Louis, Dauphin, fils de Louis XV
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Balechou a gravé ces petits portraits avec la fermeté ordinaire de son burin. Nous avons vu celui de Warin avant la lettre.
Ajoutons, en terminant, une remarque générale au sujet des états des portraits de Balechou. Il est évident qu'il n’a pas été fait de Lirage régulier d'epreuves avant la lettre. Ces épreuves sont, par suite, d'une telle rareté, qu'il ne faut compter que sur un heureux hasard pour les rencontrer. En d’autres termes, chercher à réunir un œuvre de Balechou avant la lettre, c'est entreprendre un travail impossible à mener à bonne fin. Il faut, avec ce graveur, s'en tenir à de belles épreuves choisies avec soin. Pour citer un exemple à l'appui de notr dire : la magnifique collection Béhague ne contenait aucun portrait de Balechou avant la lettre, et le catalogue Didot n'en mentionne qu'un seul.
Les BAQUOY.
I. — Le chef de la dynastie des graveurs Baquoy, Maurice BaQuoy , est né vers 1680. Il a laissé, en fait de vignettes pour les livres, plusieurs pièces d’après les dessins de Fr. Boucher , pour l'Histoire de France du Père Daniel, et des planches pour l'Histoire de St-Germain des Prés, in-fol. (1724).
Il est mort le 6 août 1747.
IT. — JEAN-CHARLES BAQuoY, son fils, né à Paris, le 16 juin 1721, mort le 24 février 1777 , est un des bons graveurs de vignettes, qu'il signe généralement C. Baquoy. Ses préparations à l’eau forte surtout sont traitées d’une pointe chaude et lumineuse. Son œuvre est riche en jolies pièces disséminées dans une bonne partie des meilleurs ouvrages illustrés par les vignettistes célèbres.
On trouve des planches de sa main dans : /e Palais du Silence, conte philosophique, 1754 (frontispice), le Trailé des Diamants, de Chapotin, 1754, in-42 (vignette de l’épître dédicatoire à M.le prince de Condé): la Méthode pour apprendre le dessein, de Jombert . le Recueil de Voyages, de l'abbé Prévost. Ces pièces ont été exécutées d’après Cochin, ainsi que des fleurons
pour les Oraisons funèbres du Dauphin el de la Dauphine (1766).
Il a signé le titre de l'Atlas de Robert de Vaugondy.
Son nom figure encore sur plusieurs planches d'Oudry, pour les Fables de La Fontaine (1755), parmi lesquelles , 4 Mort et le Malheureux, le Lièvre el tes Grenouilles, l'Oracle et l'Impie, l'Avare qui a perdu son trésor ; la plus réussie est peut-être le Fou qui vend la sagesse.
Charles Baquoy a peu gravé d’après Gravelot:
quelques vignettes pour le Décaméron de 1757, les Contes Moraux de Marmontel, les Almanachs Iconologiques (la Navigation, la Poësie, la Sculpture. moins la tête de Louis XV qui est de Le Mire), les Œuvres de Corneille, éditées et commentées par Voltaire au profit de la petite fille de l'illustre poëte (/a Suite du Momtour, Alfila). Le prix convenu pour la gravure de chacune de ces dernières planches (c'est Gravelot qui nous l’apprend dans une lettre adressée à Garrick), était de sept louis, mais on put croire un moment que l'ouvrage paraîtrait sans illustrations, à cause des retards apportés par Gravelot à l'exécution des dessins et des lenteurs de leur gravure. Aussi Voltaire , dans ses lettres à son éditeur Cramer, donnait-il au diable dessinateur et graveur : « Je serai » mort avant qu'on ne puisse donner l'ouvrage au > public ! exclamait-il. J'ai toujours pensé que ce misé- > rable et vain ornement des estampes était très- » inutile ! Je vous conjure de dire à Gravelot qu'il faut > absolument donner l'ouvrage entier dans le cours de » 1762. Il ne peut faire 32 estampes dans un temps si » court, il faut se partager, supposé qu'on veuille des
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> tailles douces. Quoi! j'ai fait vingt commentaires et » il n'y a pas une estampe de commencée ! Il est encore > temps de mettre ordre à tous les embarras en prenant > une ferme résolution de travailler sans estampes, en > diminuant le prix, à moins que l’on ne soit sûr des » graveurs qui s’engageront à donner les estampes » dans un temps convenu. »
Font encore partie âe l’œuvre de GC. Baquoy, un titre et des figures pour les Œuvres de Moncrif, trois petites têtes de page pour le Roman Comique, enlevées avec esprit d’après les dessins de De Sève ; d’autres têtes de page de Le Lorrain pour un grand Roland furieux qui n’a pas été publié : la Pose de la première prerre de l'Égtise Ste-Geneviève par Louis XV, quatre fleurons d'après Marillier pour les Fables de Dorat (Le Loup et le Berger, le Chapeau), et d’après Monnet deux figures pour le Temple de Gnide mis en vers par Colardeau, notamment la voluptueuse vignette de Thémire, Vénus et les Grâces, sujet gracieusement rendu , surtout dans l’eau forte et dans les épreuves d'artiste avant l'inscription ro xxkke sur l'autel.
Mais Baquoy a principalement gravé d'après Eisen, dans les Contes de La Fontaine , dans Phrosine et Métidore de Gentil Bernard (dessins bien médiocres ; quand il est mauvais, Eisen ne l'est pas à demi). Bien supérieur à ces dernières figures est le titre de l'Art d'Aimer, avec ses attributs galants et ses, guirlandes de fleurs entourant de petits médaillons où se jouent des nymphes et des amours microscopiques. C'est un chef-d'œuvre de composition et de gravure. Nous retrouvons Baquoy dans Ovide (Médée rajeunissant Eson , Orphée mis en pièces par les Bacchantes ,
Daphné changée en laurier, cette dernière figure d'après Monnet), et dans cinq fleurons pour es Baisers de Dorat, délicieux comme tous ceux de ce merveilleux bijou auquel dix graveurs ont travaillé et qui semble sorti d’une seule et même main, tant l'exécution en est homogène. Trois jolis livres ont même dû leur ornementation à la collaboration exclusive d'Eisen et de Baquoy :
Les Saisons, de Thompson (Paris, Chaubert 1759, in-12; deuxième tirage en 1779. Titre, vignettes et culs de lampe). La gravure semble un peu noire; quoi qu'il en soit, l'interprète a bien compris et rendu Eisen. Nous connaissons des épreuves d’eau-forte des figures , et nous avons sous les yeux le titre avant la lettre , retouché par le dessinateur ;
Les Œuvres de Grécourt, 1761, vignettes et fleurons;
Les Quatre Parties du jour, poème traduit de l'allemand de M. Zacharie (Paris, Musier, 1709, grand in-8, 5 figures, 4 en-têtes et 4 culs de lampe). Il y à des épreuves des fleurons en tirage hors texte.
Moreau le Jeune a confié à notre graveur la planche de l'Expérience sur l'Électricité Naturelle, pour le Voyage en Sibérie de Chappe d’Auteroche !, quelques vignettes pour Ovide (Phaëton), et pour la fameuse édition de Molière de 1773 (la Princesse d'Etide,
1 Cette planche et une autre sur le même sujet, gravée par M. de Launay, d'après Le Prince, attirèrent à l’auteur du Voyage en Sibérie des sarcasmes mérités , parce qu'il s'était fait représenter « debout et » impavidum, dans une attitude héroïque et fière, » tandis que la frayeur a étendu à ses pieds les soldats de son escorte et que ses compagnons et les assistants se sauvent avec la dernière précipitation,
« le tout pour donner une faible idée de la grondeur de courage de » M. l'abbé Chappe. »
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l'Amour médecin, M. de Pourceaugnac); enfin Charles Baquoy a eu l'honneur de collaborer au livre qui commence à être considéré comme le plus beau du XVIII siècle , bien qu'il soit plutôt une suite d'estampes, au Monument du Costume. Le sujet de C’est un fils, Monsieur (1776), est l’un des mieux composés de cette merveilleuse série : c’est une nourrice et une soubrette Joyeuses, apportant un enfant nouveau-né au jeune mari qui vient d'être père, et qui attendait l'heureuse nouvelle dans un élégant cabinet de travail. Dans l’estampe des Petits Parrains, qui doit un si étrange effet à l'opposition habilement voulue entre la taille mignonne des deux enfants fiers de leur toilette et de leur importance, et l’énormité d'une roue de carrosse, Baquoy n’a gravé que l’eauforte (1777); la mort a dû le surprendre avant qu'il ait achevé la pièce, qui a été terminée par Patas.
UT. — PIERRE-CHARLES Baquoy, fils du précédent, et dont les auteurs spéciaux confondent imperturbablement les travaux avec ceux de son père, bien qu'il soit facile de les reconnaitre à la signature P. Baquoy, est né à Paris, le 27 juillet 1759. Il était élève de son père et devint professeur de dessin au collège de la Marche ; il est mort le 4 février 1829.
On lui doit des estampes, quelques vignettes d’après Moreau pour le Vol{aire de Kebhl; (une planche du chapitre XIX de Candide, nous le montre dans son début surchargeant de tailles une bonne eau-forte de Pauquet), et celui de Renouard, pour le Nouveau Testament, les Idylles et la Mort d’'Abel de Gessner , l'Énéide in-8, l'Ovide de Villenave , le Musee Robillard; d'après Regnault pour le Temple de Gnide ;
90 LES GRAVEURS DU XVIll® SIÈCLE.
d'après Le Barbier pour les Zdylles de Théocrite, les Liaisons Dangereuses, Racine, les Saisons, le Roman Comique; d'après Marillier, Monnet, Monsiau, Challiou , Chasselat, Choquet, pour la Pucelle, le Faublas de l'an VI,la Religieuse, les Œuvres de Delille ; d'après Myris pour l'Histoire Romaine dont il a été le principal graveur ; d'après Garnerey, pour le Nouveau diable boiteux , tableau philosophique de Paris , an VII; des figures de modes, etc. En somme, rien de nature à fixer particulièrement l'attention.
Dans sa jeunesse, Pierre Baquoy avait exécuté des planches pour un recueil de types parisiens, /e Soldat, le Cocher de Fiacre, le Mendiant, etc.
Nous citerons encore de lui un J. J. Rousseau en pied , et un petit portrait de Lehkain, d'après Lenoir , avec ces vers :
Du costume oublié zélé restaurateur
C'est lui qui dans ses droits rétablit Melpomène À chaque personnage il offre un autre acteur, Il étonne, il impose, il subjugue, il entraîne.
P. Baquoy avait encore gravé plusieurs figures d'après Le Barbier, pour une édition de Daphnis el : Chloë qui n'a jamais paru; une partie des dessins originaux a étè récemment retrouvée.
Deux filles de P. Baquoy , Angélique et Henriette , ont signé des vignettes de Dévéria pour Gr'essel et des planches du Musée Filhol.
BAR (JAcQuEs-CHARLES).
Bar est un graveur à l’eau-forte et au lavis assez médiocre , qui entreprit de publier une série d'habits religieux, inspirée des ouvrages d'Adrien Schonebeek, de Jost Amman, du père Helyot et d’autres sur le même sujet, ayant pour titre : Recueil de tous les costumes des ordres religieux et mililaires, enrichi de notes et de planches coloriées par M. Bar, à Paris, chez l'auteur, Rue du Roi Doré, au Marais. Cet ouvrage, dont les figures sont gravées en eauforte, à la manière du lavis, et coloriées ensuite à la main , commença à paraître, en 1778, par cahiers qui coûtaient chacun 15 livres.
L'auteur disait dans son avertissement que ces figures « donneront une idée plus juste du costume de » chaque ordre que toutes les descriptions, la meil- » leure manière de faire connaître un objet quelcon- » que étant de le mettre sous les yeux. »
Malgré cela nous trouvons l'ouvrage assez médiocre, bien que Basan prétende qu'il est fait avec soin et beaucoup de vérité. Les séries les plus curieuses sont celles des ordres orientaux et des Fakirs de l'Inde, à cause de l'originalité des accoutrements. Bar continuait à graver
ses costumes et à les publier par fascicules, quand il fut surpris par la Révolution. Les costumes religieux étaient alors assez peu de circonstance , à moins de les ridiculiser. Notre graveur mit bravement son drapeau en poche, et continua à faire paraître son livre sous le nouveau titre de : Mascarades monastiques (1792), mais il crut prudent de modifier son nom et signa Rabelli. L'ouvrage ne fut terminé qu’en 17981.
Veut-on savoir avec quelle conscience Bar s’entourait de documents originaux pour dessiner et graver ses costumes; le billet ci-dessous dont nous avons l'original entre les mains nous l’apprendra : « M. Bar » prie Monsieur Maussallé, qu'il a l'honneur de saluer, > de lui faire savoir par son porteur, s’il veut avoir > la complaisance de lui confier pour jusqu'à mardi » matin, les pantoufles turques pour en faire le » dessin qu’il désire insérer avec d’autres chaussures > turques qu'il a déjà, dans son ouvrage.
» Monsieur Maussalé peut compter sur le soin > le plus scrupuleux, personne ne les touchera que » lui.
» Si Madame Maussallé à qui M. Bar présente ses > respects ne pouvait se résoudre à se séparer de ses > jolies pantoufles pour si longtemps, 4 les Lui ren- » drail ce soir. — Paris ce 6 7e 88. »
1 Prix d’adjudication : vente Schérer, 796 fr.; vente Jourdan, 656 fr.; vente Morel de Vindé, 501 fr.
-BARBIÉ (JEAN-BaPrTisTE).
Peu ou point de renseignements sur Barbié dans les ouvrages spéciaux. Huber le passe sous silence. Heinecken le confond avec trois ou quatre homonymes ; suivant Le Blanc, il travaillait à Paris de 1755 à 1779. Nous ne pourrions dire, en ce qui nous concerne, si l’artiste dont nous nous occupons est le même que le dessinateur, membre de l’Académie de Saint-Luc, qui exposa , en 1774, plusieurs sujets du Nouveau-Testament, peints à la gouache d’après les dessins de Cochin, compositions destinées à orner le Missel de la Chapelle du Roi à Versailles.
J. Barbié, graveur au pointillé, a laissé un œuvre peu nombreux , composé des portraits dont nous établissons ci-après le catalogue. Ils sont fins, assez estimés et d'une certaine rareté :
PORTRAITS
1. CATHERINE-ALEXNA II, Impératrice et Autocratice de toutes les Russies — Gravée d’après le Portrait en Email peint à Moscow par J.-C. de Mailly d’après Sa Majesté Imple. Tirée du Cabinet de M. Tiron de Nanteuil, ancien Bijoutier du Roi, rue du Cimetière S. André des Arts, chez qui on trouvera des épreuves,
94 LES GRAVEURS DU XVIlIIt SIÈCLE.
et chez J.-C. de Mailly, Pont Notre-Dame, au Miroir-Royal. —
In-8 orné.
2. Charles III, Roi d'Espagne. — J. Barbié del. et sculp. — A Paris chez Esnaut et Rapilly, à la Ville de Coutances. — In-12 orné.
3. CHEVERT (F. de), Lieutenant-Général, mort en 1769, âgé de 74 ans.— D'après Tischbein. A.P.D.R.— A Paris, chez Isabey, Mi d'Estampes, rue de Gèvres. In-8 orné, avec un bas-relief dessiné par Moitte : « Dans la guerre de 1758, il fut chargé de » chasser l’Ennemi des sommités d’une montagne couverte de » bois. Il prit la main du Marq® de Bréhant dont il connaissait la » bravoure : Jurez-moi, foi de chevalier, que vous et votre Régnt » vous vous ferez tuer, plutôt que de reculer. »