‹ Les harmonies du son et l'histoire des instruments de musiqueChapitre 58 sur 82 · LA TROMPETTE · texte numérisé non relu

LA TROMPETTE

La trompeUe est un instrument à vent, ordinairement en cuivre, qui a un son très- éclatant. Dans sa forme la plus simple, cet instrument est un tuyau sonore, ouvert par les deux bouts, sans trous ni clefs, et avec lequel on ne' parvient à rendre des sons différents que par la pression plus ou moins forte des lèvres sur l'embouchure.

L'invention de la trompette remonte à la plus haute antiquité; il en est question chez tous les peuples anciens: Job nous apprend que la trompette était employée a la g uerre. Moïse fit faire deux trompettes d'argent battu au marteau. Les Israélites faisaient un grand usage de cet instrument^ il existait même chez eux une fête ap-

pelée Fêle des Trompettes ; on la célébrait au premier

jour de Tannée civile.

Chez les Grecs et les Romains, elles donnaient à la guerre le signal du combat.

Elles étaient en usage dans les triom'phesy dans la célébration des jeux sacrés, dans celle des jeux floraux, dans quelques sacrifices, et même dans les pompes funèbres.

Chez nous, la trompette militaire était autrefois garnie d'une draperie ou banderole brodée aux armes de France, ou représentant simplement l'étendard du corps.

Les modernes ont extrêmement perfectionné son mécanisme; ce fut un Français, nommé Maurice, qui lui donna , sous le règne de Louis XII, la forme qu'elle

Fig. 187. - Joueurs de cor étrusque; ^ aUJOUrd'hui. d'après une urne en albâtre de style ^ dcmierS DCrfeCtion-

toscan, au musée de Volterra. ^ r «^^"v**

nements apportés à la trompette, lui permettent de rendre avec la plus grande facilité, des sons d'une extrême justesse que Ton ne pouvait obtenir précédemment.

Les formes qu'elle peut revêtir sont très-variées : ii y en a à coulisse, à piston, à clef, etc.; il y en a de droites, de courbes, de contournée de mille manières.

Les principales sont : le clairon, petite trompette qui, dans les marches de l'infanterie, alterne avec le tambour;

Ffg. 188. — Trompette de berger (Vin* siède). Fig. 189. — Trompette droite ^ pied. Manuscrit anglais du British Muséum de Lon- (XI* siècle). Manuscrit de la bibl. Cot-

dres. tonienne, British Muséum de Londres.

dans la cavalerie, elle sert à sonner le boute-selle, rappel, la retraite, etc.

La trompette d'harmonie est construite dans le même système que le cor, mais elle est contournée différemment; elle sonne Toctave au-dessus du cor et a des tons de rechange qui lui permettent de sonner dans tous les modes : on s'en

LNSTRUMENTS A VENT. 499

sert habituellement dans les orchestres, pour les fanfares de la cavalerie, ainsi que dans la musique de l'infanterie. Le cor fut pendant plusieurs siècles ce que nous nommons aujourd'hui la trompe ou cor de chasse : mais des facteurs habiles, en diminuant les proportions de la trompe,

Fig. 190. — Musicien allemand sonnant de la trompette militaire) dessiné et gitiTé par J. Amman (IVI* siècle).

en calculant les épaisseurs d'après les lois de l'acoustique, sont parvenus à faire du cor moderne un instrument dont les sons suaves, nobles et énergiques, se rapprochent le plus du charme d'une belle voix.

L'étendue du cor est de quatre octaves ; mais les sons

au grave et à l'aigu étant très-difficilement attaqués, Téchelle en est dès lors beaucoup restreinte.

Fig. 191. — Grande trompette du Bengale appelée chérée.

Fig. 192. — Trompette de Tlnde appelée cambou.

Il y a à peine quarante-cinq ans que l'on fabrique en France des cors à piston ; le premier qui a été facturé chez

Fig. 19S. — Clairon d'infanterie.

Fig. iVu « Trompette de cavalerie.

nous a paru à l'exposition de 1 827 . Le rapport sur l'Exposition de 1867 fait remarquer que dans les premiers temps,

les pistons étaient mal conçus, fonctionnaient mal et nuisaient aux libres vibrations de la colonne d'air ; le son manquait de pureté, et les combinaisons de pistons faussaient la justesse des intonations, aussi les artistes préféraient-ils le cor simple ou sans piston. Aujourd'hui il n'en est plus ainsi : la circulation de Tair dans le jeu des pis-

Fig. 106. — Cor d'harmonie, à dix tons.

Fig. 197. — Trompe de chasse, 2 toiir8]l;2.

tons est devenue parfaitement libre et régulière, et, par l'intervention de la double action ascendante et descendante des pistons , on a fait disparaître de l'instrument toute cause d'altération de la justesse des intonations.

Maintenant, le cor à pistou est de beaucoup préférable au cor simple, car il a toute Téchelle chromatique en sons ouverts, tandis que l'autre laisse de grandes lacunes . M. Sax ayant appliqué au cor le système de pistons ascen-

dants dont il est l'inventeur, en a fait à trois^ à quatre et à cinq pistons. En général on appelle «acr-Aorn^ de Sao?, nom de l'inventeur et de l'allemand horn, cor, les instruments en cuivre , à embouchure de cuivre, et à pistons dus à M. Sax. Ils paraissent appelés à remplacer le cor, le bugle, le trombone et l'ophycléide.

Fig. lOS.—Saxborn contralto ut ^ et »i ^, à trois qrlindre^, rotation ordinaire. Modèle ovale.

Fig. 199. — Sa^om contralto ut ^ et si ^, k trois cylindres, rotation ordinaire. Modèle Gautrot-Breguet.

M. Sax emploie un moyen simple et ingénieux pour porter par les instruments une grande puissance de son sur un point donné, sans augmentation de fatigue pour les exécutants : il consiste à rendre les pavillons mobiles sur leur axe, et à leur imposer une forme recourbée, de telle sorte que l'on puisse donner à ces pavillons, telle inclinaison et telle direction voulue. « Nous avons pu constater, dit Fétis, par les expériences faites devant nous, que la puissance sonore est au moins doublée.

quand l'auditeur est dans la direction de l'ouverture du pavillon. i>

Saxophone, de SaoOj nom de l'inventeur, et du grec phoni, voix, son. La famille des saxophones, inventée par M. Saxy appartient à la catégorie des instruments à anche plutôt qu'à celle des instruments de cuivre, bien que ce métal en soit la matière, car le producteur du son est une

Fig. 2M. — Saxopbone soprano en si ^. Fig. 201. — Saxophone alto en mf ^.

anche battante contre un bec semblable à celui de la clarinette.

Le saxophone est un cône parabolique en cuivre, dans lequel les intonations se modifient par un système de clefs. Ces clefs sont au nombre de 19 à 2% suivant les individus de la famille. Essentiellement différent de la clarinette par les nœuds de vibration de sa colonne d'air, le saxophone est accordé par octave; en sorte que toutes

les octaves sont justes, ce qui n'a pas lieu dans la clarinette. Il compose une famille complète qui se divise en huit variétés, lesquelles sont toutes à la quinte ou à l'octave les unes des autres. Les chants larges conviennent particulièrement à cet instrument, dont le son est des plus beaux et des plus sympathiques que l'on puisse entendre.

Dans l'origine, la véritable destination du cornet à piston devait être le soprano du cor; mais les facteurs en ont fait une sorte de trompette qui, par ses tubes étroits

Fig. 202. — Cornet en si t, trois gro6 pistons. Fig. 20S. — Cornet en ut ou si ^, à Modèle Gautrot-Marquet. trois cylindres rotation ordinaire.

Système Gautrot-Breguet.

et la nature de son embouchure, produit des sons stridents. De là vient que, dans beaucoup d'orchestres, on a remplacé les trompettes par des cornets, plus faciles à jouer, mais dont le son n'a ni la puissance ni le brillant de l'ancien instrument. Le cornet est devenu trèspopulaire, on en remarque de divers systèmes et de formes variées. L'idée des tubes indépendants, qu'on doit à M. Sax, a été appliquée au cornet par quelques facteurs, pour les rendre transpositeurs au moyen de deux tubes de longueurs différentes, mis à volonté, l'un ou l'autre.

506 LES HARMONIES DU SOiN.

en communication avec l'embouchure. La fabrication des cornets s'est généralement améliorée depuis 1855.

Les sarrusophones sont de nouveaux instruments en cuivre dus à M. Gautrot ; il les a appelés aussi pour rendre hommageàM.SarruSy chef de musique militaire, qui lui a

Fig. 204. — SaiTusoplione soprano , en si t.

Fig. 205. — Sarrusophone baryton, en mi ^.

donné Tidée première de leur construction. Parla nature de leur timbre, ils étaient destinés à remplacer dans nos musiques militaires, les hautbois et les bassons qui en

avaient été exclus. Ces instruments forment actuellement une famille complète, composée de huit individus ; ils se jouent à l'aide d'anches doubles qui ont plus de force que celles des instruments en bois et qui permettent ainsi d'obtenir plus de sûreté et plus de précision dans l'intonation, les figures 204 et 205 représentent deux spécimens de cette famille.

Fig. 200. — Duplex pelilU. Contralto et Fig. 207. — Duplex pclilU. Contralto et

cornet en si ^, pavillon en avant. cornet en si ^, à trois gros pistons.

Les duplex peli ai sont de nouveaux instruments ayant deux pavillons de proportions différentes et se jouant avec une seule embouchure et un seul jeu de pistons; un cylindre transpositeur que meut la main gauche, fait passer l'air dans l'un ou l'autre des pavillons, de sorte que l'on peut, soit en mariant les deux voix, soit en les faisant succéder l'une à l'autre, obtenir les plus charmants effets. Ces deux instruments réunis peuvent également être

rendus indépendants l'un de l'autre; on a la faculté de détacher un des pavillons et de ne plus laisser ainsi qu'un instrument ordinaire à système transpositeur. Les figures 206 et 207, empruntées au catalogue de la maison

Fig. 208. — HélicoD, contre-basse en /is et ml ^ , à trois gros pistons.

Gautrot, représentent le même instrument double sous deux formes différentes.

Les hélicons sont des instruments construits de manière à entourer le corps de Texécutant; tout le poids de Tinstrument repose sur l'épaule gauche, et les pistons ou les cylindres sont placés à une hauteur calculée de manière

que la main droite s'y pose tout naturellement sans aucun effort ni gène pour le bras ; le pavillon de ces instruments dirige les sons à gauche, un peu au-dessus de la tète de l'exécutant (figure 208).

Fig. 209. — Olifant ou huctaet , ou cornet de chasse , en ivoire (XIV* siècle) ; d'après Toriginal existant en Angleterre.

Le cor a donné lieu à bien des légendes, mais l'une des plus célèbres est celle qu'on lit dans la Chronique de Tur* piriy dont nous extrayons le passage suivant : « Roland se mit à sonner de son cor qui retentit comme le tonnerre,

pour rallier auprès de lui les quelques chrétiens qui s'étaient réfugiés dans le bois par crainte des Sarrasins, ou pouv rappeler les autres, qui déjà avaient passé les défilés, afin qu'ils fussent présents à ses funérailles, reçussent son épée et son cheval, puis continuassent à poursuivre les Sairasins. Telle fut la force avec laquelle Roland, en ce moment suprême, soufQa dans sa trompe d'ivoire, qu'elle éclata par le milieu, et que lui-même se rompit les veines et les nerfs du cou. Le son en fut porté par range jusqu'aux oreilles de Charles, qui se trouvait campé dans une vallée vers la Gascogne, à quatre milles loin de Roland*. »

Alfred de Vigny a fait un charmant poëme sur le cor. Nous en citons quelques stances :

J'aime le son du cor^ le soir^ au fond des bois, Soit qu'il chante les pleurs de la biche aux abois, Ou l'adieu du chasseur que l'écho faible accueille^ Et que le Tent du nord porte de feuiUe en feuille.

Que de fois^ seul^ dans l'ombre à minuit demeuré^ J'ai souri de l'entendre et plus souvent pleuré ! Car je croyais ouïr de ces bruits prophétiques Qui précédaient la mort des paladins antiques.

Monts gelés et fleuris, trône des deux saisons. Dont le front est de glace et le pied de gazons! C'est là qu'il faut s'asseoir, c'est là qu'il faut entendre Les airs lointains d'un cor mélancolique et tendre.

Ames des chevaliers, revenez- tous encor? Est-ce vous qui parlez avec la voix du cor? Roncevauxl Roncevaux! dans ta sombre vallée L'ombre du grand Roland n'est donc pas consolée !

* Cantu, Histoire universelle, t. vm. Voir également l'important et gracieux ouvrage de M. Léon GauUer, sur ce si^et,

Page 1