CHAPITRE PREMIER
PREXiinE CLASSE.
Instruments dépourvus de trou pour y adapter un manche.
§ 1. Ciseaux.
Cet inslrument si connu, de pierre ou d’os, se présente sous des formes identiques chez les insulaires d’Oiahiti et de la Nouvelle-Zélande, ainsi que dans les anciennes chambres sépulcrales de la Scandinavie. Je diviserai les ciseaux en ciseaux étroits et ciseaux larges, chacune de ces espèces se subdivisant à son tour en ciseaux à tranchant droit et ciseaux à tranchant courbe ou gouges. Nous allons étudier séparément ces divers types.
1° Ciseaux étroits à tranchant droit.
L’instrument de ce type que j’ai fait reproduire est de néphrite, roche voisine de la serpentine ; il vient de la Nouvelle-Zélande et se trouve au British Muséum. Il y a moins d’un siècle qu’il était encore employé comme ciseau par les habitants de cette lie. Les figures 129 et 130 de la planche VI montrent comment cet outil de pierre était emmanché et la manière dont on s’en servait. Le ciseau même, qui mesure une longueur d’environ 11 centimètres, est carré, légèrement arrondi, principalement sur les deux côtés les plus étroits; le tranchant est droit et en biseau double. Le manche, qui est de bois, porte à son extrémité supérieure un prolongement assez long contre lequel s’appuie le bout du ciseau ; le dos de ce pro-
aSEAUX.
longemcnt contient une petite entaille destinée à maintenir le lien d’attache. Ce lien consiste en un gros fil tors de phormium tenax. 11 est facile de voir à la tête écrasée et écorchée du manche, que cet instrument était, de même que nos ciseaux de fer actuels, employé à être chassé à coups de maillet dans le bois, pour y pratiquer des mortaises ou des évidements.
On exhume fort souvent en Suède, du sein de la terre, des ciseaux de pierre parfaitement identiques à ceux de la Nouvelle-Zélande. Us sont habituellement de silex, mais parfois aussi d’autres roches. J'en ai vu un de quartz, et ma collection en contient un de diorite. Les plus nombreux et les plus beaux sont toutefois de silex. Leurs dimensions varient beaucoup, allant d’une longueur de 10 à 12 centimètres jusqu’à 25, et d’une largeur de 10 à 28 millimètres (PI. VI, fig. 127). Parfois ils sont entièrement carrés et à côtés plats, parfois à bords et à côtés légèrement arrondis. Comme tous les instruments de silex à tranchant produit par le frottement, ils ont d’abord été taillés puispolis. Pour cette cause on en trouvequisont simplement taillés et qui n’ont jamais subi l’opération du polissage; ceux-là n’ont jamais servi. La partie supérieure, qui était cachée par le manche de bois, est ordinairement raboteuse > celle qui était à nu est ordinairement plus unie et plus lisse ; le tranchant est droit et en biseau double. Les figures 129 et 13Ü, décrites plus haut, montrent le procédé par lequel cet instrument était emmanché et la manière dont on l’utilisait.
aiAlMTHK PHF.MIE».
On ictniuve aussi cet instrument, mais en os, dansles anciennes chambres sépulcrales de la Suède. La ligure I iH (l’I. VI), due à I nbligeance de M. Tliomsen, en représente un venant du Danemark, et conservé au Musée (le Copenhague; un autre, plus arrondi, conservé au Musée archéologique de Stockholm, est reproduit ligule 131 de la même planche. Le ciseau en os d’Otahili, tpie je meutionnerai un peu plus bas. a eu un manche analogue à celui des ciseau.x de pierre, et a servi, comme eux, enfoncé à coups de maillet dans du bois tendre.
i" Gouffex Miroites.
Ce tvpe de ciseau ne se distingue du ciseau droit qu’en ce que l un des côtés de 1a partie inférieure est évidé et l’autre arrondi, de sorte que le tranchant décrit une courbe. A peu près des mêmes dimensions t|ue le ciseau droit, il est ordinairement arrondi et à angles abattus. On n’en a jusqu’ici trouvé en Suède qu’eu silex (PI. VI, tig. 134). Tout fait présumer qu’il était emmanché comme le précédent et employé aux mêmes usages que lui.
Je n’ai pas encore vu cet instrument de pierre parmi ceux qui ont appartenu à des races encore vivantes des lies de la tuer du Sud ; mais il est fort probable qu’on l’v rencontre aussi en celle matière, d’autant plus que l’on possède de là le même instrument en os. Ou voit au British Muséum une gouge étroite en os, venant d’Olahiti (PI. VI, tig. 132, 133). Elle est munie d’un manche en bois entouré d’un lien. Mais ce qui mérite le plus l’attention, c’est que ce manche porte
CISEAIX.
des traces irréciisaljles des coups de maillet au moyen desquels il était chassé dans le bois, .\iiisi les dspuiijr iFos ont été, tout aussi bien que ceux de ji/erre, employés à travailler le bois.
3° Ciseaux ù jwiynée.
Le British .Muséum possède un ciseau à poignée du détroit de Nootka, <iue j’ai fait reproihiire planche VI, figure 135. Cet iiislruiuent n’est pas de silex, mais d’une roche voisine de la diorite. La |>oignée remplace évidemment ici le manche de bois et reçoit les coups de maillet sur s<» tête dilatée. Il n’est pas douteux que cet instrument ne s’emploie de la même manière que les ciseaux de pierre à manche de bois de la .Nouvelle- Zélande.
On vei ra planche VI, ligure 130, un instrument qui, tant par sa forme générale ((ue par la pierre dont il est fait, ressemble à celui que je viens de décrire. Il n’est pas rare en Suède. Il a été trouvé plusieurs fois en Danemark, et l’on en voit des exemplaires au musée des antiquités à Copenhague (voy. le travail de Thomsen : Oni Nordiske Oldsayer uf Sten, inséré dans h; \ordisk Tkhkrift fur Oldkyndig/iel, I. B, p. 427-463, fig. 17). Cet instrument étant confectionné d’une pierre talqueuse ou dioritique qui se désagrégé facilement, en rendant la surface friable et eu détruisant le tranchant, on a supposé qu’il u’a pu être employé à travailler le bois; on a émis, pour cette cause, la conjecture «que l’on s’en servait dans les sacrifices à détacher la peau de 4a victime après qu’elle avait été entamée au moyen d’un instrument plus tranchant. » .Mais après avoir vu