AVANT-PROPOS
EAUCOUP de sciences n’ont pris leur essor qu'au cours du xx siècle : l’anthropologie est de ce nombre. N'est-il pas étrange de constater que l'homme, déjà si ancien sur la terre et dont l'origine se perd dans les
profondeurs de l’époque tertiaire, ait été si peu étudié
jusqu'alors? Cela tenait à certains préjugés philosophiques dans l'examen desquels nous n'avons pas à entrer ici.
L'anthropologie, cette science si vaste et si féconde, date à peine de vingt-cinq ans. Le mot « anthropologie » existait bien avant cette époque, mais il n’avait pas le sens que nous lui donnons aujourd'hui.
Il ne faut pas oublier que cette science est d'origine absolument francaise : là, comme dans beaucoup de découvertes, : la France tient le premier rang. La fondation de la Société d’Anthropologie, en 1859, par Broca et les ouvrages de Darwin vinrent lui donner un élan considérable. Aussi Îles années 1858 et 1659 seront célèbres à juste titre. Les différents États de l’Eu-
rope suivirent rapidement cet exemple, et actuellement toutes les nations a
possèdent au moins une société, si ce n'est plusieurs, chargée spécialement d'étudier l'être humain à tous les points de vue. Les manifestations les plus complexes, qui paraissaient tout d’abord ne pas pouvoir se ramener à une forme scientifique, ont été analysées et réduites à leurs éléments primordiaux. Les faits sociaux sont de ce nombre. Qui aurait pu croire au premier abord qu'ils obéissent à des lois aussi immuables que tous les autres phénomènes de la nature ? Il en est cependant ainsi, et les hommes auxquels incombe le gouvernement des peuples ne peuvent plus négliger ces lois, comme au temps où la direction des nations était confiée au bon plaisir et aux caprices de quelques-uns. Les sociétés, qui, comme les êtres vivants, doivent se transformer sous peine de périr, ont besoin de guides qui les empêchent de ségarer aux moments critiques de leur évolution. Ceux-ci, pour donner à chacun la plus grande dose de bonheur possible, ce qui est le but de l’humanité, et, par là, bien mériter de leurs concitoyens, doivent avoir étudié et
fortement médité les résultats fournis par la science anthropologique. La vraie politique de l'avenir, basée sur des données purement scientifiques, ne pourra plus être égoïste comme par le passé : elle n'aura qu'un but, celui de développer et d'assurer la solidarité et la liberté humaines.
Ce sera le plus beau triomphe de la science.
Mais revenons aux débuts de l'anthropologie. Depuis 189, elle a fait des progrès considérables et s'est vulgarisée d'une façon surprenante. Il serait cependant à désirer que sa diffusion fût plus grande encore.
On peut expliquer assez simplement ces rapides progrès si l’on songe que toutes les sciences touchent plus ou moins à l'homme, et que, si l'on en détache tous les faits qui le concernent pour les grouper ensemble, on a vite formé un tout considérable. Pour mieux faire saisir notre pensée, qu'on nous permette une comparaison empruntée à l'art militare : supposons plusieurs compagnies d'infanterie marchant sur des routes qui convergent toutes vers un pont; chaque compagnie prise isolément est peu de chose pour l'observateur ; mais quà un moment donné, pour des causes quelconques, toutes ces compagnies viennent à se réunir pour passer le pont, on verra sur ce même point — en très peu de temps — une masse considérable d'hommes. Tel a été le cas des études anthropologiques.
Sans vouloir entrer dans des discussions plus ou moins spécieuses, nous accepterons comme définition de l'anthropologie celle qui en a été donnée par un savant français, qui disait que l'anthropologie est la monographie de l'homme, c'est-à-dire l'étude de l'homme physique et de ses manifestations.
AVANT-PROPOS. qu
Comme cette étude est très complexe, on a été obligé d'y introduire des subdivisions qui peuvent se ramener à trois :
1° L'observation des faits qui constitue la base de toute science, c'est l’ethnographie ou description des races humaines dans l’espace, c'est-à-dire telles qu’elles sont actuellement réparties sur la surface du globe; ni
2° La comparaison des faits entre eux ou ethnologie, c'est-à-dire l'étude des races humaines dans le temps :
3° La généralisation ou sociologie qui dégage les principes résultant de l'ethnographie et de l'ethnologie.
Par une comparaison empruntée à la géologie, on pourrait dire que l'ethnographie décrit les strates humaines pendant que l’ethnologie en décrit la coupe.
L'ethnographie peut alors se diviser en deux parties principales :
1° La description de l’être humain;
2° La description de ses manifestations.
Sous le premier chef, nous comprenons la description de l'homme à tous les points de vue : anatomique, anthropométrique, physiologique, pathologique, etc.; la détermination de sa place dans la nature; les caractères. généraux du groupe ethnique auquel il appartient; et enfin la répartition de ses groupes à la surface de la terre. |
Sous le second chef, nous plaçons tous les renseignements relatifs aux manifestations de l'homme. Pour que de tous les faits recueillis on puisse tirer quelque enseignement, 1l faut quils soient comparables entre eux et qu'on puisse les trouver facilement.
Afin d'atteindre ce but, nous nous sommes fait pour notre usage un plan qui nous permet aisément de rapprocher les faits de même nature. Pour cela nous avons divisé l’ensemble des observations à faire, c'est-à-dire des notes à recueillir, en un certain nombre de paragraphes, portant chacun un titre général.
Chacun de ceux-ci se divise à son tour en articles. On verra un peu plus loin le tableau que nous avons formé ainsi et qui nous sert, aussi bien dans nos observations que dans nos lectures, pour prendre avec méthode, sans rien laisser passer, toutes les notes destinées à la rédaction d'un travail ultérieur.
L'avantage de ce classement, peut-être arbitraire, est de trouver sûrement tout ce qui se rapporte à un sujet donné; ainsi, dans les trois chapitres
qui forment la partie ethnographique de ce travail et qui ont rapport à des
populations différentes, tous les renseignements relatifs à la nourriture se trouvent toujours à l'article 1° de chaque chapitre, — ce qui concerne lhabiamon + rmcleh2 etc.
Aussi n'attachons-nous pas la moindre idée philosophique à la répartition des paragraphes de notre tableau : ce n’est qu’un simple casier pour y classer les faits. Constatons, en passant, que le besoin d’un questionnaire ethnographique se fait de plus en plus sentir, lorsqu'on a des observations à faire et qu'on dispose de peu de temps. En effet, sans ce guide, l'observateur s'expose souvent, soit à omettre un fait important, soit à ne pouvoir élucider des questions controversées lorsqu'une occasion sen présente.
Dans le présent travail, tous les faits sont présentés dans l'ordre indiqué par le tableau qui va suivre. Il sera le même pour les trois groupes de population que nous allons étudier.
Ce qu’on trouve.
VÉCGEDODEMAN NeRAENrE , Ce qu’on cultive.
Rues à — Produits de la ANNEE, he re oi chasse et de la pêche.
bros des animaux domestiques.
Produits naturels.
Produits fabriqués (fermentés ou non); ivresse.
OP PNTENAPNRIONA ES Se
| Propres à la région.
CONDIMENTIS. + Re 2
| Etrangers.
APPROVISIONNEMENTS.. (Comment on se les procure.
(Site, deschption, de HN construction:
CONSTRUCTION. 0. magasins.
Matériaux, main-d'œuvre.
Meubles de toute espèce.
22 HABITATION. AMEUBLEMENT. ol Ustensiles de chauffage, d'éclairage, etc.
Instruments de guerre et de travail.
USTENSILES ED OUTILS. | 4 Ustensiles de cuisine.
{ Des hommes,
É 4 1RS L] L L , L] L2 UE | Des femmes.
Fard, tatouage. Déformations et mutilations.
Bijoux, parures, amulettes.