CHAPITRE V
iphie il'uni; iriéniniri', se dévcloppaiil aux dépens des
natt ou l'on devient aiidiLif, visuel ou moteur. H
presque plus mis eu doute pur personne, aujourd'hui
tj nous héritions de nos ancêtres, de dispositions organi-
particulières ; que cheit chacun de nous, il existe une
de spéciale à recevoir certaines impressions plulôl que
Or. ceci est en lous points applicable h l'exercice
diverses mémoires, et nos pères nous lèguent des dis-
itions auditives, visuelles ou motrices, qui ne font, du
:, que s'exagérer par l'hahitude.
!ais l'on peut naître indifférent et devenir auditif, visuel ou
teur, et cela dans deux conditions données. La première,
c'est lorsque, à la suite de l'exercice quotidien, d'une do nos
mémoires, nous la développons aux dépens des autres, ainsi
que cela se passe chez les peintres et chez les musiciens.
La seconde, c'est lorsque, li la suite d'un trouble pathologique, tel que l'aliénation mentale, l'exercice forcé d'une des mémoires, nous oblige îi la développer.
Certes, je ne nie pas que bien des peintres et des musiciens ne deviennent l'un et l'autre, parcequ'ils étaient déjà visuels ,ou auditifs; je ne nie pas non plus que beaucoup d'aliénés ont plulôl des hallucinations d'un sens que de l'autre, parcequ'ils étaient déjà visuels on auditifs, mais je crois qu'alors ■même qu'ils ne l'auraient pas été, ils étaient dans de bonnes conditions pour le devenir.
Quoiqu'il en soit, il est indéniable que chez certaines personnes, le cerveau retient plus facilement la sensation sons la forme d'une image, que sous celle d'une autre, et que cette image est reproduite par la représentation mentale avec une vivacité, une netteté, je pourrais même dire une extériorité de beaucoup supérieure à celle des autres hommes.
Mais, nousavonsdil que l'onpouvaitdevenir auditif, visuel ou
moteur par l'exercice, et développer ainsi l'image intérieure.
M. Boishaudran ('), professeur à l'école impériale de des-
DÉVELOPPEMENT DE LA REPKÈSEMÏATION MEATALK
siii. a eu la pensée de se servir de cette faculté pour les grès de ses élèves. Il met devant eux uu modèle et leur d le bien examiner, puis, au houl de quelques minutes, leur enlève et les fait dessiner de mémoire.
Voici les réponses des élèves aux questions qu'il li «adressées sur ce procédé.
D. — Lorsqu'après avoir éludié votre modèle, il voi :K~etiré, et que vous cherchez à le dessiner de méInoi^e,^ ■Tioyen employez-vous, et quel est votre guide ?
R. — Je cherehe à me figurer mon modèle, mais je n '^^ois que confusément. Je le vois mieux en fermant les j[ê D. — Comment faites-vous quand votre modèle est îl «r^onfus ou disparaît? ^
R, — Je fais effort, et il devient plus visible ; quelqu^ "i I m'échappe tout à fait, mais avec delà peine, je parvient t"aire revenir.
D. — Voici quatre mois que vous vous exercez, éproij A^ous toujours autant de peine?
R. — Non, l'image est beaucoup plus distincte que r. 4 ^s premiers temps, et si elle s'en va. je la fais revenir près ^ volonté.
Les peintres, et surtout les peintres de talent, qui .sont ^^ Jsuels. possèdent au plus haut point, non seulement C "*^ ivacité extraordinaire de l'image, mais encore la faculté ■ *i fixer et de l'évoquer presque à volonté. J
Tout le monde sait qu'Horace Vernet était des mieux ^ *^«3us ce rapport. M. Baniboceio ('), qui était du restejj *>~iu5icien, comme peintre, avait une telle mémoire et uncS -•"«icilité, qu'il lui suffisait de regarder un objet pour en ijj *^ uire, même longtemps après et avec une graude SdéltQ ^«arme et la couleur. (
fiaphaël I'), voyait devant lui, suivant un passage d' *^«mbie, le tableau de la transfiguration, au moment t*eindre ; il dit, dans une lettre à son ami Castiglione*
{I) Km. MiCBEr.. Reoiie îles Di-iu-UnTides,
[|j. BHlEtUIE DK BniSMONT. tf . p.. 18.%.
Bpossiiiilili^ lU; trouver dps modèles qui piiisseni poser pour udones, le forçait de prendre dans son esprit, le type de [bréatioDs .
bnard de Vinci. charî,'é par le supérieur d'un couvent de B, 3ëTâii'e le tableau de la scène; après avoir travaillé Biàrdeur, s'arrête tout k coup, des journées entières, devant ibleau, les bras croisés et pensif. L'on vint lui en faire prvation, et il répondit que les grandes pensées se forât dans le laboratoîri' du ecrveau et qu'il peignait bien ^immobile, que le pinceau à la main.
Bchel Ange, dit-on. restait des journées entières à regarder jles airs, l'image de sa giganslesque coupole. ) peintre anglais Marliun ('), voyait à l'avance les tableaux il avait médité la composition. Un jour, une personne Kûiivunt entre lui et le point où se trouvait sa vision, il la ^de se déranger, parcequ'elle lui cachait une partie du
, qu'il était occupé a reproduire, tez les musiciens de talent, qui sont naturellement des Uifs, nous trouvons la même vivacité, la même netteté dans
Usi s'exprime M. d'Orttgue, dans le Journal lirs Débats du
prs 1855. i( Je venais de m'asseoir dans un vaste fauteuil, rès de la cheminée, écoulant encore, en esprit, les chants de mette qui, quelques instants auparavant, avaient frappé : oreille dans la campagne; ce chant réveilla dans mou i mélodies de la Pastorale, et me voilJi assistant à une
veilleuse exécution de cette symphonie. Rien n'y manqua.
Be justesse d'intonation ! Quelle précision 1 Seulement les
gidu grand oi'chestre de la nature venaient de temps en temps
loindre à l'orchestre de Beelboveu. »
ph' Bûchez (') ayant interrogé, au sujet de l'audition interne, i chefs d'orchestre, des plus habiles et des plus connus
monde parisien, nous rend ainsi compte de ce qui lui fut
bndu:
DÊVRLOPPBllEKT at LA ItKPRÉtlRNTATIOIÏ MENTALE
F* Ce chef d'orcbeslre iivail lui-iiii^iiio celle audilion Jat^ il enleiidait parfaîlemeul. non seulemml les accords 4 successions d'accords, mais les sonorités oi-cheslr eoteudail comme dans sou oieille, non dt^ manière i trompi^ sur l'origine des sons, mais de manière à en apprt liarfailement la valeur syniphonique et la si^'nification o« Irale.
Jr lui demandai alors ce (|ni lui arrivai! lorsqu'on I iiieliflil une partition nouvelle, ouverture de syrnphcy commeut, par cxfinpl).'. en lisant seuletnt-rit. et avant ta exécution préalable, il pouvait en déterniijicr la valeur^ apprécier l'ellet.
Il Cela est simple! me répondit-il ; à la première \et j'entends le quatuor, je l'entends dans mon oreille ; à la set lecture et dans les suiviintes, j'ajoute successivement l'ai des ellels des autres instrumenis, Oiiflq^efois, il fautn reprendre à plusieurs reprises pour bien entendre l'effi sonorités secondaires combinées avec la sonorilé principi quatuor; mais j'y arrive toujours en m'y reprenant à plusi fais. )) Il ajoute plusieurs autres consiiléralioUK dout il i Init que, selon lui, avec de l'attention et de l'élude,, i musicien pourrait arriver à cette espèce d'audition iatié sans laquelle il n'existe un bon compositeur ou un bon a d'orchestre. »
Jusqu'il préseal, nous nous Ironvons en présence i exceptionnels sans doule, mais dans lesquels nous n'os6| pas invoquer l'intervention de l'état hallucinatoire, qu^ ce di^veloppeinent exagéré d'une faculté, la lension des prit vers un même but, l'emploi même d'excitants chd artistes, pourraieul nous y faire penser. Un pas de j el nous entrons dans le cadre de la pathologie, je ■ cependant, avant de le franchir, rappeler un cas qn'i conibie ('Icite, comme étant placé à l'extrême fronli^ la conception normale, c'est celui du célèbre voyagetq aois Niebuer.
(Il Abehcouuje.
96 CRAPÏTHE V
Vieux, avoiiglc. paralysie, les souvenirs de sfs vtiyagcs éUiBDl resiés lelleinent pr^'st-nls à soti esprit, que loi'sque ses amis lui cnlrndajenl raconler avec une exactitude et une précision remarquables, les descriptions des sites qu'il avait traversés dans sa jeunesse, ils ne pouvaient s'empêcher d'exprimer leur étonnement : « Il leur disait alors, raconte son fils, que lorsqu'il était couché dans son lit, isolé des impressions extérieures, les tableaux qu'il avail vus en OrienI, passaient, repassaieni sans cesse devant l'œil de son espril, d<* sorte qu'il n'était pas étonnant qu'il en parlât comme s'il les avait comlemplés la veille. La teinte foncée des nuits de l'Asie avec leur phalange d'étoiles brillantes et étincelanles, la magnifique voûte azurée des jours se réfléchissaient dans tout l'éclat de leurs couleurs, sur la partie la plus inlime de son âme, aux heures de calme et d'obscurité, »
Nous avonti dil que' nous allions passer ilii cadre de la physiologie à celui de la palliologie ; nous aurions voulu ■éviter le passage brusque de l'un à l'autre et certainement i.qùe si nous avions eu en mains un nombre suffisant d'ob- ■ servalions. il nous aurait été facile de monirer. qu'ici comme .ailleurs, les limites enlre l'état de sanlé et l'éliif de luala- Aie, sont loin d'être rigoureuses.
Cependant, voici une observation que nous empruntons à Bail {Tr/iilé iks malaiiks m-'alahit 1SS0,) cl qui tait bien voir qu'il est parfois difficile de dire où finit l'exagération de la représentation mentale, et où commence l'hallucination viaie.
« Un peintre, qui avait hérilé en grande partie de la clientèle du célèbre .losué Reynolds, et se croyait un talent supérieur au sien, était si occupé, qu'il m'avoua, dit Wigan, avoir peint dans une année JiOO portraits, grands et petits. Ce fait paraît physiquement impossible ; mais le secret de sa i-apidité et de son étonnant succès, était celui-ci : il n'avait besoin que d'une, séance pour représenter le modèle. Je le vis exécuter sous mes yeux, en moins de huit heures, le portrait d'un monsieur que je connaissais beaucoup ; il était
DiveXOPPEllSHT LB LA aiPBBSSNTATION HENTAr.B
ttt avec le plus grand soin el d'une ressemblai
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Lorsqu'un modèle se présentait, je le regardais atteotiment pendant une' demi-heure, esquissant de temps en lïips sur ta toile. Je n'avais pas besoin d'une longue séance, ■enlevais la toile et je passais à uue autre personne. Lorsje voulais continuer le premier portrait, je prenais Èomme dans mon esprit, je le mettais sur la chaise, oi!i l'apercevais aussi distinctement qui s'il y eût été en réalité et je puis même ajouter, avec des formes et de couleurs plus arrêtées et plus vives. Je regardais de temps à autre la figure imaginaire et je me mettais à peindre, je suspendais mon travail pour examiner la pose, absolument comme si l'original eût été devant moi ; toules les fois que je je-
i yeux sur la chaise, je voyais l'homme.
I Cette méthode m'a rendu très populaire ; et comme j'ai bujours atlrappé la ressemblance, les clients étaient enchanî que je leur épargnasse les ennuyeuses séances des autres teintres.
L Peu à peu je commençai à perdre la distinction entre la ure imaginaire et la réelle, quelquefois je soutenais aux Bodèles qu'ils avaient déjà posé la veille. A la fin, j'en fus ersuadé et puis tout devint confusion. Je suppose qu'ils priai l'alarme..,, je ne me rappelle plus rien.... je perdis i'esrît et restais 30 ans dans un asile, »
Cette observation prouve même plus que je ne cherche k prouver pour le moment. Je ne prétends pas, en effet, que dans tous les cas, l'hallucination ne soit que le résultat d'une Èsentation mentale transformée, je dis seulement que cette irnière se développe parfois, d'une façon tout à fait anor- !«le, Sous l'influence de l'état hallucinatoire. S Très souvent, du reste, l'halluciné a, d'une part, des halluci- P^tions vraies, et d'autre part, une exagération maladive . représentation mentale qui, pour toute puissante qu'elle n'égale pas ces hallucinations spontanées. Tel Ude de Ségtas, dont nous citons plus loin l'obi
qui, ù cfllé de riiallurinaiioii visuelle verbale Irl's nette, a une représeiilalion visuelle tellement vive, qu'il lui suffit de regarder un objet pour la photographier de suite dans l'espace. Tel est eitcoie uoli-e malade halluciné de l'ouîe el de In vue, qui, Ji certains moments, a. volontairement, des images (égalant presque la réalité, et. i nvolon la î rement, des hallucinations qui lui sont en toiil semblables. ' J'ai dit que c'était sous l'influence de l'élat hallucinatoire, que Ge produisaient ces modifications, et non sous celle de t'hallucinntiun.
Cotard ('), en effet, note la perte de la vision mentale chez deux mélancoliques anxieux.
Charcot ('), avant lui, avait signalé le même fait.
Il y a probablement là une cause qui vient enrayer les effets de l'élat hallucinatoire. Je liens pourtant h faire remarquer que chez le malade de Charcot, comme chez celui de jCotard, la perte de la vision mentale semble avoir été précédée d'une exagération notable de cette même faculté.
En résumé, après avoir affirmé et établi qu'aucun rapprochement immédiat n'était possible entre un phénomène physiologique et un phénomène pathologique, que les rapports, dans ces conditions, comme dit Bnillarger, ne sauraient être entre la représentation mentale et l'hallucina tion, que du genre de ceux qui unissent l'ombre et le corps; nous adressant ensuite à la pathologie, nous avons voulu savoir si le phénomène pathologique (hallucinatoire) ne pouvait offrir des formes, des degrés qui, dans certaines circonstances, pouvaient être assimilables h un phénomène physiologique à son tour pathologiquement transformé.
Or, durant cette élude, nous avons pu constater qu'im ïM" pmivait d'une pari, trouver de. signes différentielx entre la représentation mentale el l'hallucination, ni dans t'errrcire involontaire d« la mémoire et de l'imagination, ni dans la mspension momen-