‹ Les Guêpes canadiennes [microforme]Chapitre 13 sur 62 · M. JOBIN · texte numérisé non relu

M. JOBIN

Le monde sera propre et net comme une écuelle, L'humanitairerie en fera sa gamelle.

PoëMEs HUMANITAIRES.

Ainsi que M. Valois, M. Jobin est un représentant de 1851. Sa politique n'a pas été aussi uniforme que celle de l’inflexible patriote dont je viens de parler.

Lorsqu'il entra en chambre, il avait été annoncé comme Rouge. Il débuta, par voter avec le gouvernement d’alur:. Plus tard, il montra de ces velléités d'opposition, qui classent un député dans l’insaisissable catégorie des loose fishes. A la tin du parlement, il fit

partie de la majorité bigarrée du vingt juin, sans qu'il fut possible de dire, à quelle nuance il appartenait. Les élections nous l’ont ramené -e écarlate; mais ceux qni le connaissent assnre qu'’étant notaire, il a eu le soin de n’accepter les programmes de la démocratie avancée (si programme il y a), que sous bénéfice d'inventaire.

Les motifs qui font agir M.Jobin sont difficiles à saisir, on ne peut juger de lui, que par ses votes qu'il ne daigne jamais expliquer. Il ne prend la parole que sur des questions locales et de peu d'importance. En revanche, il sait imiter la voix de quelques députés, et dans les moments de tumulte trop fréquents, où chacun fait son cri, il contrefait quelqu'un de ses collègues. 11 réussit encore mieux dans l’imitation du chien, du chat et des quadrusèdes en général.

A ces talents d'agrément, il en joint d’autres plus solides. C’est lui qui rédige les résolutions et les projets de loi que M. Marchilden fait imprimer sous son nom. Jl s’en acquitte si bien, que tout le monde y est pris. A moins d'être dans le secret, on ne saurait s'imaginer que le député de Champlain n’est qu’un pseudonyme. (Je prie M. Marchildon de ne pas me traduire à la barre pour l'avoir appelé pseudonyme.)

Les Rouges ont une maison à eux, une espèce de phalanstère, où l’on a caserné le gros du parti de crainte d'accident. Au plaisir que l'on y goûte de pratiquer en commun, les vertus démocratiques et sociales, vient s'ajouter celui d’une sécurité que l'on n'aurait point si tous les adeptes étaient disséminés dans la capitale dont la corruption ne le cède en rien à celle de Babylone ; dans cet infâme Québec, où l’on voit sans cesse tant de lions rugissants qui, sous la forme de ministres ou de

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leurs affidés, ne cherchent qu’à surprendre et à dévorer les pauvres consciences républicaines.

C'est M. Jobin qui veille aux détails du ménage démocratique. Il a été élu bonne à l'unanimité, grâce à ses airs calins et au sourire stéréotypé sur sa figure. C'est lui qui pourvoit aux viles nécessités de ce monde, tels que le boire et le manger, choses auxquelles ne saurait descendre le gér:e d’un Laberge ou d’un Papin.

C’est lui encore (ou c’est elle) qui, dans les moments de crise, berce sur ses genoux l’Enfant-Terrible, prépare une potion calmante pour M. Prévost et donne, les jours de fête, un coup de peigne à M. Durche et un coup de brosse au docteur Valois.

Les divers travaux de M. Jobin ne sont pas de ceux qui font beaucoup de bruit au loin, et c'était un service à rendre aux citoyens électeurs du nouveau comté de Joliette, que de leur apprendre ce que leur représentant fait à Québec.

MM. DEWITT, HOLTON ET GALT.

“ M. Rotschild est le roi des juifs, et le juif des rois .”

Les trois députés que voici, sont les Rouges de la finance, et les financiers des Rouges.

La démocratie franco-canadienne n’est pas prêteuse ; comme la fourmie de la fâble, c’est là, son moindre de-

faut, En revanche, elle est, vons ne l'ignorez pas,

incorruptible et infaillible ; on ne saurait tout avoir à la fois. Cependant, si incorruptible et si infaillible que l'on soit, il est difficile de vivre d’incorruptibilité et d'infaillibilité, même en y ajoutant l’air pur et salubre du Canada, qui n’a pas pu saffire à nourrir le citoyen Latte.*

Ceux donc des adeptes qui s'étaient decidés à demeurer aans ce malhoureux monde, qui n’a pas encore de juges de paix électifs ni de parlements annuels, tout en parlant sans cesse d'emprunter à la race anglo-saxonne son énergie et son activité, lui empruntèrent réellement à la veille des élections, une certaine quantité de dollars et de bank-notes.

Il va sans dire, que les richesses subitement acquises du parti, ne furent pas employées comme celles d'un gouvernement corrompu, à corrompre le peuple ; elles servirent seulement, dans quelques comtés, à mettre en pratique le nouvel évangile humanitaire, qui consiste à donner un peu à manger à ceux qui on faim, et beaucoup à boire à ceux qui ont soif. D'ailleurs, si tout le monde ne lit pas les journaux que la démocratie distribue gratuitement pour éclairer le peuple, et le rendre meilleur, tout le monde àn moins a visité les écoles, les hopitaux, les salles d'asile qu'elle a fondés, afin de se populariser uniquement par des œuvres philantropiques. Rassurés sur l'emploi de ses fonds, mes lecteurs n’exigent pas que je leur dise à quelles conditions elle les a obtenus ; le portrait de ses banquiers suffira, j'espère.

Démocratie rouge, ma mie, dis-moi qui te paie, et je te dirai qui tu es ?

* Ce Monsieur était Français d'origine, instituteur à Montréal. et l'un des écrivains de l’Avenir.

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M. DeWitt est un patriote d'avant trente-sept. Il à de nouveau fait partie de la Chambre depuis l’Union, a marché avec M. Lafontaine, et s’est passé de la démocratie tant qu’elle n’a pas été inventée.

Lorsqu'il parlait, M. De Witt le faisait d’une voix vibrante, inégale et criarde qui rappelait par ses accens, toute la mélodie du Yankee doodle. Celà arrivait rarement, car il se contentait de dire, à voix basse, à son voisin, les discours qui avortaient presque toujours sur ses lèvres. On croit devoir se permettre de faire observer (comme écrivait son contemporain, M. Viger), que le métier de voisin de M. De Witt n'était pas précisément récréatif.

Comme il a contribué largement à l’élection de plusieurs Rouges, il n’est pas surprenant qu'il se soit fait réélire lui même ; il ne lui en coûtait pas plus, tandis qu’il y était.

Il est à peu près le même qu'autrefois, sauf la démocratie qu’il n’a encore manifestée que par ses votes et par sa barbe. Comme celles du Thomas Payne canadien, et du vénérable M. De Boucherville, cette barbe est blanche et elle aurait tort d’ètre noire, car M. De Witt est un de ces brillants jeunes gens de la Montagne qui dépassent la soixantaine.

Je serai quitte envers lui, quand j'aurai dit qu'il s’intéresse vivement au sort des Canadiens-français daus ce monde-ci et dans l’autre ; préside régulièment à l’as- “emblée annuelle de la Société protestante fondée pour: leur conversion, et présente à la chambre un projet de loi destiné à faire une corporation de l’apôtre Normandeau, son épouse et quelques autres, pour des jins évangéliques.

M. Luther Holton à la physionomie du renard, mais du renard qui a l'esprit de faire bonne chère. Ilext

d'une grande et forte taille et parle d'un voix lente, compassée, et presque mielleuse, qui contraste avec sa robuste personne.

Il est lificile de dire, s’il est plus financier que républisain : à plus républicain que financier,

Si on eût voulu le récompenser de ses sermons contre la corruption du ministère précédent, il n'aurait pas dit comme le renard précheur, après son exhortation anticarnivore . «ir, quelques dindons ; mais bien... quelques débentures !

La dérocraüc à l'air de croire que M. Holïton tt ses avis, qui font bearcoup d'argent avec le Grand- Tronc, en dépensent nne ,;: ‘‘: uniquement pour ses beaux yeux, et afin d'intron «. jour toujours et à jamais l'équité, la bonne foi, l’egalité, la fraternité et toutes les : vertus de l’âge d'or. La démocratie se trompe, ou ce qui est plus vraisemblable, elle fait semblant de se

tromper. La législation du parlement précédent a surabondamment prouvé, au chapitre des chemins de fer :

Qu'il est avec Holton des accommodements,

A la dernière élection, il fut longtemps considéré comme candidat ministériel ; mais, c'était sans doute une imposture du pouvoir, car personne ne fut plus empressé, ni plus âpre que lui à condamner, voire même à stigmatiser, les prétendues spéculations de son ami intime M. Hincks.

M. Holton, en chambre, a pour les Rouges les airs complaisants et. protecteurs d'un Mécène. Il écoute surtout, avec un sourire indéfinissable, ceux d’entr’eux (et ils sont rares, je l'avoue,) qui s’'avisent de parler religion ou nationalité, Il a une foi invincible dans ses idées, qui sont celles de M. Brown entendues avec plus de finesse, de calme et de modération. [Il se contente

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pour le moment, de la division qui s'est opérée dans nos rangs, et en calcule les résultats avec un flegme tout mercantile.

M. DeWitt est presbytérien, M. Holton est unitairien, et M. Galt est utilitairien et ils sont tous démocrates dans ce sens-ci que, si on veut leur permettre de faire table rase des fondations et des institutions catholiques, ils s'empresseront de faire subir le même sort à celles de leurs religions qui n’ont rien.

Je ne voudrais pas abuser des fables du bon Lafontaine, à l'endroit des renards et de M. Holton, mais je ne puis m'empêcher de songer à celui qui, ayant la queue coupée, voulait faire une révolution dans le même sens, et criait: à bas toutes les queues !

M. Galt a une assez jolie figure. Si la nature l’a doté d'un printemps éternel, elle n'y a pas mis une expression de candeur bien frappante. C’est le caractère et les idées de M. Holton, avec une nuance d’habileté financière de plus, et une pointe de zèle républicain de moins. Il parle avec facilité, mais il y.a dans son argumentation une subtilité si évidente, dans sa voix un petit ricanement si moqueur, dans ses yeux à demi fermés quelque chose de si chatoyant, qu’à moins d’être tout à fait crétin, il est impossible de rien croire de ce qu'il dit.

C'est un ministériel du vingt juin; mais le cinq septembre, il passa à l'ennemi au moment du combat, lorsque les deux armées venaient de se ranger en bataille. Les généraux n'avaient cependant rien à lui dire. Ceux qui font de pareilles recrues, pour peu qu'ils sachent calculer, doivent connaître d'avance le jour, l’heure et la minute de leur désertion. M. Galt, dans l'opposition, est demeuré l’apologiste de M. Hincks et de la maison Jackson. Les Rouges qui ont tant fait

de propagande avec les iniquités présumées du Grand- Tronc, se montrent maintenant plus charitables, sans doute par égard pour leur nouvel allié.

Qui Bavium non odit amet tua carmina, Mævi !

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