‹ Les graveurs du dix-huitième siècleChapitre 94 sur 275 · CARS (LAURENT · texte numérisé non relu

CARS (LAURENT

Le remarquable graveur des figures de Molière dessinées par François Boucher, Laurent Cars, était le petit-fils d'un peintre de peu de notoriété , Jean Cars et de Marie Firens , fille du graveur bien connu de ce nom. Son père Jean-François Cars, graveur à Lyon, vint au commencement du XVII siècle s'établir à Paris. Où et à quelle date est né son fils Laurent ? Mariette, généralement bien informé, le fait naître à Paris en 1699, mais presque tous les biographes lui donnent Lyon comme patrie, tout en hésitant entre les dates de 1699 et 1703. Pour nous , Laurent Cars est né en 1699, puisque dans son acte d'inhumetion du 15 avril 1771, ses trois neveux Quillau déclarent qu'il était âgé d'environ 72 ans. Enfin nous le croyons né à Lyon et non à Paris, à cause de ce fait qu'un portrait de Louis XIV, signé J. F. Cars del. et sculp. Lugd. est daté de 1701. Or Jean-François Cars travaillant encore à Lyon à cette date et la date de 1699 étant établie pour la naissance de son fils, il est vraisemblable que c'est dans cette ville que Laurent Cars est venu au monde. Ce portrait nous fixe également sur l’arrivée à Paris de Cars le père, qui doit être placée à la fin de

1701, car il est à vendre à cette date, chez son auteur, rue de la Savonnerie (près des Gobelins).

Jean-François Cars avait, comme graveur de Lyon, exécuté beaucoup de portraits de personnages de la région, principalement d’ecclésiastiques. Ceux du jeune Prince de Dombes , du Baron de Fléchères, de l'archevêque de Lyon Neufville de Villerot, et de celui de Besançon François de Grammont, en font foi. Il s’efforee alors de marcher sur les traces d'Edelinck et de Nanteuil, mais il leur est fort inférieur et son outil n'a, ni dansles chairs ni dans les étoffes, la légèreté et l'habileté des remarquables graveurs ses contemporains. Quand il vint se fixer à Paris, il produisit encore quelques portraits, mais ceux-là beaucoup plus habiles et plus largement traités; ceux du Cardinal de Polignac d'après Rigaud et de Poncet de la Rivière, évêque d'Angers (1722) marquent l'apogée de son talent.

Touielois sa grande afairée dtait l'exploitation d'un fonds de gravures de thèses, dont il s'oceupa jusqu'à la fin de sa vie !. C'était alors l'usage, quand on concourait pour obtenir les diplômes de docteur en théologie, jurisprudence, littérature, etc., de présenter les sujets sur lesquels roulaient les théses dans des compositions allégoriques magnifiquement gravées et les plus grands peintres comme les graveurs les plus habiles ne dédaignaient pas d'associer leurs noms à celui du candidat. C'est ainsi que pour la Questio Theologica soutenue par Armand, prince de

1 Ilexiste un Catalogue des sujets de Thèses formant le fonds général de M. Cars. Paris, 1771, in-8.

Rohan-Ventadour , un des beaux spécimens du genre, la composition est de Le Moyne et la gravure de Laurent Cars, qui a donné une grande tournure aux figures de l'Étude et de la Religion.

Cars le père prenait beaucoup d'aides et d'élèves pour cette besogne et c’est dans ce milieu que grandit le jeune Laurent. Pourtant on le destinait à la peinture et on le fit même entrer chez le peintre du roi Christophe; il y faisait de rapides progrès , mais son goût le portait de préférence vers la gravure, qu'il avait vu pratiquer dès son enfance, et c’est elle enfin qu'il choisit. Il s'y était préparé par de fortes études : « Étant tout jeune encore, rapporte Gaucher t, il * dessina d’après nature à l’Académie de Saint-Luc, se » mit sur le rang, chaque fois qu'il y eut concours > pour les médailles et remporta la première : mais > plusieurs années s'étant écoulées sans qu'on en > distribuât aucune et cette académie ayant un trop > grand nombre de couronnes à décerner , décida que + tous ceux qui avaient gagné le premier prix concour- > roient ensemble et qu’un seul vainqueur le rempor- > teroit. Cars rentra dans la lice et triompha de ses > rIVAUX. »

Ses débuts dans la gravure d’estampes furent ceux d'un maître. Le peintre Le Moyne, qui se trouvait être l'ami de sa famille, et dont il avait reçu les leçons à son retour d’un voyage en Italie, fait en 1723 avec le receveur général des finances Berger, avait exécuté, inspiré sans doute par les souvenirs de l’école bolonaise, un tableau représentant le sujet d'Hercule filant

! Dictionnaire des artistes de l'abbé de Fontenai (1776).

304 LES GRAVEURS DU XVIilt SIÈCLE.

auprès d'Omphale. Désirant le faire reproduire pour en offrir l'épreuve de dédicace à son compagnon de voyage, il s'adressa à Laurent Cars, qui grava d’un faire large et facile, cet agréable sujet qui rappelle les compositions analogues du Guide et l’estampe fut dédiée Studioso el perilo arlium œslimatort,. François Berger. |

Laurent Cars grava aussi, vers la même époque, d'après un tableau inspiré dans le même voyage à Le Moyne, une toute charmante /ris entrant au bain", au bas de laquelle est inscrit cet avertissement :

Craignez pour votre cœur le plaisir de vos yeux.

Andromède délivrée par Persée , tableau du même maître, peint sous les mêmes préoccupations de l'école italienne, est gravée avec plus de facilité encore et d'habileté. C’est du reste une partie importante de l'œuvre de Laurent Cars que sa reproduction des tableaux du précurseur et du maître de Boucher et c’est sous la direction même du peintre qu’elle fut exécutée. François Le Moyne est un des vrais initiateurs de l'art du XVII: siècle ; mélange de grâce et de réalisme, il ne choisit pas toujours ses types au point de vue de la distinction et de l'idéal, mais si ses figures d'hommes sont souvent lourdes et communes, ses types de

1 Les tableaux de Le Moyne, Hercule et Omphale et Iris sortant du bain, furent vendus 1,600 livres à la vente Gaillard de Gagny (1762).— Ils atteignirent , ainsi que d’autres du même peintre, des prix beaucoup plus élevés et que l’on croit fictifs, à une vente faite sous le nom de ja Reynière en 1792, et reparurent après le décès de cet amateur en 1797 L'Andromède délivrée par Persée, qui s'y vendit encore 1,200 livres, ne se vend plus, à la vente de Sainte-Foix en 1811, que 280 francs.

femmes, quoique maniérés, ont de la grâce et de la souplesse, et puis il a jeté sur tout cela une couleur harmonieuse et fondue qui faisait un heureux contraste avec le dur aspect des peintures du siècle précédent. Ces harmonies de couleur sont bien difficilement rendues par la gravure, aussi faut-il savoir gré à Laurent Cars, d’avoir conservé le mieux possible à son modèle ses qualités maîtresses , tout en gardant cette liberté d'interprétation qui lui est propre. « Ses plan- » ches, ainsi que l’a fort justement écrit Lempereur , ne » sentent point la sujétion d’un graveur copiste , mais » elles semblent l'ouvrage d’un même artiste qui aurait » conçu et exécuté le sujet. »

On peut appliquer cette appréciation très-juste au Céphale enlevé par l'Aurore, d'après la belle composition du même Le Moyne et au sujet bien connu de Watteau, les Fêles Véniliennes ?, où le graveur a rendu à miracle la finesse des types et la facilité des attitudes du maître de Valenciennes. Mais combien ne sera-t-elle pas exacte pour caractériser l’un des meilleurs et des plus importants ouvrages de Laurent Cars, les figures des Comédies de Molière, d'après les dessins de François Boucher (1734).

Cette belle suite de 32 estampes, que par une inexplicable omission, le principal manuel de l'amateur d'estampes de notre époque a passée sous silence , est gravée de ce faire large et simple qui caractérise le

1 Dictionnaire manuscrit des artistes, au Cabinet des Estampes.

2 Le tableau de Watteau, les Féles vénitiennes, se vendit 2,615 livres à la vente Julienne (1767); 3,000 livres vente Randon de Boisset (1771), et seulement 399 livres vente Closs (1812). L'École française n’était pas en faveur !

306 LES GRAVEURS DU XVIIIe SIÈCLE.

talent du graveur, et se trouve être l’un de ses meilleurs ouvrages. Le style mâle et hardi de Laurent Cars, son burin large et expressif à la fois étaient bien faits pour séduire les peintres ou les dessinateurs dont il avait à interpréter les œuvres. Les dessins de Boucher spécialement, si spirituellement mais si largement crayonnés, ont trouvé en lui leur véritable traducteur, respectueux de l'esprit et de l'intention du maître. Les pièces de l'Ecole des Maris, des Précieuses Ridicules, de la Crilique de l'École des Femmes, du Sicilien, de Tartuffe, du Bourgeois Gentilhomme, peuvent être comptées parmi les plus réussies. I est à remarquer aussi combien l'expression de chaque physionomie s'y trouve rendue d’une façon juste et suivant l'intention du dessinateur et même,on pourrait dire, suivant l'esprit de Molière. Le graveur a eu l'heureuse idée , bien que ce fût peu l'usage alors, de faire tirer quelques épreuves de chacune des planches lorsque son travail n’était pas terminé, ct se trouvait à l'état d'ean-forte (terme impropre ici puisque les estampes terminées sont gravées presque uniquement à l'eau-forte) et ces précieuses épreuves dont quelques suites sont parvenues jusqu'à nous (collections Rœderer, J. de Rothschild ), montrent encore mieux la hardiesse savante et l’habile interprétation du graveur. Il est

1 La collection de M. James-Édouard de Rothschild n’est pas seulement ce qu'on appelle un Cabinet, un choix de quelques beaux livres; c’est une véritable Bibliothèque, un de ces vastes ensembles dont aucune partie n’a été négligée, quelque chose comme la symphonie du livre exécutée par quelques milliers d’instrumentistes, nous voulons dire de volumes. Pour continuer ce parallèle musical, on comparerait le XV® sièele et le XVI® à l'introduction ; les majestueux classiques du grand siècle à l’adagio; le XVIII®, venant ensuite apporter sa note vive

juste d'ajouter toutefois que tout l'honneur ne lui en revient pas tout entier, car plusieurs de ces épreuves d'essai portent le nom de Chedel.

C’est le 31 décembre 1733, à l’âge de trente-deux ans, que Laurent Cars fut reçu à l'Académie Royale, sur le portrait du sculpteur Michel Anguier et sur celui du peintre Sebastien Bourdon, d'après Rigaud, planche

et gaie, correspondrait au menuet et au scherzo; enfin les livres du XIX£ siècle feraient naturellement l'office de finale.

Dans l'hôtel de l'avenue de Friedland, deux salons, décorés d’anciennes boiseries de style Louis XIV, sont entièrement occupés par des bibliothèques qui renferment une des collections les plus riches et les plus choisies qui soient.

Un fin connaisseur, délicat appréciateur des choses de la bibliophilie, a bien voulu jeter pour nous sur le papier ses impressions sur cette magnifique collection, et nous nous empressons de profiter de cette bonne fortune en lui laissant la parole :

« Commencée il y a vingt ans à peine, cette bibliothèque , composée * non-seulement de livres précieux, mais aussi d’excellents livres de » travail, s'augmente avec rapidité. Ce qui la rend surtout remarquable, . c’est le choix essentiellement délicat qui a présidé à sa formation, et » dont le propriétaire vigilant ne se départ jamais. Un ouvrage n'entre » ici qu'avec la plus grande difficulté; on lui fait subir un examen » minutieux, et s’il est jugé digne de la maison, le voilà catalogué. 11 est juste d'ajouter qu'il ne sortira plus, que le public des ventes ne le * reverra plus, et que seuls les amis bibliophiles pourront le toucher. » En revanche, il se trouvera bien casé et en bonne compagnie ; il » jouira de soins exceptionnels, on lui mettra même un abat-jour de » taffetas vert s’il a la vue un peu faible.

» Sans plaisanterie, M. de Rothschild , en véritable amateur, entoure » sa collection d'une sollicitude qui devrait servir d'exemple. Les monu- » ments qu'il possède méritent les égards qu'il leur accorde, et cette » recherche de sa part ne l'empêche nullement de prodiguer ses trésors » aux personnes qui peuvent les apprécier. Oserons-nous soulever un * instant le rideau qui défend des rayons du soleil et des regards pro- » fanes tant de vénérables volumes. Seluons d’abord, rangée en bon » ordre, toute la chevalerie errante ou pseudo-historique : en avant s brave Lancelot du Lac, étincelant Méliadus, vertueux La Tour, et toi

énergique et originale. Il avait antérieurement gravé quelques autres portraits. Celui de l'évêque de Luçon Roger de Bussy-Rabutin, signé L. Cars filius ad vioum pinæi el sculpsit (1724), semble être un de ses premiers ouvrages en ce genre et montre qu'il tenait

encore à cette date le pinceau en même temps que le

aussi, cher Olivier de Castille! Si tu es prisonnier, la bataille a été rude , et ta rançon vaut celle d’un roi. Non loin de ces ancêtres fabuleux se déploie la phalange du XVI® siècle avec ses étonnantes séries de plaquettes gothiques et de pièces uniques sur l’histoire de France. Faut-il citer, parmi les grandes raretés littéraires, les parties originales de Gargantua et de Pantagruel , le Marot de 1532, la Louise Labbé de 1555 et sa cousine Pernetle? Nous n’irons pas plus loin , nous ne qualifierons pas les merveilles qui foisonnent sur ces rayons; il nous semble aussi que les épithètes laudatives atténueraient la majesté de ces noms et de ces dates. Cependant nous ne pouvons passer sous silence la réunion des pièces originales et des premières éditions collectives de nos grands classiques français. Corneille, Molière, Racine et Regnard tiennent là d’une façon imposante le rang qui leur est dû. » Les reliures, avons-nous besoin de le dire, sont en rapport avec les grands noms des auteurs et la rareté des ouvrages. Le Gascon s’est surpassé eu réllaut la Pic &ù Cardinal do Bruce, dont l'ernementation au pointillé est féerique. Les Boyet , les Dusseuil , les Padeloup et les Derôme sont représentés par leurs meilleurs ouvrages, également parfaits dans un simple appareil ou dans leurs habits d’arlequin. Ces harmonieuses mosaïques recouvrent d’ailleurs des livres du plus haut intérêt : un splendide exemplaire , par exemple, de Daphnis et Chloé de 1718, avec les gravures du Régent de France Philippe d'Orléans. Un seul de ces livres serait l'honneur et la gloire de la collection d’un bibliophile, M. de Rothschild a eu le goût intelligent de les accaparer : qu’il en reçoive nos félicitations, d'autant que tout à l'heure nous lui chercherons noise. Auparavant , nous tenons à terminer ce qui touche à la reliure par cette dernière observation : Les reliures modernes ne jurent pas trop avec les anciennes; toutes sont signées Trautz-Bauzonnet, c’est dire qu'elles unissent à un goût délicat et soutenu dans le choix des couleurs et l'agencement des dessins, une solidité et une exécution parfaites. On en compte environ un millier, dont trois cents sont doublées et plusieurs incrustées de maroquin de couleur. Ces trois cents reliures sont les plus belles et les

burin. Il faut citer aussi le portrait du généalogiste Pierre d'Hozier, ceux des peintres Boucher et Chardin et de la femme de ce dernier , Marguerite Pougel, de l'éditeur Praull, et surtout la grande estampe de Marie Leczinsha.

Deux portraits de Laurent Cars sont célèbres, et à

» plus riches qui soient sorties des mains de l'éminent artiste que nous » avons perdu naguères.

» Il nous faut pourtant adresser quelques critiques à l’heureux pro- » priétaire de tant de merveilles, trouver le défaut de sa cuirasse et » faire un peu d'ombre à ce tableau enchanteur. Ce bibliophile délicat » nous semble s'être tenu à certaine distance du XVIII! siècle et de ses » gracieuses productions. C’est un procès de tendance que nous lui » faisons, car dans ce genre comme dans les autres, les objets qu'il peut » montrer le laissent presque sans rivaux. Néanmoins, il est certain que » l’amateur sérieux, l'élève de Potier et de Brunet, a souvent considéré » dédaigneusement les gentilles folies signées Kisen , Moreau et Maril- » lier. Cette froideur, excusable pour les poésies souvent insipides » qu'elles décorent, s'explique d'autant moins qu’il possède plusieurs des » séries de dessins originaux dues à ces artistes, et des plus importantes : » quoi qu'il en soit , les lacunes auxquelles nous faisons allusion seront » promptement comblées, et l'on peut facilement se consoler, dans ce bril- » lant parterre de fleurs magnifiques, de l'absence de quelques bleuets. »

Ajoutons que notre XVIII* siècle est, malgré les préférences du propriétaire , grandement représenté dans cette bibliothèque ; il suftira de citer les dessins de Boucher pour Motière, d’après lesquels ont été exécutées les belles gravures de Cars et Chedel; la plus grande partie des dessins de Gravelot pour le Decameron de Boccace; ceux des Baisers, par Eisen, des Fables de Dorat, du Cabinet des Fécs, des Voyages imaginaires et des Œuvres de l'abbé Prévost, par Marillier ; des Œuvres de Racine, par de Sève; des Contes de Voltaire, par Monnet, des Œuvres de Voltaire {suite de Renouard), par Moreau; et enfin l’incomparable suite des Œuvres de Jean-Jacques Rousseau, in-4, la plus belle série qui existe en fait de dessins de Moreau, depuis l’anéantissement de ceux du Voltaire de Kehl , et la dispersion du Monument du Costume.

Voilà ce que peut offrir, en fait d'illustrations, un amateur un peu froid peut-être pour le XVIII siècle. Que les plus ardents fanatiques de la vignette en montrent autant!

340 LES GRAVEURS DU XVIIIe SIÈCLE

juste titre, ceux de la danseuse Camargo, d'après Lancret, et de Mt Clairon dans le rôle de Medee. C'est sur l’ordre du roi, qui désirait l'offrir à l'actrice, que ce grand portrait fut exécuté d'après la peinture de Carle Vanloo et c’est Cars qui fut chargé de le graver. Il s'en acquitta à merveille, comme on peut le voir, pour tout ce qui est costume et accessoires, mais il ne put arriver à réussir la tête; on vint alors supplier de terminer cette planche le graveur Wille, qui rapporte en détail l’entrevue : « 2 février 1763. » Melie Clairon, accompagnée de M. Cochin, vint chez » moi. Ils firent tous deux ce qui est possible pour m'’en- » gager à faire le portrait de cette fameuse actrice dans > la grande planche que grave M.Cars,d'après M. Vanloo » où elle est représentée en Médée et dont la tête a >» déjà été effacée quatre fois. Je me suis défendu > longtemps malgré les discours séduisants et les éloges >» de l’un et l’autre. La planche resta chez moi, mais le >» lendemain, j'aliai chez M. Cochin Iui représenter >» qu'il m'était impossible de faire la tête à cause de ma . vue trop courte pour pouvoir atteindre au haut de » cette planche, et le résultat fut que je lui envoyai la + planche au retour de chez moi. »

Le portrait fut alors confié à Beauvarlet, qui le termina à la satisfactior générale, et les deux artistes le signèrent. Nous avons vu au cabinet des estampes une des épreuves d'essai de ce portrait. La tête légèrement gravée au pointillé d’eau-forte, alors que tout le reste est terminé, ne nous semble pas, à cause de la préoccupation du graveur de conserver la ressemblance, avoir le degré de fureur nécessaire au masque de Médée : ce serait d’après

une note manuscrite ancienne, l’état de la planche auquel Cochin aurait touché lorsque Cars eut renoncé à la finir.

Quant au portrait de la Camargo, d'après Lancret, la danseuse est représentée esquissant gracieusement un pas dans un paysage peuplé de jeunes musiciens. Cette jolie estampe est ornée de ces vers :

Fidèle aux lois de la cadence,

Je forme au gré de l'art les pas les plus hardis, Originaie dans ma danse,

Je puis le disputer aux Balons, aux Blondis.

Ce portrait ainsi qu'un autre de M°!* Sallé, par de Larmessin, avaient tenté les contrefacteurs et d'assez médiocres reproductions en furent faites. Le conseil privé du roi, sur la demande de Nicolas Lancret, l’auteur des peintures, décida que les estampes contrefaites chez les nommés Sirois (beau-père de Gersaint), Limosin, Gaultrot et Radigues, tous marchands-imagers seraient confisquées au profit du peintre et condamna les copistes à une petite amende (9 juillet 1731).

Cars fut un des artistes choisis par Cochin pour graver les dessins d'Oudry dans l'édition des Fables de La Fontaine de 1755. Nous relevons son nom au dessous desillustrations des fables ci-après : le Lion et le Chasseur, l'Ane portant des Reliques , le Meunier, son Füs et l'Ane, le Cierge, la Perdrix, l'Enfouisseur et son Compère, l'Araignee et l'Hirondelle, il figure encore sur deux des meilleures pièces du même livre /'Hyménée et l'Amour et les Poissons el le Berger qui joue de la flûte, compositions dans le goût de Boucher et très-remarquablement gravées.

Cars a aussi collaboré quelque peu à la gravure des peintures de Lebrun pour la Galerie de Versailles i entreprise dirigée par J. B. Massé. Nous relevons six pièces dans son œuvre , destinées à cet ouvrage, dont une commencée par Liotard a été terminée par lui. Dans les deux plus importantes, {4 Guerre contre l'Espagne et la Paix d'Aix-la-Chapelle, se trouve la figure de Louis XIV.

I faut encore rappeler de Laurent Cars quelques grandes pièces gravées d’après De Troy, peintre pour lequel il a travaillé; Bethsabée au bain, Suzanne et les Vieillards, l'Évanouissement d'Esther. Les planches gravées de ces deux compositions se retrouvent à la vente après décès du peintre (1764). La première fut adjugée pour 292 et la seconde pour 306 livres.

Le tableau de Chardin représentant une Dume qui Joue de la serinelle à son serin, et qui appartenait à Abel Poisson, marquis de Marigny a aussi été gravé par nCtro artiste,

Cars a été un excellent maître et il a formé quelques bons élèves, Flipart, Beauvarlet , Saint-Aubin, Claude Jardinier, Chedel, Pasquier, etc., mais il eut le tort d'abandonner de bonne heure ses travaux de gravure pour ne s'occuper presqu'exclusivement que du commerce des estampes : c’est ce qui explique le nombre relativement restreint de pièces qui composent son œuvre. Il a laissé la réputation d’un homme d'esprit. Sa conversation, assure Gaucher, était fort intéressante et il fut très-regretté de ses amis « dont il faisait les délices. »

Les portraits qui ont êté faits de lui ne contredisent pas celte assertion. Tous les amateurs connaissent

l'énergique portrait du graveur, exécuté par Miger d'après le pastel de Peronneau. La physionomie un pêu tourmentée mais intelligente et fine est également bien rendue dans le profil de Cochin, gravé par Augustin de Saint-Aubin.

Laurent Cars est mort le 14 avril 1771.

Indiquons brièvement les pièces les plus intéressantes de son œuvre.

ESTAMPES

D'APRÈS CHARDIN. 1. LA SERINETTE (Dame jouant de la serinette à son serin), dédiée au marquis de Vandières; in-fol. (E. Bocher. Chardin, 47).

Gravure un peu confuse dans les épreuves ordinaires. Une superbe épreuve d'essai, avant toute lettre, état non décrit, est dans l' Œuvre réservé de Laurent Cars au Cabinet des Estampes.

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