‹ Les grèvesChapitre 36 sur 46 · AVIS · texte numérisé non relu

AVIS

L'article 3 de la sentence arbitrale de M. ^Valdeck- Rousseau est ainsi conçu :

« Les délégués seront nommés par atelier, à raison « d\in délégué par corporation. Sauf cas d'urgence, ils « conféreront tous les deux mois avec les représentants, « et, au besoin, avec la Direction de la Société. »

Les délégués sont, en même temps que les représentants de tous les ouvriers, les intermédiaires désignés pour faire comprendre à leurs camarades de travail la nécessité et le bien-fondé des mesures adoptées dans les ateliers.

Le délégué de chaque corporation, et, en cas d'empêchement, le délégué suppléant, devra écouter les réclamations des ouvriers de sa corporation, les examiner et les discuter avec eux. Lorsqu'il croira ces réclamations justifiées, il les soumettra au contremaître ou chef d'atelier intéressé, au fur et à mesure de l'examen qu'il en aura fait.

Sauf le cas d'urgence, il pourra, tous les deux mois, aux dates indiquées dans raffiche ci-contre, saisir le chef de service, ou son représentant, des réclamations qui n'auraient pas été solutionnées au gré des intéressés.

Sauf le cas d'urgence également, il pourra, après avoir conféré avec son chef de service, conférer, s'il le juge utile, avec la Direction (Section du Personnel), à partir des mêmes dates.

Il est bien entendu que tous les ouvriers pourront, comme par le passé, s'ils le jugent convenable, présenter, personnellement et chaque jour, leurs réclamations à leurs chefs, dans le service, et ensuite, s'il y a lieu, à la Direction (Section du Personnel), sans être tenus de passer par lintermédiaire du délégué de leur corporation.

Le Creusot, le 8 janvier 1900.

Schneider et C'^

LE SCÉNARIO d'uNE GREVE. 175

Cette grève du Creusot est extrêmement caractéristique et peut être choisie comme le type de toute grève.

En premier lieu, les ouvriers se mettent en grève, sous un motif futile, qui n'est presque jamais le motif vrai de la grève.

Le patron attend qu'on lui présente les revendications qui sembleront être la cause de la grève. Les meneurs du Syndicat ramassent toutes les réclamations de leurs pairs et essaient d'en faire un faisceau d'arguments qui prouveront la mauvaise foi du patron, l'arrogance des contremaîtres, l'injustice manifeste de la direction, l'hostilité contre les syndiqués, la tromperie habituelle sur la répartition et le paiement du travail.

Le patron répond point par point, et se justifie pleinement, ou bien accepte de modifier les points du règlement dont les ouvriers ont le droit de se dire victimes.

La grève va finir? Nullement, les ouvriers apportent un second cahier de revendications; et un troisième, s'il le faut. Ils veulent vider leur querelle à fond. Pendant ces périodes de trouble seulement, ils ont le droit de parler haut et ferme à leur patron ; ils en profitent pour vider à fond leur procès.

Mais la liste des revendications est close, les unes sont acceptées par le patron. Il rejette les autres. Cependant les ouvriers sobstinent à vouloir tout exiger. Et alors intervient l'arbitrage qui sauvegarde l'amourpropre de chacun et concède à l'un et à l'autre quelque chose pour terminer une querelle vaine et ruineuse.

Yoit-on, avant que les pourparlers aient abouti à l'arbitrage, quel temps les deux parties ont perdu à échanger une correspondance déclamatoire et parfois

injurieuse — ce qui n'avance pas Theure de la pacification! — Souvent ces correspondances sont du plus haut comique. Une des parties réclame une majoration de salaires , l'autre lui répond par une lamentation sur le sort de l'industrie menacée.

La grève du Creusot a ceci de curieux que, déclarée sans rime ni raison, terminée sans avoir donné le moindre avantage aux ouvriers, elle procure aux ouvriers et au patron une institution de concorde et de paix. Dorénavant les motifs futiles de grève seront écartés par les Chambres d'explication que crée dans l'usine la sentence de ]\I. Waldeck-Rousseau, les préjugés s'évanouiront à la lumière des discussions pacifiques et cordiales. Autant on discute mal lorsque les esprits sont montés par l'explosion d'une grève, autant il est facile de s'entendre lorsque le calme naît dans l'usine et que les esprits reposés constatent l'intérêt qu'industriel et ouvriers ont à sauvegarder cette paix bienfaisante.

Et si au Creusot une nouvelle grève éclate, il faudra que les motifs en soient bien sérieux pour résister aux explications des délégués et ne pouvoir être résolus par la direction de l'usine.

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