BOND (WILLIAM
Si un sonnet sans défaut vaut un long poëme , on nous accordera qu'un élégant portrait de Madame Tallien , fût-il exécuté au pointillé, offre plus d'intérêt que ces ennuyeuses figures de théologiens et de docteurs inconnus qui ont trop souvent accaparé le talent des grands burinistes. Nous citons donc ici l'anglais William Bond, pour sa curieuse et rare
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d'une longue robe blanche décolletée, les cheveux coupés très-courts. Le modelé du bras laisse bien à désirer , mais l'ensemble n’en est pas moins séduisant. La planche in-fol. en largeur est gravée from lhe original portrait taken in Paris by J. JT. Masquerier .— Son complément naturellement indiqué est le portrait
de Madame Récamier gravé par Cardon.
BONNEFOY (Jacques).
Ce graveur au pointillé , né à Arles, et qui travaillait à Paris à la fin du xvnr' siècle, a exécuté quatre sujets d'après Schall pour les Contes de La Fontaine : (le Büt, le Gascon puni, la Servante justifiée, le Poirier enchanté), compositions d'une facture assez triviale et que leur format ne permet même pas, d’ailleurs, d'utiliser dans un texte in-4.
Heureusement l'œuvre de Bonnefoy comprend d'autres pièces, qui méritent davantage de fixer l'attention : le Cadeau, Honni soit qui mal y pense, d'après Boilly, estampes exposées au salon de 1793, (malgré ce dernier titre, en voyant cette gentille femme assise sur le lit d’un jeune gaillard , et le geste équivoque du drôle, on est bien forcé de mal y penser), et surtout, d'après le même, une grande pièce sur les Incroyables , qui est comme un résumé de tout ce qui a été fait sur ce sujet, et qui à elle seule est plus instructive et plus authentique que tous les tableaux genre Directoire qui ont fait fureur à nos derniers salons de peinture.
La Marche Incroyable, tel est le titre de cette estampe aussi spirituellement dessinée qu’agréable-
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ment exécutée au pointillé. Elle paruten l'an vir, au prix de 6 francs ; le Moniteur du 5 nivôse en parlait ainsi :
« Cette estampe , qui réunit plusieurs caricatures » données successivement au public, est d'un effet » original, et nous invitons les amateurs, et surtout » ceux qui ont des collections de ce genre de composi- > tions à se la procurer. Parmi les groupes dont cette » marche est composée, on remarque la scène d'un » marchand d'argent, dont les traits et l'attitude sont » d'une vérité frappante, des merveilleuses, des > incroyables, des dupes, et surtout un suppôt des > fameux comités révolutionnaires donnant le bras à » une de ces célèbres tricoteuses , dignes prêtresses » du culte de Robespierre. Derrière la marche, on » voit un des élégans du jour renversé dans son >» cabriolet par le mouvement impétueux de son cheval >effrayé, sans doute, à la vue des physionomies
» ble. » Le Moniteur aurait pu citer encore les types du marchand de coco , du militaire , du petit crieur de journaux.
Renouvier signale une pièce sur la machine infernale de la rue Saint-Nicaise, gravée par Bonnefoy. Nous mentionnerons aussi une jolie vignette de Le Barbier, les Amans unis par l'Amour en présence de la Constance. Bonnefoy sculp.. in-8 , au pointillé bistre.
BONNET (Louis-Marin).
Louis-Marin Bonnet, graveur et marchand d’estampes , né à Paris en 1743, et qui, s’il n’a pas trouvé comme il l'a prétendu , le procédé de la gravure en mauière de crayon, dû en réalité à Demarteau , peut du moins s’honorer d'avoir eréé la gravure en imitation du pastel, était allé d'abord exercer ses talents à Saint-Pétersbourg ; mais il n'y resta guère, et revint bientôt se fixer à Paris qu'il ne quitta plus, et qu'il inonda littéralement de ses estampes , gravées par des procédés faciles et agréables qui convenaient admirablement à la reproduction des sujets en vogue, et par dessus tout à l’imitation des voluptueux dessins de Boucher.
Son catalogue dépasse de beaucoup mille pièces, puisque nombre des 1054 articles quile composent sont des cahiers de plusieurs pièces, cahiers de paysages, de vases, de rosaces, de cris de Paris, d'ornements , d'orfévrerie, de chevaux, de principes du dessin, de fleurs, de trophées , d'arabesques , etc.
Nous devons à la complaisance de M. Duplessis d'avoir entre les mains un exemplaire de ce Catalogue d'Esiampes dans le nouveau genre de gravure,
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tant à la manière du pastel qu'aux deux crayons le noir rehaussé de blanc, Sur papier bleu, par le S' Bonnet, gralifié pensionné du Roi pour l'invenhion de ces nouvelles gravures. C'est une petite plaquette de quarante pages, texte gravé. Les articles, au nombre de 1,054, comme nous l’avons dit, sont à prix marqués.
Les pièces les plus chères sont les estampes à titres anglais , le plus haut prix du catalogue est atteint par le n° 300 , à douze livres ; viennent ensuite cinq ou six pièces à neuf livres; puis quelques-unes à trois; la presque totalité des sujets coûte moins d’une livre. Les têtes de femme à plusieurs crayons, quinze sols. Le portrait de Louis XV va jusqu'à trois livres ; mais ceux de Madame du Barry et de la Dauphine sont cotés simplement quinze sols. À rapprocher du prix d'aujourd'hui.
Il ne faudrait pas croire que Bonnet ait gravé de sa main toutes ces pièces; l'indication Bonnet direxit que portent un grand nombre d’entre elles, nous montre suffisamment que sa boutique d’estampes de la rue Saint-Jacques, au coin de celle de la Parcheminerie, au Magasin Anglais , était aussi un atelier où, sous ses yeux, des graveurs en sous-ordre exécutaient, d'une main trop souvent mal exercée, des petits sujets galants pour l'exportation. Il y en a avec cadres dorés , suivant le procède inventé en 1776 par Louis Marin (Bonnet). Cette application de la dorure à l'estampe est le dernier mot du dévergondage artistique.
Nous pensons que c'est par l’intertaédiaire du graveur Vivarès que Bonnet faisait écouler à Londres
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ses produits. Il n’y a pas d'autre nom à donner à ces gravures , qui sentent par trop le commerce et l'article Paris. Bartolozzi n'est donc pas seul l'inventeur de la gravure facile; avant ses procédés sommaires, l'expéditive manière noire était connue, et nous voyons aussi que les Le Prince , les Demarteau et les Bonnet, en France , ne devaient pas avoir précisément le travail pénible.
N'ayant jamais été à même de voir réuni un œuvre complet de Bonnet, nous serions embarrassés pour désigner , à coup sûr, aux collectionneurs, celles de ses estampes qu'on doit considérer comme les meilleures. I faut donc laisser chacun choisir suivant son goût, à mesure que les pièces se présentent, et en sê pénétrant bien de ce principe que les gravures en imitation de crayon et de pastel , et surtout à la sanguine , doivent être d’une pureté absolue, et supportent moins que toutes les autres d’être défraichies.
I. — Les pièces les plus caractéristiques de l'œuvre de Bonnet, sont assurément ces grandes têtes de jeunes femmes qu'il exécuta d’après Boucher ou Lagrenée, en imitant à s'y méprendre le grain du pastel, avec rehauts de blancs, suivant un procédé dont il était l'inventeur et qu'il a décrit dans une brochure : Le Pastel en gravure inventé el exécuté par Louis Bonnet en 1769, composé de huit épreuves qui indiquent les différents degrés. Ce titre seul fait suffisamment comprendre la nature du procédé, coups de planches successifs imprimant chacun une couleur, comme pour notre moderne chromolithographie.
Une tête de Flore, de grandeur naturelle, offre une vague ressemblance avec Madame de Pompa-
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dour ; elle a atteint le prix de 285 francs à la vente Béhague. Une autre portant le n° 59 du catalogue , est Mademoiselle Coypel et se vend quelquefois comme étant Madame Du Barry.
IL. — Non moins remarquables sont les études de Boucher, reproduites à la sanguine, ou à l’imitation du dessin aux crayons blanc et noir, ou à quatre crayons, sur papier bleu où marron. L'illusion est complète. « Les buriristes ne purent reproduire Boucher avec une vérité absolue, dit M. Duplessis, et il ne trouva d'excellents interprètes que dans ces graveurs inventeurs d'un procédé nouveau, la gravure en manière de crayon, procédé qui semble né exprès pour reproduire le dessin de Boucher.» Un exemple parfait de ce genre de pièces nous est donné par une grande étude de Vénus couchée sur un lit de repos, tenant d'une main une touffe de roses et de l’autre caressant une colombe , in-fol. en largeur, ou bien encore par le Sommeil de Vénus, estampe dédiée à Cochin. Bonnet n'a jamais fait mieux.
IT. — Vient ensuite la foule des estampes exécutées par Bonnet ou sous sa direction, têtes de femmes, sujets mythologiques où Vénus et l'Amour jouent le principal rôle, sujets gracieux et galants d'après Le Prince, Huet, Baudouin, etc., etc. : l’Amant écouté, le Berger dangereux, le Baiser donné, le Baiser refusé, le Bouquet accepté, le Bouquet refusé, le Doux Baiser, le Doux Entrelien, les Époux heureux, l'Espoir d'un Heureux jour, l'Eventail cassé, le Déjeuné, le Diner, le Goûté , le Souper, les Douces Promesses. — À côté de La Femme prudente, de {a Femme lrompeée, de la Femme vengeée, on
trouve le Mari complaisant., le Mari galant, le Mari indiscret.
Nous continuons à glaner dans cette ample récolte d'estampes légères: {a Protestaltion d'Amour, le Rendez-vous, la Toilette en désordre, les Regrets inutiles (le xvi siècle affectionnait ce titre), Le Bon logis, À beau cacher, images de fleurs, et puis l’'Heureux Chat , le Serin chéri, l'Oiseau chéri.
On voit, à l'inspection de ces titres, ce que devait être la boutique de Bonnet, et comme elle était soigneusement maintenue « dans le courant ».
Quand vint la Révolution. Bonnet exécuta tout comme un autre ses petites pièces patriotiques : Départ pour le siège de la Bastille, la Bastille détruite, le Tambour National, le Drapeau National, mais ce sont des sujets enfantins, d'après Huet, peu en harmonie avec la gravité du drame politique qui se déroule.
IV. — Bonnet à aussi laissé des portraits, dont nous donnons une liste d’après son catalogue :
Le Comie d'Artois (n°30 du catalogue), 1 livre 4 sols.
La Comtesse d'Artois (31), 1 1. 45.
Le Comte de Provence (32), 1 1. 4s.
La Comtesse de Provence (33), 1 L 4s.
Le Portrail du Roy Louis XV, en manière noire (34), 3 1.
La Copie du Portrait du Roy en rouge (35) in-12, 15 s.
Le Portrai du grand Duc de Russie (36), 15 s.
Louis XVI, Roi de France, accorde une grâce (584), 85.
Monsieur, Frère du Roi, donnant ses ordres sur un plan (586), 8s.
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Madame , et les Dames d'honneur (587), 85.
Monsieur le Comte d'Artois donnant des ordres à un Jacquet (588), 85.
Madame la Comtesse d'Artois donnant sa main à baiser à M. le Duc d'Angoulême (589), 8 s.
Me Dugazon, actrice de la Comédie-Lialienne (820; 1 L.
Mt Colombe, — M°* Desbrosses.
M Vanloo, — le Fils de C. Vanloo.
Joseph IT.
Le Duc de Holstein Gottorp.
Paoli.
Mais les portraits de Bonnet les plus estimés sont ceux de Madame Du Barry et de Marie-Antoinelle.
PORTRAITS
1 DU BARRY (Madame la Comtesse), gravé par Louis Bonnet, 1769. Les Grâces et l'Amour sans cesse l'environnent Et les Arts, avec eux, tour à tour la couronnent. A Paris chez Bonnet rue Galande, pl. Maubert, la porte cochère entre un Chandelier et un Layetier. — Médaillon ovale orné, dans un encadrement carré ; in-8.
Très-rare et curieux. Marqué 15 sols au catalogue sous le n° 37, veuda 200 fr. en 1877.
Une épreuve avant toute lettre dans la collection de MM. Béraldi.