‹ Les graveurs du dix-huitième siècleChapitre 87 sur 275 · ROSLIN, peintre; in-fol · texte numérisé non relu

ROSLIN, peintre; in-fol

29. Le Maréchal de Brissac (?), d'après Allix. — R. Brookshaw fecit à Roven 1776; in-fol.

21. Paoli, Bergeret, Lady Erskine , pièces citées par Le Blanc.

CAMERATA (GIiusEPPrE).

Camerata, peintre et graveur, est né à Frascati ou à Venise le 6 janvier 1718. Il était le fils d’un peintre d’une certaine réputation qui lui donna les premières leçons et le plaça ensuite chez Gregorio Lazzarini. Il serait aussi d’après Le Blanc l'élève de Cattini. Après s'être fait connaître en Italie, il fut appelé à Dresde en 1751, pour collaborer à la gravure des tableaux de la Galerie de Dresde et il devint le principal graveur de la cour.

On lui confia de préférence à reproduire dans ce grand ouvrage, les peintures de l'École Italienne : une Sainte Famille et la Peste d'après Procaccini, plu sieurs œuvres d'Annibal Carrache, l’Assomption de la Vierge, la Vierge, Saint Mathieu et d'autres saints , et la grande composition de l’Aumoône de saint Roch ; d’après Le Guide, un Bacchus enfant, d'après Féti, plusieurs planches dont le Jeune David tenant la lèle de Goliath, belle eau-forte très-énergique, légèrement terminée au burin; d’après Contarini, Joseph el la femme de Putiphar, etc. Toutes ces planches sont soigneusement gravées et font honneur à son talent.

Ce n’est que plus tard qu'il alla travailler à Vienne

et c'est dans cette ville qu'il produisit une curieuse pièce de son œuvre qui représente, sous le titre de une Dame franque de Péra à Constantinople recevant visite, les figures de Marie-Thérèse et de Marie-Antoinette enfant, d’après Liotard. C’est ce peintre qui aurait, dit-on , gravé les têtes et Camerata les corps des personnages.

Camerata a exécuté entre autres portraits ceux du Doge Foscarini, du procurateur de Saint-Marc Conlarini, tous deux in-fol. ; du peintre Bombelli, in-4; de la danseuse Thérèse Zamelli et de la chanteuse Atbuzzi. — 1] faut y ajouter les portraits des empereurs d'Autriche François 1° et Joseph 1°; de l'Electeur de Saxe et du Comte Accaramboni, conseiller de la cour de Dresde.

Camerata est mort à Dresde le 14 mars 1803.

CAMLIGUE.

C'est un graveur peu connu dont Basan n’a pas fait mention. Seuls, les amateurs observateurs regardant les choses de près, connaissent sa signature à la pointe, placée au bas du Pari gagné, dans le Monument du costume, de Moreau. Encore n'est-ce pas une des plus belles planches de cette admirable suite, et il n'y a pas là de quoi mettre un artiste en célébrité.

Mais voici qui est mieux : ce Camligue ignoré est tout simplement l’un des graveurs de la fine petite série du Monument du Costume réduit in—12.

M. Lacroix, qui voit passer sous ses yeux tant de belles estampes de l'École Française , nous a fait remarquer, sur un rare exemplaire avant la lettre de cette réduction, la signature de Camiligue en toutes lettres et en caractères d’une ténuité extrême , sur Les Petits Parrains, les Adieux, la Dame du palais de la Reine.

L'autre graveur serait Guttenberg, dont on peut, non sans difficulté, déchiffrer le nom à l'angle inférieur droit de la planche de N'ayez pas peur , ma bonne ame.

Un exemplaire des figures avant la lettre des gravures réduites du Monument du Costume, avec titre gravé, se vend à Paris chez M. Moreau, cour de Mai, au Palais, à l'Hôtel de la Trésorerie, a ètè vendu récemment 4,000 francs. Sans contester la gentillesse de l'exécution , on nous permettra de ne pas accorder plus d'importance qu’elles n’en méritent à de petites réductions qui ne peuvent nullement tenir lieu et donner l'impression des grandes estampes originales.

Quoi qu'il en soit, disons que cette suite recherchée existe en plusieurs états : avant toute lettre, comme nous venons de l'indiquer ; puis avec les titres , quatrains, numéros d'ordre de 13 à 24, et la mention A. P. D. R.; enfin, en épreuves médiocres dans le volume intitulé Tableaux de la Bonne Compagnie, Paris, 1787, in-8, les vers et le privilège sont alors effacés.

Le titre gravé de ces 12 petites estampes est fort rare.

Nous n'avons encore rencontré qu'une seule épreuve de cette suite à l’état d’eau-forte {les Délices de la Maternité, dans la collection de M. Mühlbacher).

Les CAMPION.

C'était une mode au XVIII siècle de s'essayer à la gravure à l’eau-forte. Reproduire les traits d'un ami, enlever d’une pointe bien souvent malhabile la vue du château où l’on recevait l’hospitalité, rapporter d'un voyage des souvenirs à jamais confiés au cuivre , copier des dessins de grands maîtres, pasticher des eaux-fortes de Rembrandt ou de La Belle, était un complément forcé de l'éducation pour tout homme se piquant de dispositions et de goût pour les arts.

Le comte de Caylus reste le plus brillant exemple d’un amateur doublé d’un véritable artiste ; M®° de Pompadour, l’abbé de Saint-Non, Watelet, le comte de Paroy, M. de Jullienne, De Non et tant d'autres gens du monde se donnaient le plaisir d'égratigner le cuivre, non sans bonheur parfois ; Campion, directeur des fermes , poëte et graveur à ses heures, ne fut pas l’un des moins habiles parmi cette foule d'amateurs et mérite qu'on lui conserve une petite place dans l’art du -XVIIF siècle.

CHaRLEs-MIcHEL CAMPION , né à Marseille le 28 septembre 1734, était le second fils de Joseph Campion, directeur général des tabacs dans cette ville, et le

frère ainé de l’abbé Campion de Tersan!. Conduit tout jeune à Paris, il fit ses études au collège Louis-le- Grand et se lia avec Gresset, ce qui lui donna sans doute ce goût prononcé qu'il conserva toute sa vie de faire des vers. Ses études achevées, Campion revint à Marseille en 1752, rapportant dans sa patrie , suivant sa propre expression, sa frivole jeunesse; mais il savait déjà entremêler ses plaisirs d'essais artistiques. Son parent, David, professeur à l’Académie de la ville, lui avait appris la gravure; ces premières leçons se traduisent par une tentative d'eau-forte représentant une Grotte dédiée à monsieur mon père, plus tard par des reproductions assez faibles d’eaux- fortes de Rembrandt (1760-64) et par divers paysages gravés d'après les dessins de ses premiers maîtres, David et Henry, intitulés les Dédicaces parce que chaque pièce est dédiée à une personne différente (1764). Lorsque Joseph Vernet séjourna à Marseille pour y peindre le tableau bien connu de 'Enirée äu Pori, Campion devint un de ses bons élèves ; enfin il reçut encore les conseils de Cochin et d'Ozanne, à leur passage en Provence. Il était en même temps employé assez médiocre dans les bureaux des contributions, quand, à la mort de son père, M. de Saint-Amand , fermier général et ami de sa famille, le fit nommer, à l’âge de vingt-trois ans, directeur des fermes à Antibes. C’est de là qu'il a daté une série de Vues du Port et de la ville d'Antibes (C. Campion sculp. Antipoli), assez habiles

1 Une partie des renseignements biographiques sur Charles Campion sont extraits d’une brochure de M. Olivier de Ceinmar, publiée à Marseille en 1878, et extraite elle-même de papiers appartenant à M. le marquis de Clapiers.

et où se retrouve la trace des enseignements des Ozanne et des Cochin. De cette époque est aussi une suile de 13 petites estampes rondes , dédiées en 1762 à Me Loir, la fille du peintre de portraits, venue en Provence étudier la belle lumière du midi, et qui, dit-on, y collabora ; enfin des eaux-fortes d’après Frago, datées d'Antipoli 1765. Campion avait souvent à Antibes la société de son frère Charles-Philippe, grand travailleur et archéologue, qui se consacra de bonne heure à l’église et obtint, par l'influence de M. de Montesquiou, le bénéfice de Tersan, qui lui permit de se livrer à ses travaux d'archéologie. Les deux frères allèrent plusieurs fois, chacun de leur côté, en Italie et une petite estampe nous représente notre graveur accueillant au retour l'abbé de Tersan qui débarque avec plusieurs ballots sur lesquels on lit : picluræ , libri rari, et au bas : Campion reçoit son frère plus chargée de livres que d'argent, ce qui nous montre que, déjà à cette époque, l'abbé de Tersan dépensait tout son avoir pour enrichir sa collection. Après huit ans de séjour dans sa petite ville de Provence,Campion éprouva le besoin de changer de résidence ; d’ailleurs un de ses amis, Mgr de Jarente, évêque de Digne , avait été appelé à l'évêché d'Orléans. Notre graveur sollicita et obtint d’être nommé contrôleur général des fermes dans cette ville. C’est à ce prélat qu'il dédia du reste un de ses plus jolis paysages , une Vue de Meung-sur-Loire où l’évêque se retira à la disgrâce de Choiseul. La communauté des goûts devait aussi le lier avec Desfriches, négociant, dessmateur et collectionneur de tableaux. Il semble même que la liaison ait été fort intime avec toute la famille, car dans une

suite de quatre paysages des Saisons (Aureliæ, 1770- 73) le Printemps est dédié à Mete Félicité Desfriches, l'Eté à M. Desfriches , l'Aulomne à M"° Desfriches et l'Hiver à M. Soyez, ingénieur des Levées, leur ami. D’autres sujets, toujours d’après ces petits paysages de Desfriches, si soignés et si fins, exécutés sur papier préparé et où les lumières s’enlèvent au canif, les Quatre heures du Jour (1770-71) sont dédiés à une autre personne de ses amies, Madame Brion de Jouy ; du reste Campion, aimable, galant, artiste et faisant de petits vers, était bien reçu partout. Il avait été introduit dans la meilleure société orléanaise par la Marquise de Pille, la sœur de l'évêque, et bientôt le graveur eut à dédier chacune de ses eaux-fortes à ses nouvelles relations à M. de Cypierre, Intendant d'Orléans, une petite Vue de la Place du Marlroy exécutée avec esprit, et qui est un de ses bons morceaux; à Madame de Cypierre,une suite de Vues des bords de la Loire (1770) et à Madame de Guillonville , une autre série des Bords du Loiret. Un sentiment plus doux passe pour l'avoir uni à cette Jeune femme qui ne repoussa pas ses hommages : « Peu de temps avant l’arrivée de Campion à Orléans, » Me Félicité Sylvie de Sablon avait épousé M. de » Guillonville, contrôleur général des domaines , qui, » il faut lui rendre cette justice , ne s’occupa jamais de » sa femme, sûr qu'il était, sans doute, de sa vertu. » D’après le portrait que nous en a laissé son adorateur, » c'était une blonde et svelte personne, au pied mignon » et à l'œil provocant. L'ensemble de la physionomie » avait ce quelque chose qui est une attraction de plus > chez une jolie femme. Campion était de petite taille, » un peufortsans embonpoint, avec des yeux expressifs;

> il avait un air de scepticisme qui n’excluait cependant » pas la bienveillance. Par la loi des contrastes, ces » deux personnalités devaient s'attirer et se plaire. > Éminemment artiste par l'esprit, mais ignorante des » principes de l’art, M de Guillonville trouva dans > Campion un maître attentif et aussi, ce qu'il n'avait » jamais été, un esclave docile , n'ayant d'yeux que > pour son élève. »

Tout conspirait du reste pour perdre cette charmante Madame de Guillonville , dont Campion nous a laissé un si piquant portrait suspendu dans les fleurs d’un encadrement à la Choffard. L'hiver, c'étaient les répétitions des comédies de salon que l’on jouait chez Madame de Cypierre et où l’on représentait tout spécialement /e MariSylphe, comédie déjà produite par Campion , son auteur, dans les salons de Marseille. L'été , on allait dessiner aux bords feuillus et mystérieux du Loiret, ou bien l’on villégiaturait dans ce magnifique château de La Chapelle Saint-Mesmin, que Campion a reproduit sous toutes ses faces. C’est là surtout que le galant provençal donnait à sa gracieuse élève des leçons d'eau-forte, dont nous retrouvons au surplus la trace dans une toute petite vue de ce château dédiée à M. de Guillonville par son épouse.

Campion, l'été, habitait tout à côté, à Olivet, et passait de longues heures auprès de son amie ; ne se contentant pas de reproduire la nature en la gravant, il jetait les bases de deux grands poëmes, la Peinture et {a Peinture en paysages ou le Loiret. Ces poëmes sont restés manuscrits, mais notre graveur avait pour les orner gravé quelques culs de lampe qui sont venus jusqu’à nous.

272 LES GRAVEURS DU XVIIlt SIÈCLE

.. Campion quitta Orléans, dont il a griffonné agréablement uue petite vue accompagnée de deux médaillons dont l’un représente le portrait de Louis XV et l’autre la façade de la cathédrale, après onze ans de séjour bien remplis, pour retourner à Marseille, où l’appelait sa nomination de contrôleur général des fermes. Il fallut alors sacrifier les intérêts de son cœur à ceux de sa carrière , et le souvenir de celle qui avait été son idole , Madame de Guillonville, dut bientôt s'estomper doucement dans les brunes de l'absence et du souvenir. Mais il était dans la destinée de Campion, bien que revenu des illusions de la jeunesse, d’adorer les femmes des directeurs des domaines et de ne les point trouver cruelles ; c’est encore à l’une d'elles, Madame de La Haye, dont le mari habitait Aix, mais

. qui venait souvent à Marseille, que notre graveur adressa ses derniers vers et offrit ses derniers élans amoureux.

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quelques portraits, d’abord celui du son bienfaiteur , M. de Saint-Amand , d'après M Loir, avec ces deux vers au-bas :

L'amitié trouverait son ouvrage parfait Si l’art peignait le cœur comme il rend le portrait.

Puis celui de François de Regny (1760), d'après Cochin, et la charmante image de Madame de Guillonville, qu'il a répétée deux fois, de format in-12 avec ornements et in-8.

Campion faisait partie, depuis 1776, de l’Académie de Marseille, dont il était un membre très-actif. Il

mourut d'une attaque d'apoplexie le 28 mars 1784, laissant à son frère une belle bibliothèque et une remarquable collection de tableaux et de gravures.

C’est à son frère cadet , CHARLES-PHILIPPE CAMPION DE TERSAN , né à Marseille en 1736, qu'il faut donner un certain nombre de portraits assez médiocres, signés d'ailleurs Tersan; deux portraits de Montesquieu, l’un de format in-4 et l’autre in-12; ceux de N. de Verri, auditeur de rote, de Sauveur-Morand et du géomètre Alexis Clairaut, d'après Cochin. Il faut particulièrement citer le portrait, d'après le même dessinateur, du cardinal Louis de Rohan-Gueménee , dont le profil sensuel, mais peu intelligent, fait bien, ce semble, comprendre le rôle dans l'affaire du Collier.

Campion de Tersan s'était mis de bonne heure à collectionner les antiquités. Ses voyages en Italie furent pour lui d'excellentes occasions d'augmenter les objets d'art de toute sorte qu'il réunissait. Sa collection était installée à l’Abbaye-aux-Bois et classée dans plusieurs salles suivant les objets et les contrées ; dans l’une se trouvaient les médailles , dans une autre les cartes, les estampes et les livres, dans une troisième les curiosités chinoises, dans une quatrième celles de l'Inde , tous objets dont il se servait pour ses travaux d'archéologie.

L'abbé de Tersan mourut le 11 mai 1819. La vente de sa collection eut lieu la même année , mais de son vivant une partie des plus belles pièces avait été vendue à l'amiable.

Un catalogue des estampes gravées par Charles Campion, en 151 numéros , a été dressé par M. Olivier de Ceinmar, Marseille, 1878, in-8. Outre les pièces

que nous avons déjà citées, nous y relevons les suivantes :

Suite d'estampes pour l'illustration de l'£rmite de Northumberland et du Mari Sylphe.

Vignettes pour le Village abandonné.

Vignettes pour le poëme sur /a Peinture.

Première et seconde Vue de Blois (1772-1773).

Première et seconde Vue de Cannes (1772).

Seconde Vue de Meung, dédiée à Mme la marquise de Pilles (1773), ete...

Les frères Charles Campion et Campion de Tersan n'ont aucun rapport avec les Campion, marchands d'estampes à Paris , rue Saint-Jacques , qui ont édité, entre autres sujets, de fort jolies petites vues de Paris en couleur, {es Incorrigibles au Palais-Egalité , et autres estampes. |

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