbé de St-Blaise.— Chereau junior sculpsit ; in-4. . Colbert (Joachim), évêque de Montpellier, d’après Raoux ; in-fol. . Georges I, roi d'Angleterre, de profil, d’après Kneller; in-fol.
. HARCOURT (Henri de), Duc et Pair, Maréchal de France,
d’après Rigaud ; in-8.
1er état , avant l'adresse d'Odieuvre; 2€ état, avec celte adresse.
. Languet de Gergy, curé de St-Sulpice, d’après Jouvenet, de trois
quarts à gauche; in-foi., 1719.
. Languet de Gergy, de trois quarts à droite; in-4.
. Louis XV, très-jeune, à cheval , tenant un bâton de commandement
et passant une revue. — Jacques Chéreau sculpsit; in-4. MARIE LECZINSKA, d'après Vanloo, in-fol.
Montaigne; in-fol.
Oriéans ( Philippe d’), Régent, de trois quarts à gauche, contrepartie de celui de F. Chéreau, avec cette légende ampoulée : César fut moins vaillant, Tite moins débonnaire... ete.; in-8.
PRIE (Madame de), assise dans un jardin et tenant un oiseau sur le doigt, d'après Vanloo; in-fol.
Sur votre belle main le captif enchanté...
SABRAN (Madame de), maîtresse du Régent , en déshabillé, le sein nu , tenant une colombe, d'après Vanloo; in-fol. 16r état, avec huit vers :
Qu'un timide artisan esclave du serupule, etc. 22 état, sans les vers.
SÉVIGNÉ (Madame de).— Jac. Chéreau sculp.; in-8. Petit portrait estimé.
Soanen , évêque de Senez, d'après Raoux; in-fol. Thou (Jacques-Arguste de); in-4.
Vincenti, chancelier de Venise, in-fol, EL. 25
CHÉVERY (Mamame).
C’est bien peu de chose, ce qui nous a été laissé par Madame Chévery ; deux petits sujets d’après Marillier, très-galants et très-galamment traités, il est vrai : les Désirs réciproques, avec leur conséquence bientôt inévitable : es Regrets inutiles ; in-8 avec cadre.
En cherchant bien, on trouverait encore, sous la signature femme Chèvery, quelques sujets d'après Monnet, in-8, applicables aux contes de La Fontaine : la Récompense inattendue. les Plaisirs nocturnes . la Vertu surprise, « chez l’auteur rue du Four Saint- Honoré vis-à-vis M. Armet notaire. »
Et c’est tout, ou peu s’en faut.
CHEVILLET (JusrTe).
Juste Chevillet est né à Francfort sur l'Oder en 1729 et reçut à Berlin de Schmidt les premières leçons de gravure. Recommandé à Wille, déjà installé à Paris où il était devenu la providence des jeunes artistes allemands qui venaient s'y perfectionner, Chevillet descendit chez son compatriote et lui demanda ses leçons. C'est là qu'il connut une sœur cadette de M" Wille, Met Deforge,l'obtint en mariage et devint le beau-frère de son maître. Formé par deux grands burmistes, un élève capable devait facilement devenir habile à tailler le cuivre. Chevillet fit honneur à ses maîtres, qu’il fut pourtant bien loin d'égaler. Il n’a point cette vigueur, ce brio d'exécution qui fait le mérite des grands portraits burinés par ces artistes célèbres, portraits remarquables malgré leur aspect métallique et où l’on sent la main d'artistes de race; mais à défaut de ces qualités éclatantes, Chevillet arrive à une exécution soignée et agréable, nous dirions voiontiers honnêle. Tous ses portraits, aussi bien que ses autres sujets d'estampes, portent la marque de cette application d’un bon élève guidé par les conseils d'un maitre habile.
Il faut avouer du reste qu'il n’eut qu'à se louer de l’heureuse influence que Wille eut surf sa carrière; le plus grand nombre de ses travaux lui furent procurés par celui-ci. Tantôt ce sont deux tableaux de Terburg et Netscher que le chevalier Damery , grand amateur de beaux-arts, envoie à Wille pour être gravés et dont il transmet la commande à son beau-frère, se bornant à retoucher les planches avant le tirage. Un autre jour c'est un certain Medicus,médecin militaire àMannheim!, qui désire faire graver le portrait de l'électeur palatin Frédéric le Viclorieux. Wille s'excuse , propose Chevillet à sa place et s'empresse de lui remettre le dessin à reproduire. Un peu plus tard, c’est Usteri, de Zurich, qu’une société a chargé de faire exécuter le portrait du graveur de médailles Hedlinger , et c'est encore Wille qui dicte les conditions de Chevillet, soit 800 livres , dont la moitié payée d'avance , et 25 épreuves (1764). Il lui fait aussi graver moyennant 15 louis un petit portrait du peintre Fuess/i de Zurich. Enfin deux de ses meilleures estampes, /e Bon exemple et Mademoiselle sa sœur, sont d’après les peintures d'Heilmann, peintre alsacien, ami intime de Wille, qui déplorant sa perte, s’écrie que ça été un jour de douleur pour lui, celui où il a appris sa mort et qu'il n’a jamais regretté un ami comme lui. C’est incontestablement grâce à Wille, et peut-être sur sa commande même , que ces deux estampes ont été exécutées.
Plus tard, lorsque Pierre-Alexandre Wille fils, élève de Greuze , est devenu un peintre, c'est encre
1 Wille, à qui nous empruntons ce fait, n'a-t-il pas, à cette occasion, pris le Pirée pour un homme et la profession pour le nom propre ?
Chevillet qui grave ses tableaux de genre, les Amusements du jeune âge, la Tourterelle chérie, le Petit marchand d'oranges, etc. C'est aussi d'après un dessin de son neveu qu'il a donné le portrait du garde des sceaux de Miromenil, dont la figure est assez bonne, mais où les mains et les accessoires sont faiblement traités.
Chevillet a gravé quelques bonnes estampes : d'après Le Prince, l'Amour du Travail etl Amour des Fleurs; d'après Schenau, le Miroir cassé, l'Innage de la Beauté: d'après Legendre, {a Sullane, d’après Baudouin, /e Léger vêtement, et diverses planches d'après Terburg, Santerre et Baader.
Les fleurons qui ornent les titres des Œuæres de Racine, Paris, 1760, 3 vol. in-4, dessinés par De Sève, sont gravés par Chevillet.
Le portrait de Chardin, qui passe pour son meilleur ouvrage, est d’après le pastel bien connu dans lequel le peintre s'était représenté lui-même et le graveur a su faire passer sur le cuivre la physionomie animée et spirituelle de l'original. Chevillet a également gravé Madame Chardin , d’après une peinture de son mari. Les portraits de J.-B. Descamps, auteur de la Vie des Peintres Flamands, d'après lui-même, d'Asgyll, officier anglais, de M d'Hannetaire dans les Sullanes, sont d'une facture intéressante.
Wille était, nous l'avons vu, dans les meilleurs termes avec son beau-frère. Ils demeurèrent longtemps dans la même maison, quai des Grands Augustins 29, que Chevillet quitta en 1765 pour aller s'établir rue des Macons, maison de M. Levasseur. Il est souvent fait mention dans le Journal du graveur de M. et de
390 LES GRAVEURS DU XVIIIe SIÈCLE
M Chevillet comme prenant part aux parties de campagne aux environs de Paris. Un jour c'était à Saint-Maur : « Il faisait le plus beau temps du monde, > rappelle Wille. C'est pour cela que je cédai ma place » dans le carrosse à M. Chevillet, près des dames, car » il n’est pas grand marcheur. » Une autre fois c’est le chevalier de Trattner, imprimeur-lhbraire de la cour à Vienne qui leur donne à tous une fête à Madrid, dans le bois de Boulogne , et l’on s’en revient en remises, à la fraicheur , par Saint-Cloud. Et puis Wille emmène son beau-frère à la Comédie Italienne et l’on dine ensemble les jours de fête, mais toujours à ce qu'il semble à ses frais, car Chevillet n’est pas riche. Le jour des Rois de 1771, Wille donne un festin où M. Daudet et M" Chevillet chantèrent beaucoup, mais où Wille fils les surpassa par sa méthode et sa jolie voix. Le mardi gras de la même année , nombreuse réunion dans laquelle le farceur Baader arrive déguisé en poissarde et les fait mourir de rire.
Le 6 novembre 1773 Chevillet fui frappé d’une petile attaque d’apoplexie, mais il s’en rétablit complètement ainsi que le constate Wille avec plaisir et nous voyons, par les dates de ses portraits que cet accident ne l’empêcha pas de travailler. Celui de Zenoir, lieutenant de police, d'après Greuze, est daté de 1778; celui de Don Pedro de Bragance, d'après Trinquesse, de 1781. Ce portrait nous semble un des meilleurs et des plus francs ouvrages de Chevillet; la tête en est bien modelée et l'ensemble est d’une exécution correcte.
Il faut citer encore deux portraits aifférents de Franklin, et un assez joli, de forme ovale, de Zouis- Philippe d'Orléans duc de Chartres.
M. et M Chevillet, n'ayant pas eu d'enfants. prirent chez eux, dès l’âge de 5 ans, pour l’élever et leur en tenir lieu, une jeune nièce, Marie Deforge . dont Wille fait souvent mention dans son journal en l'appelant Manon. Elle avait près de seize ans et c'était la joie de la maison lorsque, en avril 1775, ils eurent le chagrin de la perdre subitement. « On soupçonne que > C'était d'un coup qu’elle s'était donné à la tête et » qu'elle avait caché dans le temps. »
Chevillet, qui avait été nommé membre de l'Académie de Vienne, mourut à Paris en 1790.
ESTAMPES