‹ Les graveurs du dix-huitième siècleChapitre 40 sur 275 · AVELINE (PIERRE · texte numérisé non relu

AVELINE (PIERRE

des tableaux qu'il y avait reproduits, comme l'explique le premier des deux quatrains inscrits sous l’estampe :

Watteau dans son Enseigne à la fleur de ses ans Des maistres de son art imite la manière,

Leurs caractères différents ; Leurs touches et leur goût composent la matière 1.

En 1737 Pierre Aveline brigua l'honneur de faire partie de l’Académie Royale ; il y avait été agréé à la condition de graver, suivant l'usage, deux portraits pour sa réception. On lui confia ceux de Galloche et de de Troy. Au bout de quelques années il fit savoir « que la situation de ses affaires ne lui permettait pas de finir les deux portraits qui lui avaient été imposés ; » et l’Académie ordonna le 2 janvier 1742 que la susdite agrégation serait rayée du registre et que défense serait faite au sieur Aveline de prendre la qualité de graveur du roi.

Pierre Aveline est mort, en 1760 , dans l’indigence. Huber dit de lui qu'il jouirait d’une plus grande réputation s’il n'avait pas consumé une partie de sa vie à ne graver que des croquis, ets'ileût été plus difficile dans le choix de ses sujets.

1 Une rare épreuve de l’Enseigne, avant la lettre, avant les derniers travaux et le changement sur la porte vitrée du fond, a été payée 625 fr. à la vente Béhague 1877.

AVRIL (JEAN-JAcQUESs), dit l'Arné.

1744 où 1756 — 1823.

Ce graveur , auquel Huber et d’autres auteurs attribuent l'honneur d’avoir ramené la gravure au burin à ses vrais principes, tant par le choix des sujets que par l'intelligence de l'exécution , était élève de Wille, à qui il a dédié l’estampe de /a Double récompense du meérile, d’après la peinture de son fils. Il était né à Paris, comme l’a écrit Nagler, en 1744, ou, suivant Huber, en 1756. Ce qui pourrait nous faire tenir pour la seconde date , c'est que la lacune du Journal de Wiälle (dont un volume manuscrit a été égaré) porte précisément sur les années 1776 à 1783, époque où Avril, ayant 20 ans, aurait dû être dans l'atelier de Wille, qui, si son élève y avait été plus tôt, n'aurait pas manqué d'en parler , comme il l’a fait de tous les autres, tandis qu'il n’est fait mention de lui qu'une seule fois et beaucoup plus tard , à propos de sa tentative de faire partie de l’Académie de Peinture. Mais ce qui confirinerait la première , c’est qu'il aurait eu un fils de bien bonne heure (1771), s’il n’était né qu'en 1756 , et qu'aussi ses principales productions se placent vers 1770-73, c'est-à-dire à un àge où l’on na pas habituellement autant d'acquit.

La première partie de la carrière d'Avril sembie avoir été plus particulièrement consacrée à la gravure d'ornement : Livre de six bouquels, 2" Livre de bouquets, Livre de Corbeilles el Vases de fleurs, d'après L. Tessier, peintre du Roi pour les fleurs, Petit Cahier de Roses , peintes par Mlle Basseporte et surtout une grande série très-décorative et qui a été fort mise à contribution à l’époque pour l’ornementation des étoffes et meubles, et qui a pour titre: Œuvres de fleurs, ornements, carlouches et sujets chinois , très-utiles pour manufactures d'éloffes de Soyes, d'Indiennes, de Perses, de Péquins et de papiers de Tantures, invent. et dess. par Jean Pillement, 1* peintre du Roi de Pologne. Ces divers sujets qui comprennent des séries de Parasols chinois, de Cartels chinois, de Balançoires chinoises, d'Oiseaux chinors , etc., ont été gravés par J.-J. Avril de 1771 à 1773.

Remarquons encore , parmi les planches de notre graveur exécutées pour les livres, des vues et des oiseaux d'après Sonnerat pour un Voyage aux Indes el à la Chine, in-4., la Bataille de Bouvines, Jeanne Hachette défendant Beauvais, etune autre scène de bataille ,3 pièces in-fol. en larg. pour les Tableaux des Franças.— Planches pour un Zivre d' Anatomie et pour le Musee Français, de Robillard et Péronville.

Enfin parmi les portraits gravés par J.-J. Avril, celui de ’Abbé de Saint-Pierre, et celui de Ducs, in-4. — Les portraits de Marie-Thérèse, de Marie- Antoinette, de Joseph IT, et de Louis-Auguste, Dauplin de France ,in-4, c'est-à-dire la mère, la fille, le fils et le gendre, tous quatre datés de 1770.

Voici une lettre d'Avril où il est question du portrait de M" Vigée Lebrun, qui nous fixera absolument sur l'époque précise où ila été exécuté.

« Au citoyen Abraham Fontanelle, conservateur » du Muséum et m* libraire et d'estampes à Mont- » pellier.

» Paris , le 6 vendémiaire l’an 5%.

» Mon cher ami, je te donne avis que j'ai reçu les > 220 fr. après bien des difficultez. Je te remercie et » la présente te servira pour solde, jusqu’à ce jour. » Je suis maintenant à terminer le portrait de M°* >» Lebrun tenant sa fille sur ses genoux, peint par » elle-même. Dans trois ou quatre mois il sera achevé, > ainsi je pourrai t'en faire passer une épreuve et » j'attendrai ce moment pour t'envoyer aussi une > ép" de la bataille d'Hondscootte. Je ne puis te dissi- > muler que j'ai été surpris que dans beaucoup de tes » lettres tu me marque que tu a toutes mes estampes » et que tu n’en vend point.

» Jet'avoue que je ne comprend point pourquoi on » achette les ouvrage d’un artiste, dont on ne peut se » procurer le debit. Il faut espérer que ce ne sera pas > toujours de même. Je puis t’assurer que mes plan- » ches d'histoire ont tirés 3 mille. Ainsi ies autres » m®% ne sont pas si malheureux.

> Mes respects à Madame. Tout à toi, ton bon ami » Avril !».

Avril a encore gravé une scène de Pygmalon

1 Cette lettre nous a été très-obligeamment communiquée par M. Émile Cottenet , dont la belle collection d’autographes d'artistes est toujours libéralement ouverte aux travailleurs.

d'après Marillier, dont Dorgez fit l’eau-forte, quelques jolies pièces d’après Borel, des marines de Vernet, une série d’estampes d’après les académiques compositions de Le Barbier et un nombre considérable de grandes pièces. C’est sur une de ces planches, l'Etude qui veut arrêler le Temps, d'après Ménageot, qu'il avait compté pour être agréé de l’Académie Royale de peinture. Wille raconte dans son Journal (25 juillet 1789) que, cédant à ses prières, il avait accepté de l'y présenter, mais que son travail fut peu goûté et que, conseillé par ses amis, Avril retira son estampe et sa candidature pour éviter un échec.

Avril, pendant la Révolution, s’occupa de l’embellissement des cimetières, et voulut créer des fêtes des morts. Il adressa à ce sujet, à la Commune de Paris, un rapport rédigé par lui, au nom de l'administration des Travaux publics.

Sur quelques-unes de ses estampes, on trouve l'adresse suivante : à Paris, chez Avril, rue de la Lanterne, chez le limonadier, à côte de St-Denis de la Chartre.…. En dernier lieu il demeurait rue Cassette. C’est là qu'il est mort en 1823, laissant un fils, graveur comme lui et portant les mêmes prénoms. Son portrait a été gravé par ce dernier.

L'œuvre d'Avril monte à plus de ing cents pièces, suivant Joubert. Mais qu'il est peu séduisant à parcourir! On dirait un concours de dessins exécutés par des élèves d'écoles primaires ! Avril, en somme, fut un fervent adepte du pire des genres, le « genre ennuyeux ». — À part les chinoiseries qui, après tout, font honneur à la facilité du dessinateur Jean Pillement, à part peut-être l’Offrande à l'amour et le Serment

de fidélité, ses meilleures pièces , il fut ennuyeux par le choix de sujets, qu'il rendit plus ennuyeux encore par une exécution malhabile et pénible , lourde, sans lumière , aussi bien dans l’estampe de Sainte Geneviève, d'après Carle Vanloo, que dans le petit portrait de l'Abbé de St-Pierre où dans Pygmalion et Galatée, agrandissement déformé et ridicule d’une gracieuse vignette de Marillier, aussi bien dans cette rgrande machine intitulée {a Régénération de la Nation française, que dans les compositions de Le Barbier, Coriolan et Vélurie, Pénélope et Ulysse. Cela a pourtant émerveillé toute une génération, C’est là ce fameux « choix de sujets >», cette « intelligente exécution » dont parle Huber, qui va jusqu'à qualifier /e Combat des Horaces et des Curiaces, et le Dévouement pour la Patrie d'« estampes capitales, qui font époque dans l’art renouvelé en France ».— Renouvier voyait pius Jusie, quand ii trouvait Avril « giacé par la pesanteur de ses modèles ! » Pour nous, sans avoir, nous l’affirmons, la passion exclusive et à outrance de l’art du xvin siècle, lorsque nous sommes en présence de ce comble de l'ennui , nous demandons qu’on nous ramène à la décadence , à la corruption de Boucher, de Baudouin et de Lavreince.

Avril s'est rapproché du cadre de la vignette dans une petite pièce de Monnet ( femme sur un nuage tenant de la main droite un triangle inscrit dans un cercle), et par ses adresses :

Goubert, mû Fayancier, au Haut de la Rüe du Grand-Pont, à Rouen.

Jacques Boucher, horloger de l'Observatoire Royal.

Gaudreau, Relieur de Madame la Dauphine, rue des Sepl-Voyes.

Baume de vie, fai par Le Lièvre, Distilateur ordinaire du Roy rue de Seine à Paris.

À Notre-Dame des Victoires, Rue des Lombards. Pierre Delondre, Droguiste et Apothicaire du Roy.

Etiquettes pour Chabannes, Apothicaire de M. le comle d'Artois, Rue du Plessis, à Versailles.

Cartes de visite de Jean Darcel, de M. Ridley.

Mais ces pelites compositions sont loin d’avoir le piquant de celles du même genre exécutées par Chof fard, Gaucher, Masquelier , etc.

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