KI.ÉBER ET MARIGNY
bataillons d'infanterie et cent cavaliers. Il établit son quartier général au fort Sainte-Elisabeth, dont il se réserva le commandement particulier, et pour mieux encourager ses troupes et gagner leur confiance, il logea sous une tente. Il fit nommer dans les autres forts des officiers de son choix. Trois capitaines de grenadiers, résolus et pleins d'ardeur, Dubreton, Sainte-Suzanne, de Nattes jeune, défendirent, le premier, le fort Saiut- Gliarles ; le deuxième, le fort Saint-Philippe ; le troisième, le fort Saint-Joseph. Le Hauptstein eut pour gouverneur d'abord Dumoulin, puis Marcillac, lieutenantcolonel du 2^ bataillon de l'Ain. Le Gartenfeld, qui formait la droite du camp retranché, fut confié à Nicéville. Mais Kléber ne se bornait pas à donner des ordres. Durant tout le fc^iège, il ne cessa, avec Marigny, Boisgérard et Merlin, de concerter des plans, et, comme il disait, d'après les découvertes qu'il faisait et les conjectures qu'il lirait, de proposer des projets et de prendre des mesures pour frapper des coups d'éclat et entreprendre des escalades sans échelles '.
Dès le 6 avril, il se portait avec un gros détachement sur Mombach, poussait jusqu'à Budenheim et rentrait à la pointe du jour avec un troupeau de cent vingt vaches. Il employa le reste du mois à ramasser du fourrage dans les villages de Zahlbach et de Bretzenheim, à la barbe des assiégeants. Le 17 et le 20, les volontaires, qu'il animait de son ardeur, faisaient le coup de fusil avec les avant- postes prussiens et les refoulaient sur le chemin de Mombach. Le 22, ils attaquaient les tirailleurs qui gardaient Bretzenheim et les mettaient en fuite. Le 24, le 25, le 26, après quelques volées de canon
* lleynaud, Merlin, II, 77; Decaen.
et une vive mousqueterie, ils regagnaient Mayence avec plusieurs chariots de paille, de foin et de vin '.
Durant le mois qui suivit, Kléber, Marigny, la légion des Francs ne cessèrent d'attaquer ce Brelzenheim où, selon le mot d'une gazette, il y avait tous les jours quelque choc*. Le S mai, ils essayaient d'enlever un piquet d'avertissement, posté sur un tertre et composé de trente fusiliers et de vingt chasseurs. La surprise réussit. Les assiégeants, trompés dans l'obscurité par des Alsaciens qui parlaient allemand, tendirent la main à leurs ennemis et les aidèrent à monter. Mais bientôt leur erreur se dissipa. Ils s'enfuirent. Maîtres du terrain, les Francs démolirent une chapelle où les chasseurs prussiens avaient coutume de s'embusquer, et brûlèrent l'église de Bretzenheim qui leur servait d'observatoire'.
Le surlendemain, 7 mai, nouvelle sortie. Malgré des coups de canon et d'obusier, les assiégés élevèrent des retranchements à Zahlbach. Mais, dans la nuit, le prince Louis-Ferdinand se jetait à l'improviste sur la flèche construite à la fourche du ravin, culbutait les parapets, repoussait le bivouac jusqu'aux palissades du camp retranché, et, sous les boulets de la place, rasait les ouvrages commencés*.
Kléber, Marignj-, Boisgérard ne se rebulèrent pas. Le 8 mai, tout était réparé. Les terrassements de la flèche s'élevaient de nouveau sur la hauteur de Zahlbach et sous la protection des batteries qui les garnissaient, la légion des Francs tentait d'enlever derechef le piquet de
* Journal du siège; Gaudin ; Duncker, 245-240.
* Le Batave, n" 117 (Francfort, 1" juin).
3 Duncker, 254 ; Czellritz, 85 ; Darst., 934 ; Belitj., 203 ; Journal du siège.
* Duncker, 255 ; Czeltrllz, 87, Darst., 935 ; Bdag., 204 ; Laukhard, 366; Gaudin; Journal du siège.
KLÉBKR ET MARIGNY 4^
Bretzenheim. Elle débouchait de tous côtés par les chemins creux, tirait des coups de fusil, déchargeait les canons de son artillerie volante, puis se repliait en hâte à l'abri de ses redoutes. Les Prussiens durent barricader les rues de Bretzenheim avec des charrettes et autres obstacles, défendre la gauche du village par un retranchement qui fut muni de deux pièces, et appuyer le piquet par la brigade du général Manstein ',
A Mombach, comme à Bretzenheim, Français et Allemands étaient aux prises. Là aussi, durant ce glorieux mois de mai, la guerre faisait ses ravages : elle bouleversait les jardins anglais qu'avaient plantés les chanoines de Mayence : la verdure des boulingrins était détruite par les bivouacs ; les sentiers des labj'rinthes se transformaient en larges routes; sur les tertres où croissaient encore quelques arbustes, se dressaient des canons, et dans des kiosques à demi renversés s'établissaient les corps de garde. Le 1S mai, par une belle et hardie manœuvre qui menaçait d'envelopper les hussards de AVurmser et les forçait de se sauver au galop, la légion des Francs raflait tout le bétail qu'elle trouvait dans Mombach. Le -23, elle chassait les avant-postes prussiens du bois et du bourg et s'emparait d'une pièce de quatre, placée à la pointe de la forêt, entre Mombach et GoDsenheim ; celte sor'.ie, dirigée par Kléber, fut, dit Gaudiu, a très bien conduite et eut un succès complet' b.
Celte guérilla se poursuivit encore dans le mois de juin, heureusement et avec vigueur. Le 4, la légion des
» Expéditions du 9, du 10, du 12. du \o, du 18, du 24, du 29, du 30. ^Duncker, 258, 261, 264, 266 ; Czettritz, 88-89; Gaudin.)
» Czellritz, 161. 164; Darst., 944; Bilay., 211; Vérine, Gaudin, Journal du sièje. Rougemaîire ; Droz,£ssai sur l'art d'être heureux, édit. de 1857, p. 167.
Francs traversait le ravin de Zahlbach et, sous les ordres de Wcrlin, attaquait Brelzenheim. Le commissaire eut son cheval tué pendant qu'il mettait pied à terre pour pointer une pièce d'artillerie légère'.
Le 9, la légion faisait semblant de fuir devant les clievau-légers du régiment saxon de Courlande qu'elle nommait hussards rouges à cause de leur habillement, et les attirait sous la mitraille de deux canons masqués dans les seigles. Ces Saxons étaient très bien montés, et Merlin avait dit à Marigny : « Tu ne m'as pas encore enlevé un de ces gaillards-là ; il faut qu'ils paient ma monture. » Marigny promit de lui remplacer la bêle qu'il avait perdue, et il tint sa parole dans celte journée du 9 juin. La légion des Francs avait pris six à sept chevaux ; elle offrit le plus beau à Merlin et refusa toute récompense*.
Le lendemain, 10, autre expédition. A onze heures du soir, les Francs, conduits par Kîéber et Marigny, attaquaient Sainte-Croix, qui servait de poste aux Impériaux. L'opération, écrit Gaudin dans son journal, eut tout le succès qu'on désirait. On ne tira pas un coup de fusil et ne perdit pas un seul homme. La garde fut égorgée ou mise en fuite. 1.50 ouvriers, commandés par le capitaine du génie Ghevalot, livrèrent aux flammes l'église du village. Les gens du pays y avaient entassé leurs récolles. A la vue du feu qui dévorait l'édifice, ils levaient les bras au ciel et s'étonnaient de la destruction impunie d'un sanctuaire où il y avait une image de la Vierge qui faisait depuis longtemps des miracles. Mais
• Duncker, 270-273; Czellrilz, 171 ; Gaudin, Journal du siège.
* Id.\ CzcUriU, 172; Gaudin (son journal cesse vers celle époque); Scbaab, 361.
Kt,EBER ET MARIGNY 20\
cette fois, dit un Prussien, « l'image fut passive et ne sauva ni l'église ni elle-même' ».
Jusqu'à la fin du mois de juin, la légion des Francs fut agissante. Le 15, au matin, elle assaillait à l'improvisle le piquet de Mombach. Le 24, au soir, elle se jetait sur Bretzenheim, pénétrait jusqu'au milieu du village, et reculait sous le feu des chasseurs qui tuaient à diverses reprises les chevaux de ses canons. Lo 30, elle se portait de nouveau vers la forêt de Mombach*.
' Czellrilz, 173; Darst,, 9iS; Belag., 218; Preuss. Angenzeuge, 277-278 ; Gaudin ; Journal du siège.
> Czetiritz, 174, 179, 182; Dohne, II, 336; Gaudin; Journal du tièje.