DELAFOSSE
en grande partie gravées lui-même 1. Ce sont des Cahiers de Cheminées, Bordures, Médaillons , gravés dans un mode très libre et très large fort décoratif et plein d'invention. L'une des planches de la série des Portes, nous donne les prénoms du graveur, Jean-Charles Delafosse invenit et fecit. Les Vases ornés de figures et d'attributs sont d'une belle tournure, bien qu'un peu lourds, et les Gaînes, très légèrement gravées, portent à la pointe la signature de l'artiste.
Quant aux cahiers de Péédestaux et Socles, de Monuments, de Pendules, de Frises, de Tombeaux, de Trépieds, la gravure en est généralement due à Ch. Beurlier, à Mte Thouvenin, à Littret, à Joly: une série de Vases Antiques est gravée par C. Baquoy : des cahiers de Gérandoles, de Flambeaux, de Calices et Ciboires, de Chandeliers d'Eglise et d'Encensoirs, très bien exécutés sont dus au burin de Berthault.
Delafosse a encore laissé un livre d'Ordres de Colonnes, 20 planches in-folio où il signe architecte et professeur de dessin, qui a été gravé à limitation du lavis par J. B. Lutien; des Livres de Meubles, sièges , canapés , etc. gravés par Tardieu , Berthault et autres.
J. C. Delafosse habitait en 1777, rue Neuve Saint- Martin et / Almanach des Artistes , le désigne comme adjoint à professeur.
1 On en trouyera la description complète et détaillée dans l'ouvrage de M. Destaillélr, qui signale aussi un recueil de 56 dessins originaux de Delifosse à la Bibliothèque du Louvre; c’est dire que maintenant ils n'existent plus et qu'ils ont péri dans l'incendie de 1871.
DELATRE (JEAN-MaRiE).
Delâtre, d’'Abbeville, né en 1746, fut employé par es éditeurs Esnauts et Rapilly à la gravure de quelques portraits de leur collection : Ze Comte d'Evreux, le Dauphin, fils de Louis XV, le musicien Cassanea de Mondonville, Rameau, l'avocat Linguet, et un assez fin Beaumarchais, d'autant plus estimable que les portraits du célèbre auteur sont peu communs et se réduisent à trois, gravés d’après Cochin, par Saint- Aubin , Delâtre , et plus tard, en 1802, par Le Roy.
En 1775, Metle Colombe obtint un succès éclatant à la Comédie-Italienne dans le rôle de Bélinde de La Colonie. Delâtre grava pour Esnauts le profil agréable et doux de cette actrice, qui avait, nous dit un contemporain , de grands yeux, les plus beaux du monde, le regard auguste, noble et tendre, le port et la démarche d'une reine.
Delâtre ne persévéra pas dans le genre du portrait de petit format pour lequel il avait évidemment des dispositions. Il passa en Angleterre , apprit le pointillé sous la direction de Bartolozzi et exécuta ÿn ce genre diverses pièces, notamment d’après Angelica Kauffmann.
DELIGNON (JEAN-Louis).
Élève de Nicolas de Launay, le graveur de vignettes Delignon a été l'un des bons interprètes de Moreau , dans les œuvres mises au Jour depuis 1780.
Un certain nombre des illustrations du Voltaire de Kehl, notamment, sont dues à son burin : dans le théâtre , la Princesse de Navarre, le Droit du Seigneur, Olympie, Agathocte (pièce gravée deux fois, par Delignon et par Simonet); dans la Henriade, /a Mort de Coligny; dans la Pucelle , la figure du chant VII, Dorothée sur le Bücher : dans les Romans et Contes , une des pièces de Candide, etc.
Il prit part aussi à la gravure du Raynal, et lorsque Le Bas et Moreau entreprirent / Histoire de France, plusieurs de ces figures à mi-pages lui furent confiées. Delignon, comme les autres interprètes, y a réussi, mais le mérite de l'exécution ne rachète pas la monotonie de composition et le manque de style de cette interminable série.
Le principal morceau de Delignon se trouve dans le Monumentwalu Costume. c'est l'estampe du Seigneur chez son Fermier, d'une facture très claire, mais qui pâlit un peu au voisinage d'autres
planches de cette suite célèbre. Elle nous montre le petit maître accourant à la campagne, sans doute pour refaire sa santé et ses finances épuisées par les toilettes, les courses de chevaux, les visites aux petites loges , les soupers fins , et les bonnes fortunes menées tambour battant, et décidées par cette sommation décisive : out ow non. Las d’un hiver passé à la cour dans ces appartements toujours trop chauds ou trop froids de Versailles, rassasié des plaisirs du monde , il semble prêcher à son fermier et à sa fille le bonheur des champs et de la vertu. Mais gageons qu'il ne songe qu'à retourner au plus vite dans les bosquets moins naïfs de Trianon.
Delignon a encore gravé d’après Moreau la figure du Joueur, de Regnard (1786). Nous le retrouvons dans l'illustration du Nouveau Testament, dans l'Enéide. in-8, puis, au commencement du XIX° siècle, dans Ovide, de Villenave, et enfin dans les Œuvres de La Fontaine, suite de 1814.
On doit à notre graveur : une partie des suites de l'Itiade et de la Bible. d'après Marillier; des figures pour la Pucelle, d'après Monsiau; quatre pièces , d'après Cochin pour la Jerusalem délivrée : la belle figure de Fragonard pour le Cocu battu et content : des vignettes de l'Histoire Romaine de Myris. Il a terminé, sur des eaux-fortes de Quéverdo, de Baquoy ou de Pélicier, des planches de la Henriade in-4, et du Télémaque, in-12, d'après Quéverdo.
Delignon a encore été l'un des graveurs employés par Couché pour reproduire les tableaux de la Galerie du Palais-Royÿal. Ha signé entre autres {a Nourriture d'Hercule, d'après J. Romain, une Descente de
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Croix, d'après À. Carrache, la Samarilaine, d'après l'Albane, un Saint Sébastien, d'après Le Guide, Saint François, d'après le Dominiquin, l’£Entèvement d'Europe, le Départ d'Adonis, et la Délivrance d'Andromède, d’après Titien.
Le contrat suivant signé entre Delignon et Laurent pour une des planches du Musée Français, va nous apprendre quel prix était payé au graveur pour ses planches d'après des tableaux de maître : « Compromis > passé entre nous Jean Louis Delignon et le sieur Pierre > Laurent tous deux exerceant la même profession, » sommes convenus des conditions si-dessous moi > de Lignon m'engage de graver d'après un dessein > fais d’après le tableau du Dominiquain , représentant > Thamoclée devant Alexandre, de mettre toute la per- > fection qu'il me cera possible et de rendre la planche » terminée au mois de décembre prochain. Et moi > Laurent promet de remettre en payement la somme > de deux mille livres en trois payement egeaux , le » premier aux épreuves de l’eau-forte, le second aux > épreuves et l’entier et dernier payement en recevant > la planche. A Paris ce sept février 1792. Aprouvée > l'écriture ci-desus.— Pierre Laurent. — Delignon. »
Dans l’estampe pure , nous remarquons la signature de notre graveur sur les Offres Séduisantes, de Lavreince. C’est une « jeune femme très-aimable » debout près d'un jeune homme assis qui lui présente un écrin pendant qu'une vieille les épie. Ne semblet-il pas que tandis que les estampes galantes ne visent d'ordinaire que l'entraînement des sens, celle-ci souligne le côté vénal de l'amour. C’est une note assez rare dans l’estampe.
DELVAUX (REemi-HENRI-JosEPH).
Cet artiste a été le graveur privilégié de Cazin; fallait-il à l'éditeur Rémois un portrait , une vignette pour quelqu'une de ses nombreuses publications dans ce petit format si connu des bibliophiles, vite il s’adressait à Delvaux. Celui-ci passe même pour avoir gravé quelques-unes des suites érotiques que l'éditeur en question ne se faisait pas faute de produire.
Remi Delvaux né à Lille en Flandre en 1750, (élève, d'après A. Dinaux , de l'excellent graveur Noël Le Mire) a collaboré au Cabinet Choiseul (1781), pour une marine de Bakuysen, à la Galerie du Palais- Royal, pour une planche du tableau de l’Albane, Noti me Tangere, mais la grande occupation de ce graveur a été de reproduire les suites de la seconde manière de Moreau ; il a été l’un des artistes préférés du maître de la vignette pour graver avec une cerlaine douceur les longues figures de femmes des Zdylles de Gessner et des Lettres à Emilie. On retrouve son travail correct dans les Figures de l'Histoire de France, dansle Nouveau Testament, dans les Œuvres de La Fontaine (1814) et dans d'autres ouvrages.
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Delvaux est aussi l’homme des réductions ; c’est lui qui réduit dans un format in-16 les grandes figures de Moreau pour la Psyché de La Fontaine (1797), c'est lui encore qui réduit en partie les figures du même artiste pour une nouvelle édition des Œuvres de J.-J. Rousseau (1788-93).
Delvaux a gravé l'une des plus jolies pièces des Confessions. de J.-J. Rousseau (édition de Defer de Maisonneuve), celle où la scène représente M° de Warens lacée par Claude Anet pendant que Rousseau la contemple amoureusement. La gracieuse composition de Monsiau a été remarquablement bien gravée par Delvaux. Il a encore collaboré aux Contes de La Fontaine, illustrés par Desrais, aux Elègies de Properce, au Faublas, aux Œuvres de l'Abbé Prévost et de Ze Sage. au Cabinet des Fées, de Marillier , aux (Œuvres de Tressan.
Delvaux a été nous l'avons dit , un assez fin graveur de portraits. Bien qu'annoncés sur les planches comme gravés d'après les originaux, Vivien, Rigaud, Nanteuil, Largillière, ce ne sont la plupart du temps que des copies de planches antérieurement exécutées par Ficquet, ou autres. Quoi qu'il en soit, ces minuscules effigies remplissent bien le but que se proposait l'éditeur de donner une idée à peu près exacte de la physionomie de l'auteur dont il réimprimait les œuvres. Citons ceux de M" de Sévigné, Dorat, Racine, Bossuet, M" Du Chatelet, Jeanne d'Arc, Gressel, Molière, La Bruyère, Piron, Crébillon, tous assez finement gravés. Il réussit notamment le portrait de Bacon, de J.-J. Rousseau et du petit La Fontaine, qui accompagne la suite de Psyché. Son
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défaut est de faire gris, aussi bien dans les pièces terminées que dans les eaux-fortes. Rien de plus rare du reste que ses eaux-fortes de portraits.
Delvaux, en résumé, eut un petit talent et sentant que les grandes pièces n'étaient pas son fait, il eut le bon goût de ne pas sortir de son petit genre, le portrait ou la vignette de minime format.
Remi Delvaux essaya de s’anoblir en signant timidement DElvaux mais il ne poussa pas plus loin la tentative.
Il a laissé un fils. Marie-Auguste Delvaux , né en 1786, qui a également gravé sous la direction de son père. Ils demeuraient tous deux 1, rue de Condé.
PORTRAITS