‹ Les guêpes canadiennes, compilées et annotéesChapitre 6 sur 57 · M. LABERGE · texte numérisé non relu

M. LABERGE

Il faut bien que Je les mire ....

puisque Je suis un de leurs chefs t

SOBIBI.

Saluons, avec respect, la seule étoile de première grandeur qu'il y ait dans toute la conbtellation !

M. Laberge est de tiès-petite taille, mais d'assez' jolies formes, sa tête surtout est belle ; ses yeux ont une expression de douceur accompagnée de finesse, sa bouche a de la causticité. Chez lui, les facultés perceptives remportent de beaucoup, sur les facultés discernante», comme on le voit de suite, dans sa physionomie, et sur !»on front proéminent à la base.

* M. Dafiresne qui a son début, en chambre, suivait le parti Rouge, l'abandomaa peu de temps après, pour se joindre au parti conserrateur.

28 LÀ PLÉUDS ROUQS.

M. Laberge a Térîtablement " l'intelligeDce 8npé> Heure et Téducation accomplie," que le Moniteur avait déclaré officiellemeot appartenir, à tons les députée» rouges. Il n'a peut-être pas au même degré, " Tindépendance de caractère/' qui forme le complément du signalement démocratique.

Il n*est guère possible de posséder une plus grande facilité d'élocution, et si une argumentation nerveuse et serrée manque presque toujours à ses discours, la période accomplie, heureuse et cioéronienne, ne lui fait jamais défaut. Sou geste a de la grice, sa diction de la |.ureté. sa voix de l'harmonie. Autant M. Dorion dt- ^lontréal. ennuie et fatigue avec ses arguties péremf*' toire> et perpétuelles comme ses exceptions, autant H, Laberge plait. avec ses discours gentils et bien tournéi^. On le dit très-éloquent lorsqu'il se passionne, et cela doitètre, car sa voix est sympathique, mais en chambre, il >'est borné jusqu a présent, ai une sorte de pen^ifflagi' élégant, qui intéresse sans émouvoir. Sa tigure favorite est l'antithèse, et cbea lui, elle frise quelquefois le jeu di' mots, ce qui n*est pas du toni parlementaire, le genre parlementaire, ayant été inventé par les Anglais, qui se >ont toujours abstenus d'avoir de l'esprit.

Il ne fait pas un usage immodéré des phrases sacramentelles. Il n*a parlé qu'une couple de fois, d'au gouvernement corrompu, et n'a pas ajouté, qu'il était corrupteur; il n'a encore rien dît de son indépendance de caractère, et n a pas même l'aîr de se douter» ^' qu'eu élevant sa voix dans cette enceinte, il parle en présence de la chambre, et en présence du pays*.'*

Cet oubli des convenances, ce mépris des forme?* dtmocra tiques, n'ont pas peu contribiv^ à le rendre suspect.

LA PLÉIADE ROUQE. 29

I)e plu8, il nous a menacé de verser jusqu'à la dernière goutte de son sang, pour la défense de non institutions. On vous exempterait, M. Laberge, de verser même la première, si vous vouliez seulement nous dire, quelles sont les vieilleries auxquelles vous tenez si peu, que de ne pas vouloir répandre pour elles, une seule goutte de cette encre dont votre parti se montre si prodigue.

Avec la compagnie que vous tenez, une telle restriction ne lais6e pas que d'être inquiétante. On désirerait aussi Ravoir, au premier moment de loisir que vous laissera votre grande mesure des juges de paix électifs, quelle est rallonge que vous vous proposez de faire, au programme démocratique. La chose est beaucoup plus grave qu'elle n'en a l'air, et votre réponse sur le tout, est attendue avec une anxiété qui n'est égalée, que par Testime que Ton a pour vous.

M. Laberge est un talent distingué: ce n'est ni un prophète ni un sphinx, ni unt5 sybille, comme le donnent à entendre quelques ministériels malicieux, afin d'aiguiser la jalousie de ses collègues de la Montagne ; mais tel qu'il est, il peut bien inspirer des craintes sérieuses aux ambitieux du parti. Aussi, s'eiforcent-ils de proclamer qu'il est un homme d'imagination, un caractère original et paresseux, un littérateur, un poète, ce qui est une manière comme une autre, de commencer à insinuer qu'un homme n'est bon à rien.

En comparant le député d'Iberville à la plupart de ceux qui l'environnent, on se demande comment il est venu là ? Hélas, comme a dit Virgile, de combien d'erreurs n'est pas capable un jeune homme, tourmenté par un amour \mp\toyMe,..Quid juvensis f

C'est cette belle divinité terrestre, qui s'appelle la louange, qui a séduit le cœur de M. Laberge ; c'est olle.

30 LA PtÊtADlî ROCâ£.

qui lui a inspiré une de ce» passions effrénées, qtte toutes les ovations démocratiques auront bien de la peine à satisfaire, car il est homme à en reconnaître tôt ou tard, si ce n*est déjà, tout Je néant, à sentir toute la fadeur de l'encens grossier que l'on brûle dans les colonnes du Pays et du Moniteur,

M. Laberge sortait du collège. Il avait caressé, comme tous les jeunes cœurs, ce fantôme du républicanisme à la façon de Borne et -de Lacédémone, peinjonnifié par le*» Scœvola. les Codés et les Léonidas. Entré dans le monde, il s'aperçut bientôt, que de se faire crever un œil, était de nos jours, un triste moyen d'arriver a la postérité, qu'il n*y avait pas souvent de Thermopyles à défendi-e, qu'enfin, de se brûler la main sur le brasier d'un bivouac, était commettre une action susceptible dt^ demeurer incomprise. Il regardait inquiet autour de lui ; on s'en aperçut, on l'entoura et on lui dit : il faut parler et écrire, le bavardage des clubs et le verbiagt» du journalisme, voilà les Thermopyles d'aujouixl'hui { Vous serez tenu de nous ûiire des éloges; mai» en revanche, nous vous encenserons de notre mieux. L»a nouvelle école que l'on fondait, s'appuyait sur deux principes immuables: dire tout le bien possible de Bd^ amis, et tout le mal, même impossible, de ses adver^ saires.

Enfin, le jeune homme avait besoin d'action, d^expansion, d'un peu de fumée ; il fallait choisir enti-e la voie oi*dinaire battue par tout le monde, ou se lancer dans une voie nouvelle et inconnue; le premier parti était le plus sage, le second le plus brillant. L'imagi* nation déjà grande et forte, l'emporta sur la sagesf^o qui qui ne faisait que de naître.

C'est ce qui explique poui*quoi M, Laberge, abreuve aux sources rafraichîesantes du eatholicisme, se laîst^t*

LA PLÉIADE ROUQE. Hl

emporter par les éloges de ces feuilles vénéneuses, le fSemacr, le Moniteur et le Cultivateur ; pourquoi lui, honnètc et généreux, souffre^t-il qu'en parlant de Tabolition des dîmes, on flatte les plus sordides cupidités ; pour^ quoi instfilit, et intelligent, il se laisse imposer des billeveséeSf comme les juges de paix électifs, et les parlementa Hnnuels. Ce n'est pas qu'il veuille se faire un marchepied de tontes ces choses pour devenir procureur-général, il abandonne ci^là volontiers au chef suprême, maih c'est qa*il tient à honneur, de jouer son rôle jusqu'au bout, et comme on lui a assuré qu'il était un des chefs, il se dit à lui même comme le personnage de Scribe : ii faut bien que je les suive I

Ira-t-il loin, me demandes^vous ? Mais sans doute I Bs^t-ee que l'on sait où l'on s'aiTéte, lorsqu'on a pour vous guider en avant, l'Eiffaut-Terrible, et par derrièif po«r vous pousser, le citoyen Pierre Blanchette ?

MM. ROUKAS8À. DARCHE ET GUEVREMONT.

'* Tout ce qui arrive dans le mondvt « son signe qui le précède."

Lauinvais.

La nébuleuse que voici, et qui est supposée se compotier de trois étoiles d'une infiniment petite grandeur, mérite une attention toute spéciale. La découverte qui vient d'eti êtro faites est «n signe des temps*

.-{2 LA PLÉIADE ROUOE.

Depuis des années que l'on pi*êche au peuple souverain qu'il eHt infaillible, omnipotent et omniscient, il lui est survenu qu'il pourrait bien se passer de ceuz-lA même, qui lui ont enseigné ces belles choses. Il s'est ilonc mis, dans quelques comtés, à choisir ses représentants, comme il élit souvent des commissaires d'école, et i!omme il élira bientôt des juges de paix ; c'est-à-diro en raison directe des masses, ^et en raison in verso dcK connaissances.

M. Marchildon a été le premier signe des temps.

Comète à l'orbite fantastique, lancée dans une course furibonde, en dehors de toutes les sphères de la raison humaine, cet astre, quoiqu'il soit rouge, ne peut être i*attaché à aucun système, et ne saurait faire partie de la Pléiade. D'ailleurs, nous aurions peine à le suivre dans ses furieux écart*. ^

Il n'en est pas de même de notre nébuleuse, qui a tout rimmobilité des étoiles fixes.

M. Bourassa est bien le type de l'inflexibilité démo- .pratique. Rien ne l'emue, rien ne change, rien ne s'ai^ite sur cette figui-e carrée, qui pourrait être facilement reproduite, par quatre coups de ciseau, donnés sur le premier bloc venu. Depuis le commencement de la cession, il est silencieusement assis à côté de M. Darchc.

Celui-ci, du moins, a quelque chose de pittoresque. Une chevelure qui parait avoir horreur du peigne romme d'un instrument de tyrannie, un costume ultra démocratique, une physionomie dure, ramassée et comme se morfondant dans un continuel mécontentement d« tout le monde, et de toutes choses ; voilà ce qui distingue M. Darcbe de son voisin M. Bourassa.

C'est bien l'homme à qui l'on a persuadé que tout habit noir, recouvre un aigrefin qui cherche à vivre à ses dépens ; que la caisse publique est livrée au pillage,

La pléiade &OUOE. 3«-»

que les curés s'engraissent des sueurs du ])euple ; que les hommes de professions sont tous des voleurs ; que le peuple, a un droit inprescriptible à ne \myev jumnin rien, et à se faire payer énormément cher pour toute espèce de chose; que tous les hommes sont nés et doivent mourir égaux, et que la mesure de cette égalité, c^est lui-même, M. Darche, au niveau de ^ui, toutes choses doivent être ramenées ; enfin, que s'il n'y prend pas garde, il sera bientôt vendu à Fencan comme an esclave, ou comme une bête de somme, pour satisfaire H la cupidité des ministres.

Aussi) malgré qu'il soit assis au milieu des plus vertueux Montagnai*ds, il n'a pus encore l'air de se croire en sûreté ; il tient son gilet de gros drap boutonné jusqu'au menton, gaitie ses poings fermés dans ses goussets, et jette de temps à autre, sur tout ce qui lenvironne un regard sournois et défiant.

C'est M. Darche ^ui présente, et propose, de faire imprimer les requêtes du citoyen Pierre Blanchette. La chambre s'est refusée à l'impression de celle qui demande l'abolition pure et simple du conseil législatif. La chambre a en tort. Une requête du citoyen Pierre Blanchette avec commentaires par le citoyen Darche. mentait de passer à la postérité.

M. Darche est comme le citoyen Pierre Blanchette, pour l'abolition du conseil, pour l'abolition des rentes, pour l'abolition de toutes les taxes^ pour l'abolition des dîmes, pour l'abolition des juges et des avocate, et en générai, pour l'abolition et la démolition de tout ce qui peut gêner qui que ce soit.

De plus, l'horreur que M. Marchildon professe pour les chemins de fer, M. Darche la reporte sur les traîneaux à patins, et les moments qu'il a pu dérober h sort occupation favorite, de coller des papiers pour Icm

84 LA PLÉIADE ROUOE.

sidresser aux électeurs de son comté et de tout le pays, il les u consacrés à préparer un projet de loi sur ce sujet. Je propose qu'on l'imprime à un million d'exem plaires, et que Ton vote une tonne de colle à M. Darche ))our qu'il répande, son projet, dans les cinq parties du monde.

Avis au beau sexe. M. Darcho, qui n'est pas jeune tant s'en faut, est célibataire. Considère- t-il la moitié du gem*e humain comme un obstacle au bonheur de l'autre moitié? Peranadé que l'on devra, tôt ou tard, abolir la famille, s'est-il abstenu prudemment de former de-i liens qu'il lui faudrait rompre? Je ne saurais vous le dire au juste, mais rester célibataire, dans nos campagnes où l'on se marie si jeune, où l'on ne sait troj> que faire dans les longues soirées d'hiver, c'est quelque chose de significatif, voire même de sinistre.

Connaissez-vous M. Guévi-emont? Pour moi, il me semble que je le connaissais avant que de le oonnaître, tant il y a de gens qui ont l'honneur de lui ressembler. M. (iuévremont est un petit homme brun, ou plutôt noir, que l'on est certain d'avoir rencontré de tout temps, à tous les coins de rue. Lorsqu'il fut élu contre M. Gouîn, l'un des héi*os du vingt juin, la Montagne s'est montrée grandement scandalisée. Depuis cependant, qu'on lui a persuadé qu'il était démocrate (et certes personne plus que lui n'a droit de l'être,) on s'est persuadé à soi-même, que Cex-voyagewr des pays cFen haut, n'était pas moins habile qu'un autre.

Quoi qu'on en ait dit dans le temps, M. Guévremoiit sait lire et écrire, sauf l'orthographe, dont à l'exemple de plusieurs Montagnards plus illustres, il ne soupçonne pas l'existence.

Maintenant, je ne veux pas trop contester à la Mon> tagne le droit qu'elle possède, d'élever à ses propres

fimis, un moiiumont à ccij trois hommes et à quelques autroi»^ j*^ "*y ^'^i* qu'une petite objection, et je vain l'exposer le plus hriôvement et le plus modestement {lossible. ^ :

II n'y H pas cinquante Canadiens-français parmi nos cent trente représentants. Ne serait-il pas bon, do suppléer à la quantité par la qualité? Malgré \é boa >ens tant vanté, et le patriotisme à toute épreuve de ve» messieurs, n'y aui*ait-il pas moyen de les remplacer par quelque chose de plus brillant ? Il me semble, sauf meilleifl* avis, que situés comme nous le sommes, lo moins nous élirons de Darche et de Marchijdon, le mieux ce sera. Pour Tamour do Dieu, si nous m* pouvons nous entendre entre nous, tâchons du moins dtr noiL« faire respei-ter des autres origines.

Page 1