‹ Les habitués des prisons de ParisChapitre 6 sur 132 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

LA POPULATION DES PUISONS DE PAUlS

Une foule de classilications des criminels ont été proposées : toutes prêtent à la critique et toutes ont été critiquées (1). Je n’ai point l’intention d’en proposer une nouvelle ici. C’est une question plutôt spéculative que clinique et hors de ma compétence. Je veux simplement, pour donner plus de clarté aux études qui vont suivre, établir une distinction de simple bon sens et indispensable pour l’analyse de l’homme criminel.

La population des prisons de la Seine peut se diviser en deux parties : la population fixe et la population flottante. Cette dernière est composée d’individus qui ne comptent qu’une ou deux condamnations, rarement plus : le marchand de vin maladroit qui a frelaté son vin et s’est laissé prendre ; le commis-voyageur qui, dans un moment d’oubli, a escroqué pour payer une robe neuve à sa maîtresse ; le garçon de Banque ou l’employé qui, dans un moment de gène, a emprunté sur sa caisse et n’a pu restituer la somme à temps ; le banquier ou le commerçant qui a tripoté; l’ouvrier plombier qui a « mangé du grasdouble » (2) pour s’offrir un dîner bien arrosé; l’ouvrier pochard qui a insulté un sergent de ville, etc., etc... Mais tous ces indi-

(1) Voir le livre tout récent de H. Joly : Le crime, Etude sociale. L. Cerf Parls-i888.

(2) Volé du plomb.

LA POPULATION DES l'IUSONS DE PAHIS

vidiis ne sont dans les prisons rpie des oiseanx de passage. Plusieurs ont une position qui leur permet de vivre et quelques uns une petite fortune. Généralement un seul séjour en prison celullaire suffit pour les rendre plus honnêtes ou au moins plus adroits. Ce sont les criminels d’occasion, les criminels d’accident.

La population fixe est composée d’habitués, d’individus qui comptent de vingt à trente condamnations et même plus, individus qui ne font que sortir de prison pour y rentrer. Celte population se décompose en deux catégories : la première comprend les infirmes, les mendiants et les vagabonds, les uns incapables de gagner leur vie, les autres amenés là par paresse, par inertie et manque de volonté, et pour qui la prison est une espèce de refuge. Rarement condamnés pour vol, ils se font perpétuellement arrêter pour mendicité ou vagabondage. La seconde catégorie comprend alors les vrais criminels, ceux que le vol, le vagabondage, l’ivrognerie, les attentats aux mœurs, le meurtre ramènent constamment en prison. Ce sont des individus pour ainsi dire fatalement voués au mal et au vice et par suite à la prison.

C’est cette catégorie d’individus que je veux spécialement étudier, catégorie que je considère comme entièrement formée de criminels d’habitude, de fous moraux, d’épileptiques, en un mot de dégénérés, c’est-à-dire d’individus qui, par suite d'un nombre considérable d’états morbides ayant affecté cbe/ leurs ascendants le système cérébro-spinal, présenteront un état mental et moral anormal.

Mais, avant d’entrer dans cette étude, une question se |)ose : à quel chiffre s’élève cette armée du crime? A un ebitfre colossal. La prison de la Santé contient à elle seule environ douze cents détenus et elle est toujours' pleine, .le n’apporterai point ici de chiffres et je renverrai à l’Annuaire du 1)'' Rertillon,^ le chef du

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