CONSULTATIONS
suite dune erreur de l'encadreur. Ainsi, dans les photographies on pouvait lire le nom de Mme de Tencin sur le cadre^ qui contenait le portrait de Mme de Groslée, et réciproquement. Aucune indication ne fut donnée à ce sujet avant la consultation, et Von juge dans quelles erreurs serait tombé un typologue peu scrupuleux, qui ne s en serait pas tenu strictetnent aux traits de la physionomie. Enfin, malgré de petites divergences d' opinion, nous avons scrupuleusement respecté le texte qui nous a été fourni.
L'auteur
1. Les cadres ont été supprimés dans la gravure. Mais ils existaient sur les photographies qui furent données à Mme Bessonnet-Fabre.
LETTRE AUTOGRAPHE DE Mme DE TENCIN (1724)
(Fac-similé réduit d'uu sixième environ.)
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Collection du mari/itin de Monl/'ipiard.
MADAME DE TEXCIN
L'écriture de Mme de Tencin révèle un cerveau remarquablement organisé. Essentiellement intuitive, elle sent, devine avec une grande acuité. A la fois sensitive d'esp7'it, logique, très déductive, elle enchaîne ses idées et s'exprime avec une clarté remarquable, mais quand sa personnalité est en jeu, elle ne voit plus clair. L'imagination et la passion, régnant en maîtresses, obscurcissent la clarté du jugement. La femme cérébrale, pratique, calculatrice est vaincue par la créature passionnée qui a perdu momentanément toute mesure et tout équilibre. Cette rupture d'équilibre a pour source le désaccord entre la vie physique et les aspirations morales, d'où absence de rythme et déséquilibre nerveux qui provoque une excitation physique et aboutit à un désordre moral. Il en résulte une lutte à mort entre les instincts et le sentiment, ce qu'elle aurait désiré et ce qu'elle n'a pas. Elle peut feindre d'être résignée, mais en réalité, elle n'est que refoulée.
Sensibilité vive. Ses impressions sont mobiles, fugaces, intenses, mais plus superficielles que profondes. Aucune franchise sous des apparences d'abandon ; elle se garde toujours, de peiu* d'être 'pénétrée.
Peu tendre, mais extrêmement passionnée, capable d'élans dictés non par le cœur mais par la passion; capable aussi de rancunes terribles ; « la passion a ses raisons que la raison ne connaît pas ». Implacable dans ses haines, elle se venge sur les autres de la souffrance qu'elle éprouve à se
sentir telle qu'elle est dans ses heures de clairvoyance; et les pires malades n'ont-ils pas des lueurs de lucidité !
Très personnelle, aimant le luxe, non pour en jouir, mais pour éprouver le sentiment de sa pinssatice.
Volonté forte, énergique dans l'engagement d'une action, tenace dans la résistance. Elle a l'audace d'un homme et la témérité d'une femme, ne reculant jamais devant le danger, le recherchant même, pa?' ainour de l' obstacle à vaincre.
Susceptible de prendre un grand empire sur certains êtres, empire qui n'est en quelque sorte qu'un hypnotisme dont la source est à la fois physique et morale. Elle est implacable dans sa volonté. On la snbit. Ce n'est pas une force qui domine, mais un charme qui envoûte. Ce charme est chez elle la forme que prend sa volonté. L'éducation lui a donné intellectuellement une culture, moralement une grande souplesse de forme, mais si l'éducation discipline, elle ne tue rien, et le jour où l'être est livré à lui-même, le tempérament vrai s'affirme, sinon dans les actes quand il y a des conventions qu'il faut respecter, du moins dans l'intention secrète et inavouée de ces actes. Dominatrice^ personnelle et ainbitieiise, tels sont les côtés instinctifs qui n'ont pu être étouffés. Mme de Tencin aurait besoin d'un maître ayant une « beauté morale », et l'homme qui a exercé une influence sur elle n'a jamais cherché à développer son « côté supérieur ». Il a réveillé les instincts qui dorment au fond de tout être humain, et le désordre est entré dans cette nature dangereuse, passionnée, mais qui eût pu être ensemencée. Elle a été forte contre les autres', il eut fallu la rendre forte contre elle-même.
Je terminerai l'analyse de Mme de Tencin par ces quelques lignes qui m'apparaissent comme la « clé de voûte » de son architecture morale. Si Shakespeare avait fait une psychologie, il aurait dit avec Esquirol : « L'homme est une « machine nerveuse gouvernée par un tempérament, disposée « aux hallucinations, emportée [)ar des passions sans frein, « déraisonnable par essence, mélange de l'animal et du poète.
CONSULTATION GRAl'HOLOGIQUt: 381
« ayant la verve pour esprit, la sensibilité pour vertu, l'irna- (c gination pour ressort et pour guide, et conduit au hasard a par les circonstances les plus déterminées et les plus com- (( plexes à la douleur, au crime, à la démence et à la mort. »
Helléa.