‹ Les guêpes canadiennes, compilées et annotéesChapitre 4 sur 57 · M. PRÉVOST · texte numérisé non relu

M. PRÉVOST

Non hic, sed BarabM.

Monsieur Prévost est notaire, et qui plus est, banquier dans son village. Terrebonne est sa patrie. A coup ^ùr, M. Prévost n'a voyagé, ni dans le monde physique, ni dans le monde intellectuel ; il a pour le coin de terre qui Ta vu naître un amour de bucolique. Il lui importi^ ))eu, que ce soit avec ou sans indemnité que les seigneurs Moient dépos.sédës, que Sébastopol^ résiste ou soit démantelé, pourvu que le greffier de la cour de Terrebonneait été nommé en conformité des résolutions passées pai* l'assemblée du quinze ou du vingt d'un mois quelconque) dans une année quelconque, dans la salle publique du village de Terrebonne, dans la paroisse de Terrebonne, dans le comté de Terrebonne.

H. Prévost est un homme de nerf. Il en a tant, qu'il vn est tourmenté ; il s'agite continuellement, et pendant son discours sur l'Adresse, vous eussiez entendu craquer ses jointures comme celles de Pierre-le-Cruel d'Espagne. Sa figure est pâle, maigre et rendue plus sinistre encore par d'énormes favoris noirs. Il ne dit pas ses^ phrases, il les éternue. Sa voix est forte, stridente et Mccadée, et, si son argumentation avait la moitié du formidable de l'appareil qui sert de véhicule aux réeriminations du comté de Terrebonne, M. Pi-évost aurait déjai démoli autant de ministères qu'il y a de Rouges en Chambre. Lorsqu'il éclatait en reproches contre le

* C'était pendant la guerre de Crimée.

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î^ouveriioment, dans son discours sur TAdresse, M. Mc- Kenzie et M. Bi'own regrettaient de toute leur fime de ne pas comprendre le français, afin de pouvoir faire connaiti*e au Haut>Canada, toutes les iniquités que ^, Morin avart commises. Ils ne se doutaient point que tant d'éloquence était dépensée au sujet de la cour de circuit, de la cour des commissaires, du bureau d*enréiçistrement et du bureau de poste de Terrebonne.

Nous ne vouions pas alarmer inutilement les démocrates qui ont élu M. Prévost ; mais nous devons dire que depuis quelque temps, il fréquente assez assidûment les banquettes ministérielles. On Pa vu même souvent parler à M. Morin qui, suffisamment vengé par sa présence, n'a pas Tair à lui en vouloir. O vertu, ô patriotisme, ô honneur politique, ô sainte indépendance de caractère, que deviendriez-vous, où vous refugeriez-vous .si, en présence de la cfiambre et du pays, le vertueux citoyen Prévost allait se laisser eoirompre par le traitrt^ Morin ?

Depuis son discours sur l'Adresse, M. Prévost, qui avait fait ^' son éducjition politique à l'école des Papineau, des Lafontaine et des Morin," (sic) qui de plus, avait appris à aimer son pays dans les '' quatre-vingt douze résolutions et dans le manifeste de la réforme " (sic) M. Prévost, ** qui est pour te système électif appliqué à toutes choses " et qui a précisément donné, lui-même, à ce système le plus vigoureux soufflet qu'il ait jamais reçu ; M. Prévost n'a plus repris la parole.

Ses amis espèrent qu'il persévèi*era, et ils assurent, qu'il attend le papier d'immortelle* afin d'écrire pour lu postérité.

* On parlait alors de âibriquer du papier avec la fleur d'immortelle.

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M. DOEJIOX, D'ARTIIABASKA.

Ils étaient un million de diablotins à me marteler la cervelle.

Alprbd de Viony.

Monteur Jean - Baptiste - Eric DoHon, ec n'est pus /e diable... le diable, du moins, tel que le fait M il ton. C'est plutôt un diablotin des contes fan tantiques, comme celui, par exemple, qui venait enlever la perruque du docteur McGrogor. Mis à côté de M.Papin, c'est physiquement le contraste le plus frappant que Ton pnÎHso voir. Il semble que ceux qui ont envoyé les Rouges en chambre, aient voulu former une collection îinthropologique complète du nain au géant, et de TAntinous £11 Satyre.

Jamais ébauche de caricaturiste n'a fait plus mal à Vfiir. Un crâne de vieillard sur un visage et un corps d enfant, des yeux hors de tête, une bouche fendue à roxcôs, dos lèvres minces et contractées laissant échapper «ne voix slndente, nazillarde et cassée, voila celui que ses amis eux-mêmes, ont consenti à classer à part, t*n rappelant comme tout le monde: — L* Enfant-Terri- Ofe ! Nouveau genre à inscrire dans les catalogues — comment dirons-nous ? Infans tenubilis borealis ou Canatfensis. ou Arthabacensis ? Que les naturalistes s'en tirent de leur mieux ; pour moi, je ne me sens pas de force à lui mctti*e une étiquette.

Si encore, il riait méchamment, comme les diablotins de Saint-Antoine on c^mme M. McKeuzie ; mais non, il e>t d'un sérieux de glace. Il y a du lugubre dans tout

ce qu'il fait ou dit ; la lanterne et la guillotine qui sont indubitablement au fond de sa pensée, se trahissent, à la surface. Il degoi.se, il injurie, il soupçonne, il suppose, il accuse, sans se fôcher, ^ans s'émouvoir, sans se déranger ; d'une activité fébrile et maladive, aux dehors calmes, il pousse tout devant lui avec l'aveuglement et la résignation de la fatalité. II ose aborder toutes les questions, s'attaquer à tout ce qui soutient l'oi-dre social, avec une audace qui contrast avec l'exiguité de sa personne et le timbre de sa voix, au point que l'on éprouve en l'entendant, une sensation pénible et indétinissable. On ne saurait mieux la comparer qu'à celle que doivent causer en mer, les grignottements de la vermine, qui ronge les flancs du navire.

Dès la première séance de la session, il donna la mesure de ce qu'il peut dire et faire, en déclarant suiis sourciller : que le parti démocratique se respectait trop, pour aller dans les concilliabules des ministres m' souiller à leur contact Une telle expression, adress<'t* ii M. Morin et à ses collègues, produisit une sensation profonde de dégoût, qui fut parUigée par plusieurs montagnards, et ne fut dissipée que par un long et fran«éclat de rire, parti de la «galerie.

Quand à M. Dorion lui-même, nous l'avons dit, il no rit jamais et reste parfaitement impassible. Seulement, <lans les longues séances de la chambre, après minuit, on entend quelquefois une petite voix glapissante, qui crie ou plutôt qui chante sur un mode élevé et plaintif : Ecoutez! Ecoutez! Que la démocratie nous pardonne ce qu'il peut y avoir de trop féodal dans la comparaison, mais on dirait la voix lugubre de la chouette, descendant dans le silence de la nuit, des hautes tours de quelque château en ruine. Eh bien, c'est le cri de l'Enfant

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Terrîble ! Ltfans terribilis horealis, sive glacialh, sive canadensisj sive Artfuibacensis !

La même voix se fît aussi entendre lorsque M. Turcotte repixKîha a la Montagne d*avoir abandonné Tanncxion. ^\\fè ohuntsi çatHendra, ça viendra! sur le ton du ça ira de la première i-épublique, ou plutôt, Hur celui •leM lampions de la dernière.

Toute besogne odieuse, revient de droit A TEnfanl Terrible. Ce ne fut ni son frère, le chef orthodoxe du parti, ni M» Papin qui fait généralement les fonctionn ifi tambour-major^ ce fut lui, que l*on chargea de

l'exécution sommaire de Thimotbée Brodeur. De

l'air, et du ton qu'il y allait, il était évidemment prêt à l'urifier la chambre comme il Ta dit, et à chasseï' Margcnce et sans désemparer tout le parti ministériel.

Le vocabulaire, ott plutôt \e phrasier de la Montagne l'Mit entier, fut rais à contribution dans cette séance par M. I)orion d'Arthabaska.

M. Brodeur, que le comté de Bagot avait élu unaniiiieraent, et qu'il vient de réélire malgré tous les effort^ dix parti Rouge, et des amis de M. Sicotte, malgré toute rinfluence personnelle de M. BessauUes ; M» Brodeur 'ê&uillait la chambre par sa présence.*' — "c'était un nttentat à la majorité de la représentation nationale''-^ '• la volonté du peuple n^était plus souveraine.'' — ** un *n(nis, usurpait les nobles attributs de la représentation.'^ — •' il y avait eu connivence entre lui, et un gouvetjiement <^rntpteur et corrompue — " un salarié dupouvoir^ avait osé s'asseoir sur les sièges réservés pour les élus du peuple. " — *' il fallait purger la chambre au plus vite, de ceux qui la ^'mUaient par leur présence,** et que sais-je encore moi ? Nfais au milieu de tout ce fatras pseudo-patriotique, il y avait bien une petite contradiction. La nullité invoquée reposait surtout^ sur ce que M» Brodeur aurait

pu, ù la riguour, étant officier-rapporteur, s'élire luimême et sans le consentement des électeurs. Or, 31. Dorion, dans son zèle, alla jusqu'à déclarer que M. Brodeur avait été envoyé par le comté de Bagot, pour faire de Toppo'^ition au gouvernement, et pour soutenir les idées démocratiques, mais que, redoutant le résultat d'une contestation, il avait trahi son mandat, en votant |M)ur M. Cartier comme orateur. S'il avait été envoyé dans un but quelconque, il n'était donc pas venu de lui même ; s'il avait un mandat à trahir, il était donc un mandataire ; on le savait, et Ton voulait profiter d'une erreur j)Our exercer une vengeance politique. Cet inévitable dilemme, créé par son propre cynisme, n'arrêta point M. Dorion. C'est partie de son système et de celui de son frère, de tenir pour non avenu, l'argument auquel ils ne peuvent répondre. Ils ne combattent pas un s^'llogisme ; pour formidable qu'il soit, ils sautent par-dessus h pieds joints. La recette est commode, surtout, lorsqu'il s'agit d'éclairer la religion d'un Prévost, dun Darche ou d'un Guévromont.

M. Dorion a été rédacteur de gazette comme M. Brown, M. McKenzie, et M. Ferres, et, si l'on en juge par ces échantillons, il semble que la conscience d'un homme gagne une peau épaisse à ce métier. L'Avenir a été deux fois tué sous lui, et après sa deuxième déconvenue, r Enfant-Terrible s'en fut fonder un village, qu'il ap]iela du nom iV AvenirviUe,

Le pays respira. L'activité et l'énergie incontestables de 3L Dorion, allaient être employées n quelque chose d'utile, ou au moins d'innocent. Tout ce dont la société était menacée au pis-aller, c'était de voir éclore dans lea B<ns FrancSy au fond de nos forêts séculaires, une fourmillière de petits hommes faits à l'image de TEnfant- Terrible, pratiquant entr'eux, les vertus démocratiques

et sociales, et maudissant dans \euvs petits cœurs, 1c8 sbires et les tyrans.

Mais les soins d'un fondateur de colonie ne pouvaient suffire à notre héros, le grand œuvre de niveler'et de pfirger la société convenant beaucoup mieux à sou génie ; il est donc rentré dans la politique à la première occasion. On assure cependant, que quelques-uns des moyens qu il a adoptés pour se faire ouvrir les portes «le la chambre, feraient honneur aune administration corruptrice et corrompue, et certains électeurs de son romté en sont tellement persuadés, qu'il ont osé contester son élection. C'est sans doute, la sécurité d'une honne conscience qui l'engage à parler sans cesse de purger la chambre des intrus. Une petite circonstance contribue peut-être aussi, à augmenter la paix de son cœur à cet égainJ. M. Sicotte, par inadvertance, avait tait inscrire le nom de son frère, M. Dorion de Montréal, au comité général des élections. Il n'est que juste <(e dire, qu'aussitôt qu'il vit la chambre se prononcer contre une aussi flagrante violation de toute décence, le frère déclara, qu'il n'avlait pas d'objection à ce que son nom fut retranché ; et M. Sicotte qui ignore tout ce qui concerne les élections contestées en général, et celles des rouges en particulier, M. Sicotte dit tout uniment, qu'il n'avait pas fait attention à cette circonstance. Le hasard cependant, a encore voulu que M. Sicotte ait\ nommé à la place de M. Borion de Montréal, l'autre chef de l'opposition, M. Sandfield McDonald, et l'expérience rx)nsommée, la dextérité reconnue, la vertueuse délicatesse de l'ex-orateur, font, que la bonne cause loin d'avoir perdu, a même gagné au change.

On aurait tort de croire que l'Bnfant-Terrible rendu en chambre, ait oublié sa colonie d'Avenirville. Il n'a pas présenté et fait imprimer, moins d'une douzaine de

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requêtes, demandant les unes un pont, les autre» un chemin, celle-ci un turnpike, celle-là une augmentation de représentation, et toutes adressées : aux citoyens représentants du peuple, par les citoyens électeurs de Drummond et dÂrthabaska. Il est à présumer, qu'un duplicata aura été envoyé au citoyen Bruce, administrant les affaires en Canada pour et au noni de la république démocratique tme et indivisible.

Il n'y aurait qu'un inconvénient, à ce que la chambre votât, tout ce que M. Dorion demande pour ses comtés ! C'est qu'il ne resterait peut-être dans ce malheureux coffre, où nos ministres, vous le savez, puisent hélas, depuis si longtemps pour eux-mêmes, il n'y resterait peut-être pas de quoi faire imprimer les pétitions du citoyen Pierre Bianchette I

Or, je tiens à ce qu'on n'entrave pas les destinés du citoyen Pierre Bianchette. Le citoyen Pierre Bianchette a une carrière à fournir; qu'on le laisse donc faire. C'est lui qui devra conduire, un jour, la nouvelle phalange de la démocratie écarlate ; qui poussera l'épée dans les reins la démocratie j'ouge arrivée au |K)uvoir ; c'est lui qui dénoncera comme des traîtres, et de> renégats, le procureur-général Dorion et le commissaire des terres Papin ; c'est lui qui, aî«ié des Darche, dc>* Guévremont et des Marchildon d'alors, appcllern le peuple au banquet ineffable de la véritable fraternité, de la véritable égalité... sans culottes, et peut-être sans chemises. Dites-moi, cela ne vaudra-t-il pas la peine d'être vu ?

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