‹ Les graveurs du dix-huitième siècleChapitre 55 sur 275 · BEAU VARLET · texte numérisé non relu

BEAU VARLET

» dont les ouvrages causent une sensation suave » comme eux ; C'est à coup sûr pour conserver ce beau > fini qu'il a mérité le reproche d'introduire la nouvelle » mode de graver autrement que d'après le tableau, » c'est-à-dire le réduire d'abord en dessin pour le > transmettre ensuite au burin. Il est certain qu'à » travers toutes ces manipulations, si je peux me » servir de ce terme, l'esprit de l'original s'évapore ; » il n’en reste plus que le matériel. »

Nous pourrions encore citer beaucoup d’estampes importantes de Beauvarlet, la Conversation Espagnole, le Testament de la Tulipe, une excellente planche , l’Ane et le Petit Cluen, d’après Oudry, pour les Fables de La Fontaine, mais cet artiste nous appartient aussi comme graveur de portraits. Là surtout Beauvarlet est un maitre. Celui de la Comtesse du Barry par exemple, peint par Drouais dans un élégant costume masculin, est d'un beau travail en même temps que le joli modèle est d'une physionomie charmante. Le portrait de Molière, grand in-folio d'après Bourdon, quoique fort bien exécuté, nous semble bien loin du type consacré de notre grand poète comique. Il est dédié par le sieur de Mailly, qui, sans doute, l'avait commandé, aux dues d'Aumont, de Fleury, de Richelieu et de Duras. C'est le portrait de Bouchardon, d'après Drouais , accompagné des outils du sculpteur au bas, qui fut gravé par Beauvarlet pour sa réception à l'Académie Royale, où il fut admis le 25 mai 1776.

On remarque encore dans son œuvre le portrait de Madame Adélaïde de France, d'après Nattier (1756), ceux de Baïllet marquis de St-Julien , d'après Latour ,

de l'Abbé Nollel, professeur de physique des enfants de France , et celui du chimiste Sage : « C'est un physicien » habile de l’Académie des sciences, a écrit Bachau- > mont, si enflammé pour la propagation de l'étude de » la chymie qu'il en fait un cours gratuitement où il » admet tous les honnêtes gens qui veulent se pré- > senter chez lui. Ses élèves, ne pouvant lui témoigner > leur reconnaissance autrement, ont voulu la per- > pétuer en faisant graver son image avec cette inscrip- » tion au bas : Discipulorum pignus amoris. Ils ont » choisi un artiste en état de répondre à l'étendue et à » la durée de leur sentiment. Ils ont jugé le burin de > M. Beauvarlet le plus propre à rendre la physionomie » ouverte et bienfaisante de leur maître. »

Il faut encore citer, parmi les portraits de notre graveur , celui de Banñdieri de Laval, maître à danser des Enfants de France et directeur des Ballets (1770); un gracieux portrait en médaillon âe {a Princesse Galilzin, née Princesse Cantenier, d'après Lefèvre ; un très-joli portrait du Duc de Bourgogne, petit- -fils de Louis XV, d'après Frédou , pour orner son Éloge funèbre écrit par Lefranc de Pompignan. Citons encore une estampe, habile et brillante, l’un des chefs-d'œuvre du graveur, qui se trouve contenir deux portraits, le Comte d'Artois enfant soutenant M% Clotilde, montée sur une chèvre ; les dentelles de la petite princesse y sont traitées à ravir; c’est à propos de cette estampe qu'un estimable écrivain d'art lui a adressé le reproche bien sévère et peu justifié de manquer de respect pour le dessin et la précision de la forme et de n'avoir qu’une préoccupation, celle d'afficher son habileté à tailler le métal. Il faut pourtant bien

BEAUVARLET. 1441

admettre que lorsqu'un artiste a du métier il n’est pas forcé de le cacher et que cette habileté matérielle dans son art fait partie intégrante de son talent. Enfin un très-grand portrait de M Clairon « dans le sujet » de Jason, où cette actrice est représentée en Médée, > que Beauvarlet chargé de recommencer, eut la >» gloire de réussir dans une entreprise où plusieurs » artistes habiles avaient échoué. »

Beauvarlet'a d’abord demeurè rue Saint-Jacques, vis-à-vis la rue des Mathurins. Ce n’est que plus tard qu'il vint habiter rue de Condé. Dans ces divers logements, il eut quelques disciples auxquels il chercha, non sans succès, à inculquer les bons principes et à enseigner les traditions qu’il avait puisées à l'école de L. Cars. On cite parmi ses meilleurs élèves, Malœuvre, les frères Voyez, Binet, Elluin, Dugoure, Hubert, Audouin et Porporati; quelques-uns d’entre eux l’aidèrent dans ses travaux.

Beauvarlet s'était, sur la fin de sa vie. retiré à la campagne ; il y fut attaqué d'une maladie, « qui tourna bientôt en état de langueur. » Il revint à Paris se faire soigner , tout fut inutile, et, le 7 décembre 1797 (17 frimaire an VI), il mourut.

Le graveur , à en juger par le catalogue rédigé par Regnault-Delalande des objets qu'il délaissait et dont la vente eut lieu en sa maison, rue de l'Égalité,ci-devant Condé n° 11, (le 23 Ventose an VIT devaitjouir d'une grande aisance. Ce ne sont que marbres de Caffieri et de Lelorrain, vases d'albâtre et du Japon montés en bronze, pendules avec mouvements de son frère Josse Beauvarlet, lustres, girandoles, meubles en marqueterie ; tout indique l'intérieur d'un homme riche

et d’un homme de goût. Les dessins et estampes non plus que les tableaux n'avaient été négligés. Beauvarlet avait réuni une belle collection de toiles de ses contemporains et les noms que l’on retrouve le plus souvent sont ceux de Restout, Natoire, Coypel, Boucher, les Vanloo, Callet, etc.

Le Blanc a donné une liste à peu près complète de 119 pièces de Beauvarlet. Un autre petit catalogue de cet œuvre, par l'abbé Dairaine , est inséré dans Les Mémoires de la Société d'Émulation d'Abbeville , 1857 à 1860.

Nous donnons la liste des meilleures estampes de Beauvarlet, et un catalogue de ses portraits.

ESTAMPES

1, D'APRÈS LICA GIORDANO

1. ACIS ET GALATHÉE. — L'ENLÈVEMENT D'EUROPE. — LE JUGEMENT DE PARIS.— L'ENLÈVEMENT DES SABINES. — In-fol. en largeur.

Cette série de quatre sujets, traités d'une pointe libre et pittoresque, a été pour beaucoup dans la rapide réputation du graveur. Le Cabinet des Estampes possède la suite des eaux-fortes, très-brillantes. —

Il y a des épreuves avant la lettre, d'autres avec la lettre et les armes, préférables à celles dont la légende est refaite avec les armes effacées.

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