VI AVANT-PROPOS
réel des grèves pour les ouvriers, ce qu'elles leur coûtent et ce qu'elles leur rapportent. Nous avons, dans un chapitre spécial, donné des approximations sur le coût de la grève ; mais nous avons montré combien il était malaisé d'indiquer les incidences d'une grève et à quel prix on peut les évaluer.
Les grèves augmentent-elles? Autre question d'une solution difficile. On peut dire que, si elles diminuent en nombre, elles augmentent enintensité. On peut surtout affirmer que leur nombre correspond à des périodes prospères. Aux approches des expositions, par exemple, elles sont plus fréquentes que dans les périodes de marasme. Et ceci n'a pas besoin d'explications.
Dans quelles professions sont-elles le plus fréquentes? Ici, il est permis de contrôler des faits certains. Les grèves sont plus fréquentes dans les corporations les plus stables. On a souvent écrit que les ouvriers mineurs sont liés à la mine, comme les anciens serfs à la glèbe. Ils y sont attachés par les maisons ouvrières, mises à leur disposition par les Compagnies, et ils se trouvent, en face d'elles, à peu près dans la situation de locataires vis-à-vis de propriétaires. Mais on a omis de faire également remarquer que, par compensation, les Compagnies houillères se trouvent attachées à leur personnel par des liens étroits.
Jouissant d'un « chez soi « et d'un jardin qui rapporte les produits les plus essentiels à la nourriture, le mineur peut attendre, pendant de longues périodes de grève, que la Compagnie dont il dépend, capitule. Et cette Compagnie, pendant ce temps, doit dépenser des sommes considérables, entretenir des installations coûteuses, un machinisme compliqué, et continuer à payer tout son personnel dirigeant.