‹ Les guerres sous Louis XV (volume 4)Chapitre 151 sur 299 · Roval-Corse · texte numérisé non relu

Roval-Corse

Un constant attachement des étrangers s'est toujours montré pour la France, parce qu'aucune nation n'a le caractère plus chevaleresque, l'esprit plus guerrier. Il n'est pas un peuple militaire de l'Europe qui n'ait été représenté dans l'armée. C'est vers la fin du seizième siècle que les troupes étrangères au service de France sont organisées en régiments. Combien n'ont-elles pas donné de maréchaux, tout en versant leur sang pour elle. Pierre Slrozzi (1), Concini (maréchal d'Ancre), ont eu l'Italie pour berceau ; les Ornano, la Corse sous le joug de Gênes, et les Schomberg, l'Allemagne ; la Suède, Rosen et Asfeld ; la Belgique, àNlarsin {^) ; la Hongrie, Bercheny ; le Danemark, Ranlzau et Lowendahl ; la Grande-Bretagne, Robert Stuart (sire d'Aubigny), le comte de Thomond, descendant des souverains d'Irlande, et Berwick, fils d'un roi. Parmi tant de héros, la Saxe compte le vainqueur de Fontenoy; enfin la Bavière, le brave Luckner (3).

Les corps étrangers différaient peu des troupes nationales. La plupart recevaient des Français, que l'on choisissait autant que possible parmi ceux originaires des provinces rhénanes, ou parmi les fils d'étrangers. Quelque tendance qu'eussent les régiments à se franciser, les commandements s'y faisaient dans la langue d'origine. Ils conservaient sur le pied de paix un effectif supérieur à celui de la plupart des régiments français, en raison des difficultés qu'on éprouvait à les recruter au moment de la guerre, et de l'obligation où l'on se trouvait de retenir des hommes que d'autres nations

(1) Strozzi, tué au siège de Tliionville, 20 juin 15,")8; maréchal de France eu 1554, n'est reconnu dans cette dignité que deux ans plus tard, après la mort du maréchal de Bouillon.

(2) Marchin, comte de Marsin, né à Malines le 10 février 1656, passe au service de France. Brigadier, 1688; maréchal de camp, 1693; directeur de la cavalerie, 1695 ; maréchal de France, 12 octobre 1703. Se distingue à Senef, Fleurus, au siège de Mons, à Sloinkerque , en Allemagne, eu Italie. Blessé sous Turin le 7 septembre 1706 et fait prisonnier, il meurt deux jours après.

(3) Maréchal de France, 28 décembre 1791 ; mort le 4 janvier 1794.

n'eussent pas manqué d'employer; la solde y était aussi plus élevée. Plusieurs de ces corps appartenaient au roi ou à des princes , à des gentilshommes étrangers qu'il importait de s'attacher. Ils avaient souvent à la fois plusieurs régiments dont ils pouvaient rester propriétaires, alors même qu'ils devenaient généraux ou maréchaux de France. Les troupes étrangères, soumises à la même organisation et à la même discipline que les régiments français, « servaient, en général, très bien, parce que l'esprit de corps y était fort prononcé, les vieux soldats nombreux et que les officiers naissaient et mouraient dans le régiment. * Elles étaient la constante sollicitude du pouvoir, qui trouvait en elles un de ses plus fermes appuis; elles représentaient toujours une grande force dans l'armée, quoique leur effectif subît de fréquentes variations.

Les régiments étrangers, semblables aux autres pour l'équipement et l'armement, s'en distinguaient par la variété des couleurs et des drapeaux, celui de la colonelle restant toujours différent des autres.

Infanterie allemande.

Les régiments recrutés dans l'Alsace et la Lorraine allemande se désignaient sous le nom de régiments allemands. Cette dénomination provenait de ce que leurs colonels propriétaires, presque tous des princes de l'empire germanique, possédaient des iiefs féodaux en Alsace, dans le pays wallon ou dans les contrées appelées les pays de la Sarre, de laMoselle, et plus communément de Lorraine allemande. Le recrutement se faisait exclusivement dans les provinces où dominait la langue allemande, avec les commandements dans cet idiome. Les corps recevaient beaucoup de sujets des princes de la rive droite du Rhin et souvent se complétaient par des troupes formées dans les pays germaniques, plusieurs même durent leur origine à des levées dans les cercles du saintempire. C'est ainsi que de nombreux représentants de la noblesse de ces provinces trouvèrent, sans changer leur milieu d'origine, une carrière en rapport avec leurs goûts militaires, et les jeunes gens de la bourgeoisie et môme du peuple, un métier qui convenait à leur caractère. Le libre exercice de la religion protestante, le privilège de juridiction, de grandes franchises, l'usage exclusif de la langue, attirèrent dans ces corps, tous ceux qui voulaient se destiner à la

carrière des armes en suivant leur culte à l'abri des proscriptions qui succédèrent à la révocation de l'édit de Nantes.

Par ordonnance du 21 décembre 176:2, chaque B. d'infanterie allemande est composé de 8 compagnies de fusiliers et d'une de grenadiers. La division est la même que celle de Tinfanterie française; cette ordonnance réforme les commandants de B. et les capitaines-lieutenants.

Sont conservés : Alsace h 3 B., Anhalt à 2, ainsi que la M^rck, Royal-Bavière, Royal-Suédois, Nassau, Royal-Deux-Ponts et Bouillon à 1 B. Les compagnies étaient beaucoup plus fortes que celles des corps français, avec un personnel plus nombreux dans les états-majors. En outre des officiers supérieurs, le corps comprenait un interprète, un aumônier, un prévôt, un exécuteur spécial de la justice ; privilège pour le patient d'être exécuté par son compatriote. La compagnie comprenait de plus un fourrier et un capitaine d'armes. La discipline était plus sévère ; les officiers ne manquaient jamais et s'honoraient de porter l'uniforme devant la troupe. Les grenadiers se distinguaient par des cadenettes terminées par une balle de plomb à la mode des hussards; ils les porteront jusqu'en 1778, et c'est à grand'peine que les colonels parvinrent à leur faire quitter cet ornement aussi étrange qu'incommode.

Les tambours et les musiciens avaient les livrées de leurs colonels propriétaires. Ce qui distinguait surtout ces corps, c'était la profusion de leurs drapeaux ; il y en eut jusqu'à seize par B., dont le drapeau colonel blanc était le signe du commandement. Ce chiffre fut par la suite réduit à un.

La solde se répartissait comme suit, selon les grades :

Livres.

Colonel 33

Licutenanl-colonol r.

Major 10

Aide-major 3

Interprète 3

Aumônier »

Cliirurgien 1

Capitaine 3

Lieutenant 2

Bas officier

Sols.

Deniers.

Alsace, ii» 36.

Charles VIII est le premier qui ait pris en 148G des lansquenets à son service. Depuis il y eut toujours des Allemands dans nos rangs. Après la mort de Gustave- Adolphe en 1635. tous les régiments allemands de son armée passèrent au service de France. Pour Alsace, le traité entre le roi et le comte de Nassau-Sarrebruck fut signé le 16 avril 1650.

Colonels propriétaires.

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