Cul-de-lampe pour la Lucrèce de Marchetti
G. N. Cochin fils a dessiné une petite pièce qui représente M€ Le Dauiceur, enfant. Cette pièce a été gravée par MME Cochin la mère.
DAULLE (JEAN).
« Il est des hommes privilégiés pour lesquels la » nature semble applanir toutes les difficultés de l’art ; » à peine on les voit former les premiers pas dans la > carrière que déjà ils ont atteint le but : tel fut le » célèbre Daullé. » C’est en ces termes que Gaucher débute dans la courte notice qu'il a consacrée à ce graveur dans le Dictionnaire des Artistes de l'abbé de Fontenai. Sans souscrire à cet éloge absolu qu'il décerne à la première planche importante de Daullé , la Comtesse de Feuquières, tenant à la main le portrait de son père, le peintre Mignard, cependant nous conviendrons volontiers que cette belle personne, aux traits réguliers mais peu animés, a été gravée d’une manière soignée et faisait augurer un habile artiste.
C'est dans la cité d’Abbeville, qui a vu naître tant de graveurs remarquables, qu'est né sur la paroisse de Saint-Georges , Jean Dauilé, le 18 mai 179%, à onze heures du soir, de Jean Daullé orfèvre et d'Anne Dennel, son épouse !. Ayant, dès l’âge de quatorze ans,
1 Nous avons tenu à préciser, parce que ses biographes le font naître de1703 à 1709 et même en 1711.
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manifesté des dispositions pour les arts, il reçut les premières leçons de gravure de Dom Robart, religieux du prieuré de Saint-Pierre d’Abbeville , et il pouvait déjà passablement manier le burin quand il arriva à Paris chez son compatriote, Robert Hecquet, qui l'hébergea et lui enseigna le peu qu’il savait lui-même. Il donna à graver au jeune artiste, nous dit Mariette, de grandes planches de thèses, d’après les dessins des maîtres d'alors et lui fit acquérir en fort peu de temps une très-grande facilité à couper le cuivre. Son burin , conduit avec franchise et pureté, produisait les tons les plus doux et les plus agréables à l'œil. 11 était net sans avoir rien de sec. Cet éloge serait plus juste s’il n'avait gravé que des portraits comme celui de la Comtesse de Feuquières, et si l'on ne retrouvait pas trop souvent dans ses planches les traces d’une production hâtive et une déplaisante régularité.
La commande de cette estampe lui fui obtenue par Hecquet, heureux de témoigner ainsi de l'intérêt qu'il portait à son élève; c’est aussi par son entremise que le peincre Rigaud en vit une épreuve et fut frappé de l'avantage qu'il aurait à faire graver ses portraits de si pompeuse tournure par un artiste de ce talent, et résolut de se l’attacher. Il s'était refroidi pour les Drevet, nous dit encore Mariette, parce qu'il ne croyait plus apercevoir en eux le même zèle et les mêmes égards.
La planche de la fille de Mignard fut achevée en 1735 et fut qualifiée de chef-d'œuvre, même par des gens du métier tels que Gaucher, qui trouvent que la ressemblance des têtes, l'expression du sujet, la pureté , la souplesse , l'harmonie du burin , tout en est
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admirable. Nous conviendrons volontiers que cette estampe faisait bien augurer de d'avenir du jeune graveur et qu'il était presque du premier coup arrivé à un degré de perfection qu'il ne devait pas dépasser.
Daullé s'était d’ailleurs essayé déjà dans le portrait en gravant en 17:32 ceux du comédien Baron et de Louis-Philippe d'Orléans duc de Chartres (1735). Il grava ensuite, d’après Aved, une planche d'une belle exécution, l'évêque de Soissons, Lefèvre de Laubrière (1736), et quelque temps après le portrait de Jean-Baptiste Rousseau. Bien que le célèbre épigrammatiste ait voulu choisir lui-même, comme légende, ce vers de Martial :
Certior in nostro carmine vultus erit,
cependant nous croyons qu'il serait difficile de rencontrer davantage la ressemblance de l'homme dans son caractère moqueur et son attitude débraillée, ailleurs que dans la peinture d'Aved et la gravure de Daullé. Bien qu’on ait dit quil en a exécuté de plus finies et de moins dures, nous la tenons pour un de ses meilleurs ouvrages , qui a en outre le mérite d'être complètement de lui.
Le portrait de l’oculiste Gendron, s'appuyant sur de vieux livres, très-bien rendus, est une planche harmonieuse; un portrait de Louis XV, en médaillon ovale, est de la même année (1737).
Le portrait de Féneion, d'après Vivien, très-fin , de format in-12, date de 1739.
Agréé à l’Académie sur la présentation de ces ouvrages, notre graveur fut admis le 20 juin 1742.
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On lui donna comme morceau de réception, par une attention délicate du directeur , le portrait de son protecteur et ami Hyacinthe Rigaud. Le peintre s'était représenté assis devant un chevalet, peignant le portrait de sa femme Ælisabeth de Gouy, et Daullé a remarquablement rendu les deux têtes, les draperies et les accessoires. Cette planche restera un de ses meilleurs ouvrages.
C'est un peu avant cette époque que Daullé (1740-41) chargé de graver les portraits du prétendant Charles Stuart et de son frère le Duc d’Yorck, fit ia connaissance de Wille, très-jeune alors, et auquel il s’adressa pour s’en faire aider. Ce graveur, auquel Rigaud avait aussi facilité les débuts dans la carrière, a raconté dans ses Mémoires en quoi consista cette collaboration : « M. Daullé, graveur de ma connaissance, me vint voir » me priant de lui être secourable en l’aidant dans la > gravure des portraits du Prétendant et du duc » d'York, son frère, dont il avait fait l'entreprise , > alléguant qu'il étoit surchargé d'autres ouvrages. Je > consentis volontiers à sa demande, plutôt pour saisir » l'occasion de m'exercer qu'à gagner de l'argent, >» quoique je sentisse parfaitement l'utilité et la valeur » de ce métal, surtout quand je n'en possédois pas. » M. Daullé , lorsqu'il fut assuré de ma bonne volonté » à son égard, m'envoya les tableaux des deux » princes, d’après lesquels je travaillai avec tant » d'activité que, dans un laps de temps peu considé- » rable, tout ce qui me concernoit était terminé. Mais » cette gravure n'étoit ni belle ni bonne selon moi; ce > n'étoit que de la besogne d'un jeune homme qui » savoit se juger lui-même, mais qui espéroit faire
> mieux par la suite. Je dois observer ici que M. Daullé » s'étoit réservé la gravure des têtes de ces princes, et, » les ayant finies, il mit son nom sur des planches » ainsi fagotées , et dont je pouvois être jaloux. »
On voit que le travail de Wille sur ces planches, assez médiocres, du reste, s’est borné à la confection des vêtements et des mains, et que c’est Daullé qui a exécuté les têtes. C'était un vrai travail d'exportation et c'est ainsi qu'il a été traité. Les estampes ont dû être envoyées en Angleterre sans lettres, car on ne les rencontre guères qu'ainsi en France.
Tout autre est le portrait du géomètre Maupertuis, habillé de fourrures, terminé en 1741, et peint par Robert Tournières. C’est une très-belle estampe, habilement traitée dans la tête et dans les vêtements : elle est encore le fruit de la collaboration de Daullé et de Wille; celui-ci raconte qu'il fut de nouveau dérangé dans ses travaux par Daullé : «Il > étoit question du portrait de M. de Maupertuis que » M. Daullé s’étoit engagé à graver ; après quelques » contestations et des paroles gracieuses et flatteuses » qu’il me prodiguoit, je consentis cnfin de le seconder. » Ce savant, de retour de son voyage du pôle arctique » où il avoit été occupé à mesurer la terre, s’étoit » fait peindre habillé et complètement vêtu de peaux » d'animaux, selon le costume et la nécessité des très- » misérables Lapons, habitants de ces régions aussi > froides que reculées de notre globe. Ce tableau me » fut remis et me servit à graver les parties pour les-
1M Duplessis, et après lui M. Delignières, se sont trompés en le disant terminé seulement en 1751.
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» quelles je m'étois engagé et dont M. Daullé me parût » aussi content que je l’étois peu. »
On voit par cet extrait que si Wille était exigeant sur son propre travail, Daullé était beaucoup plus facile à satisfaire; c’est cette différence qui signale en effet deux talents de graveurs qui ont des points communs, mais le premier cherche toujours à atteindre à la plus grande perfection possible, tandis que l’autre se contente à bon compte. C’est ce qu’on peut juger dans un portrait pourtant agréable de notre graveur, celui de la cousine, de l'enfant gàté de M"* de Maintenon, de la Comtesse de Caylus (1743), mère du célèbre graveur -antiquaire. C’est évidemment sur la commande de son fils, qui possédait la peinture de Rigaud, que Daullé fut prié par son confrère à l’Académie de graver le portrait de sa mère. Les vêtements, la mantille y sont traités avec plus de soin et d'attention que la tête; mais n'est-ce pas encore à Wille auquel on les attribue, qu'il faut en rapporter l'honneur? Reconnaissons cependant qu'on a mené bien grand bruit pour quelques coups de burins donnés par Wille dans les accessoires de certains portraits. La critique a toujours été sévère pour Daullé. Quel est le maître qui n'a pas abandonné à ses élèves, le soin de graver quelques détails d’une planche ?
Puis Daullé qui venait de se marier et avait épousé, vers 1744, une demoiselle Gabrielle-Anne Landry dont il eut cinq enfants, continue sa laborieuse carrière. Citons, parmi ses plus beaux portraits, ceux de Claude de Saint-Simon, prince évêque de Metz (1744); de Jean Mariette, graveur et libraire (1747), père du célèbre amateur; celui de Jacques de Chastenet de
Puységqur (1748), d'après Tournière ; de Charles de Baschi, Marquis d’Aubais, l'auteur des Pièces fugitives sur l'histoire de France, d'après Péronneau (1748); de Charles Cofjin (1749).
Nous louerons ces planches, sans y chercher de trop près la part qui pourrait en revenir à Wille. Le mot de Mariette revient involontairement à l'esprit que Daullé seul ne pouvait rien faire de bien, et l'on sait en effet que de 1738 à 1750, l'élève a fort souvent aidé le maître. Peut-être faut-il réagir contre cette impression et croire que le grand critique d'art, par suite de quelque difficulté avec le graveur, l'aura desservi devant la postérité, car on y aperçoit vraiment trop le désir de décrier Daullé.
C'est dans la Galerie de Dresde quil faut aller chercher les Deux Fils de Rubens, d'après la peinture de ce grand maître. Les deux jeunes gens sont en riches costumes, et l'aîné a le bras passé autour du cou du plus jeune, qui s'amuse à faire voler un oiseau attaché par la patte, Cette intéressante peinture fut gravée par Daullé en 1752, sur le dessin de Charles Hutin.
Notre graveur avait déjà exécuté pour le même recueil et en pendant du fameux portrait d'Auguste IIT, de Balechou, celui de la reine de Pologne Marie- Josèphe , en pied, superbement vêtue d'une robe de cour en brocart et peinte, comme son mari, à Dresde, par Louis de Silvestre. On place généralement cette magnifique pièce gravée en 1750, en tête du second volume de la galerie de Dresde, qui ne parut qu'en
Daullé a également gravé un portrait d'Auguste IIT,
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mais d'après de Silvestre, comme celui de Schmidt, au lieu d'être d'après la peinture de Rigaud. comme celui de Balechou, et il est curieux de mettre en parallèle les portraits du même personnage d’après trois des grands graveurs du XVII siècle.
Une des planches les plus connues, et à notre avis une des plus heureuses de Daullé, est son portrait de Madame Favart, d'après Carle Vanloo, dans le rôle de Bastienne (1754). L'air naïf et rusé tout à la fois de la paysanne est fort bien rendu et l'ensemble forme une des estampes les plus franchement exécutées de notre artiste.
M. de Nester, écuyer de la grande écurie, a naturellement été représenté à cheval, par Delarue, et gravé par Daullé en 175:
Très-intéressant aussi est le portrait du génevois Gauffecourt (1754) que son ami Jean-Jacques Rousseau , nous apprend Huber, fit graver d'après la peinture de l'académicien Nonnotte. Accoudé à son bureau , semblant regarder avec finesse et le doigt levé, un interlocuteur, ce personnage à la physionomie expressive et sympathique, a été rendu d’une façon très-vivante par le graveur.
Nous pourrions multiplier les citations , car la liste des bons portraits de Daullé est longue à épuiser ; le chirurgien de la Peyronte, d'après Rigaud (1755), un de ses meilleurs morceaux ; les imprimeurs J.-B. Coignard et Lemercier; la Vicomtesse de Narbonne- Pelet, dont les traits sont si simplement et si largement traités ; deux planches différentes du chancelier De Lamoignon; le peintre Nonotle ; le Chanceher d'Aguesseau, d'après Vivien (1761). assez médiocres ;
660 LES GRAVEURS DU XVIIIe SIÈCLE.
le Cardinal de Polignac, d'après Rigaud, gravé deux fois, petit in-folio et in-8; une actrice, Met Pélissier., d'après Drouais, dont la tête et la parure de fleurs sont très-bien rendues; enfin, parmi plusieurs portraits exécutés pour les livres, ceux de Botleau, in-8, pour l'édition des œuvres publiées par Saint-Marc (1747), et de Racine, in-4, pour l'édition de ses tragédies illustrée par de Sève et publiée en 1760.
Le portrait du compatriote de Daullé, Philippe Hecquet, doyen de la Faculté de Médecine de Paris, est sans importance ; mais il mérite une mention spéciale à cause de la difficulté que l’on eut d'obtenir du modèle qu'il se laissât peindre Nous trouvons à ce sujet une note intéressante dans le travail de M. Delignières sur l'œuvre de Daullé :
« Les confrères et les amis de Philippe Hecquet avaient eu beau le solliciter pour faire tirer son > portrait, il n'avait jamais voulu y consentir et on ne » l'aurait jamais eu sans l'adresse de M. Rencamme,
» son ami partieulier. I] connaïseait la dame Lo Relle, > sœur de la fameuse Mile Chéron et femme d'un » peintre estimé, laquelle, outre le talent de travailler > agréablement en miniature, possédait celui de peindre > de mémoire, quelqu'incommodité qu’elle eût aux » yeux. Cela fit naître à M. Rencamme l’idée d'une » ruse innocente et lui fournit le prétexte de mener » cette dame chez M. Hecquet comme pour le con » sulter. Pendant qu'il conversait avec eux elle eut le temps de l'examiner et de s’en graver les traits et la physionomie dans la mémoire. De retour chez elle elle ébaucha son esquisse, et plusieurs visites que » M. Hecquet lui fit pour la conduire dans les remèdes
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» qu'il lui procurait la mirent en état d'achever son » ouvrage. M. Le Belle! en fit ensuite la copie en > grand et l'on ne se cacha plus de M. Hecquet, qui vit > que sa résistance avait été vaine et qui se prêta, > quoiqu'à regret, au besoin que le peintre avait de sa > présence pour donner les derniers coups à ce’ por- > trait sur lequel on grava le jetton qu'il fit distribuer > lorsqu'il sortit de la charge de doyen de la faculté » de médecine en 1714. Ce fut aussi d'après ce por- > trait que Jean Daullé , d'Abbeville, a gravé sa » planche. »
On a vu que Daullé avait gravé quelques morceaux pour la Galerie de Dresde, parmi lesquels il faut remarquer le Diogène, sa lanterne à la main, de Ribéra , la Vierge et l'Enfant Jésus, d'après Maratte, gravés tous deux en 1752, époque à laquelle il commença à aborder le genre historique, Caïn et Abel, d'après Dietricy, le Quos Ego, tableau de Rubens, enfin la fameuse Madeleine du Corrège , et des reproductions de tableaux de Metzu ; ces travaux et la pensée qu'en gravant des sujets agréables et légers pour son propre compte , il en tirerait de plus grands avantages, lui firent peu à peu délaisser le genre du portrait dans lequel il avait pourtant obtenu de si beaux succès; il confia, pour ceux dont il restait chargé, les trois quarts du travail à des graveurs de sa connaissance. Quand il mourut en 1763, sa veuve continuant le commerce des estampes établi par son mari quai des Augustins, au coin de la rue Git-le-Cœur , réunit en un volume toutes les estampes
{Il est ici question du peintre Belle, le beau-frère de Cochin pèré.
de genre qu'il avait gravées dans les douze dernières années de sa vie et les vendit sous le nom d'Œuvre de Jean Daullé, graveur du Roi, recueil contenant 84 Estampes d'après les tableaux des plus grands peintres Laliens, Flamands et Français.
Dans cette réunion de grandes estampes, gravées d'une manière facile mais un peu sommaire, et où se laisse trop voir le désir de produire vite et beaucoup, Daullé, faisant plutôt du métier que de l’art, s’attaqua principalement aux gracieuses compositions de Boucher : les sujets des Saisons, les Charmes du Printemps, les Plaisirs de l'Eté, les Déhices de l'Automne, les Amusements de l'Hiver, sont fort agréables à regarder. Le Triomphe de Vénus, malgré cette désespérante régularité de tailles, qui donne de la monotonie aux planches de Daullé , produit encore un certain effet. Citons aussi parmi les peintures de Boucher qu'il a traduites plus ou moins heureusement, la Baigneuse Surprise, les muses Clio, Eralo, dont les originaux appartenaient à Madame de Pompadour : puis, d’après Joseph Vernet, plusieurs marines animées de personnages ; d’après Poussin, d'assez mauvaises estampes ; de curieuses compositions de Le Nain, deux planches d'animaux bien exécutées d'après Oudry, le Serrail du Doguin et la Clenne Braque avec toute sa Famille (1758). Les peintures reproduites dans ce recueil appartenaient au chevalier de Damery, au marquis de Marigny , au comte de Vence, à M. de Peters, etc.., et l'on commence à voir quelquefois au bas des planches le nom du graveur Le Vasseur, abbevillois comme Daullé, et qui était son meilleur élève.
DAULLE. 663
C'est par le portrait d'Anastasie, Princesse de Hesse-Hombourg (1761) qui lui avait été commandé par son frère le général Betsky, que Daullé, nous apprend Mariette, a fini sa ériste carrière, car cet ouvrage, dit-il, « qu'iltraîna et qu'il fitavec négligence, > lui fit éprouver des désagréments qui le durent » beaucoup mortifier quelque soin que j’eusse pris pour » lui en épargner une partie. » On voit trop, en effet, bien que le premier aspect n'en soit pas désagréable, combien cette estampe fut faite sans soin, sans modelé. L'auteur des portraits de la Comtesse de Feuquières et de Marie Leczinska, arrivé au terme de sa carrière , fatigué de cette vie de labeur, ne dirigeait plus son burin que d'une main inattentive et débile.
Une curieuse note de Cochin va nous apprendre de quels désagréments parle Mariette à propos de ce portrait, Madame Anastasie devait d'abord être confiée, par l'intermédiaire du comte de Caylus, à Wille; mais que ce graveur « qui faisait très bien ses > affaires en gravant d'après des maîtres flamands de » petits morceaux qu'il vendait le prix qu'il voulait » et qu'on achetait avec une avidité singulière, ne » voulait point se charger de grands ouvrages, à > moins qu'ils ne fussent pour lui des coups de > fortune. » Il demanda donc trente mille livres , puis baissa ses prétentions à seize. « M. de Caylus fut >» furieux et déclama contre Wille : il lui semblait > qu'on devait ménager l'argent de la Russie, mème au » détriment des artistes, il fit donc chercher le pauvre » Daullé et le prècha tant qu'il le fit engager dans un » marché par écrit à se charger de graver la planche » pour quatre mille livres. » C'était trop peu, cette fois :
Daullé, dupé , et qui baissait d’ailleurs comme talent, travailla vite et mal pour perdre moins.
« Lorsque la chose fut à peu près fini, dit Cochin, le » général Betski, qui faisoit faire la planche, ne fut pas » content. Daullé l’étoit encore moins et demandoit des » dédommagements. Le comte de Caylus en appeloit » à la convention ainsi que le général. Daullé crioit à > la perte. M. Mariette fut mis entre deux pour tàcher » d’arranger cela ; on n’étoit surtout pas content de la » teste. Dans l'embarras de cette contestation, comme » quand il s’est agi d’obliger, je me suis toujours assés » volontiers trouvé prest, lorsqu'on apporta l'estampe » chés M"° Geoffrin où étoit le bureau des amateurs , > voyant l'embarras de M. Mariette qui ne sçavoit > comment concilier tous ces intérêts, j'offris de » retoucher les épreuves et de ramener la teste à peu > près au point ou le général la vouloit, on accepta et » en effet nous contentàmes , vaille, que vaille le > général.
» Il roegtait l’artiela da la œpatifipation au dédamme.-
2 La VAVALU LU mue Font: ds VA UML Len DIT
» gement. M. de Caylus n’en vouloit pas entendre > parler. Il alléguait le marché fait, disoit-il, volontai- > rement par Daullé, mais je sçavois très-bien par » Daullé même qu'il avoit demandé beaucoup plus, mais > qu'à force de propos , M. de Caylus l’avoit engagé à > passer à ce prix.
> J'eus alors un peu l’occasion de faire sentir à M. de » Caylus combien il tirannisoit les artistes , car je lui > fis observer que trente ans auparavant on payoit ces » sortes de planches 6,000 livres, que touttes les » denrées ayant au moins doublé, il étoit incontestable > que le prix de l’industrie devoit être augmenté... et
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> pour répondre au mépris que je ne scais que trop » que les gens de condition malgré leurs beaux sem- > blans de politesse ont pour tout ce qui n’est que bour- > geoisie comme les artistes, je lui disois, si vous » voulés que Daullé ne mange que des harangs sores >]j'y Consens, mais au moins songés que lorsqu'on » payoit deux mille écus, ils ne valoient que deux liards > et qu'à présent ils valent au moins dix-huit deniers.
» Je n'ay pas sçu s'il avoit été accordé quelque > gratification si bien düe, mais je pense que non. Le » général Betski, quoique très-bon homme, ne parrois- » soit pas généreux et d'ailleurs Daullé mourût à si > peu de temps de là que je crois qu'il en étoit encore > à le solliciter vainement. »
Daullé mourut en avril 17683.
Nous ne pouvons mieux faire, en manière d'oraison funèbre , que de transcrire ici le paragraphe du Journal de Wille qui le concerne. Impossible de trouver un meilleur panégyriste, car nul ne l’a mieux connu :
«20 mai 1763. L'on commença la vente, chez > madame Daullé, des effets délaissés par feu son » mari, qui était mon ami, l'ayant déjà fréquenté il y > a plus de vingt-quatre ans , dans ma grande jeunesse » et lequel est mort, il y a environ un mois. Sa mort > m'a véritablement attristé et je plains sa veuve etses >» deux filles, d'autant plus qu’elles ne sont pas bien à > leur aise. M. Daullé n'avait que cinquante cinq ans, > lorsqu'une fièvre putride l'emporta le neuvième jour » de sa maladie. Il étoit extrêmement prompt dans le » travail et jamais malade. Son œuvre va à environ > 300 pièces parmi lesquelles il y en a plusieurs de
666 LES GRAVEURS DU XVIIIt SIÈCLE.
> réputation et qui sont bien faites et recherchées. » C’est dommage que sa grande facilité dans l'exécution > l'ait emporté quelquefois à n'être pas assez difficile ; » mais il doit avec justice être compté au nombre des » bons graveurs de son temps. L'oculiste Gendron, la » Comtesse de Feuquières, le Quos Ego, la Madeleine, » les Enfants de Rubens, tous trois pour la galerie » de Dresde et plusieurs autres pièces également bien » faites transmettront son nom à la postérité. »
Le chiffre de 300 pièces cité par Wille est exagéré. Le mérite d’avoir fixé, d’une manière définitive. l'importance de l’œuvre de Daullé revient à M. Émile Delignières , d'Abbeville , qui l'a décrit avec beaucoup de soin dans un très-bon catalogue raisonné arrêté à 174 articles (Paris, Rapilly, 1873, un vol. in-8). — Nous renvoyons à ce travail pour la description trèsdétaillée de l'œuvre de Daullé, nous bornant, en ce qui nous concerne , à signaler les estampes qu'il a gravées d’après des peintres du XVII siècle, et à donner brièvement le catalogue de ses portraits, qui lui assurent un rang distingué parmi les graveurs français.
ESTAMPES