‹ Les hauts faits de M. de PonthauChapitre 22 sur 48 · T.E ROT · texte numérisé non relu

T.E ROT

Comme il vous plaira, ma chère. J'irai chez la reine.

{Une porte s' outre ^ Chaslillon entre donnant la inain '} Hélène. — Le comte de Ponthau et le baron de Ghistelles le suivent. l'oiis sont vêtus magnifiquement,)

GHASTILLON.

Sire, j\ai l'insigne honneur de vous présenter Mlle Hélène de Ghistelles, fille d'un de vos anciens compagnons d'armes, le haron de Ghistelles.

LE ROI

Baron, vous êtes un heureux père.

DE CtHISTELLES.

Sire, j'avais des cheveux gris quand le ciel m'envoya cette enfant. C'est sans doute pour cette cause qu'il me la donna plus charmante.

LE ROI

Enfin! vous vous êtes décidé à venir à moi, haron. Votre dévouement m'appartenait quand j'étais malheureux; sachez-le, il m'appartient encore aujourd'hui que la fortune m'a souri.

GHASTILLON.

M. le comte Jacques de Ponthau.

l iO LES HAUTS FAITS DE M. DE PONTIIAU

LE ROL

Que j'ai de joie à te revoir Jacques. Çà, approche que j'admire ta bonne mine. Sans conteste, tu es le plus beau gentilhomme de ma cour. Ton père était de mes amis. — Tu ne me reconnais pas? Fouille tes souvenirs de jeunesse, et tu sauras que le manoir de tes ancêtres m'abrita pendant une nuit. — J'étais un triste roi dans ce temps-là, Jacques. Le bras de ton père m'a aidé puissamment à conquérir mon héritage; je compte que désormais je pourrai m'appuyer sur le tien pour le défendre. — Sois le bienvenu, Jacques mon enfant. Viens que je te donne l'accolade.

Oh ! sire.

LE ROI, après avoir embrassé de Ponthau le conduit

vers la reine.

Madame, je vous recommande royalement ce vieillard et ces deux jeunes gens. Aimez-les comme je les aime.

[Ils baisent la main de la reine. - De Ghistelles et Hélène restent auprès d^elle. — Henri IV prend familièrement le bras de Ponthau et rattire dans im coin.) - /

LE COMTE d'al VERONE, à Henriette dEntragues. \ Par le diable ! elle est ravissante, l'ingénue I Ma ;

sœur, je vous conseille de vous montrer jalouse.

HENRIETTE

Gomment nommez-vous ce gentilhomme?

LEb! lIAirS FAITS Di: M. Di: rONTIIAU 1 il

LK l'.oMTK D\vrvi;r.riXK.

Jacques, comte dePoiitliaii.

HENRIETTE

Il a Tair (riin roi.

LE COMTE d'au VERONE.

Je préfère la timide colombellc qui roucoul(3 ou ce moment avec la reine.

HENRIETTE

J'ai besoin de vous parler.

LE COMTE d'au VERONE.

J'écoute.

HENRIETTE

Pas sur-le-champ.

LE ROI, d de Ponthau, Est-ce qu'elle ne devait pas épouser le comte de Helly ?

UE PONTHAU.

Si! mais j(» crois qu'il est mort.

LE ROI

Mort? Tupourrais l'affirmer? Elle est adorable la fille du vieux baron. Ses cheveux sont aussi noirs que ceux de ma regrettée Gal)riello étaient blonds. Tiens! considère les regards haineux que lui lancent la marquise de Verneuil et cette affreuse Galigaï.

DE l'ONTHAi:, vivement.

Sire, son f esprit ne le cède en rien à sa beauté.

LK r.or.

Tn Taimes?

Je méprise les femmes^ sire.

LE ROL

Tu méprises les femmes ? tu n'es donc pas un vrai Ponthau ? Jacques, comment as-tu pu vivre auprès de cette belle fille sans t'enflammer? Vive Dieu ! j'ai plus de cinquante ans et je brûle déjà. L'enfer étreigne tous ces misérables qui entourent la reine! ils nous cachent la gracieuse Hélène. [Après un silence.) Ah ! Jacques, je suis bien malheureux!

Vous, sire?

LE ROL

Ces gens-là sont des traîtres. Ils espionnent toutes mes actions; les uns au profit de la reine, les autres à leur profit. Qui donc me délivrera de cette racaille italienne?

Moi, sire.

LE ROL

Tu te compromettrais .

J'en chargerais Jonathas.

LE ROL

Jonathas ? Qui est-ce ça, Jonathas ? i

Sire, c'est un mien valet; il m'est très dévoué.

LE ROL

Que ne puis-je Le. prendre au mot! Malheureu-

LIOS HAUTS^ KAI'IV ni: M. DE PONTUAU 113

sèment, les amis de la reine sont sacrés; si nous y touchions, des abîmes de colère s'entr'ouvriraient sous nos pieds. A propos, Jacques, tu es jeune, tu dois avoir quelque projet d'ambition en tète ? Parle, n'oublie pas que je te donne le droit de prétend re à tout.

Sire Je vous rends grâces, mais je n'ai besoin de rien.

LE uoi.

Veux-tu un régiment?

Merci ! je ne veux rien, sire.

LE ROI

Tu as tort, (juand tu seras décidé, sois prompt à m'en informer. Je sais dans quelles circonstances et pour quelle cause ton père est couché dans un tombeau, Jacques. Viens avec moi.

[Le roi se dirige vers le groupe qui entoure la reine, de Ghistelles et Hélène.)

LA REINE

Sire, je désire attacher à ma personne mademoiselle de Ghistelles.

LE ROI

Madame, votre bon plaisir est le mien. De mon côté je réclame pour mon conseil le baron de Ghistelles.

DE GHISTRLLES.

0 mon roi! (// lui bnise la main).

LE ROI, à de Ponthan,

Jacques, quel est donc ce livre enfumé que ti portes suspendu à ta ceinture? Pardieu! Il l'ait tache sur ton costume.

La trace des balles ne nuit pas à l'éclat des armures, Sire, vous le savez mieux que personne.

LE ROI

Oui, Jacques, mais la rouille nuit à l'éclair des épées.

Sire, ce livre est une Bible.

L'oratoire du père Cotton, confesseur de Henri IV.

MARiANA, il est vieux, (raspect vénérable et déguisé

en mendiant .

Ainsi, vous êtes prêt?

MAZAROZ.

Oui, mon père.

MARIANA

Votre main no faiblira pas?

Non, puisque le regard de Dieu sera fixé sur ^ elle

LliS UALT> FAITS l>i: M. nt] PONTIIAT l 'lô

.M.VlllANA.,

Vous iiclïvinissez pas devant lo sort do Jacques Clément?

MAZAllOZ.

Jacques Clément resplendit dans le ciel, au milieu des phalanges bienheureuses. En quoi sa destinée pourrait-elle m'inspirer de Tellroi?

MARI AXA

Détrompez-vous, mon lils, Jacques Clément n'est pas un bienheureux. Il eut des encouragements terrestres; ses appétits obscènes furent sajÉ tis faits par la duchesse de Montpensier.

MAZAllOZ.

Horreur !

.AIARIANA .

Un jésuite n'aurait pas succombé à une pareille tentation. Il faut que la lame des poignards et la chair des prédestinés^ dont le devoir est de punir, soient flamboyantes de pureté.

MAZAROZ.

Mes pensées n'ont jamais défloré la chasteté de ma chair.

MA RI AN A

A chacun sa mission: moi, je suis venu d'Espagne couvert de haillons sordides, malgré les édits et malgré le poids des années, afin de vous encourager et de vous dire une dernière fois (]ue nous espérons tous en votre énergie. Voici un anneau d'or que m'a chargé de vous remettre notnî révérend père général. Gardez-le en souvenir di^

Ii6 LES HAUTS FAITS DE M. DE PONTIIAU

lui. Voici encore un traité : de rege et régis institutione. Vous y lirez qu'an roi légitime qui met en danger^ par des vices ignobles^ la religion^ mérite la mort. La strangulation^ le fer^ le poison, la ruse sont également efficaces pour liàter la délivrance. Ce livre est de moi. Le révérend père général Aquaviva se vit obligé de le condamner, mais, ne Toubliez pas, le seul mobile de cette condamnation fut de ruser contre une politique trop exigeante.

MAZAROZ.

Quand faudra-t-il agir?

MARIANA

Je célébrerai le saint sacrifice de la messe à votre intention demain, dans la matinée; vous mangerez le pain des forts, et après vous serez libre.

MAZAROZ.

C'est bien !

MARIANA

Qu'à partir de cette heure tous vos péchés vous soient remis ! Mais écoutez-moi encore : une nuit, sur la frontière d'Espagne, dans une auberge, tandis que je reposais, mon sommeil fut illuminé par ^ un songe radieux. J'aperc-us, entourées de vapeurs crépusculaires, deux routes qui se côtoyaient. ]^]lles ressemblaient à deux sœurs jumelles de profusion et d'aspects diltérents. L'une s'allongeait, verdoyante comme la mer et fleurie comme une nuit d'été. Un goulïre obscur et puant la

LES HAUTS FAITS DE M. ni: TOXI'IIAl 1 '.7

bornait. L'aulro semblait un iiiiineiiso sillon do feu. Des flaïunes bondissaient sur elle et semblaient s'étreindre corps à corps, pareilles à des guerriers furieux. Un jardin magnifique lui servait de limite. Bien loin, au bout de cette seconde route, au milieu d'unjour bleuâtre produit par Tenclievètrement d\m bosquet fantastique, se dressait un étrange calvaire. Le Gbrist agonisait. Le sang ruisselait de ses blessures, le long de sa peau, et tombait, rouge rosée, sur le brasier rouge qui crépitait devant lui. Gela soulevait de la fumée. La tète de Jésus ballottait sur ses épaules et se relevait de temps à autre avec de rauques boquets de douleur. J'étais terrifié ! Mes bras désespérés frappaient le vide; ma poitrine baletait ; ma gorge se desséchait; ma bouche était ouverte, mais comme celle d'un mort; je ne pouvais crier. Soudain, devant moi^ je vis une ombre sur la fournaise. Elle marchait, et* plus elle s'éloignait, plus elle devenait distincte. Le visage du Christ la contemplait avec un vague sourire, et ce sourire divin éclaboussait la pâleur du spectre. Un instant vous vous retournâtes vers moi, et mon âme a gardé le souvenir inefl'açable de ce regard émané d'une vision. 0 mon fils ! je vous ai reconnu, et en vous voyant j'ai failli mourir de surprise, de terreur et de joie. 0 mon cher fils ! frappez, frappez sans crainte, vous êtes un prédestiné! Je tombe à genoux devant le libérateur futur de l'Église.

Ii8

MAZAROZ.

Mon- àine^ séparée de mon corps^ errait sans doute à travers les profondeurs célestes.

MARIAXA.

Bénissez-moi^ mon fils. Votre bénédiction me sera comptée plus tard.

MAZAROZ.

Je vous bénis au nom du PérO; du Fils et du Saint-Esprit.

MARI AN A

Ainsi-soit-il ! (Se relevant après wi moment de silence.) Allez maintenant^ mon fils^ je n'ai plus rien à vous dire. Néanmoins^ je tiens à ce que vous sachiez que le roi de France est l'allié des sectaires de Mahomet. A bientôt.

MAZAROZ;

Dans huit jours, l'inlame aura vécu.

[Exit,)

Une pcUte rue. — La niiil est très noire. — De Ponlhau et .Tonatlias marchenl enveloppés dans leurs manteaux. Une torche que tient Jonathas éclaire la marché.

JONATHAS

Monsieur, tandis que je vous attendais dans la^ cour du Louvre, lui gontilhomino s'est dirigé vers moi et m'a demandé où vous demeuriez. Que fallait-il lui répondre?

LES IIAITS IWITS 1)1-: M. m PONTIIAU li'J

l)i: l'OXIHAU.

La vérité.

JONATHAS

C'est ce que jai fait, monsieur.

Ce gentilhomme t'a-t-il jeté son nom ?

JONATHAS

.le ne crois pas, monsieur.

Quelle est donc la personne de maconnaisbanco qui pourrait avoir besoin de moi?

JONATHAS

Monsieur, je présume que quelqu'un de chez Sa Majesté ambitionne l'honneur de votre amitié.

Peux-tu me dépeindre le gentilhomme en question?

JONATHAS

Parfaitement, monsieur. Il m'a semblé avoir les yeux, la barbe et les cheveux de nuance incertaine. Cependant, je ne l'affirmerais pas, car on n'y voyait guère à Pendroit où ce gentilhomme m'a accosté. Quant à sa taille, je puis vous la préciser davantage; elle est moyenne. Son manteau m'a paru de couleur sombre, vu Pobscurité de la nuit. Bref, l'épée de ce mystérieux inconnu se relevait assez cavalièrement. — Ah! J'oubliais un renseignement capital : il a tordu sa moustache tout le temps qu'il m'a parlé.

Merci, Jonathas; tu as un talent particulier pour tirer au clair les événements incolores. MaiS;, trêve de bavardages, nous sommes à notre porte. [Ils s'arrêtent.)

d'auvergne^ émergeant de Tembrasure.

Halte là!

[Be Ponthait et Jonathas portent la main à leur épée) .

Arrière ! que voulez-vous ?

d' AUVERGNE, avec un éclat de rire.

Rien que d'amical, cher comte. — Vous ne me reconnaissez pas? Tudieu! c'est peu flatteur pour moi .

JONATHÂ.S, bas à de Ponthau.

Monsieur, voilà l'homme dont je vous parlais.

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