IX. IL T A TOUT A GAGNER AVEC LA BONNE COMPAGNIE
X. Nous quittons trop souvent un bonheur certain pour courir après de vains plaisirs qui fuient et s'envolent.
XL Pour orner les leçons de la sagesse, souvent les muses ont emprunté une rose aux amours.
XIL La faiblesse plaît à la force, et souvent elle lui pr^te ses grâces.
XUl. II faut à Tamour des ailes et un bandeau.
FÉVRIER 1842. 5i7
XIV. Il faut que l'amour dérobe tout à rînnoeen(»e, il méprise les dons volontaires.
Ab! mon Dieu! est-ce bien M. Louis-Aimé Martin qui dit cela ? mais c'est horrible, — mais on ferait sur ces maximes un commentaire plus sérieux que celui qu'il a fait sur les maximes de la Rochefoucauld! — mais ce que M. Aimé Martin nous conseille là, — ce n'est ni plus ni moins que le viol !
Est-ce que ces maximes seraient moins innocentes que je ne Vavais cru d'abord? — je me rappelle le numéro III, tjui renferme des tendances un peu bachiques.
Mais rassurez- vous, mères prudentes, qui songiez à mettre les maximes de M. Aimé Martin aux mains de vos filles, — ce n'est que par hasard qu'il s'échappe ainsi en pensées inquiétantes; les idées de M. Aimé Martin sur l'amour sont tout autres que celles que vous pourriez lui supposer d'après le numéro XIV.
M. Aimé Martin est partisan de l'amour platonique : « Les autres passions, dit-il, cherchent leurs jouissances dans les choses de la terre, le véritable amour ne s'attache qu'aux choses du ciel. Ce n'est pas la beauté physique qu'on aime, mais la douceur, la générosité, etc., ou quelques autres beautés morales. »
« Ce ne sont pas les plus belles femmes qui inspirent les plus grandes passions, mais celles qui possèdent les vertus dans un degré éminent, voilà ce qu'on aime. »
« Un demi-aveu enchante bien plus qu'une certitude entière. D
Il est évident que M. Aimé Martin parle de l'amour comme les anciens acteurs tyrannisés par l'Opéra, — qui récitaient leurs rôles dans la coulisse et laissaient faire les gestes à d'autres.
Voici ce que m'a fait M. Aimé Martin relativement à la Rochefoucauld. Je vous dirai une autre fois ce qu'il m'a fait relativement aux fleurs.
M. Louis-Aimé Martin se présente pour un des fauteuils vacants à l'Académie française.
Mare I842
Les bals de l'Opéra. — Une rupture.— M. Thiers et les Guêpes. — Le bal du Ant d'Orléans. — Plusieurs adultères. — Grosse scélérate. — One gamine. — Sur quelques Nisards (suite). — Les capacités. — M. Ducos. — M. Pelletier-Uslas. — A M. Gulzot. — Vacarus du pouvoir. - Grattez-vous. — M. Balianche. — M. de Vigny. — M. Yatout. — M. Patin. — Le droit de visite. — M. deSalvandy et M. de Lamartine. ~ Les chaises du jardin des Tuileries. — Une prompie fuite à Waterloo. — Le capitaine Bonnardin. — M. Gannal au beurre d'anchois. — A M. E.de Girardin. — M. Dumas. — M. Ballanclie. — M. Pasquier. — M. Dubigoac.
If^ Les bals de TOpëra ont fini par se moraliser, et cela d'une singulière manière; — ils sont arrivés à un point de sans-façon tel, qu'une femme comme il faut ne peut plus trouver aucun prétexte pour s'y faire conduire.
C'est du reste une époque qui sert de raison à bien des brouilles. — Nous avons parlé l'année dernière d'une femme qui avait chassé son amant pendant le carême, et en avait repris un autre pour obéir à cet usage populaire qui veut qu'on ait quelque chose de neuf à Pâques. — Cette année, madame *** a écrit au sien, qu'elle soupçonnait d'une infidélité :
« Certainement ce n'est pas contre vous^que je suis irritée, mais bien contre celle qui a accepté votre hommage: vous n'avez ni figure ni esprit, et la femme qui vous prend pour amant ne peut avoir eu pour but que de me contrarier. »
Jl^ M. THIERS £T LES GUÊPES. — Lc domier numéro des Guêpes a paru le i*"" février; le 5 du même mois, M. Thiers portait au bal de M. le duc d'Orléans l'habit de membre de l'Institut, — absolument comme le général Bonaparte^ son retour d'Egypte, On ne saurait mieux ni plus vite profiter d'un bon avis.
Tous les morceaux de papier imprimé ont donné, sous le bon plaisir de leurs imprimeurs respectifs, des détails plus ou moins circonstanciés, plus ou moins apocryphes, sur le bal des Tuileries ; — l'ensemble était riche et piquant ; — on a critiqué avec raison le quadrille des bergères; — toutes les bergères étaient vêtues en rose et tous les bergers en bleu» je crois. Il eût été bien plus vrai et bien plus charmant de don-
ner à chaque couple une couleur particulière, — ainsi qu'on le voit dans les bons Vatteau. Chaque bergère doit avoir son berger vêtu de sa couleur. — Il aurait dû y avoir un couple rose, un autre tourterelle, un autre gris-de-la-reine, etc. , etc. 411^ H. Hugo avait le costume de membre de Tlnstitut, — habit aussi glorieux pour les combats qu'il a livrés pour l'obtenir que par la grandeur de la chose elle-même, — habit qui faisait allusion à la peau du lion dont se couvrait Alcide; — il causait fort galamment avec la belle madame de *^*, il se livrait aux madrigaux et aux concettis les plus rocailles,
— Vraiment, lui dit madame de ***, votre esprit complète pour moi Tillusion, il semble que nous soyons à une des belles nuits de Versailles.
— Madame, répondit l'académicien, il me manque pour cela bien des choses: — tenez, par exemple, — un costume d'abbé, — la poudre, le petit collet, le rabat et une rose à la main.
jUk que le vrai n'est presque jamais vraisemblarle. — Quand un pauvre romancier veut mettre en scène une femme adultère, il se creuse la cervelle pour orner de fleurs, — adoucir et rendre insensible la perte qui conduit une femme, une épouse, une mère, du milieu des vertus domestiques — h P oubli de tous ses devoirs.
Le vrai, le réel, no se donnent pas tant de peine ; — il semble que la plupart des femmes qui trompent leur mari ne sont nullement abusées, aveuglées, etc., etc.; — qu'elles trahissent la foi conjugale, tout simplement parce qu'il leur plaît de trahir la foi conjugale; — car les amants que la vengeance des maris produit au grand jour de la police correctionnelle ne paraissent d'ordinaire, ni par les agréments de leur personne, ni par l'astuce de leurs moyens, justifier ni même expliquer ce qu'on appelle un entraînement.
Il y a dans un adultère beaucoup plus de haine contre le mari que d'amour pour Tamant, — qui n'est, le plus souvent, qu'un élément désagréable, mais malheureusement nécessaire d'un crime qu'on est décidé à commettre.
Quelques procès récents viennent à l'appui de ce que nous avançons.
Le jeune Charles *** est traîné devant les juges par un époux justement irrité; —- ledit époux a des preuves accablantes,— il a trouvé la correspondance.
(Les amoureux sont comme les conspirateurs, ils se donnent une peine incroyable pour fabriquer des preuves contre eux. Dans tous les procès en adultère, — on trouve des correspondances. Dernièrement, M. D***, ancien notaire, qui, surprenant sa femme en flagrant délit, s'est contenté de faire signer au docteur R.. .,son complice, une lettre de change de soixante mille francs, — avait découvert la correspondance, — où? — sur le parquet de son salon.)
Dans l'affaire du jeune Charles**^, le ministère public sVst élevé avec force contre le ^éékctmr qui, par des manomwei coupables, un art perfide, avait détourné de ses devoirs les plus sacrés une femme jusque-là pure et innocente-. — à l'appui de sa vertueuse indignation, il lisait une lettre où on remarquait ce passage :
« Penses-tu un peu à moi! Combien fais-tu de toilettes par jour? Mais écris-moi donc tout ceto, grosse scélérate. »
En effet, comme dit M. le procureur du roi, résistez donc à cda ; — on comprend qu'une mère de famille, une femme honnête et distinguée, risque tout et perde tout — pour recevoir de semblables lettres.
Nous appelons sur ce sujet l'attention des femmes adultères ou sur le point de le devenir. — Certes, pour un semblable usage, — pour s'entendre appeler grosse scélérate, un mari est bien suffisant, et on peut se dispenser de prendre un amant.
Voici un autre exemple que nous tirons desmœurs de magasin:
Un marchand aime la femme d'un autre marchand, son voisin, le sieur D***.
Une première fois, M. D*** surprend une correspondance coupable, — il pardonne.
Mais, une seconde fois, il s'irrite, fait incarcérer sa femme et son complice, et demande judiciairement à ce dernier quarante mille francs de dommages-intérêts, somme à laquelle il
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évalue les avaries et dégâts causés daiis son honneur. — Uébat devant la... je ne sais combien"™* chambre, — comme d'usage. M. D*** produit les lettres.
Une de ces lettres, que nous allons citer lextuellement, — est écrite par le marchand amoureux à Tobjet criminel de sa flamme adultère, — tout simplement sur une de ses factures, laquelle porte au tiers de là page son nom, sa profession, son adresse.